al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān
Verset 1
Elle est médinoise [révélée après l'Hégire]. Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. Allah, exalté soit-Il, informe de Sa grandeur, de Sa majesté et de l'étendue de Son autorité : tout {ce qui est dans les cieux et la terre} — les animaux doués de parole [et muets], et le reste, et les corps inanimés — célèbre la louange de son Seigneur et Le purifie de ce qui ne sied pas à Sa majesté ; tout Lui est soumis [qānit], docile à Sa puissance, et les traces de Sa sagesse y sont apparues. C'est pourquoi Il dit : {et Il est le Puissant, le Sage}. Cela expose le besoin universel des créatures supérieures et inférieures envers leur Seigneur en tous leurs états, l'universalité de Sa puissance et de Sa domination sur toutes choses, et l'universalité de Sa sagesse dans Sa création et Son ordre.
Verset 2
Puis Il informa de l'universalité de Sa royauté : {À Lui la royauté des cieux et de la terre ; Il fait vivre et fait mourir} ; c'est-à-dire : Il est leur Créateur, leur Pourvoyeur et leur Gouverneur par Sa puissance, {et Il est puissant sur toute chose}.
Verset 3
{Il est le Premier}, devant qui rien n'est ; {l'Ultime}, après qui rien n'est ; {l'Apparent}, au-dessus de qui rien n'est ; {le Caché}, en deçà de qui rien n'est. {Et Il est, de toute chose, savant} : Sa science a enveloppé les apparents et les cachés, les secrets et les dissimulés, les affaires passées et futures.
Verset 4
{C'est Lui qui créa les cieux et la terre en six jours} — le premier dimanche, le dernier vendredi —, {puis Il S'établit sur le Trône} : établissement [istiwā'] qui sied à Sa majesté, au-dessus de toute Sa création. {Il sait ce qui entre dans la terre} : graines, animaux, pluie et autre, {et ce qui en sort} : plantes, arbres, animaux et autre, {et ce qui descend du ciel} : anges, décrets et subsistances, {et ce qui y monte} : anges, âmes, invocations et œuvres et autre. {Et Il est avec vous, où que vous soyez}, comme Sa parole : {il n'est de concert secret de trois qu'Il ne soit leur quatrième, ni de cinq qu'Il ne soit leur sixième, ni moins ni plus, qu'Il ne soit avec eux, où qu'ils soient}. Cette présence [maʿiyya] est présence de science et de surveillance ; c'est pourquoi Il menaça et promit la rétribution des œuvres : {et Allah est clairvoyant de ce que vous faites} ; c'est-à-dire : Il est clairvoyant des œuvres qui émanent de vous, et si elles procèdent de piété ou de perversité : Il vous en rétribue et vous les conserve.
Verset 5
{À Lui ce qui est dans les cieux et la terre} : en royauté, création et servitude — Il dispose d'eux à Sa guise par Ses ordres de décret et de Loi, qui courent selon la sagesse seigneuriale. {Et vers Allah les affaires font retour} : les œuvres et les ouvriers : les serviteurs Lui seront présentés, le mauvais sera distingué du bon, le bienfaisant rétribué de sa bienfaisance et le malfaisant de sa malfaissance.
Verset 6
{Il fait entrer la nuit dans le jour et fait entrer le jour dans la nuit} ; c'est-à-dire : Il fait entrer la nuit sur le jour, la nuit les couvre de son obscurité, ils s'apaisent et se taisent ; puis Il fait entrer le jour sur la nuit, l'obscurité quitte la terre, l'univers s'éclaire, les serviteurs s'émeuvent et se lèvent vers leurs intérêts et leurs gagnepain. Allah ne cesse d'enrouler la nuit sur le jour et le jour sur la nuit, d'alterner entre eux en accroissement et décroissance, longueur et brièveté, jusqu'à ce que s'établissent les saisons, s'ordonnent les temps et se réalisent les intérêts qui s'y réalisent. Béni soit Allah, Seigneur des mondes, et élevé soit le Noble Généreux qui combla Ses serviteurs des bienfaits apparents et cachés. {Et Il est savant du fond des poitrines} [dhāt al-ṣudūr : ce que les cœurs recèlent] : Il guide à la guidée quiconque Il sait apte, et abandonne quiconque Il sait impropre à être guidé.
