Coran › Sourate 9 › al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān

al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān

ʿAbd al-Raḥmān al-Saʿdī (m. 1376 H/1956) · Sourate 9 complète · trad. IA non relue

Verset 1

Elle est médinoise. {1 ـ 2} C'est-à-dire : ceci est {barā'atunmina llāhi} [une désaveu de la part d'Allah] et de {rasūlihi} [Son Messager] envers tous les polythéistes liés par traité : ils ont quatre mois pour aller librement sur terre, en sécurité de la part des croyants ; passé ces quatre mois, plus de pacte ni d'engagement pour eux. Cela vaut pour qui avait un pacte absolu, sans terme, ou d'une durée de quatre mois ou moins ; quant à qui avait un pacte d'une durée supérieure à quatre mois, il faut le mener à son terme s'il n'y a pas lieu de craindre sa trahison et qu'il n'a pas pris l'initiative de le rompre. Puis Il avertit les traités pendant la durée de leur traité : même en sécurité, ils ne renderont pas Allah impuissant et ne Lui échapperont pas ; quiconque d'entre eux persiste dans l'association, Allah l'avilira nécessairement. Cela même appelait à entrer dans l'islam — sauf qui s'obstinait, persistait et ne se souciait pas de la menace d'Allah.

Verset 2

Elle est médinoise. {1 ـ 2} C'est-à-dire : ceci est {barā'atunmina llāhi} [une désaveu de la part d'Allah] et de {rasūlihi} [Son Messager] envers tous les polythéistes liés par traité : ils ont quatre mois pour aller librement sur terre, en sécurité de la part des croyants ; passé ces quatre mois, plus de pacte ni d'engagement pour eux. Cela vaut pour qui avait un pacte absolu, sans terme, ou d'une durée de quatre mois ou moins ; quant à qui avait un pacte d'une durée supérieure à quatre mois, il faut le mener à son terme s'il n'y a pas lieu de craindre sa trahison et qu'il n'a pas pris l'initiative de le rompre. Puis Il avertit les traités pendant la durée de leur traité : même en sécurité, ils ne renderont pas Allah impuissant et ne Lui échapperont pas ; quiconque d'entre eux persiste dans l'association, Allah l'avilira nécessairement. Cela même appelait à entrer dans l'islam — sauf qui s'obstinait, persistait et ne se souciait pas de la menace d'Allah.

Verset 3

Voici ce qu'Allah promit aux croyants : secourir Sa religion, élever Sa parole, abandonner leurs ennemis polythéistes qui ont expulsé le Messager et les siens de La Mecque, de la Maison sacrée d'Allah, et les ont bannis de ce du Ḥijāz sur quoi ils avaient prise. Allah secourut Son messager et les croyants jusqu'à la conquête de La Mecque, humilia les polythéistes, et le pouvoir et la victoire passèrent aux croyants sur ces terres. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — ordonna à son muezzin d'appeler au jour du grand pèlerinage — le jour du sacrifice, quand se rassemblent les gens, musulmans et mécréants, de toute la péninsule arabe — à proclamer qu'Allah et Son Messager se désavouent des polythéistes : ils n'ont plus auprès de Lui pacte ni engagement ; où qu'on les trouve, ils seront tués. Et il leur fut dit : n'approchez plus la Mosquée sacrée après cette année-ci ! C'était l'an neuf de l'hégire ; Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq — qu'Allah l'agrée — conduisit le pèlerinage, et ʿAlī ibn Abī Ṭālib — qu'Allah l'agrée —, cousin du Messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui —, proclama la désaveu le jour du sacrifice. Puis Allah — exalté soit-Il — encouragea les polythéistes au repentir et les effraya de persister dans l'association : {fа-in tubtum fa-huwa khayrun lakum wa-in tawallaytum fa-ʿlamū annakum ghayru muʿjizī llāhi} [si vous vous repentez, c'est mieux pour vous ; si vous tournez le dos, sachez que vous ne rendredez pas Allah impuissant], c'est-à-dire ne Lui échapperez pas — vous êtes dans Son emprise, capable de lâcher sur vous Ses serviteurs croyants. {wа bashshiri lladhīna kafarū bi-ʿadhābin alīm} [annonce à ceux qui ont mécru un châtiment douloureux] : douloureux et terrible — en ce bas monde : mise à mort, captivité, bannissement ; et dans l'au-delà : le Feu, et quelle funeste demeure !

Verset 4

C'est-à-dire : ce désaveu total et absolu vaut pour tous les polythéistes, {illā lladhīna ʿāhadtummina l-mushrikīn} [excepté ceux des polythéistes avec qui vous avez conclu un pacte] qui y sont demeurés fidèles et dont rien n'est survenu qui exige la rupture : ils ne vous ont rien retiré ni aidé personne contre vous — à ceux-là, menez leur pacte à son terme, court ou long, car l'islam n'ordonne pas la trahison, mais la fidélité. {inna llāha yuḥibbu l-muttaqīn} [Allah aime les pieux] : ceux qui ont accompli ce qui leur fut ordonné et évité l'association, la trahison et les autres désobéissances.

Verset 5

Allah — exalté soit-Il — dit : {fа-idhа nsalakha l-ashuru l-ḥurum} [quand les mois sacrés expirent], durant lesquels il fut interdit de combattre les polythéistes liés par traité — les quatre mois de libre circulation, et le terme complet pour qui avait un délai plus long —, l'engagement envers eux est résilié. {fа-qtulū l-mushrikīna ḥaythu wajadtumūhum} [tuez les polythéistes où que vous les trouviez], en tout lieu et tout temps ; {wа khudhūhum} [saisissez-les] captifs ; {wа-uḥṣirūhum} [assiégez-les], c'est-à-dire resserrez-les : ne les laissez pas s'étendre dans les terres d'Allah qu'Il a faites lieu d'adoration pour Ses serviteurs — ceux-là ne sont pas dignes de l'habiter et n'en méritent pas un empan, car la terre est la terre d'Allah et eux sont Ses ennemis, hostiles à Lui et à Ses messagers, belligérants voulant vider la terre de Sa religion, alors qu'Allah refuse de ne pas parachever Sa lumière, dussent les mécréants le détester. {wа-qʿudū lahum kulla marṣadin} [et mettez-vous en embuscade contre eux à chaque poste d'observation] : chaque défilé et passage par où ils passent ; persévérez dans leur combat et dépensez-y l'extrême de vos efforts, et ne cessez d'agir ainsi jusqu'à ce qu'ils se repentent de leur association. C'est pourquoi Il dit : {fа-in tābū} [s'ils se repentent] de leur association, {wа aqāmū ṣ-ṣalāta} [accomplissent la prière] selon ses droits, {wа ātaw z-zakāta} [et donnent l'aumône] à ses ayants droit, {fа-khallū sabīlahum} [laissez-les donc aller leur chemin] : laissez-les, qu'ils soient comme vous — ils ont ce que vous avez et sur eux ce qui est sur vous. {inna llāha ghafūrur-raḥīm} [Allah est Pardonneur et Miséricordieux] : Il pardonne l'association même et moins au repentant, et leur fait miséricorde en les guidant au repentir puis en l'acceptant d'eux. Ce verset prouve que quiconque refuse de s'acquitter de la prière ou de l'aumône est combattu jusqu'à s'en acquitter — argument qu'invoqua Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq — qu'Allah l'agrée.

