al-Muyassar — Le Commentaire facilité
Verset 1
Nom de la sourate • Elle fut nommée « Joseph » (Yūsuf) car elle est la seule à rapporter l'histoire complète du prophète de Allah Yūsuf — sur lui la paix —. Des objectifs de la sourate • Exposer l'histoire de Yūsuf avec ses frères, son récit d'une facture admirable, leur machination contre lui, l'épreuve du puits où ils le jetèrent, sa séparation de ses parents et les autres épreuves de sa vie — l'esclavage, la machination de la femme du ministre par la tentation, la prison après l'aisance —, en consolation du Prophète ﷺ du mal reçu des proches et des lointains, et réconfort du croyant pour ce qu'il subit de ses proches en raison de son attachement à la loi de Allah. • Exhorter à la patience des prophètes dans l'épreuve — Yaʿqūb et Yūsuf, sur eux la paix —, la belle issue qui fut la leur après l'épreuve et la patience, la grande bienveillance de Allah envers Ses serviteurs : ce qui nous apparaît comme épreuve est en réalité grâce. • L'appel à l'unicité dans les circonstances les plus critiques, incarné par le prophète de Allah Yūsuf en prison. • Établir que l'interprétation des rêves est une science que Allah donne à qui Il veut de Ses serviteurs, qu'elle relève des fondements de la prophétie et d'une forme de consultation légale ; et signaler que certains rêves portent heureuse annonce ou avertissement. • Passer en revue une partie de l'histoire de la civilisation antique, ses lois et son commerce : l'asservissement du voleur, la condition des prisonniers, le contrôle des mesures, etc. • Tirer la leçon de l'émigration du peuple du prophète vers la ville où il s'établit — Yaʿqūb et les siens —, allusion aux croyants d'émigrer vers la cité prophétique, à la suite de l'hégire du Prophète ﷺ. [Le Commentaire] ﴿Alif-Lām-Rāʾ﴾ : il a déjà été question des lettres détachées au début de la sourate de la Vache. Voici les versets du Livre clair et limpide en ses sens, son licite, son illicite et sa guidée.
Verset 2
Nous avons fait descendre ce Coran en langue arabe, afin que vous —ô Arabes— en compreniez les sens et y œuvriez selon sa guidée.
Verset 3
Nous te récitons —ô Messager— le plus beau des récits en te révélant ce Coran, toi qui, avant sa descente sur toi, étais insouciant de ces histoires, sans rien en savoir.
Verset 4
Rappelle —ô Messager— à ton peuple la parole de Yūsuf à son père : « O mon père, j'ai vu [en songe], onze étoiles, et aussi le soleil et la lune; je les ai vus prosternés devant moi » Ce rêve fut l'heureuse annonce de la hauteur de rang où Yūsuf parviendrait — sur lui la paix — en ce monde et dans l'au-delà.
Verset 5
Yaʿqūb — sur lui la paix — dit à son fils Yūsuf : « O mon fils, dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient un complot contre toi; le Diable est certainement pour l'homme un ennemi déclaré »
Verset 6
« Ainsi ton Seigneur t'a montré ce songe : ainsi t'élira-t-Il et t'enseignera-t-Il l'interprétation des songes des gens et leur issue réelle, et Il parachevera Son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob par la prophétie et la mission, comme Il l'acheva sur tes deux pères Abraham et Isaac. » Ton Seigneur sait le mieux qui élier de Ses serviteurs, et Il est Sage dans la conduite des affaires de Ses créatures.
Verset 7
Il fut, dans l'histoire de Yūsuf et de ses frères, des signes et des preuves de la puissance et de la sagesse de Allah, pour qui s'enquiert de leurs histoires et désire les connaître.