Verset 7
Allah ordonne à Ses serviteurs de croire en Lui, en Son messager et en ce qu'il a apporté, et de dépenser dans Son chemin des biens qu'Allah a placés entre leurs mains et dont Il les a constitués gérants, pour voir comment ils agissent. Les ayant ordonné, Il les y exhorta en mentionnant la récompense attachée : {ceux d'entre vous qui croient et dépensent, à eux une immense récompense} ; c'est-à-dire : ceux qui unirent la foi en Allah et Son messager et la dépense dans Son chemin ont une immense récompense — la plus grande et la plus noble : la satisfaction de leur Seigneur, le succès de la demeure de Sa générosité et le délice durable qu'Allah a préparé aux croyants et à ceux qui luttent.
Verset 8
Puis Il mentionna ce qui les appelle à la foi et l'absence d'empêchement : {Qu'avez-vous à ne pas croire en Allah, alors que le messager vous appelle à croire en votre Seigneur, et qu'Il a déjà pris votre engagement, si vous êtes croyants ?} ; c'est-à-dire : qu'est-ce qui vous empêche de croire, alors que le messager Muhammad — paix et bénédiction sur lui —, le meilleur des messagers et le plus noble appelateur à Allah, vous appelle ? Cela oblige à se hâter de répondre à son appel et de satisfaire à la vérité qu'il a apportée — et Il a déjà pris de vous le pacte et l'engagement de croire, si vous êtes croyants.
Verset 9
Et parmi Sa sollicitude et Son soin pour vous : Il ne s'est pas borné à l'appel du messager, le plus noble du monde, mais l'appuya de miracles et vous indiqua la véracité de ce qu'il a apporté par les signes manifestes. C'est pourquoi Il dit : {C'est Lui qui fait descendre sur Son serviteur des signes évidents} ; c'est-à-dire : patents, qui montrent aux gens de raison la vérité de tout ce qu'il a apporté, et que c'est la vérité certaine — {pour vous faire sortir}, par l'envoi du messager vers vous et ce qu'Allah fit descendre par sa main du Livre et de la sagesse, {des ténèbres à la lumière} ; c'est-à-dire : des ténèbres de l'ignorance et de la mécréance à la lumière de la science et de la foi. C'est par miséricorde et bonté pour vous : Il est plus miséricordieux envers Ses serviteurs que la mère envers son enfant. {Et Allah est, envers vous, tout bonté, miséricordieux}.
Verset 10
{Qu'avez-vous à ne pas dépenser dans le chemin d'Allah, alors qu'à Allah appartient l'héritage des cieux et de la terre ?} ; c'est-à-dire : qu'est-ce qui vous empêche de dépenser dans le chemin d'Allah — qui est toutes les voies du bien — et vous fait avarez, alors que rien n'est à vous : {à Allah appartient l'héritage des cieux et de la terre}. Tous les biens sortiront de vos mains, ou vous sortirez d'eux, puis la royauté reviendra à son Propriétaire, béni et exalté soit-Il : dépensez donc tandis que les biens sont en vos mains, et saisissez l'occasion. Puis Allah, exalté soit-Il, mentionna la hiérarchie des œuvres selon les états et la sagesse divine : {ne sont pas égaux, parmi vous, celui qui a dépensé et combattu avant la Victoire : ceux-là ont un degré plus grand que ceux qui ont dépensé et combattu après}. La Victoire ici est la conquête d'al-Ḥudaybiyya [trêve conclue avec Quraysh], la plus grande des conquêtes, par laquelle l'islam se diffusa, les musulmans se mêlèrent aux négateurs et l'appel à la religion se fit sans opposant : les gens entrèrent en foule dans la religion d'Allah, et l'islam acquit une puissance immense. Avant cette conquête, les musulmans ne pouvaient appeler à la religion hors des lieux dont les habitants avaient embrassé l'islam, comme Médine et ses dépendances, et quiconque embrassait l'islam à La Mecque ou ailleurs, en terres d'associaux, était molesté et craignait. C'est pourquoi celui qui embrassa l'islam avant la conquête [et dépensa] et combattit a un degré, une récompense et une rétribution plus grands que celui qui n'embrassa l'islam, ne combattit et ne dépensa qu'après — ainsi l'exige la sagesse. C'est pourquoi les premiers et l'élite des Compagnons, pour la plupart, embrassèrent l'islam avant la conquête. Comme la préférence entre les choses peut laisser supposer un manque et un blâme du préféré, Allah s'en prémunit : {et à chacun Allah a promis la plus belle récompense} [ḥusnā : le Paradis] ; c'est-à-dire : ceux qui embrassèrent l'islam, combattirent et dépensèrent avant la conquête et après — Allah leur a à tous promis le Paradis. Cela atteste la supériorité de tous les Compagnons, qu'Allah les agrée, Allah attestant leur foi et leur promettant le Paradis. {Et Allah est, de ce que vous faites, informé} : Il rétribue chacun de vous selon l'œuvre qu'Il connaît de lui.