Verset 6

Comme ce qui précède de Sa parole — {fа-idhа nsalakha l-ashuru l-ḥurum fа-qtulū l-mushrikīna ḥaythu wajadtumūhum wa-khudhūhum wa-uḥṣirūhum wa-qʿudū lahum kulla marṣad} [quand les mois sacrés expirent, tuez les polythéistes où que vous les trouviez, saisissez-les, assiégez-les et mettez-vous en embuscade contre eux à chaque poste] — était un ordre général en toutes circonstances et pour toutes leurs personnes, Allah — exalté soit-Il — mentionna que si l'intérêt exige de rapprocher certains d'entre eux, cela est permis, voire obligatoire : {wа in aḥadunmina l-mushrikīni stajāraka} [si l'un des polythéistes te demande protection], c'est-à-dire te demande asile et protection du mal, afin d'entendre la parole d'Allah et de considérer l'état de l'islam, {fа-ajirhu ḥattā yasmaʿa kalāma llāhi} [accorde-la-lui jusqu'à ce qu'il entende la parole d'Allah] ; s'il embrasse l'islam, tant mieux ; sinon, fais-le parvenir en lieu sûr — où il sera en sécurité. La raison en est que les mécréants sont un peuple qui ne sait pas : leur persistance dans la mécréance tient peut-être à l'ignorance, et l'ignorance disparue, ils choisiront l'islam. C'est pourquoi Allah ordonna à Son messager — et sa communauté le suit dans les règles : accorder asile à qui demande à entendre la parole d'Allah. Il y a là un argument explicite pour l'école des gens de la sunna et de la communauté, qui tiennent que le Coran est la parole d'Allah, incréé : c'est Lui qui l'a proféré et l'attribue à Lui-même comme un attribut s'attribue à son sujet ; et nullité de l'école des muʿtazilites et de quiconque soutient que le Coran est créé — que de preuves de la vanité de cette thèse, dont ce n'est pas le lieu !

Verset 7

Voici l'exposé de la sagesse qui exige qu'Allah et Son Messager se désavouent des polythéistes : {kayfa yakūnu li-l-mushrikīna ʿahdun ʿinda llāhi wa-ʿinda rasūlihi} [comment les polythéistes auraient-ils un pacte auprès d'Allah et de Son Messager ?] Ont-ils accompli le devoir de la foi ? Ont-ils épargné le messager d'Allah et les croyants de leur mal ? N'ont-ils pas combattu le vrai et secouru le faux ?! N'ont-ils pas œuvré à la corruption sur terre ?! Il est donc juste qu'Allah se désavoue d'eux et qu'ils n'aient point de pacte auprès de Lui ni de Son messager. {illā lladhīna ʿāhadtum ʿinda l-masjidi l-ḥarāmi} [excepté ceux avec qui vous avez conclu un pacte auprès de la Mosquée sacrée] : le pacte — surtout en ce lieu éminent — leur confère un caractère sacré qu'il faut respecter envers eux : {fа-mā staǫāmū lakum fa-staqīmū lahum inna llāha yuḥibbu l-muttaqīn} [s'ils se tiennent droits envers vous, tenez-vous droits envers eux ; Allah aime les pieux]. C'est pourquoi Il dit :

Verset 8

C'est-à-dire : {kayfa} [comment] les polythéistes auraient-ils auprès d'Allah pacte et engagement, {wа} alors que {in yaẓharū ʿalaykum} [s'ils ont l'avantage sur vous], par la puissance et l'autorité, ils ne vous feront pas miséricorde, {lа yarqubū fīkum illā wa-lā dhimmatan} [sans tenir aucun compte en vous de lien ni d'engagement] : ni pacte ni parenté, ne craignant pas Allah à votre sujet et vous infligeant le pire des châtiments. Tel serait leur traitement de vous s'ils l'emportaient ; et que ne vous illusionne pas leur traitement de vous quand ils vous craignent : {yurḍūnakum bi-afwāhihim wa-ta'bā ǫulūbuhum} [ils vous agréent de leurs bouches, mais leurs cœurs refusent] de pencher vers vous et de vous aimer — ce sont vraiment les ennemis, qui vous détestent sincèrement. {wа aktharuhum fāsiqūn} [la plupart d'entre eux sont pervers] : sans religion ni noblesse.

Verset 9

{ishtaraw bi-āyāti llāhi thamanan ǫalīlā} [ils ont troqué les signes d'Allah contre un vil prix], c'est-à-dire préféré la part immédiate et vile de ce bas monde à la foi en Allah et Son messager et à la soumission aux signes d'Allah ; {fа-ṣaddū} [et ils ont détourné] eux-mêmes et détourné autrui {ʿan sabīlihi innahum sā'a mā kānū yaʿmalūn} [de Sa voie ; certes, mauvais est ce qu'ils œuvraient !]

Verset 10

{lā yarqubūna fī mu'minin illā wa-lā dhimmatan} [ils ne tiennent aucun compte envers un croyant de lien ni d'engagement] : à cause de leur hostilité à la foi et aux siens — c'est la foi qui les rend hostiles et fait qu'ils vous haïssent.

