al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān
Verset 1
Elle est médinoise [révélée après l'Hégire]. Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. C'est une remontrance d'Allah à Son prophète Muhammad — paix et bénédiction sur lui — lorsqu'il s'interdit à lui-même sa concubine Māriya ou le miel, par égard pour l'une de ses épouses, dans une histoire bien connue ; Allah [le Très-Haut] fit alors descendre ces versets. {ô le Prophète} — ô toi qu'Allah a gratifié de la prophétie, de la mission et de la révélation —, {pourquoi t'interdis-tu ce qu'Allah t'a permis}, des choses excellentes qu'Allah t'a accordées, à toi et à ta communauté, {cherchant} par cette interdiction {l'agrément de tes épouses ? Et Allah est absolvant, miséricordieux} : c'est une déclaration expresse qu'Allah a absous Son messager, a écarté de lui le blâme et lui a fait miséricorde.
Verset 2
Et cette interdiction émanant de lui devint la cause de l'institution d'une règle générale pour toute la communauté. Le Très-Haut dit : {Allah vous a prescrit de dégager vos serments}, et cela vaut pour tous les serments des croyants : Il vous a institué et fixé ce par quoi vos serments se desserrent avant la violation et ce par quoi ils s'expients après la violation, comme dans Sa parole : {ô vous qui croyez, ne vous interdisez pas les excellentes choses qu'Allah vous a permises, et ne transgressez pas : Allah n'aime pas les transgresseurs...}, jusqu'à : {son expiation est de nourrir dix nécessiteux d'un menu moyen dont vous nourrissez vos familles, ou de les vêtir, ou d'affranchir un cou ; qui n'en trouve pas les moyens, jeûnera trois jours : telle est l'expiation de vos serments quand vous avez juré}. Quiconque s'interdit un licite — nourriture, boisson, concubine — ou jure par Allah de faire ou d'omettre, puis viole ou veut violer son serment, lui incombe cette expiation mentionnée. Sa parole : {et Allah est votre Maître} : le gérant de vos affaires et votre éducateur, de la meilleure éducation, en l'affaire de votre religion et de votre monde et par quoi le mal s'écarte de vous ; c'est pourquoi Il vous a prescrit le dégagement de vos serments, pour que vos engagements soient libérés. {Et Il est le Savant, le Sage}, dont la science embrasse vos apparences et vos secrets, le Sage en tout ce qu'Il crée et statue : c'est pourquoi Il vous institua des lois qu'Il sait conformes à vos intérêts et appropriées à vos états.
Verset 3
Sa parole : {et quand le Prophète confia un récit à l'une de ses épouses} : beaucoup d'exégètes disent qu'il s'agit de Ḥafṣa, la Mère des croyants — qu'Allah l'agrée : le Prophète — paix et bénédiction sur lui — lui confia un récit et lui ordonna de n'en informer personne ; elle le raconta à ʿĀʾisha — qu'Allah l'agrée —, et Allah l'en informa, ce récit qu'elle avait divulgué. Il lui fit connaître — paix et bénédiction sur lui — une partie de ce qu'elle avait dit et en détourna une partie, par générosité et longanimité de sa part — paix et bénédiction sur lui. Elle lui dit : {qui t'en a informé ?} — ce récit qui n'est pas sorti de chez nous. Il dit : {m'en a informé le Savant, le Bien-Informé}, de qui rien de caché n'échappe, qui connaît le secret et le plus caché encore.
Verset 4
Sa parole : {si vous vous repentez toutes deux vers Allah... vos cœurs ont incliné} : l'interlocution s'adresse aux deux nobles épouses Ḥafṣa et ʿĀʾisha — qu'Allah les agrée —, lorsqu'elles furent la cause pour laquelle le Prophète — paix et bénédiction sur lui — s'interdit ce qu'il aimait. Allah leur proposa le repentir, leur adressa une remontrance à ce sujet et les informa que leurs cœurs avaient incliné, c'est-à-dire penché et dévié de ce qui convenait à leurs épouses : la piété, la réserve envers le Messager — paix et bénédiction sur lui —, le respect, et le fait de ne pas lui rendre l'existence difficile. {Et si vous vous liguez contre lui}, si vous vous coalisez pour ce qui lui pèse et que cette conduite se prolonge de votre part, {alors Allah est certes son Maître, ainsi que Gabriel, et les vertueux des croyants, et les anges sont, en outre, des soutiens} : tous sont des auxiliaires du Messager, des partisans. Et quiconque a de tels défenseurs est celui qui est secouru ; et quiconque autre que lui s'oppose à lui est abandonné. Il y a en cela la plus grande vertu et honneur pour le seigneur des messagers : le Créateur fit de Sa propre Personne noble et de l'élite de Sa création les auxiliaires de ce noble messager. Et il y a là, pour les deux nobles épouses, un avertissement qui n'échappe point.