Verset 11
Puis Il exhorta à la dépense dans Son chemin, car le combat dépend de la dépense et de l'offre des biens pour s'y équiper : {Qu'est-ce que celui qui fait à Allah un beau prêt ?} — c'est la dépense pure, faite pour la face d'Allah, conforme à Son agrément, d'un bien licite et pur, l'âme y consentante. Cela relève de la générosité d'Allah, exalté soit-Il, de l'appeler prêt, Lui à qui est le bien et les serviteurs. Il promit le multipliement, des multiplications nombreuses — Lui le Généreux Donateur —, et ce multipliement a son lieu et son siège au Jour de la Résurrection, jour où chacun verra sa pauvreté et aura besoin du moindre beau salaire. C'est pourquoi Il dit :
Verset 12
Allah dit, exposant la supériorité de la foi et la félicité des siens au Jour de la Résurrection : {le jour où tu verras les croyants et les croyantes, leur lumière courant devant eux et à leur droite} ; c'est-à-dire : au Jour de la Résurrection, quand le soleil sera enroulé, la lune éclipsée, les gens dans les ténèbres et la passerelle [ṣirāṭ] dressée sur le dos de la Géhenne, tu verras les croyants et les croyantes, leur lumière courant devant eux et à leur droite : ils marchent de leur lumière et de leur droite en ce lieu terrifiant et difficile, chacun selon sa foi. On leur adresse alors la plus grande annonce : il sera dit : {« Votre bonne nouvelle, aujourd'hui : des jardins sous lesquels coulent les rivières, éternels en eux ; tel est l'immense succès »}. Qu'elle est douce à leurs cœurs, délicieuse à leurs âmes, cette annonce : tout objet d'amour obtenu, tout mal et toute crainte évités !
Verset 13
Quand les hypocrites verront les croyants marcher de leur lumière, eux dont la lumière a été éteinte et qui demeurent dans les ténèbres, perdus, ils diront aux croyants : {« Attendez-nous, que nous prenions de votre lumière »} ; c'est-à-dire : accordez-nous un délai pour obtenir de votre lumière et marcher par elle, échappant au châtiment. Il {leur sera dit} : {« Revenez en arrière, cherchez une lumière »} — si cela se pouvait, or cela ne se peut, c'est des impossibles. Et on frappa entre les croyants et les hypocrites {un mur} ; c'est-à-dire : une muraille puissante, une forteresse imprenable, {dont une porte porte la miséricorde au-dedans} : le côté des croyants, {et, au-dehors, le châtiment} : le côté des hypocrites.
Verset 14
Les hypocrites appelleront les croyants, disant en suppliante pitié : {« N'étions-nous pas avec vous ? »} — en ce monde, disant : nulle divinité qu'Allah, priant, jeûnant, luttant, œuvrant comme vous ? {Ils diront : « Si »} : vous étiez avec nous en ce monde et vous œuvriez en apparence comme nous — mais vos œuvres étaient des œuvres d'hypocrites, sans foi ni intention véridique et saine. {« Mais vous vous êtes éprouvés vous-mêmes [et attendîtes], vous avez douté } ; c'est-à-dire : vous avez douté de la promesse d'Allah qui n'admet nul doute ; {et de vains désirs vous ont trompés} : vous avez espéré obtenir la part des croyants sans certitude, {jusqu'à ce que vînt l'ordre d'Allah} ; c'est-à-dire : jusqu'à ce que la mort vous atteignît en cet état détestable ; {et le Trompeur vous a trompés au sujet d'Allah} : le Démon [al-gharūr], qui vous embelli la mécréance et le doute, vous y raffermit, vous crûtes sa promesse et sa nouvelle.