Verset 11

Défendez donc votre religion, secourez-la, prenez pour ennemi qui lui est hostile et pour allié qui la secourt, et faites dépendre le verdict de sa présence et de son absence ; ne faites pas de l'alliance et de l'inimitié une affection naturelle qui suit les penchants du désir, où vous suivriez l'âme qui ordonne le mal. C'est pourquoi [si] {tābū} [ils se repentent] de leur association et reviennent à la foi, {wа aqāmū ṣ-ṣalāta wa-ātaw z-zakāta fa-ikhwānukum fī d-dīni} [accomplissent la prière et donnent l'aumône, ils sont vos frères en religion] : oubliez cette inimitié du temps de leur association, afin que vous soyez les serviteurs sincères d'Allah ; c'est ainsi que le serviteur est serviteur en vérité. Après avoir exposé Ses règles immenses et clarifié d'elles règles, jugement, verdict et sagesse, Il dit : {wа nufaṣṣilu l-āyāti} [Nous détaillons les versets], c'est-à-dire les éclaircissons et les distinguons, {li-qawmin yaʿlamūn} [pour un peuple qui sait] : c'est à eux que le discours s'adresse, par eux que les versets et les règles sont connues, par eux que la religion de l'islam et les lois de la religion furent connues. Ô Allah, fais-nous être du peuple qui sait et agit selon sa science, par Ta miséricorde, Ta générosité, Ta grâce et Ta bienfaisance, ô Seigneur des mondes !

Verset 12

Allah — exalté soit-Il — dit, après avoir dit que si les polythéistes liés par traité y demeurent fidèles, soyez-leur fidèles : {wа in nakathū aymānahum min baʿdi ʿahdihim} [et s'ils violent leurs serments après leur engagement], le rompent et le délient, vous combattent ou aident à vous combattre ou vous retirent quelque chose, {wа ṭaʿanū fī dīnikum} [et attaquent votre religion] : la blâment et s'en moquent — y entrent toutes sortes d'attaques contre la religion ou le Coran. {fа-qātilū a'imdata l-kufr} [combattez donc les chefs de la mécréance] : ses meneurs, les chefs qui attaquent la religion du Miséricordieux et secourent la religion du diable. Il les a nommés spécialement pour l'énormité de leur crime, parce que les autres les suivent, et pour signifier que quiconque attaque la religion et se pose pour la réfuter est des chefs de la mécréance. {innahum lā aymāna lahum} [ils n'ont point de serments] : ni pactes ni engagements qu'ils honoreraient — ils ne cessent d'être traîtres et parjures, on ne peut rien attendre d'eux. {laʿallahum} [puissent-ils], par le combat que vous leur livrez, {yantahūn} [cesser] d'attaquer votre religion — et peut-être y entreront-ils.

Verset 13

Puis Il exhorta à les combattre et échauffa les croyants en rappelant les traits venus de ces ennemis et les caractérisant, qui exigent de les combattre : {a-lā tuqātilūna qawman nakathū aymānahum wa-hammū bi-ikhrāji r-rasūli} [ne combattrez-vous pas un peuple qui a violé ses serments et projeté d'expulser le Messager ?] — celui qu'il faut honorer, révérer et magnifier —, qui a projeté le bannir et l'expulser de sa patrie et œuvré à cela de leur mieux, {wа hum bada'ūkum awwala marratin} [et qui a commencé par vous la première fois] : ils ont rompu les pactes et aidé contre vous — quand les Quraysh, liés par traité, aidèrent les Banū Bakr, leurs alliés, contre les Khuzāʿa, alliés du Messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui —, et combattirent avec eux, comme cela est exposé en détail dans la Sīra. {a-takhshawnahum} [les craignez-vous ?] de ne pas les combattre ? {fа-llāhu aḥaǫǫu an takhawhu in kuntum mu'minīn} [c'est Allah qu'il est plus juste de craindre, si vous êtes croyants] : Allah vous a ordonné de les combattre et l'a rendu des plus contraignant ; si vous êtes croyants, obéissez à l'ordre d'Allah et ne les craignez pas au point de délaisser l'ordre d'Allah.

Verset 14

Puis Il ordonna de les combattre et mentionna les bienfaits qui s'ensuivent — tout cela pour exhorter et stimuler les croyants : {qātilūhum yuʿadhdhibhimu llāhu bi-aydīkum} [combattez-les : Allah les châtiera par vos mains] par la mise à mort, {wа yukhzihim} [et les avilira] quand Allah vous donne la victoire sur eux — ce sont les ennemis dont Il veut et recherche l'avilissement ; {wа yanṣurkum ʿalayhim} [et Il vous secourra contre eux] : promesse d'Allah et bonne annonce, qu'Il a réalisée ; {wа yashfi ṣudūra qawmin mu'minīn} [et Il guérira les poitrines d'un peuple croyant].

Verset 15

{wа yudhhib ghayẓa ǫulūbihim} [et fera partir la fureur de leurs cœurs] : les croyants portent contre eux une telle rancœur et fureur que les combattre et les tuer est une guérison du chagrin et du souci dans les cœurs des croyants, quand ils voient ces ennemis en guerre contre Allah et Son messager, œuvrant à éteindre la lumière d'Allah — et une dissipation de la fureur qui est en vos cœurs. Cela prouve l'amour d'Allah pour les croyants et Sa sollicitude pour leur état : Il a compté parmi les fins de la Loi la guérison de leurs poitrines et le départ de leur fureur. Puis Il dit : {wа yatūbu llāhu ʿalā man yashā'} [et Allah agrée le repentir de qui Il veut], de ces belligérants : en les guidant vers l'islam, le leur enjolivant dans leurs cœurs et leur faisant détester la mécréance, la perversité et la désobéissance. {wа llāhu ʿalīmun ḥakīm} [Allah est Savant et Sage] : Il met chaque chose à sa place et sait qui est apte à la foi et le guide, et qui ne l'est pas et le laisse dans son égarement et sa tyrannie.