Verset 8
Quand les frères de Yūsuf, de père, dirent entre eux : « Joseph et son frère germain sont plus chers à notre père que nous, qu'il les préfère à nous — nous qui sommes un groupe nombreux ! Notre père est dans une erreur évidente, à les préférer sans raison apparente. »
Verset 9
« Tuez Joseph, ou jetez-le dans une terre inconnue, loin de toute habitation : l'amour de votre père se concentrera sur vous, sans se détourner vers d'autres ; vous serez, après le meurtre ou l'éloignement de Joseph, repentants vers Dieu, implorant le pardon de votre faute. »
Verset 10
Un des frères de Yūsuf dit : « Ne tuez pas Joseph : jetez-le au fond du puits — quelque passant des voyageurs le recueillera et vous serez quittes de lui. Point n'est besoin de le tuer, si vous êtes résolus à faire ce que vous dites. »
Verset 11
Ils dirent — après leur accord pour l'éloigner — : « Ô notre père, qu'as-tu à ne pas nous confier Joseph, alors qu'il est notre frère, que nous lui voulons du bien, le protégeons, le gardons, et lui réservons un conseil sincère ? »
Verset 12
« Envoie-le demain avec nous, quand nous sortirons à nos pâturages : qu'il jouisse, s'égaie et s'amuse — courses licites et semblables —, nous le garderons de tout ce que tu crains pour lui. »
Verset 13
Yaʿqūb dit : « Sa séparation me pèse l'âme quand vous l'emmènerez aux pâturages, et je crains que le loup ne le dévore pendant que vous seriez insoucieux et distraits de lui. »
Verset 14
Les frères de Yūsuf dirent à leur père : « Si le loup le dévore, nous qui sommes un groupe fort, nous sommes alors des perdus : aucun bien en nous, aucune utilité à en attendre. »
Verset 15
Il l'envoya avec eux. Une fois partis avec lui et convenu de le jeter au fond du puits, Nous révélâmes à Yūsuf : « Tu leur annonceras certes, à l'avenir, ce forfait qu'ils commettent contre toi » — sans qu'ils en aient conscience ni le sentent.
Verset 16
Et ils vinrent à leur père au soir, au début de la nuit, pleurant, affichant affliction et désolation.
Verset 17
Ils dirent : « Ô notre père, nous sommes partis courir et tirer à l'arc, et nous avons laissé Joseph auprès de nos provisions et de nos effets — nous n'avons rien négligé pour le garder, nous l'avons laissé en lieu sûr et ne l'avons quitté qu'un instant : le loup l'a dévoré. Tu ne nous croiras pas, même si nous sommes véridiques » — tant son amour pour Yūsuf était fort.
Verset 18
Et ils apportèrent sa tunique tachée d'un sang qui n'était pas le sien, pour attester leur sincérité — elle attestait leur mensonge : la tunique n'était pas déchirée. Leur père Yaʿqūb — sur lui la paix — leur dit : « Il n'en est pas ainsi : votre âme insidieuse vous a enjolivé une grave affaire au sujet de Joseph, et vous l'avez vue belle et l'avez commise. Que la belle patience soit mienne — une patience sans plainte adressée à aucune créature — et c'est vers Dieu que je cherche secours pour porter le mensonge que vous racontez, non par ma force. »
Verset 19
Et une caravane de voyageurs survint : ils envoyèrent leur puisatier, qui, ayant descendu son seau dans le puits, y trouva Yūsuf accroché. Le puisatier exulta d'avoir trouvé un jeune garçon : « Quelle bonne nouvelle ! Voici un garçon précieux ! » Le puisatier et les siens cachèrent Yūsuf aux autres voyageurs et dirent : « C'est une marchandise que nous confions au commerce » — Allah savait ce qu'ils faisaient de Yūsuf.
Verset 20
Et ils le vendirent aux voyageurs pour un prix dérisoire, quelques dirhams — ils le méprisaient, avides de s'en débarrasser : ils ne connaissaient pas son rang auprès de Allah.
Verset 21
Et quand les voyageurs eurent emmené Yūsuf en Égypte, le grand intendant du pays — le ministre — l'acheta, et dit à sa femme : « Traite-le bien, donne-lui chez nous une demeure honorable : peut-être nous sera-t-il utile, ou le tiendrons-nous comme un fils. » De même que Nous sauvâmes Yūsuf et fîmes que le grand intendant d'Égypte l'affectionnât, ainsi l'établîmes-Nous sur terre et le plaçâmes sur les réserves d'Égypte, pour lui enseigner l'interprétation des songes et lui en faire connaître les événements futurs. Allah est dominateur en Son affaire : Son jugement s'accomplit sans que nul ne l'annule — mais la plupart des gens ne savent pas que toute l'affaire est entre les mains de Allah.
Verset 22
Quand Yūsuf atteignit la plénitude de sa force juvénile, Nous lui donnâmes compréhension et science. Tel est le salaire dont Nous rétribuâmes Yūsuf pour sa bienfaisance : ainsi rétribuons-Nous les bienfaisants. Consolation pour le Messager ﷺ.
