al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān
Verset 1
Elle est médinoise [révélée après l'Hégire]. Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. ◆ V.1 {à la royauté du Très-Saint, du Puissant, du Sage} : tout ce qui est dans les cieux et la terre célèbre Allah, se soumet à Son ordre, L'adore et Le sert : car Il est le parfait détenteur de la royauté [mulk], à Qui la royauté du monde d'en-haut et d'en-bas : tout est Ses esclaves, sous Sa gouverne. Le Très-Saint [Quddūs] : le magnifié, purifié de tout fléau et carence ; le Puissant [ʿAzīz] : dompteur de toutes choses ; le Sage [Ḥakīm] : en Sa création et Son ordre. Ces immenses attributs appellent à adorer Allah seul, sans associé.
Verset 2
{C'est Lui qui a envoyé aux analphabètes un Messager issu d'eux} : les « analphabètes » [ummiyyūn : ceux qui ne possèdent ni Écriture ni trace de mission prophétique] désignent les Arabes et tous ceux qui, parmi les peuples, ne comptent pas parmi les gens du Livre. Allah très-Haut leur a accordé une faveur immense, plus grande que celle accordée aux autres, car ils étaient privés de science et de bien, et se trouvaient dans {un égarement manifeste} : ils rendaient un culte aux idoles, aux arbres et aux pierres, et avaient les mœurs des bêtes féroces, les plus forts d'entre eux dévorant les plus faibles ; ils étaient à l'extrême de l'ignorance des sciences des prophètes. Allah envoya alors parmi eux un Messager issu d'eux, dont ils connaissaient la lignée, les belles qualités et la véracité, et Il fit descendre sur lui Son Livre, {qui leur récite Ses versets}, décisifs et engendrant la foi et la certitude ; {qui les purifie}, en leur exposant en détail les vertus morales, en les y exhortant et en les détournant des vices ; {et leur enseigne le Livre et la Sagesse}, c'est-à-dire la science du Livre et de la Sunna, qui embrasse les sciences des premiers et des derniers. Après cet enseignement et cette purification, ils devinrent les plus savants des créatures, et même les imams des gens de science et de religion, les créatures aux mœurs les plus parfaites et à la conduite et à l'allure les plus belles : ils se guidèrent eux-mêmes et guidèrent les autres, devenant les imams des bien-guidés et les chefs des pieux. La mission de ce Messager est donc, de la part d'Allah très-Haut, la grâce la plus parfaite et le don le plus éminent.
Verset 3
Sa parole : {et d'autres parmi eux qui ne les ont pas encore rejoints}, c'est-à-dire : Il accorde Sa faveur à d'autres qu'eux, c'est-à-dire à d'autres que les analphabètes, parmi ceux qui viendront après eux et parmi les gens du Livre, {qui ne les ont pas encore rejoints} dans le groupe de ceux qui ont directement connu l'appel du Messager. On peut comprendre qu'ils ne les ont pas encore rejoints en mérite, ou qu'ils ne les ont pas encore rejoints dans le temps ; en tout cas, les deux sens sont justes : ceux au milieu desquels Allah envoya Son messager, qui le virent et fréquentèrent directement son appel, obtinrent des privilèges et des vertus que nul ne peut égaler.
Verset 4
Cela procède de Sa puissance et de Sa sagesse : Il n'a pas abandonné Ses serviteurs à eux-mêmes, sans soin ni souci, mais Il suscita parmi eux des messagers, leur ordonnant le bien et leur interdisant le répréhensible ; et cela relève de [l'immense faveur d'Allah] qu'Il accorde à qui Il veut parmi Ses serviteurs — faveur plus grande que celle de la santé du corps, de l'abondance des subsistances et des autres biens de ce monde : nulle grâce n'égale celle de la religion, matière de la réussite et de la félicité éternelles.
Verset 5
Après qu'Allah très-Haut eut mentionné Sa faveur envers cette communauté au sein de laquelle Il envoya le Prophète analphabète, et les privilèges et les mérites [qu'Il lui accorda] que nul ne peut égaler — cette communauté analphabète qui surpassa les premiers et les derniers, jusqu'aux gens du Livre qui prétendent être les savants seigneuriaux et les docteurs éminents —, Il signala que ceux à qui Allah avait confié la Thora, parmi les Juifs, de même que les chrétiens, à qui Il avait ordonné de l'apprendre et d'agir selon elle, mais qui ne la portèrent pas et ne s'acquittèrent pas de ce qui leur avait été confié, n'ont aucun mérite, et que leur exemple est celui de l'âne portant sur son dos des volumes de livres de science : que retire cet âne des livres qu'il porte ?! Lui en vient-il quelque mérite pour cela ?! Ou bien sa part se réduit-elle au seul portage ? Tel est l'exemple des savants des gens du Livre, qui n'ont pas agi selon ce que contient la Thora — dont le plus grand et le plus important précepte est l'ordre de suivre Muhammad — paix et bénédiction sur lui —, l'annonce heureuse de sa venue et la foi au Coran qu'il apporta. Que celui qui répond à cette description a-t-il tiré de la Thora, sinon la déception, la perte et l'établissement de la preuve contre lui ? Cet exemple correspond parfaitement à leur état. {Quelle mauvaise image que celle des gens qui ont traité de mensonge} Nos signes, qui attestent la véracité de notre messager et la justesse de ce qu'il apporta, {et Allah ne guide pas les gens injustes}, c'est-à-dire : Il ne les dirige pas vers leurs intérêts tant que l'injustice reste leur attribut et l'obstination leur caractère.