Verset 16

Allah — exalté soit-Il — dit à Ses serviteurs croyants, après leur avoir ordonné le djihad : {am ḥasibtum an tutrakū} [ou avez-vous cru qu'on allait vous laisser} sans épreuve et examen, sans ordre par lequel se manifestent le sincère et le menteur ? {wа lammā yaʿlami llāhu lladhīna jāhadū minkum} [qu'Allah n'ait encore reconnu ceux d'entre vous qui ont combattu] — d'une science qui passe de la potentialité au manifeste, pour qu'en découlent récompense et châtiment —, de reconnaître ceux qui combattent dans Sa voie pour élever Sa parole, {wа lam yattakhidhū min dūni llāhi wa-lā rasūlihi wa-lā l-mu'minīna walījatan} [et qui ne prennent pas de confident en dehors d'Allah, de Son messager et des croyants] : pas d'allié parmi les mécréants — ils prennent Allah, Son messager et les croyants pour alliés. Allah a institué le djihad pour que se réalise cette fin suprême : que se distinguent les sincères, qui ne se rangent qu'à la religion d'Allah, des menteurs qui prétendent la foi tout en prenant des confidents et alliés en dehors d'Allah, de Son messager et des croyants. {wа llāhu khabīrunm bimā taʿmalūn} [Allah est parfaitement informé de ce que vous faites] : Il sait ce qui advient et émane de vous ; Il vous éprouve donc de quoi manifester votre réalité véritable, et vous rétribue vos œuvres, bonnes et mauvaises.

Verset 17

Allah — exalté soit-Il — dit : {mā kāna} [il n'appartient pas], c'est-à-dire cela ne convient ni ne sied {li-l-mushrikīna an yaʿmurū masājida llāhi} [aux polythéistes de peupler les mosquées d'Allah] par l'adoration, la prière et les autres obéissances, alors qu'ils sont présents et témoins contre eux-mêmes de leur mécréance — par l'état de leur personne, leur nature première, et la science de beaucoup d'entre eux qu'ils sont dans la mécréance et le faux. S'ils sont {shāhidīna ʿalā anfusihim bi-l-kufr} [témoins contre eux-mêmes de leur mécréance] et de l'absence de foi — condition d'acceptation des œuvres —, comment prétendraient-ils peupler les mosquées d'Allah, alors que leur principe fait défaut et que leurs œuvres sont nulles ?! C'est pourquoi Il dit : {ulā'ika ḥabiṭat aʿmāluhum} [ceux-là, leurs œuvres sont perdues], c'est-à-dire nulles et égarées. {wа fī n-nāri hum khālidūn} [et ils seront dans le Feu à demeure].

Verset 18

Puis Il mentionna qui sont les populateurs des mosquées d'Allah : {innamā yaʿmuru masājida llāhi man āmana bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhir} [ne peuplent les mosquées d'Allah que ceux qui croient en Allah et au Jour dernier] {wа aqāma ṣ-ṣalāta} [accomplissent la prière], obligatoire et surérogatoire, dans l'extérieur et l'intérieur, {wа ātaz-zakāta} [donnent l'aumône] à ses ayants droit, {wа lam yakhsha illā llāha} [et ne craignent qu'Allah] : ils bornent leur crainte à leur Seigneur, s'abstiennent de ce qu'Allah a interdit et ne négligent aucun des droits obligatoires d'Allah. Il les a décrits par la foi profitable, par l'accomplissement des œuvres pies dont la mère sont la prière et l'aumône, et par la crainte d'Allah, racine de tout bien : ceux-là sont les vrais populateurs des mosquées, leurs gens en propre. {fa-ʿasā ulā'ika an yakūnū mina l-muhtadīn} [il se peut que ceux-là soient parmi les bien-guidés] — et « ʿasā » venant d'Allah est de plein droit. Quant à qui ne croit ni en Allah ni au Jour dernier et n'a crainte d'Allah, il n'est ni des populateurs des mosquées d'Allah ni de leurs gens, dût-il le prétendre et le revendiquer.

Verset 19

Lorsque certains musulmans — ou certains musulmans et certains polythéistes — divergèrent sur la prééminence du service de la Mosquée sacrée — construction, prière, adoration — et de l'abreuvement des pèlerins sur la foi en Allah et le combat dans Sa voie, Allah — exalté soit-Il — informa de la différence entre les deux : {a-jaʿaltum siqāyata l-ḥājji} [faites-vous de l'abreuvement des pèlerins], c'est-à-dire leur donner de l'eau de Zamzam — c'est le sens établi quand ce nom est employé absolument — {wа ʿimārata l-masjidi l-ḥarāmi ka-man āmana bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-jāhada fī sabīli llāhi lā yastawūna ʿinda llāhi} [et du service de la Mosquée sacrée l'égal de qui croit en Allah et au Jour dernier et combat dans la voie d'Allah ? Ils ne sont pas égaux auprès d'Allah] : le combat et la foi en Allah dépassent de nombreux degrés l'abreuvement des pèlerins et le service de la Mosquée sacrée, car la foi est la racine de la religion : par elle les œuvres sont acceptées et les qualités purifiées ; et le combat dans la voie d'Allah est le sommet de la religion, [par lequel] la religion islamique est préservée et s'étend, le vrai est secouru et le faux abandonné. Quant au service de la Mosquée sacrée et à l'abreuvement des pèlerins, ce sont certes des œuvres pies, mais elles dépendent de la foi et ne contiennent pas les intérêts de la foi et du combat. C'est pourquoi Il dit : {lā yastawūna ʿinda llāhi wa-llāhu lā yahdī l-qawma ẓ-ẓālimīn} [ils ne sont pas égaux auprès d'Allah ; Allah ne guide pas le peuple injuste], dont l'injustice est le trait, impropre à recevoir quelque bien que ce soit : il ne leur sied que le mal.

Verset 20

Puis Il explicita la prééminence : {alladhīna āmanū wa-hājarū wa-jāhadū fī sabīli llāhi bi-amwālihim} [ceux qui ont cru, émigré et combattu dans la voie d'Allah avec leurs biens] — en dépensant pour le djihad et l'équipement des combattants — {wа anfusihim} [et leurs personnes] — en s'exposant en personne —, {aʿẓamu darajatan ʿinda llāhi wa-ulā'ika humu l-fā'izūn} [ont un degré plus élevé auprès d'Allah, et voilà ceux qui réussissent] : nul n'obtient le recherché ni n'échappe au craint sinon qui se pare de leurs qualités et de leurs mœurs.