Verset 23
Et la femme de l'intendant — avec douceur — tenta Yūsuf, qui était dans sa maison : elle l'aimait passionnément pour sa beauté, ferma les portes sur elle et sur lui et dit : « Viens à moi ! » Il dit : « Dieu me préserve ! Je cherche refuge auprès de Lui contre ce à quoi tu m'appelles. Trahirais-je mon maître, qui m'a donné belle demeure et m'a honoré ? Les injustes — qui font ce qui ne leur appartient pas — ne réussissent pas. »
Verset 24
Elle le désirait, certes ; et l'âme de Yūsuf connut l'élan d'y répondre — sans qu'il y cédât —, s'il n'avait vu un signe de son Seigneur le retenait de ce que son âme lui suggérait. Nous le lui fîmes voir pour écarter de lui le mal et la turpitude en toutes ses affaires : il est de Nos serviteurs purifiés, élus pour la mission, sincères dans l'adoration de Allah et Son unicité.
Verset 25
Et ils coururent tous deux à la porte, lui pour sortir, elle pour le saisir : elle lui tira la tunique par derrière pour l'empêcher de sortir et la déchira. Ils trouvèrent son mari à la porte. Elle dit : « Quelle serait la punition de quiconque a voulu faire du mal à ta famille, sinon la prison, ou un châtiment douloureux? »
Verset 26
Yūsuf dit : « C'est elle qui m'a sollicité de cela. » Et un témoin, de la famille de la femme, témoigna depuis le berceau : « Si sa tunique est déchirée par devant, alors elle a dit vrai dans son accusation, et il est au nombre des menteurs.
Verset 27
et si sa tunique est déchirée par derrière, elle a menti, et il est des véridiques. »
Verset 28
Quand le mari vit la tunique de Yūsuf déchirée par derrière, il sut son innocence et dit à sa femme : « Ce mensonge dont tu accuses ce jeune homme est de tes ruses —ô femmes— : votre ruse est immense ! »
Verset 29
« Ô Joseph, tais cette affaire — n'en parle à personne. Et toi, femme, implore le pardon de ta faute : tu fus des fautives en tentant Joseph et en l'accusant faussement. »
Verset 30
Et la nouvelle parvint à des femmes de la cité, qui en parlèrent : « La femme de l'intendant tente son serviteur ! Elle l'appelle à elle : son amour lui a transpercé le cœur — son enveloppe. La voilà dans un égarement manifeste ! »
Verset 31
Quand la femme de l'intendant entendit leur médisance et leur machination contre elle, elle les invita, prépara pour elles des coussins et des mets, donna à chacune un couteau pour découper, puis dit à Yūsuf : « Sors devant elles, (Joseph!) » À sa vue, elles le magnifièrent, saisies par sa beauté : elles se coupèrent les mains en découpant, dans la stupéfaction et l'ébahissement, et dirent, émerveillées : « Dieu préserve ! Ce n'est pas un être humain : sa beauté n'est pas coutumière aux hommes — ce n'est qu'un noble ange ! »
Verset 32
La femme de l'intendant dit aux femmes qui s'étaient coupé les mains : « Voilà celui pour qui m'avez blâmée : je l'ai tenté et il s'est refusé. S'il ne fait pas ce que je lui ordonne à l'avenir, il sera certes emprisonné et réduit à l'humiliation. »
Verset 33
Yūsuf dit, cherchant refuge contre leur mal et leur ruse : « Seigneur, la prison m'est plus chère que ce à quoi elles m'appellent — la turpitude. Si Tu ne détournes pas de moi leur ruse, je céderais et serais des insensés qui commettent le péché par ignorance de ses suites. »
Verset 34
Allah exauça l'appel de Yūsuf et détourna de lui ce que la femme de l'intendant et ses compagnes voulaient de lui comme désobéissance à Allah. Allah est l'Audient de l'invocation de Yūsuf et de toute invocation de Ses créatures, le Savant de la demande, du besoin et de ce qui convient à chacun et à tous.
Verset 35
Puis il parut à l'intendant et aux siens — après les preuves de l'innocence et de la pureté de Yūsuf — de l'emprisonner pour un temps long ou court, afin d'éviter le scandale.