Verset 15
{Aujourd'hui nul rachat ne sera pris de vous, ni de ceux qui ont mécru} : dussions-vous rançonner du remplissage de la terre en or, et autant avec, on ne l'accepterait pas de vous. {Votre refuge est le Feu} ; c'est-à-dire : votre séjour ; {c'est elle qui est votre tutrice} [mawlā : protectrice] qui vous prend en charge et vous rassemble en elle ; {et quelle détestable fin !} le Feu ; Allah, exalté soit-Il, dit : {et celui dont les balances s'allégeront, sa mère sera l'Abîme [hāwiya] — et sais-tu ce que c'est ? un feu brûlant}.
Verset 16
Après la mention de l'état des croyants et des croyantes, des hypocrites et des hypocrites en la demeure dernière — ce qui appelle les cœurs à l'humilité devant leur Seigneur et à la soumission à Sa grandeur —, Allah reprocha aux croyants de ne point le faire : {L'heure n'est-elle pas venue que les cœurs des croyants s'humilient à l'évocation d'Allah et à ce qui est descendu de la vérité ?} ; c'est-à-dire : le temps n'est-il pas venu où s'attendrissent leurs cœurs et s'humilient à l'évocation d'Allah — qui est le Coran — et se soumettent à Ses commandements et Ses interdictions, et à ce qui est descendu de la vérité qu'a apportée Muhammad — paix et bénédiction sur lui ? Cela exhorte à s'appliquer à l'humilité du cœur envers Allah et ce qu'Il a fait descendre du Livre et de la sagesse, à ce que les croyants se remémorent à tout instant les exhortations divines et les règles de la Loi et s'y examinent : {et qu'ils ne soient pas comme ceux à qui le Livre fut donné avant eux, dont le terme fut long} ; c'est-à-dire : qu'ils ne soient pas comme ceux sur qui Allah fit descendre le Livre, qui oblige à l'humilité du cœur et à la soumission entière, puis qui n'y persévérèrent ni ne s'y tinrent : le terme leur fut long, l'insouciance les mena, leur foi s'éteignit et leur certitude partit ; {alors leurs cœurs s'endurcirent, et beaucoup d'entre eux sont pervers}. Les cœurs ont besoin, à tout instant, d'être rappelés à ce qu'Allah a fait descendre et nourris de sagesse ; il ne faut pas s'en désintéresser : c'est une cause de dureté du cœur et de sécheresse de l'œil.
Verset 17
{Sachez qu'Allah fait vivre la terre après sa mort. Nous vous avons exposé les signes, peut-être comprendrez-vous} : les signes montrent aux intelligences les visées divines ; Celui qui fait vivre la terre après sa mort peut faire vivre les morts après leur mort et les rétribuer de leurs œuvres ; Celui qui fit vivre la terre après sa mort par l'eau de la pluie peut faire vivre les cœurs morts par la vérité qu'Il a fait descendre sur Son messager. Ce verset atteste qu'est sans intelligence quiconque n'est pas guidé par les signes d'Allah et ne se soumet pas à Ses lois.
Verset 18
{Ceux et celles qui font charité} [muṣaddiqīn, avec redoublement] ; c'est-à-dire : ceux qui multiplièrent les aumônes légales et les dépenses agréables, {et firent à Allah un beau prêt} : offrant de leurs biens dans les voies des œuvres bonnes, en réserve auprès de leur Seigneur — {il leur sera multiplié} : la bonne action au décuple, jusqu'à sept cents fois, jusqu'à des multiplications nombreuses — {et à eux une noble récompense} : ce qu'Allah leur a préparé au Paradis, ce que les âmes ne connaissent point.