Verset 6
Parmi l'injustice et l'obstination des Juifs, il y a le fait qu'ils savent être dans le faux tout en prétendant être dans le vrai et être, à l'exclusion des autres hommes, les alliés d'Allah ! C'est pourquoi Allah ordonna à Son messager de leur dire : si vous êtes véridiques dans votre prétention d'être dans le vrai et d'être les alliés d'Allah, {souhaitez donc la mort} : c'est un ordre léger à exécuter ; s'ils avaient su qu'ils étaient dans le vrai, ils ne se seraient pas dérobés à ce défi qu'Allah a fait critère de leur sincérité s'ils le formulent, et de leur mensonge s'ils ne le formulent pas.
Verset 7
Et comme ils ne l'ont pas fait alors que la chose leur fut publiquement proposée, il fut établi qu'ils savent la nullité et la corruption de leur état. C'est pourquoi Il dit : {ils ne souhaiteront jamais la mort, à cause de ce que leurs mains ont perpétré}, c'est-à-dire les péchés et les désobéissances à cause desquels la mort leur est redoutable, {et Allah connaît parfaitement les injustes} : rien de leur injustice ne peut Lui être caché.
Verset 8
Cela est ainsi : même s'ils ne souhaitent pas la mort à cause de ce qu'ont perpétré leurs mains, et la fuient de la plus extrême fuite, cela ne les sauvera pas ; il faut nécessairement qu'ils rencontrent la mort qu'Allah a rendue inéluctable aux serviteurs [et qu'Il a décrétée contre eux]. Puis, après la mort et l'accomplissement des termes fixés, toute la création sera ramenée, au Jour de la Résurrection, vers le Connaisseur du visible et de l'invisible, qui les informera alors de ce qu'ils œuvraient, du bien et du mal, du peu et du beaucoup.
Verset 9
Allah très-Haut ordonne à Ses serviteurs croyants de se rendre à la prière du vendredi et d'y mettre empressement dès que l'appel retentit, et d'y courir. Le « al-saʿy » [l'empressement] visé ici est la hâte [vers elle], le soin qu'on lui porte et le fait d'en faire l'affaire la plus importante, non la course proprement dite, qui a été interdite au moment de se rendre à la prière. Sa parole : {et délaissez le commerce} signifie : abandonnez la vente dès que l'appel à la prière est lancé et partez vers elle, car {cela est meilleur pour vous} que votre occupation à vendre ou que la perte de la prière obligatoire, qui est parmi les plus impératives des obligations, {si vous savez} que ce qui est auprès d'Allah est meilleur et plus durable, et que quiconque préfère ce monde à la religion encourt la perte véritable, alors même qu'il croit gagner.
Verset 10
Cet ordre de délaisser le commerce est limité à la durée de la prière : {quand la prière est achevée, dispersez-vous sur terre} pour rechercher gains et commerces. Et comme l'occupation au commerce est une occasion propice à l'oubli du rappel d'Allah, Allah ordonna d'abonder dans Son rapple afin de compenser cela, et dit : {et rappelez Allah fréquemment}, c'est-à-dire debout, assis et sur vos flancs, {puissiez-vous réussir} : l'abondance du rappel d'Allah est le plus grand des moyens de réussite.
Verset 11
{Quand ils aperçoivent une marchandise ou un divertissement, ils s'y dispersent} : ils sortent de la mosquée, avides de ce divertissement et de cette marchandise, et délaissent le bien, {et te laissent debout} prêchant aux gens. C'était un vendredi : alors que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — prêchait aux gens, une caravane chargée de marchandises arriva à Médine ; quand les gens en entendirent parler alors qu'ils étaient dans la mosquée, ils s'en furent précipitamment, laissant le Prophète — paix et bénédiction sur lui — prêcher, empressés vers ce vers quoi l'on ne doit point s'empresser, et négligents en bienséance. {Dis : ce qui est auprès d'Allah} — récompense et rétribution pour quiconque s'attache au bien et astreint son âme à l'adoration d'Allah — {est meilleur que le divertissement et le commerce} : ceux-ci, même s'ils procurent quelques objectifs, ne donnent qu'un bien dérisoire et périssable, qui fait manquer le bien de l'au-delà ; tandis que l'endurance dans l'obéissance d'Allah ne fait pas manquer la subsistance, {car Allah est le meilleur des pourvoyeurs} : quiconque craint Allah, Il lui accorde subsistance d'où il ne l'attend point. Ces versets renferment de nombreux enseignements : — le vendredi est une obligation pour [l'ensemble des] croyants, qui doivent s'y rendre avec empressement et en faire leur souci ; — les deux prêches du vendredi sont une obligation qu'il faut entendre, car le « rappel » y est expliqué par les deux prêches, et Allah a ordonné de s'y rendre et d'y courir ; — la légitimité de l'appel au vendredi et l'ordre de le faire ; — l'interdiction de vendre et d'acheter après l'appel du vendredi, et sa prohibition : cela parce que cela fait manquer l'obligation et en détourne ; on en déduit que toute chose, même permise en principe, qui entraîne la perte d'une obligation devient interdite en pareille circonstance ; — l'ordre d'assister aux deux prêches du vendredi et le blâme de quiconque n'y assiste pas, ce qui implique nécessairement de les écouter silencieusement ; — le serviteur tourné vers l'adoration d'Allah, au moment où l'âme incline vers les divertissements, les commerces et les désirs, doit la rappeler à l'ordre par les biens qui sont auprès d'Allah et par ce qu'obtient celui qui privilégie Son agrément sur son propre penchant. Achevé est le commentaire de la sourate du Vendredi, par la faveur d'Allah et Son secours. Et louange à Allah, Seigneur des mondes.