Verset 36
Deux jeunes gens entrèrent en prison avec Yūsuf. L'un dit : « Je me suis vu en songe pressant du raisin pour en faire du vin » ; l'autre : « Je me suis vu portant sur la tête du pain dont les oiseaux mangeaient. Informe-nous —ô Joseph— de l'interprétation de nos songes : nous te voyons parmi les bienfaisants, en ton adoration de Dieu et ton comportement envers Ses créatures. »
Verset 37
Yūsuf leur dit : « Aucune nourriture qui vous est servie ne vous viendra sans que je vous aie informés de son interprétation avant qu'elle ne vous parvienne. Cela, je vous l'enseigne de ce que mon Seigneur m'a enseigné : j'ai cru en Lui, Lui ai réservé l'adoration et me suis écarté de la religion d'un peuple qui ne croit pas en Dieu et nie la résurrection et le compte. »
Verset 38
« Et j'ai suivi la religion de mes pères Abraham, Isaac et Jacob, adorant Dieu seul. Il ne nous appartenait pas de donner un associé à Dieu dans Son adoration : cette unicité fait partie des faveurs de Dieu sur nous et sur les hommes — mais la plupart des gens ne remercient pas Dieu du bienfait de l'unicité et de la foi. »
Verset 39
Et Yūsuf dit aux deux jeunes gens avec lui en prison : « Des divinités créées, multiples, sont-elles meilleures, ou le Dieu Unique, le Dominateur ? »
Verset 40
« Vous n'adorez en dehors de Dieu que des noms sans réalité, que vous et vos pères avez nommés divinités, par ignorance et égarement : Dieu n'a fait descendre à leur sujet ni preuve ni argument. Le jugement n'appartient qu'à Dieu seul, sans associé : Il a ordonné de ne se soumettre et n'adorer que Lui — telle est la religion droite, sans tortuosité ; mais la plupart des gens ne savent pas cela, ignorent sa vérité. »
Verset 41
« Ô mes deux compagnons de prison, voici l'interprétation de vos songes : celui qui s'est vu presser le raisin sera libéré et deviendra l'échanson du roi ; l'autre, qui s'est vu portant du pain sur la tête, sera crucifié et abandonné, et les oiseaux mangeront de sa tête. L'affaire sur laquelle vous m'interrogez est décidée. »
Verset 42
Et Yūsuf dit à celui des deux qu'il savait sauvé : « Mentionne-moi auprès de ton maître le roi, informe-le que je suis détenu injustement, sans faute. » Le diable fit oublier à cet homme de mentionner Yūsuf au roi, et Yūsuf demeura en prison plusieurs années.
Verset 43
Et le roi dit : « Je me suis vu en songe sept vaches grasses que dévorent sept vaches maigres, et sept épis verts et sept autres secs. Ô notables, informez-moi de mon songe, si vous savez l'interpréter. »
Verset 44
Ils dirent : « C'est un mélange de songes confus, sans interprétation ; nous ne savons pas interpréter les songes. »
Verset 45
Et celui des deux compagnons de prison qui avait été sauvé de la mort se souvint, après un temps, de l'affaire de Yūsuf : « Moi, je vous informerai de son interprétation : envoyez-moi à Joseph. »
Verset 46
Arrivé auprès de Yūsuf, il lui dit : « Joseph, ô véridique, interprète-nous le songe des sept vaches grasses dévorées par sept maigres, et des sept épis verts et des autres secs : je retournerai aux gens afin qu'ils sachent l'interprétation — et ton rang et ta valeur. »
Verset 47
Yūsuf dit à son demandeur : « Vous sèmerez sept années consécutives, travaillant avec soin pour l'abondance du rendement. Ce que vous récolterez, laissez-le en épi — sauf la petite part que vous mangerez — : il sera préservé de la vermine et durera davantage. »
Verset 48
« Viendront ensuite sept années de disette qui consommeront tout ce que vous aurez amassé pour elles sauf le peu que vous aurez réservé [comme semence]. »
Verset 49
« Puis viendra après ces années de disette une année où les gens seront secourus par la pluie et où Dieu écartera la dureté, et où ils presseront les fruits, dans l'abondance et la fertilité. »
Verset 50
Et le roi dit à ses aides : « Amenez-moi l'interprète du songe, qu'il sorte de prison. » Quand le messager du roi vint le chercher, Yūsuf lui dit : « Retourne à ton maître le roi et demande-lui d'interroger les femmes qui se coupèrent les mains sur la vérité de leur affaire avec moi — pour que la vérité paraisse à tous et que mon innocence soit manifestée. Mon Seigneur sait parfaitement leurs actes : rien ne Lui échappe. »
Verset 51
Le roi dit aux femmes qui s'étaient coupé les mains : « Qu'en fut-il quand vous tentâtes Joseph ? Avez-vous vu de lui quelque chose de répréhensible ? » Elles dirent : « Dieu préserve ! Nous ne savons de lui aucun mal. » Alors la femme de l'intendant dit : « Maintenant la vérité a paru : c'est moi qui l'ai tenté et il est des véridiques en tout ce qu'il dit. »
Verset 52
« Cette déclaration par laquelle j'ai proclamé l'innocence de Joseph et avoué ma faute, c'est pour qu'il sache que je ne l'ai pas trahi par le mensonge sur lui, et que la turpitude n'eut pas lieu quand même je l'ai tenté — j'avoue pour manifester mon innocence et la sienne. Dieu ne guide pas les traîtres dans leur trahison. »