Verset 19
{Et ceux qui croient en Allah et en Ses messagers} — la foi, selon les gens de la sunna, est ce qu'attestent le Livre et la sunna : la parole du cœur et de la langue, l'œuvre du cœur, de la langue et des membres ; cela embrasse toutes les règles de la religion, apparentes et cachées. Ceux qui réunissent [entre] ces choses {sont les véridiques} [ṣiddīqūn] ; c'est-à-dire : ceux dont le rang est au-dessus de la généralité des croyants et au-dessous de celui des prophètes. Sa parole : {et les témoins auprès de leur Seigneur ont leur récompense et leur lumière} — comme le hadith authentique le dit : « Au Paradis sont cent degrés ; entre chaque deux degrés, ce qu'entre le ciel et la terre ; Allah les a préparés à ceux qui luttent dans Son chemin. » Cela implique l'extrême élévation, la hauteur et la proximité d'auprès d'Allah, exalté soit-Il. {Et ceux qui mécroient et traitent de mensonges Nos signes, ceux-là sont les compagnons de la Fournaise}. Ces versets ont rassemblé les catégories de la création : les aumôniers, les véridiques, les témoins et les compagnons de la Fournaise. Les aumôniers : ceux dont [l'essentiel de] l'œuvre fut la bienfaisance envers la création et l'offre du bien au possible de leur pouvoir, surtout par l'utilité des biens dans le chemin d'Allah. Les véridiques : ceux qui parachevèrent les degrés de la foi, l'œuvre bonne, la science profitable et la certitude véridique. Les témoins [shuhadā'] : ceux qui combattirent dans le chemin d'Allah pour élever la parole d'Allah, offrirent leurs vies et leurs biens et furent tués. Les compagnons de la Fournaise : les mécréants qui traitèrent de mensonges les signes d'Allah. Reste une catégorie qu'Allah mentionne dans la sourate Fāṭir : les tempérés [muqtaṣidūn], qui accomplirent les obligations et délaissèrent les interdits, sinon quelque défaillance envers les droits d'Allah et de Ses serviteurs : leur fin est le Paradis, même si certains subissent un châtiment pour partie de ce qu'ils firent.
Verset 20
Allah, exalté soit-Il, informe de la réalité de ce monde, de son terme et du terme des siens : il est {jeu et divertissement} [laʿib wa lahw] : les corps y jouent et les cœurs s'y divertissent. La preuve en est ce qui existe et advient des fils de ce monde : tu les vois avoir tranché les temps de leur vie par le divertissement de leurs cœurs, leur insouciance de l'évocation d'Allah et de ce qui les attend de promesse et de menace, et avoir pris leur religion pour jeu et divertissement — contrairement aux hommes éveillés, ouvriers de l'au-delà : leurs cœurs sont peuplés de l'évocation d'Allah, de Sa connaissance et de Son amour, et ils ont occupé leurs temps aux œuvres qui les rapprochent d'Allah, au bien restreint et au bien dépassant. Sa parole : {et parure} ; c'est-à-dire : parure dans le vêtement, le mets, la boisson, les montures, les demeures et palais, le rang et autre. {et rivalité d'orgueil entre vous} : chacun de ses habitants veut se prévaloir sur l'autre, dominer en ses affaires et avoir la célébrité en ses états. {et accumulation de biens et d'enfants} : chacun veut surpasser l'autre en richesse et progéniture — la preuve en est ce qu'on voit des amants de ce monde, tranquilles en lui ; contrairement à qui a connu le monde et sa réalité, en fit un passage et non un séjour : il concourut à ce qui le rapproche d'Allah, prit les moyens qui le mènent à la demeure de la générosité, et s'il voit qui le concurrence en biens et enfants, il le dépasse par les œuvres bonnes. Puis Il donna du monde l'exemple d'une pluie [ghayth] tombée sur la terre, dont la végétation se mêla, dont mangent hommes et bêtes, jusqu'à ce que la terre prît sa parure [zukhraf] et que sa végétation émerveillât les mécréants, qui n'ont borné regards et ambitions qu'au monde — alors lui vint de l'ordre d'Allah ce qui la détruisit : elle devint sèche et morte, revenue à son premier état, comme si nulle verdure n'y avait poussé ni agréable aspect n'y fut vu. Tel est le monde : tandis qu'il est resplendissant et fleuri pour son possesseur, tout ce qu'il en veut lui vient, toute affaire vers laquelle il se tourne a ses portes ouvertes — voici que le destin l'atteint, le lui ôte de la main et abolit sa maîtrise, ou l'emporte loin de lui : il en partit les mains vides, n'y ayant pris provision que le linceul. Perdition à celui pour qui le monde est le terme de son ambition, l'objet de son œuvre et de son effort ! Quant à l'œuvre pour l'au-delà, elle profite, s'amasse pour son auteur et accompagne le serviteur à jamais. C'est pourquoi Allah, exalté soit-Il, dit : {et dans l'au-delà, un châtiment sévère, et un pardon d'Allah et un agrément} ; c'est-à-dire : l'état de l'au-delà ne sort pas de ces deux : ou bien le châtiment sévère dans le feu de la Géhenne, ses chaînes, ses carcans et ses terreurs, pour qui fit du monde son terme et l'extrême de sa quête, s'enhardit à désobéir à Allah, traita de mensonges Ses signes et mécru de Ses faveurs ; ou bien un pardon d'Allah des méfaits, l'abolition des peines, et un agrément [riḍwān] d'Allah qui fait entrer quiconque Il agrée en la demeure de la satisfaction, pour qui a connu le monde et œuvré pour l'au-delà de son œuvre. Tout cela appelle au détachement du monde et au désir de l'au-delà. C'est pourquoi Il dit : {la vie d'ici-bas n'est que jouissance trompeuse} ; c'est-à-dire : une jouissance dont on jouit, dont on profite, dont on repousse les besoins — où ne se laissent prendre et apaiser que les esprits faibles, que le Trompeur trompe au sujet d'Allah.