Verset 5
Puis Il les menaça aussi d'une situation extrêmement pénible aux femmes : la répudiation, qui est ce qu'il y a de plus dur pour elles. Il dit : {peut-être son Seigneur, s'il vous répudie, lui donnera en échange des épouses meilleures que vous}, c'est-à-dire : ne vous élevez pas contre lui, car s'il vous répudiait, l'affaire ne se resserre- rait pas sur lui et il ne serait pas contraint par besoin de vous : il trouverait, et Allah lui donnerait en échange des épouses meilleures que vous en religion et en beauté. Cela relève de la condition suspendue qui ne s'est pas réalisée et dont la réalisation n'était pas requise : il ne les répudia point ; et s'il les avait répudiées, ce qu'Allah a décrit de ces épouses vertueuses se serait réalisé — celles qui réunissent la soumission (islām), qui est l'accomplissement des lois visibles, la foi (īmān), qui est l'accomplissement des lois intérieures des croyances et des œuvres du cœur, et la dévotion (qunūt), qui est la permanence et la constance de l'obéissance. {Repentantes} de ce qu'Allah réprouve : Il les décrit comme accomplissant ce qu'Allah aime et se repentant de ce qu'Il réprouve. {Déjà mariées et jamais mariées} : les unes ont déjà été mariées, les autres sont vierges, afin que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — trouve variété dans ce qu'il aime. Quand elles entendirent — qu'Allah les agrée — cette menace et cette éducation, elles s'empressèrent vers l'agrément du messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui — ; cette description leur sied parfaitement, et elles devinrent les meilleures des femmes des croyants. [Il y a là une preuve qu'Allah le Très-Haut ne choisit pour Son messager que les états les plus parfaits et les situations les plus hautes : puisqu'Allah a choisi pour Son messager que les épouses mentionnées demeurent avec lui, cela indique qu'elles sont les meilleures des femmes et les plus accomplies.]
Verset 6
C'est-à-dire : ô vous qu'Allah a gratifiés de la foi ! Levez-vous pour en accomplir les exigences et les conditions : {préservez-vous, vous et vos familles, d'un Feu} décrit par ces traits effroyables. Se préserver soi-même, c'est astreindre son âme à l'ordre d'Allah — accomplir ce qu'Il commande, éviter ce qu'Il interdit — et se repentir de ce qui courrouce Allah et entraîne le châtiment ; préserver la famille et les enfants, c'est les éduquer, les instruire et les contraindre à l'ordre d'Allah. Le serviteur n'est sauf qu'en s'acquittant de ce qu'Allah lui ordonne, pour lui-même et pour ceux qui sont sous son autorité — épouses, enfants et autres relevant de sa tutelle et de sa gestion. Allah décrivit le Feu par ces traits pour détourner Ses serviteurs de la légèreté envers Son ordre : {son combustible : les gens et les pierres}, comme dit le Très-Haut : {vous et ce que vous adorez hors d'Allah êtes le bois de la Géhenne : vous y descendrez}. {Sur lui, des anges rudes, puissants}, à la nature rude, au rugissement terrible : ils épouvantent par leurs voix, terrifient par leur aspect, humilient les compagnons du Feu par leur force, et exécutent en eux l'ordre d'Allah qui leur a imposé le châtiment et rendu obligatoire la dureté du supplice. {Ils ne désobéissent pas à Allah en ce qu'Il leur commande, et font ce qui leur est ordonné} : c'est aussi un éloge des nobles anges, de leur soumission à l'ordre d'Allah et de leur obéissance en tout ce qu'Il leur commande.
Verset 7
C'est-à-dire : les compagnons du Feu seront rangés, au Jour de la résurrection, avec ce reproche, et il leur sera dit : {ô vous qui avez mécru, ne vous excusez pas aujourd'hui} : le temps des excuses est passé et son utilité a cessé ; il ne reste désormais que la rétribution des œuvres — et vous n'avez avancé que la mécréance en Allah, le démenti de Ses signes et la guerre à Ses messagers et à Ses alliés.
Verset 8
Allah a ordonné dans ce verset le repentir sincère [nāṣūḥ : celui qui engage à ne plus revenir au péché], et a promis en échange l'effacement des mauvaises actions, l'entrée aux jardins, la réussite et le salut, quand les croyants, au Jour de la résurrection, s'avanceront à la lumière de leur foi, marcheront à sa clarté, jouiront de son souffle et de son repos, s'inquiéteront quand seront éteintes les lumières données aux hypocrites, et demanderont à Allah de leur parfaire leur lumière : Allah exaucera leur invocation et les fera parvenir, avec leur lumière et leur certitude, aux jardins du délice et à la proximité du Noble Seigneur. Tout cela est un effet du repentir sincère — le repentir général embrassant tous les péchés, que le serviteur voue à Allah, n'y recherchant que la face d'Allah et la proximité de Lui, et auquel il demeure attaché en tous ses états.