Verset 53
La femme de l'intendant dit : « Je ne m'innocente pas : l'âme ordonne souvent le mal à son maître, dans la quête de ses plaisirs — sauf qui Dieu préserve. Dieu est Pardonneur des fautes de Ses serviteurs repentis, Miséricordieux envers eux. »
Verset 54
Et le roi d'Égypte, informé de l'innocence de Yūsuf, dit : « Amenez-le-moi : je le prendrai parmi mes intimes et conseillers. » Yūsuf vint, le roi lui parla, connut son innocence, sa grande fidélité et son bon caractère, et lui dit : « Tu as aujourd'hui auprès de nous un rang élevé, et tu es confié en toute chose. »
Verset 55
Yūsuf, voulant le bien des serviteurs et l'établissement de la justice entre eux, dit au roi : « Établis-moi sur les réserves d'Égypte : je suis un gardien fidèle, savant et clairvoyant en ce dont je me chargerai. »
Verset 56
De même que Allah gratifia Yūsuf de la sortie de prison, Il l'établit sur la terre d'Égypte, où il demeurerait où il voudrait. Allah atteint de Sa miséricorde qui Il veut de Ses serviteurs pieux, et ne perd pas la récompense de quiconque fait une part d'œuvre vertueuse.
Verset 57
Et la récompense de l'au-delà est plus grande auprès de Allah que celle de ce monde, pour les gens de foi et de piété qui craignent le châtiment de Allah et Lui obéissent en Ses ordres et interdits.
Verset 58
Et les frères de Yūsuf vinrent en Égypte — après que la disette eut frappé leur pays — pour s'y procurer du grain. Ils entrèrent auprès de lui : il les reconnut, par sa perspicacité et son intelligence, et ils ne le reconnurent pas, vu la durée et le changement de son apparence.
Verset 59
Yūsuf ordonna de les honorer et de bien les recevoir, puis leur donna la nourriture demandée. Ils lui avaient appris qu'ils avaient un frère de père qu'ils n'avaient pas amené — son frère germain Benjamin. Il dit : « Amenez-moi un frère que vous avez de votre père. Ne voyez-vous pas que je donne la pleine mesure et que je suis le meilleur des hôtes? »
Verset 60
« Si vous ne me l'amenez pas, il n'y aura plus de mesure de grain pour vous auprès de moi, et ne m'approchez pas. »
Verset 61
Ils dirent : « Nous emploierons tous nos efforts à persuader son père de l'envoyer avec nous, sans rien négliger. »
Verset 62
Et Yūsuf dit à ses gens : « Placez secrètement le prix de leur marchandise dans leurs bagages — ils le découvriront en revenant aux leurs et apprécieront notre générosité, et reviendront espérant nos dons. »
Verset 63
De retour auprès de leur père, ils lui racontèrent les égards de l'intendant, et dirent : « Il ne nous donnera plus de grain si notre frère n'est pas avec nous — celui que nous lui avons mentionné. Envoie-le avec nous : nous rapporterons la mesure complète et le garderons pour toi. »
Verset 64
Leur père dit : « Vous confierai-je Benjamin, quand je vous ai confié son frère Joseph avant, avec l'engagement de le garder, sans que vous l'ayez tenu ? Je me fie moins à votre engagement qu'à la protection de Dieu — le meilleur des protecteurs, le plus Miséricordieux des miséricordieux : j'espère qu'Il me fera miséricorde, le protègera et me le rendra. »
Verset 65
Quand ils ouvrirent leurs bagages, ils trouvèrent leur marchandise rendue. Ils dirent : « Ô notre père, que demander de plus ? Notre prix nous a été rendu : sois tranquille sur notre frère, envoie-le avec nous — nous rapporterons du grain pour notre famille, garderons notre frère et gagnerons une charge de chameau de plus ; l'intendant accorde à chacun une charge de chameau, mesure aisée pour nous. »
Verset 66
Il leur dit : « Je ne l'enverrai pas avec vous avant que vous me fassiez un engagement par serment au nom de Dieu de me le rendre — sauf si vous en êtes empêchés par la force sans pouvoir le délivrer. » Quand ils lui eurent donné l'engagement de Allah, il dit : « Dieu est garant de ce que nous disons — Son témoignage sur nous et Sa protection nous suffisent. »
Verset 67
Et il dit : « Ô mes fils, n'entrez pas en Égypte par une seule porte : entrez par des portes séparées — de peur que le mauvais œil ne vous atteigne. Je ne peux, par ce conseil, écarter de vous aucun décret de Dieu : le jugement n'appartient qu'à Dieu seul. En Lui je me confie, et que les croyants ne se confient qu'en Lui. »
Verset 68
Ils entrèrent par des portes séparées comme leur père l'avait ordonné — cela ne pouvait écarter d'eux le décret de Allah : ce n'était qu'un scrupule de Yaʿqūb sur eux, craignant le mauvais œil. Yaʿqūb était détenteur d'une grande science de sa religion que Allah lui avait enseignée par révélation — mais la plupart des gens ne savent pas les issues des affaires et leurs subtilités.