Verset 21
Puis Il ordonna de concourir au pardon d'Allah, à Son agrément et à Son paradis : ce qui s'obtient en courant vers les causes du pardon — le repentir sincère, l'imploration profitable, l'éloignement des péchés et de leurs approches — et en devançant vers l'agrément d'Allah par l'œuvre bonne, le souci constant de ce qui satisfait Allah : l'excellence dans l'adoration du Créateur et la bienfaisance envers la création par toutes les formes d'utile. C'est pourquoi Allah mentionna les œuvres qui l'obligent : {et un jardin large comme les cieux et la terre, préparé à ceux qui croient en Allah et en Ses messagers} — et la foi en Allah et Ses messagers embrasse les fondements de la religion et ses branches. {C'est la faveur d'Allah ; Il la donne à qui Il veut} ; c'est-à-dire : ce que Nous vous avons exposé — les voies qui mènent au Paradis et celles qui mènent au Feu, et que la rétribution d'Allah par l'immense salaire et la belle récompense est Sa plus grande faveur et grâce à Ses serviteurs — {et Allah est le Maître de l'immense faveur}, dont nul ne peut dénombrer la louange : Il est tel qu'Il S'est loué Lui-même, et au-dessus de ce que Le loue quiconque de Sa création.
Verset 22
Allah dit, informant de l'universalité de Son décret et de Sa destinée : {Nulle adversité n'atteint la terre, ni vos personnes} : cela embrasse toutes les adversités qui atteignent la création, en bien et en mal : toutes sont inscrites dans la Table préservée, petites et grandes — affaire immense que les intelligences n'embrassent pas, où se perdent les cœurs des doués d'intelligence ; mais elle est aisée pour Allah.
Verset 23
Allah informa Ses serviteurs afin que cette règle s'établisse chez eux et qu'ils y bâtissent ce qui les atteint de bien et de mal : qu'ils ne désespèrent ni ne s'affligent de ce qui leur a échappé et que leurs âmes ont convoité et espéré, sachant que c'est inscrit dans la Table préservée, qui doit nécessairement s'accomplir et advenir, sans moyen de le repousser ; et qu'ils ne se réjouissent pas de ce qu'Allah leur a donné d'une joie d'excès et d'insolence [baṭar wa ashar], sachant qu'ils ne l'ont pas obtenu par leur force et leur puissance, mais par la faveur et la grâce d'Allah : qu'ils s'occupent donc à remercier Celui qui accorde les bienfaits et écarte les rigueurs. C'est pourquoi Il dit : {et Allah n'aime pas tout vantard et hautain} ; c'est-à-dire : arrogant, dur et rude, infatué de lui-même, se glorifiant des bienfaits d'Allah qu'il s'attribue, et que cela fait sortir et détourne ; comme Allah, exalté soit-Il, dit : {et quand Nous lui faisons goûter de Notre miséricorde, il dit : « C'est en science qu'on me l'a donné » ; c'est plutôt une épreuve}.
Verset 24
{Ceux qui sont avares et ordonnent aux hommes l'avarice} : ils réunissent les deux vices, chacun suffisant au mal : l'avarice [bukhl], qui est refuser les droits obligatoires, et l'ordonner aux hommes : leur avarice ne leur a pas suffi, ils l'ont ordonnée aux hommes et les y ont poussés [à] ce vice par parole et acte. Cela procède de leur détournement de l'obéissance de leur Seigneur. {Et quiconque se détourne} de l'obéissance d'Allah ne nuit qu'à lui-même, et ne nuira en rien à Allah : {Allah, Lui, est le Riche, le Digne de louange} : Sa richesse est un inséparable de Son essence ; à Lui la royauté des cieux et de la terre ; c'est Lui qui enrichit Ses serviteurs et les pourvoit ; le Digne de louange, à qui tout nom beau, toute description parfaite et tout acte magnifique, méritant d'être loué, célébré et magnifié.