Verset 21

{yubashshiruhum rabbuhum} [leur Seigneur leur annonce] — par miséricorde, générosité, bienveillance, sollicitude et amour envers eux — {bi-raḥmatin minhu} [une miséricorde de Sa part], par laquelle Il écarte d'eux les maux et leur procure tout bien ; {wа riḍwānin} [et un agrément] d'eux de Sa part, lequel est le plus grand et le plus excellent des délices du Paradis : Il fait descendre sur eux Son agrément, et ne sera jamais en colère contre eux ; {wа janātin} [et des jardins] {lahum fīhā naʿīmun muqīm} [où est une demeure de délices] : tout ce que désirent les âmes et dont jouissent les yeux, dont nul qu'Allah — exalté soit-Il — ne connaît la description et la mesure — parmi quoi : Allah a préparé à ceux qui combattent dans Sa voie cent degrés, entre chaque deux degrés ce qu'entre le ciel et la terre ; et si toutes les créatures se tenaient dans un seul de ces degrés, il les contiendrait.

Verset 22

{khālidīna fīhā abadā} [y demeurant à jamais] : ils n'en changent pas et n'en cherchent d'autre. {inna llāha ʿindahu ajrun ʿaẓīm} [auprès d'Allah est une immense récompense] : son abondance ne surprend pas de la faveur d'Allah, et sa grandeur et sa beauté n'étonnent pas de Qui dit à la chose : sois, et elle est.

Verset 23

Allah — exalté soit-Il — dit : {yā ayyuhа lladhīna āmanū} [ô vous qui croyez], agissez selon les exigences de la foi : prenez pour alliés qui la réalise et pour ennemis qui ne la réalise pas. {lā tattakhidhū ābā'akum wa-ikhwānakum} [ne prenez pas vos pères et vos frères] — les plus proches des gens pour vous, et les autres à plus forte raison — {awliyā'a in istaḥabbū l-kufr ʿalа l-īmān} [pour alliés s'ils préfèrent la mécréance à la foi] : s'ils choisissent, avec agrément et amour, la mécréance plutôt que la foi. {wа man yatawallahum minkum fa-ulā'ika humu ẓ-ẓālimūn} [quiconque d'entre vous les prend pour alliés, voilà les injustes] : ils ont osé désobéir à Allah et pris les ennemis d'Allah pour alliés — l'alliance a pour racine l'amour et le secours —, car les prendre pour alliés mène à préférer leur obéissance à celle d'Allah, et leur amour à l'amour d'Allah et de Son messager.

Verset 24

C'est pourquoi Il mentionna la cause qui l'exige : l'amour d'Allah et de Son messager doit être préféré à l'amour de toute chose, et toute chose leur être subordonnée : {qul in kāna ābā'ukum} [dis : si vos pères] — et pareillement les mères — {wа ikhwānukum} [et vos frères] de sang et de compagnie, {wа azwājukum wa-ʿashīratukum} [et vos épouses et votre clan], c'est-à-dire vos parentés en général, {wа amwāluni q-tarafitumūhā} [et des biens que vous avez acquis], gagnés au prix de votre peine — nommés expressément car les plus chers à leurs détenteurs, plus convoités que les biens venus sans fatigue ni effort —, {wа tijāratun takhshawna kasādahā} [et un commerce dont vous craignez le déclin], c'est-à-dire la baisse et la perte — ce qui couvre toutes sortes de commerces et de gains : marchandises, monnaies, ustensiles, armes, équipements, grains, cultures, bétail et autres —, {wа masākinu tarḍawnahā} [et des demeures qui vous agréent] par leur beauté, leur ornement et leur convenance à vos goûts. Si ces choses vous sont {aḥabba ilaykum mina llāhi wa-rasūlihi wa-jihādin fī sabīlihi} [plus chères qu'Allah, Son messager et le combat dans Sa voie], vous êtes pervers et injustes : {fа-tarabbaṣū} [attendez donc] ce qui vous atteindra du châtiment, {ḥattā ya'tiya llāhu bi-amrihi} [jusqu'à ce qu'Allah fasse venir Son ordre], auquel nul ne saurait s'opposer. {wа llāhu lā yahdī l-qawma l-fāsiqīn} [Allah ne guide pas le peuple pervers] : ceux qui sortent de l'obéissance à Allah et préfèrent à l'amour d'Allah l'une des choses mentionnées. Ce noble verset est la plus grande preuve de l'obligation d'aimer Allah et Son messager, de les préférer à l'amour de toute chose, et de la terrible menace et du réprobation formelle contre qui tient l'une de [ces] choses mentionnées plus chère qu'Allah, Son messager et le combat dans Sa voie. Le signe : quand deux affaires se présentent — l'une aimée d'Allah et de Son messager mais sans attrait pour son âme, l'autre désirée et convoitée par son âme mais qui fait perdre ou diminuer un bien-aimé d'Allah et de Son messager —, s'il préfère ce que son âme désire à ce qu'Allah aime, cela prouve qu'il est injuste et délaisse son devoir. Allah — exalté soit-Il — rappelle Sa faveur à Ses serviteurs croyants : Sa victoire en maints lieux de rencontre et champs de bataille et de tumulte — jusqu'au jour de Ḥunayn, où la crise fut si dure sur eux, et où ils virent tant de défaillance et de fuite que la terre, malgré son amplitude, leur devint étroite. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui —, après la conquête de La Mecque, apprit que les Hawāzin s'étaient réunis pour le combattre ; il marcha contre eux avec ses compagnons vainqueurs de La Mecque et les nouveaux convertis de La Mecque : ils étaient douze mille, les polythéistes quatre mille. Certains musulmans s'en enorgueillirent : « Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui par petit nombre », dirent certains. Quand ils rencontrèrent les Hawāzin, ceux-ci fondirent sur les musulmans en une seule charge : ils se débandèrent sans que nul ne tînt à personne ; il ne resta avec le Messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui — qu'environ cent hommes, qui tinrent ferme et combattirent les polythéistes, tandis que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — poussait sa mule vers les polythéistes en disant : « Je suis le Prophète, point de mensonge ! Je suis le fils de ʿAbd al-Muṭṭalib ! » Voyant des musulmans ce qu'il vit, il ordonna à al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib — à la voix puissante — d'appeler les auxiliaires et le reste des musulmans : « Ô compagnons de l'arbre ! ô gens de la sourate al-Baqara ! » À sa voix, ils revinrent comme un seul homme et en vinrent aux mains avec les polythéistes : Allah mit ces derniers en déroute totale, et les musulmans s'emparèrent de leur camp, de leurs femmes et de leurs biens.