Verset 69
Quand les frères de Yūsuf entrèrent chez lui, avec leur frère germain Benjamin, Yūsuf le retint près de lui et lui dit en secret : « Je suis ton frère : ne t'afflige pas de ce qu'ils m'ont fait jadis » — et il lui ordonna de le leur celer.
Verset 70
Quand Yūsuf les eut équipés et chargés leurs chameaux de grain, il ordonna à ses gens de placer dans les bagages de son frère la coupe mesure — à l'insu de tous. Quand ils furent partis, un crieur cria : « Ô caravane chargée de grain : vous êtes des voleurs ! »
Verset 71
Les fils de Yaʿqūb revinrent vers le crieur : « Que manque-t-il ? »
Verset 72
Il dit, avec ses gens : « Il nous manque la mesure du roi. À qui l'apportera : une charge de chameau de grain — et j'en réponds. »
Verset 73
Ils dirent : « Par Dieu, vous savez, par ce que vous avez vu de nous, que nous ne sommes pas venus en Égypte pour y semer la corruption : le vol n'est pas de nos caractères. »
Verset 74
Ils dirent : « Et quelle est la sanction du voleur, si vous êtes menteurs en disant que vous n'êtes pas voleurs ? »
Verset 75
Ils dirent : « La sanction : celui dans les bagages duquel on trouvera l'objet est sa rétribution — il sera remis, pour son vol, à celui de qui il a volé, et deviendra son serviteur. Ainsi rétribuons-nous les injustes voleurs : telle est notre religion et notre règle envers les voleurs. »
Verset 76
Il commença par leurs sacs avant celui de son frère — pour parfaire son plan de garder son frère — puis extraisit la coupe du sac de son frère. Ainsi facilitâmes-Nous à Yūsuf ce stratagème pour prendre son frère : il ne pouvait le retenir selon la loi du roi d'Égypte, qui n'asservit pas le voleur — sauf que la volonté de Allah voulut ce recours à la loi des frères de Yūsuf asservissant le voleur. Nous élevons en degrés qui Nous voulons en ce monde, comme Nous élevâmes le rang de Yūsuf. Et au-dessus de tout détenteur de science il en est un plus savant, jusqu'à ce que la science aboutisse à Allah Très-Haut, le Savant de l'invisible et du visible.
Verset 77
Ils dirent : « S'il a volé, un frère germain a volé avant lui » — visant Yūsuf, sur lui la paix. Yūsuf cacha en lui ce qu'il entendit de leur calomnie, et se dit : « Vous êtes pires que celui que vous citez : ce que vous avez tramé contre moi est plus grave — Dieu sait le mieux le mensonge et la forfaiture que vous décrivez. »
Verset 78
Ils dirent, cherchant à fléchir pour tenir leur engagement envers leur père : « Ô intendant, il a un père très âgé qui l'aime et ne supporte pas son absence : prends l'un de nous à sa place — nous te voyons parmi les bienfaisants envers nous et les autres. »
Verset 79
Il dit : « Dieu nous préserve de prendre quelqu'un d'autre que celui chez qui nous avons trouvé la mesure — ce serait être des injustes. »
Verset 80
Quand ils désespérèrent de l'obtenir, ils s'isolèrent et confèrent entre eux. L'aîné dit : « Ne savez-vous pas que votre père a pris de vous l'engagement solennel au nom de Dieu, et ce que vous avez commis avant contre Joseph ? Je ne quitterai pas la terre d'Égypte jusqu'à ce que mon père me permette de la quitter, ou que Dieu décrète en ma faveur — Il est le meilleur des juges et le plus juste des arbitres entre les hommes. »
Verset 81
« Retournez à votre père et dites : Ô notre père, ton fils Benjamin a volé. Nous n'attestons que ce dont nous sommes certains : nous avons vu la mesure dans ses bagages. Nous n'avions pas la science de l'invisible — que nous savions qu'il volerait quand nous avons pris l'engagement de le rendre. »
Verset 82
« Et interroge —ô notre père— la cité où nous étions et la caravane avec laquelle nous sommes revenus : nous sommes véridiques. »
Verset 83
Il dit : « Non : votre âme insidieuse vous a enjolivé une machination, comme jadis avec Joseph. Que la belle patience soit mienne — peut-être Dieu me rendra-t-Il mes trois fils : Joseph, son frère et l'aîné resté pour son frère. C'est Lui le Savant, le Sage : nul ne connaît Sa sagesse. »
Verset 84
Et il se détourna d'eux, la poitrine serrée par leurs dires, et dit : « Comme je regrette Joseph ! » Et ses yeux blanchirent — perdant leur noir de chagrin —, le cœur débordant d'affliction qu'il retenait.