Verset 25
Allah dit : {Nous avons déjà envoyé Nos messagers avec les preuves} [bayyināt] : les arguments, les attestations et les marques qui indiquent la véracité de ce qu'ils ont apporté, {et fait descendre avec eux le Livre} — nom de genre qui embrasse tous les Livres qu'Allah a fait descendre pour guider la création et lui indiquer ce qui lui profite en sa religion et son monde — {et la balance} : la justice dans les paroles et les actes ; la religion qu'apportèrent les messagers est tout entière justice et équité, en les commandements et interdictions, en les transactions de la création, en les crimes, talions, peines, successions et autre, {afin que les gens se tiennent dans l'équité} : debout dans la religion d'Allah, réalisant leurs intérêts innombrables et innombrables. Cela atteste que les messagers s'accordent sur le fondement de la Loi : se tenir dans l'équité, quand même les formes du juste varient selon les temps et les états. {et fait descendre le fer, en quoi est une force terrible} : les machines de guerre, armes, cuirasses et autre, {et des utilités pour les gens} : ce qu'on voit de son utilité dans les industries, les métiers, les vases, les outils du labour — il est rare qu'existe une chose qui n'ait besoin du fer. {afin qu'Allah sache qui Le secourt, Lui et Ses messagers, dans l'invisible} : Allah, exalté soit-Il, institue le marché de l'épreuve par ce qu'Il a fait descendre du Livre et du fer, pour qu'il paraisse qui Le secourt et secourt Ses messagers en l'état d'invisible, où la foi profite avant le témoignage — l'état où la foi ne sert plus de rien, car elle devient alors nécessaire [inévitable]. {Allah est certes fort, puissant} : rien ne L'empuissante et nul fuyard ne Lui échappe ; parmi Sa force et Sa puissance : qu'Il fit descendre le fer d'où sortent les machines puissantes ; et qu'Il est capable de Se venger de Ses ennemis — mais Il éprouve Ses alliés par Ses ennemis, pour savoir qui Le secourt dans l'invisible. Allah joignit en ce lieu le Livre et le fer, car c'est par ces deux qu'Allah secourt Sa religion et élève Sa parole : par le Livre, où sont l'argument et la preuve, et par le sabre, qui secourt par la permission d'Allah — et l'un et l'autre sont le maintien de la justice et de l'équité, dont on infère la sagesse du Créateur, Sa perfection et la perfection de la Loi qu'Il a légiférée sur les langues de Ses messagers.
Verset 26
Ayant mentionné la prophétie des prophètes en général, Il mentionna, de leur élite, les deux nobles prophètes Noé et Ibrāhīm, en la descendance desquels Allah plaça la prophétie et le Livre : {Nous avons déjà envoyé Noé et Abraham, et établi dans leur descendance la prophétie et le Livre} ; c'est-à-dire : les prophètes antérieurs et postérieurs sont tous de la descendance de Noé et d'Ibrāhīm, sur eux la paix, et tous les Livres descendirent sur la descendance de ces deux nobles prophètes. {Parmi eux} — ceux à qui furent envoyés les messagers — {est un bien guidé} par leur appel, soumis à leur ordre, éclairé de leur guidée, {et beaucoup d'entre eux sont pervers} : sortis de l'obéissance d'Allah et de Ses messagers ; comme Allah, exalté soit-Il, dit : {et la plupart des gens, quand même tu t'y appliquerais, ne sont pas croyants}.