Verset 9
Allah très-Haut ordonne à Son prophète — paix et bénédiction sur lui — le combat (jihād) contre les mécréants et les hypocrites, et la fermeté à leur égard en cela. Cela embrasse le combat par l'établissement de la preuve contre eux, leur appel par la belle exhortation et la réfutation des égarements où ils se trouvent, et le combat par les armes et le fait de guerre contre quiconque refuse de répondre à l'appel d'Allah et de se soumettre à Son jugement : contre celui-là on combat et l'on use de dureté ; quant au premier degré, il s'exerce de la meilleure façon. Les mécréants et les hypocrites ont un châtiment en ce monde — Allah donnant pouvoir sur eux à Son messager et à son parti pour les combattre — et le châtiment du Feu dans l'au-delà. {Et quelle mauvaise destination !} — celle où aboutit tout misérable perdant. Ces deux paraboles qu'Allah a proposées pour les croyants et les mécréants ont pour but de leur montrer que le lien du mécréant avec le croyant et sa proximité de lui ne lui profitent en rien, et que le lien du croyant avec le mécréant ne lui nuit en rien s'il s'acquitte de son devoir. Il y a là comme une allusion et un avertissement aux épouses du Prophète — paix et bénédiction sur lui — contre la désobéissance : leur lien avec lui — paix et bénédiction sur lui — ne leur profite en rien si elles font le mal. Il dit :
Verset 10
{Allah a proposé en exemple, pour ceux qui ont mécru, la femme de Noé et la femme de Loth : elles étaient} — les deux femmes — {sous deux de Nos serviteurs vertueux}, Noé et Loth, sur eux la paix, {et elles les trahirent} : dans la religion, en n'étant pas de la religion de leurs époux — tel est le sens de la trahison ici, non la trahison de la lignée ni du lit : jamais l'épouse d'un prophète ne se prostitua, et Allah ne ferait pas d'une épouse de Ses prophètes une prostituée. {Elles ne leur profitèrent} — Noé et Loth — {en rien contre Allah}, c'est-à-dire : en faveur de leurs deux épouses, {et il fut dit} aux deux femmes : {entrez au Feu avec ceux qui entrent}.
Verset 11
{Et Allah a proposé un exemple pour ceux qui ont cru : la femme de Pharaon} — ʿĀsiya fille de Muzāḥim, qu'Allah l'agrée —, {quand elle dit : Seigneur, construis-moi auprès de Toi une maison au Paradis, et sauve-moi de Pharaon et de son œuvre, et sauve-moi du peuple des injustes}. Allah la décrivit par la foi, la supplication à son Seigneur et la demande de l'aspiration suprême : entrer au Paradis et être voisine du Noble Seigneur ; et elle demanda qu'Allah la délivrât de la séduction de Pharaon et de ses œuvres abjectes et de la séduction de tout injuste. Allah l'exauça : elle vécut dans une foi parfaite, une constance entière et une préservation des tentations. C'est pourquoi le Prophète — paix et bénédiction sur lui — dit : « Parmi les hommes, beaucoup atteignirent la perfection ; parmi les femmes, nulles n'y parvinrent sinon Maryam fille de ʿImrān, ʿĀsiya fille de Muzāḥim et Khadīja fille de Khuwaylid ; et la supériorité de ʿĀʾisha sur les femmes est comme la supériorité du tharīd [ragoût de pain et de viande] sur le reste des mets. »
Verset 12
Sa parole : {et Maryam, fille de ʿImrān, qui garda son sexe}, c'est-à-dire le préserva et le protégea de la turpitude, par la perfection de sa piété, sa chasteté et sa pureté ; {alors Nous soufflâmes en elle de Notre esprit} : Gabriel — sur lui la paix — souffla dans l'ouverture de sa tunique, et son souffle parvint à Maryam, d'où (naquit) Jésus — sur lui la paix —, le noble messager et le grand seigneur. {Et elle authentifia les paroles de son Seigneur et Ses Livres} : c'est la décrire par la science et la connaissance, car adhérer aux paroles d'Allah embrasse Ses paroles religieuses et décrétales, et adhérer à Ses Livres exige de connaître ce par quoi l'adhésion se réalise — ce qui n'est qu'en science et en œuvre. C'est pourquoi Il dit : {et elle fut parmi les dévots}, ceux qui persévèrent dans l'obéissance d'Allah, dans la crainte et le recueillement : c'est la décrire par la perfection de l'œuvre, car elle — qu'Allah l'agrée — est une ṣiddīqa [véridique au plus haut degré], et la ṣiddīqiyya est la perfection de la science et de l'œuvre. Achevé [et louange à Allah]. * * *