Verset 85
Ses fils dirent : « Par Dieu, tu ne cesses de te souvenir de Joseph jusqu'à frôler la perdition ou périr : allège-toi. »
Verset 86
Il dit : « Je n'expose mon chagrin et mon affliction qu'à Dieu seul : c'est Lui qui écarte le mal et l'épreuve — et je sais de la miséricorde et du secours de Dieu ce que vous ne savez pas. »
Verset 87
« Ô mes fils, retournez en Égypte vous enquérir de Joseph et de son frère, et ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu : ne désespèrent de la miséricorde de Dieu que les négateurs de Sa puissance, les mécréants. »
Verset 88
Ils retournèrent en Égypte pour la troisième fois. Entrant chez Yūsuf, ils dirent : « Ô intendant, la disette nous a frappés, nous et les nôtres ; nous venons avec une marchandise de peu de valeur : donne-nous en échange ce que tu donnais pour un bon prix, et fais-nous charité en acceptant ces peu valorables dirhams — Dieu rétribue les bienfaiteurs de leurs biens envers les nécessiteux. »
Verset 89
Ému de leur état, il se fit reconnaître : « Vous souvenez-vous de ce que vous fîtes à Joseph et à son frère, en votre ignorance de la conséquence de vos actes ? »
Verset 90
Ils dirent : « Es-tu donc Joseph ? » Il dit : « Je suis Joseph, et voici mon frère. Certes, Allah nous a favorisés. Quiconque craint et patiente... Et très certainement, Allah ne fait pas perdre la récompense des bienfaisants »
Verset 91
Ils dirent : « Par Dieu, Dieu t'a préféré à nous et t'a honoré par la science, la longanimité et la faveur — et nous fûmes fautifs, délibérément, envers toi et ton frère. »
Verset 92
Il dit : « Nul reproche contre vous aujourd'hui : que Dieu vous pardonne — Lui le plus Miséricordieux des miséricordieux envers qui se repent et revient à Son obéissance. »
Verset 93
S'étant informé de son père — la perte de sa vue à force de pleurer —, il leur dit : « Retournez avec ma tunique : jetez-la sur le visage de mon père, il recouvrera la vue ; puis amenez-moi toute votre famille. »
Verset 94
Quand la caravane quitta l'Égypte pour la Syrie, avec la tunique, Yaʿqūb dit aux siens : « Je sens l'odeur de Joseph — si vous ne me teniez pour gâte et ne vous moquiez de moi, croyant que je parle sans conscience. »
Verset 95
Les présents dirent : « Par Dieu, tu persistes dans ton ancien égarement : ton amour de Joseph, ton impossibilité de l'oublier. »
Verset 96
Quand vint l'annonciateur de la vie de Yūsuf, et que la tunique jetée sur son visage lui rendit la vue, comblé de joie il dit : « Ne vous ai-je pas dit que je sais, par Allah, ce que vous ne savez pas? »
Verset 97
Ses fils dirent : « Ô notre père, implore pour nous le pardon et la couverture de nos fautes : nous fûmes fautifs envers Joseph et son frère. »
Verset 98
Il dit : « J'implorerai certes mon Seigneur de vous pardonner : Lui le Pardonneur des fautes de Ses serviteurs repentis, le Miséricordieux envers eux. »
Verset 99
Yaʿqūb et les siens partirent pour l'Égypte vers Yūsuf. Arrivés, Yūsuf accueillit ses parents et dit : « Entrez en Égypte, si Dieu veut, en sécurité contre la disette et tout mal. »
Verset 100
Il fit asseoir ses parents sur son trône à ses côtés, en honneur — ses parents et ses onze frères se prosternèrent : salutation et honneur, non adoration — cela était permis dans leur loi et interdit dans la nôtre, pour couper le prétexte de l'association à Allah. Yūsuf dit : « Ô mon père, voici l'interprétation de mon songe d'autrefois : mon Seigneur l'a rendu véridique. Il m'a gratifié en me sortant de prison et en vous amenant du désert, après que le diable sema la discorde entre moi et mes frères. Mon Seigneur est Subtil en ce qu'Il veut : Lui le Savant des intérêts de Ses serviteurs, le Sage en Ses paroles et actes. »