Verset 27
{Puis sur leurs traces, Nous fîmes suivre Nos messagers ; et Nous fîmes suivre Jésus, fils de Marie}. Allah spécifia Jésus, sur lui la paix, car le contexte concerne les chrétiens, qui prétendent suivre Jésus. {et Nous lui donnâmes l'Évangile}, qui est des livres éminents d'Allah, {et Nous plaçâmes dans les cœurs de ceux qui le suivirent douceur et miséricorde} ; comme Allah, exalté soit-Il, dit : {tu trouveras certes les plus hostiles aux croyants les juifs et les associateurs, et tu trouveras certes les plus proches en affection des croyants ceux qui dirent : « Nous sommes chrétiens », parce qu'il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu'ils ne s'enflent pas d'orgueil...}, et les versets suivants. C'est pourquoi les chrétiens avaient, quand ils furent sur la loi de Jésus, sur lui la paix, des cœurs plus tendres que d'autres. {et une monachisme qu'ils inventèrent} : le monachisme [rahbāniyya] est l'adoration : ils inventèrent d'eux-mêmes une adoration, se l'imposèrent et en prirent les obligations, qu'Allah n'écrivit ni n'imposa sur eux — ils s'y engagèrent d'eux-mêmes, visant l'agrément d'Allah. Et malgré cela, {ils ne l'observèrent pas comme il fallait l'observer} : ils n'y tinrent pas et n'en acquittèrent pas les droits, défaillant par deux côtés : par leur invention, et par n'avoir pas tenu ce qu'ils s'imposèrent. Tel est l'état dominant des leurs ; parmi eux est qui se tient droit dans l'ordre d'Allah — c'est pourquoi Il dit : {Nous donnâmes à ceux d'entre eux qui crurent leur récompense} ; c'est-à-dire : ceux qui crurent en Muhammad — paix et bénédiction sur lui — avec leur foi en Jésus : Allah donna à chacun selon sa foi, {et beaucoup d'entre eux sont pervers}.
Verset 28
Cette interpellation peut s'adresser aux gens du Livre qui crurent en Mūsā et Jésus, sur eux la paix : Il leur ordonne d'agir selon leur foi — craindre Allah, délaisser Ses désobéissances et croire en Son messager Muhammad — paix et bénédiction sur lui — ; s'ils le font, Allah leur donnera {une double part de Sa miséricorde} [kiflayn] ; c'est-à-dire : deux parts de salaire : une pour leur foi aux prophètes antérieurs, une pour leur foi en Muhammad. Il se peut aussi que l'ordre soit général, y entrant les gens du Livre et les autres — c'est le plus apparent — : Allah leur ordonna la foi et la crainte pieuse, qui embrasse toute la religion, apparente et cachée, ses fondements et ses branches ; s'ils obéissent à cet immense ordre, [Allah] leur donnera {une double part de Sa miséricorde}, dont nul ne connaît la mesure et la description sinon Allah, exalté soit-Il : un salaire pour la foi, un pour la crainte ; ou un pour obéir aux commandements, un pour éviter les interdictions ; ou le duel exprime la répétition du don, fois après fois. {et Il établira pour vous une lumière par laquelle vous marcherez} ; c'est-à-dire : Il vous donnera science, guidée et lumière pour marcher dans les ténèbres de l'ignorance, et Il vous pardonnera vos méfaits. {Et Allah est le Maître de l'immense faveur} : qu'abonde cette récompense n'étonne pas, de la faveur du Maître de l'immense faveur, dont la faveur couvre les habitants des cieux et de la terre : nulle créature n'est sans Sa faveur un clin d'œil ni moins.
Verset 29
Sa parole : {afin que les gens du Livre sachent qu'ils ne peuvent rien de la faveur d'Allah} ; c'est-à-dire : Nous vous avons exposé Notre faveur et bienfaisance à qui crut d'une foi générale, craignit Allah et crut en Son messager, afin que les gens du Livre sachent qu'ils ne peuvent rien de la faveur d'Allah — qu'ils ne mettent point de limite à Allah selon leurs passions et leurs raisons corrompues, disant : {n'entrera au Paradis que celui qui est juif ou chrétien}, et souhaitant à Allah les vains souhaits. Allah, exalté soit-Il, informa [que] les croyants en Son messager Muhammad — paix et bénédiction sur lui —, les craignants, ont une double part de Sa miséricorde, une lumière et un pardon — au nez des gens du Livre — et qu'ils sachent {que la faveur est en la main d'Allah, Il la donne à qui Il veut}, de ceux que Sa sagesse a décidé de gratifier de Sa faveur. {Et Allah est le Maître de l'immense faveur}, dont nul ne peut évaluer la grandeur. Fin du commentaire de [la sourate al-Ḥadīd. À Allah la louange et la grâce. Et louange à Allah]. * * *