Verset 25

Tel est le sens de Sa parole : {la-qaḍ naṣarakumu llāhu fī mawāṭina kathīratin wa-yawma ḥunayn} [Allah vous a certes secourus en maints lieux, et au jour de Ḥunayn] — nom du lieu de la bataille entre La Mecque et Ṭā'if — : {idh aʿjabatkum kathratukum fa-lam tughni ʿankum shay'an} [quand votre grand nombre vous a plu, mais ne vous a servi à rien], ni peu ni beaucoup ; {wа ḍāqat ʿalaykumu l-arḍu} [et que la terre vous fut étroite] — du chagrin et de l'angoisse qui vous atteignirent quand vous vous enfuîtes — {bi-mā rahubat} [malgré son amplitude] ; {thumma wallytum mudbirīn} [puis vous tournâtes le dos] en fuite.

Verset 26

{thumma anzala llāhu sakīnatahu ʿalā rasūlihi wa-ʿalā l-mu'minīn} [puis Allah fit descendre Sa quietude sur Son messager et sur les croyants] : la quietude (sakīna) est ce qu'Allah place dans les cœurs au temps des troubles, des secousses et des terreurs, ce qui les affermit, les apaise et les rend sereins — l'une des immenses faveurs d'Allah sur Ses serviteurs. {wа anzala junūdan lам tarawhā} [et Il fit descendre des armées que vous n'avez pas vues] : les anges, qu'Allah fit descendre en aide aux musulmans le jour de Ḥunayn, les affermissant et leur annonçant la victoire. {wа ʿadhdhaba lladhīna kafarū} [et Il châtia ceux qui ont mécru] par la déroute, la mise à mort, et la prise par les musulmans de leurs femmes, enfants et biens. {wа dhālika jazā'u l-kāfirīn} [tel est le salaire des mécréants] : Allah les châtie en ce bas monde, puis les ramène dans l'au-delà vers un dur châtiment.

Verset 27

{thumma yatūbu llāhu min baʿdi dhālika ʿalā man yashā'} [ensuite Allah agrée le repentir, après cela, de qui Il veut] : Allah agréa le repentir de beaucoup de ceux contre qui eut lieu la bataille ; ils vinrent au Prophète — paix et bénédiction sur lui — musulmans et repentants, et il leur rendit leurs femmes et leurs enfants. {wа llāhu ghafūrur-raḥīm} [Allah est Pardonneur et Miséricordieux] : d'un pardon vaste et d'une miséricorde universelle, Il pardonne les péchés immenses aux repentants, leur fait miséricorde en les guidant au repentir et à l'obéissance, passe outre leurs crimes et accepte leur repentir. Que nul ne désespère donc de Sa miséricorde et de Son pardon, dussent ses péchés et ses crimes être innombrables.

Verset 28

Allah — exalté soit-Il — dit : {yā ayyuhа lladhīna āmanū innamā l-mushrikūna} [ô vous qui croyez, les polythéistes] en Allah, qui adorent autre que Lui, {najāsun} [sont impureté] : impurs dans leurs croyances et leurs œuvres. Quelle impureté est plus grande que celle de qui adore avec Allah des divinités qui ne profitent ni ne nuisent ni ne servent à rien, et dont les œuvres sont guerre à Allah, détournement de Sa voie, secours au faux, rejet du vrai et œuvre de corruption sur terre, non de réforme ?! Il vous incombe donc de préserver d'eux les plus nobles et pures des demeures : {fа-lā yaqrabū l-masjida l-ḥarāma baʿda ʿāmihim hādhā} [qu'ils n'approchent plus la Mosquée sacrée après cette année-ci] : l'an neuf de l'hégire, quand Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq conduisit le pèlerinage et que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — envoya son cousin ʿAlī proclamer la désaveu au jour du grand pèlerinage : il cria qu'après cette année nul polythéiste ne pèlerinerait et nul ne tournerait autour de la Maison nu. Il n'est pas question ici de l'impureté du corps : le mécréant est pur du corps comme tout un chacun — preuve qu'Allah — exalté soit-Il — a permis d'épouser et de côtoyer la femme du Livre sans ordonner de laver ce qui en a été touché, et les musulmans n'ont cessé de côtoyer les corps des mécréants sans qu'il soit rapporté d'eux qu'ils les aient tenus pour impurs comme ils tiennent les impuretés ; il s'agit, comme dit plus haut, de leur impureté spirituelle par l'association : de même que l'unification et la foi sont pureté, l'association est impureté. Sa parole : {wа in khiftum} [et si vous craignez], ô musulmans, {ʿīlatan} [l'indigence], c'est-à-dire pauvreté et besoin, d'empêcher les polythéistes d'approcher la Mosquée sacrée — par l'interruption des liens entre vous et eux des affaires de ce monde —, {fа-sawfa yughnīkumu llāhu min faḍlihi} [Allah vous enrichira bientôt de Sa faveur] : la subsistance n'est pas confinée à une porte et un lieu uniques ; une porte ne se ferme jamais sans que bien d'autres s'ouvrent, car la faveur d'Allah est vaste et Sa générosité immense — surtout pour qui délaisse quelque chose pour la face du Très-Généreux : Allah est le plus généreux des généreux. Allah accomplit Sa promesse : Il enrichit les musulmans de Sa faveur et leur déploia des subsistances telles qu'ils furent au nombre des plus riches et des rois. Sa parole : {in shā'a} [s'Il veut] suspend l'enrichissement à Sa volonté, car la richesse en ce bas monde n'est pas inséparable de la foi et n'indique pas l'amour d'Allah : Allah donne ce bas monde à qui Il aime et à qui Il n'aime pas, mais ne donne la foi et la religion qu'à qui Il aime. {inna llāha ʿalīmun ḥakīm} [Allah est Savant et Sage] : Sa science est vaste — Il sait à qui convient la richesse et à qui elle ne convient pas —, Il met chaque chose à sa place et la range à son rang. Ce noble verset — Sa parole : {fа-lā yaqrabū l-masjida l-ḥarāma baʿda ʿāmihim hādhā} [qu'ils n'approchent plus la Mosquée sacrée après cette année-ci] — montre qu'après que les polythéistes furent les rois et chefs de la Maison, puis qu'après la conquête l'autorité revint au Messager d'Allah et aux croyants alors qu'ils demeuraient autour de la Maison et à La Mecque la vénérée, ce verset descendit ; et quand le Prophète — paix et bénédiction sur lui — mourut, il fut ordonné de les bannir du Ḥijāz, pour qu'il n'y restât pas deux religions — le tout pour éloigner tout mécréant de la Mosquée sacrée : cela tombe sous Sa parole : {fа-lā yaqrabū l-masjida l-ḥarāma baʿda ʿāmihim hādhā}.