Verset 101
Puis il invoqua : « Seigneur, Tu m'as donné la royauté d'Égypte et m'as enseigné l'interprétation des songes et autre science. Ô Créateur des cieux et de la terre, Tu es le Gérant de toute mon affaire en ce monde et dans l'au-delà : fais-moi mourir soumis à Toi et joins-moi aux vertueux — prophètes, bons et élus. »
Verset 102
Ce récit de Yūsuf relève des nouvelles de l'invisible que Nous te révélons —ô Messager. Tu n'étais pas présent avec les frères de Yūsuf quand ils tramèrent de le jeter au puits et machinèrent contre lui et son père. Cela atteste ta véracité : Allah te révèle.
Verset 103
Et la plupart des polythéistes de ton peuple —ô Messager— ne te croient pas ni ne te suivent, quand même tu aurais souci de leur foi : ne t'en afflige pas.
Verset 104
Tu ne demandes à ton peuple aucun salaire pour les guider à la foi : ce qui t'a été envoyé — Coran et guidée — est un rappel pour tous les hommes, pour qu'ils s'en rappellent et s'y guident.
Verset 105
Combien de signes attestant l'unicité et la puissance de Allah sont répandus dans les cieux et sur terre — soleil, lune, montagnes, arbres — qu'ils contemplent en s'en détournant, sans les méditer ni en tirer leçon.
Verset 106
Et la plupart d'eux ne croient pas en Allah sans Lui associer dans l'adoration les idoles et statues — Allah est exalté très haut au-dessus de cela.
Verset 107
Sont-ils à l'abri qu'un châtiment de Allah ne les enveloppe en ce monde, ou que l'Heure ne vienne soudain sur eux à leur insu ?
Verset 108
Dis —ô Messager— : « Voici ma voie : j'appelle à Dieu seul, avec preuve et certitude — moi et qui me suit. Et Dieu est sanctifié de tout associé : je ne suis pas de ceux qui associent à Dieu autre que Lui. »
Verset 109
Nous n'avons envoyé avant toi —ô Messager— que des hommes des peuples, à qui Nous révélions — des gens des cités, plus capables de comprendre l'appel et la mission : les bien guidés les croient, les égarés les traitent de menteurs. N'ont-ils pas parcouru la terre pour voir l'issue des démenteurs antérieurs et ce qui les frappa ? Et la rétribution de la Demeure dernière est meilleure que ce monde pour ceux qui croient et craignent leur Seigneur. Ne méditez-vous pas pour vous exhorter ?
Verset 110
Ne hâte pas —ô Messager— la victoire sur tes démenteurs : les messagers avant toi ne recevaient pas une victoire immédiate, pour une sagesse que Nous connaissons. Quand les messagers désespérèrent de la foi de leurs peuples, et que les peuples crurent les messagers menteurs en ce qu'ils annonçaient de Allah, vint Notre secours à Nos messagers au plus fort de l'angoisse : Nous sauvons qui Nous voulons, messagers et suiveurs — et Notre châtiment ne sera pas détourné des criminels qui outrent contre Allah. Consolation pour le Prophète ﷺ.
Verset 111
Dans l'histoire des messagers que Nous t'avons récitée et ce qui frappa les démenteurs, il est une leçon pour les gens aux esprits sains. Ce Coran n'est pas un récit forgé : Nous l'avons fait descendre, attestant la véracité des livres antérieurs et leur origine divine, exposant tout ce dont les serviteurs ont besoin — licite, illicite, aimé, blâmé —, guidant hors de l'égarement, et miséricorde pour les gens de la foi dont les cœurs s'y guident et œuvrent selon ses ordres et interdits.