Verset 29

Ce verset ordonne de combattre les mécréants juifs et chrétiens parmi {alladhīna lā yu'minūna bi-llāhi wa-lā bi-l-yawmi l-ākhir} [ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier] d'une foi authentique qu'attestent leurs faits et leurs œuvres, {wa-lā yuḥarrimūna mā ḥarrama llāhu} [ne déclarent pas interdit ce qu'Allah a interdit] : ils ne suivent pas Sa loi dans l'interdiction des interdits, {wa-lā yadīnūna dīna l-ḥaqqi} [et ne pratiquent pas la religion de la vérité] : ils ne pratiquent pas la religion correcte ; et s'ils prétendent avoir une religion, elle n'est pas la vraie — soit une religion altérée qu'Allah n'a jamais instituée, soit une religion abrogée qu'Allah a instituée puis remplacée par la loi de Muḥammad — paix et bénédiction sur lui —, si bien que s'y maintenir après l'abrogation n'est pas permis. Il ordonna donc de combattre ceux-ci et y exhorta, car ils appellent à ce qu'ils sont, et leur nuisance sur les gens est grande, parce qu'ils sont gens du Livre. Et Il fixa le but de ce combat : {ḥattā yuʿṭū l-jizyata} [jusqu'à ce qu'ils versent la capitation] : l'argent qui sert de compensation à ce que les musulmans s'abstiennent de les combattre et les laissent en sécurité, eux et leurs biens, au milieu des musulmans ; prélevée sur eux chaque année, chacun selon sa condition — riche, pauvre ou aisé —, comme le firent le commandant des croyants ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb et les autres commandants des croyants. Sa parole : {ʿan yadin} [de leur propre main], c'est-à-dire qu'ils la versent dans leur humiliation et leur impuissance, la donnant de leurs mains : ils ne l'envoient pas par un domestique ni autre — elle n'est acceptée que de leurs mains. {wа hum ṣāghirūn} [en état d'abaissement] : s'ils en sont là, demandent aux musulmans de les maintenir sous la capitation, sous les règles et la puissance des musulmans, à l'abri de leur mal et de leur sédition, et se soumettent aux conditions que les musulmans leur imposent — ce qui abolit leur orgueil et leur arrogance et entraîne leur humiliation et leur abaissement —, l'imam ou son délégué doit la leur accorder ; sinon — s'ils ne satisfont pas et ne donnent pas la capitation de leur propre main en état d'abaissement —, il n'est pas permis de les maintenir sous la capitation : on les combat jusqu'à ce qu'ils se soumettent. La majorité s'appuie sur ce verset pour dire que la capitation n'est levée que sur les gens du Livre, car Allah n'a mentionné la capitation que d'eux ; quant aux autres, Il n'a mentionné que de les combattre jusqu'à ce qu'ils deviennent musulmans. On a assimilé aux gens du Livre pour la capitation et le maintien dans les terres musulmanes les mages : le Prophète — paix et bénédiction sur lui — leva la capitation sur les mages de Ḥajar, puis le commandant des croyants ʿUmar la leva sur les Perses mages. On dit aussi que la capitation est levée sur tous les mécréants, gens du Livre et autres, car ce verset descendit après qu'on en eut fini de combattre les Arabes polythéistes et entamé le combat des gens du Livre et semblables : la restriction serait information du réel, sans sens implicite. Le prouve le fait que la capitation fut levée sur les mages, qui ne sont pas gens du Livre, et qu'il est transmis de façon continue des musulmans — compagnons et successeurs — qu'ils appellent ceux qu'ils combattent à l'une des trois : l'islam, la capitation, ou l'épée, sans distinction entre homme du Livre et autre.

Verset 30

Après avoir ordonné de combattre les gens du Livre, Allah mentionna de leurs paroles immondes de quoi échauffer les croyants jaloux de leur Seigneur et de Sa religion, pour les combattre et s'y employer de toutes leurs forces : {wa qālati l-yahūdu ʿuzayrunibnu llāhi} [les Juifs ont dit : ʿUzayr est le fils d'Allah]. Cette parole, sans avoir été celle de leur généralité, fut dite par une fraction d'entre eux — preuve qu'il y a chez les Juifs assez d'immondice et de mal pour les avoir conduits à cette parole où ils ont osé offensé Allah et diminuer Sa grandeur et Sa majesté. On a dit que l'origine de leur prétention qu'ʿUzayr est fils d'Allah : quand les rois eurent prise sur les enfants d'Israël, les mirent en pièces de toutes parts et tuèrent les porteurs de la Torah, ils retrouvèrent ensuite ʿUzayr la connaissant par cœur ou l'essentiel ; il la leur dicta de mémoire et ils la copièrent : ils forgèrent alors sur lui cette prétention abominable. Et les chrétiens dirent : Jésus fils de Marie {ibnu llāhi} [est fils d'Allah]. Allah — exalté soit-Il — dit : {dhālika} [cela], la parole qu'ils ont dite, {qawluhum bi-afwāhihim} [est leur dire de leurs bouches] : ils n'ont dressé ni preuve ni argument — quiconque ne se soucie pas de ce qu'il dit, aucune parole ne surprend de lui : ni religion ni raison ne le retient de dire ce qu'il veut. C'est pourquoi Il dit : {yuḍāhi'ūna} [ils imitent], c'est-à-dire ressemblent, en cette parole, {qawla lladhīna kafarū min qablu} [au dire de ceux qui ont mécru avant eux] : les polythéistes qui disent que les anges sont filles d'Allah — leurs cœurs se sont ressemblés, et leurs paroles se ressemblent dans la vanité. {qātalahumu llāhu annā yu'fakūn} [qu'Allah les combatte ! Comment sont-ils détournés ?] : détournés du vrai, d'un détournement manifeste et clair, vers la parole fausse évidente ?!

Verset 31

Et si cela surprend d'une grande et nombreuse communauté s'accordant sur une parole dont la moindre réflexion, le moindre usage de la raison prouve la vanité, il y a une cause : ils ont pris {aḥbārahum} [leurs docteurs] — leurs savants — {wa-ruhbānahum} [et leurs moines], c'est-à-dire les adorateurs voués au culte, {arbābanmin dūni llāhi} [pour seigneurs en dehors d'Allah] : ils leur déclaraient licite ce qu'Allah a interdit et ils le tenaient pour licite, il leur interdisaient ce qu'Allah a permis et ils le tenaient pour interdit, et ils leur instituaient des lois et des paroles contraires à la religion des messagers, qu'ils suivaient. Ils excédaient aussi dans la vénération de leurs anciens et de leurs ascètes, les magnifiaient, prenaient leurs tombes pour idoles adorées en dehors d'Allah, auxquelles on sacrifiait, qu'on invoquait et dont on implorait le secours. {wa-l-maṣīḥa bna maryama} [et le Messie fils de Marie] : ils le prirent pour divinité en dehors d'Allah — contre l'ordre d'Allah à eux par la langue de Ses messagers : {mā umirū illā li-yaʿbudū ilāhan wāḥidā} [il ne leur fut ordonné que d'adorer une divinité unique] {lā ilāha illā huwa} [point de divinité sauf Lui] : de Lui réserver l'adoration et l'obéissance, de Le spécifier par l'amour, l'invocation — ils rejetèrent l'ordre d'Allah et Lui associèrent ce sur quoi nul argument n'est descendu. {subḥānahu} [gloire à Lui] et exaltation {ʿammā yushrikūn} [au-dessus de ce qu'ils associent] : Sa grandeur est trop haute pour leur association et leur forfait : ils Le diminuent en cela et Le décrivent de ce qui ne sied pas à Sa majesté — Allah — exalté soit-Il — est trop élevé dans Ses attributs et Ses actes pour tout ce qu'on Lui attribue contrairement à Sa perfection sanctifiée.

Verset 32

Une fois établi qu'ils n'ont pour ce qu'ils disent ni preuve ni argument, et que ce n'est qu'une parole dite et un forgerie forgée, Il informa qu'ils {yurīdūna} [veulent] par là {an yuṭfi'ū nūra llāhi bi-afwāhihim} [éteindre la lumière d'Allah avec leurs bouches] : la lumière d'Allah est Sa religion, avec laquelle Il envoya les messagers et fit descendre les Livres ; Allah l'a nommée lumière car on s'en éclaire dans les ténèbres de l'ignorance et des religions vaines : elle est science du vrai et pratique du vrai, et tout le reste en est le contraire. Ces Juifs, chrétiens et polythéistes qui les imitent veulent éteindre la lumière d'Allah par leurs seules paroles, qui n'ont absolument aucun fondement. {wа ya'bа llāhu illā an yutimma nūrahu} [et Allah refuse sauf de parachever Sa lumière] : c'est la lumière éclatante, que toutes les créatures réunies ne sauraient éteindre ; Il tient par Sa main les toupets de tous les serviteurs, et S'est chargé de la préserver de quiconque veut lui nuire. C'est pourquoi Il dit : {wа ya'bа llāhu illā an yutimma nūrahu wa-law kariha l-kāfirūn} [Allah refuse sauf de parachever Sa lumière, dussent les mécréants le détester] : ils s'employèrent de leur mieux à la repousser et l'abolir — leur effort ne nuit en rien au vrai.

Verset 33

Puis Allah — exalté soit-Il — précisa cette lumière dont Il S'est chargé de parachever la préservation : {huwa lladhī arsala rasūlahu bi-l-hudā} [c'est Lui qui a envoyé Son messager avec la guidée] — la science profitable — {wa-dīni l-ḥaqqi} [et la religion de la vérité] — l'œuvre pie. Ce avec quoi Allah envoya Muḥammad — paix et bénédiction sur lui — comprend l'exposé du vrai contre le faux dans les noms d'Allah, Ses attributs et Ses actes, dans Ses règles et Ses informations, l'ordre de tout intérêt profitable aux cœurs, aux âmes et aux corps : la sincérité de la religion pour Allah seul, l'amour d'Allah, Son adoration, l'ordre des nobles caractères, des belles qualités, des œuvres pies et des règles utiles, et l'interdiction de tout ce qui les contredit — mauvaises mœurs et mauvaises œuvres nuisibles aux cœurs, aux corps, à ce monde et à l'au-delà. Il l'envoya donc avec la guidée et la religion de la vérité {li-yuẓhirahu ʿalа d-dīni kullihi wa-law kariha l-mushrikūn} [pour la faire prévaloir sur toute religion, dussent les polythéistes le détester] : l'élever au-dessus de toutes les religions par l'argument et la preuve, le sabre et la lance — dussent les polythéistes le détester, lui dresser des embûches et comploter leur complot : la mauvaise ruse ne nuit qu'à son auteur. La promesse d'Allah sera nécessairement tenue, et ce dont Il S'est porté garant, Il l'assumera.

Verset 34

Voici un avertissement d'Allah — exalté soit-Il — à Ses serviteurs croyants contre beaucoup de docteurs et de moines — savants et adorateurs — qui dévorent les biens des gens par le faux, c'est-à-dire sans droit, et détournent de la voie d'Allah : s'ils reçoivent des pensions des biens des gens, ou que les gens leur offrent de leurs biens pour leur science et leur adoration, pour leur propre guidée et celle des autres, ceux-ci les prennent et détournent les gens de la voie d'Allah — leur prise devient alors gain illicite et injustice ; les gens ne leur ont offert de leurs biens que pour les diriger vers la voie droite. Parmi leur prise des biens des gens sans droit : qu'on leur donne pour les égarer, ou qu'ils jugent contrairement à ce qu'Allah a fait descendre. De ces docteurs et moines, qu'on se garde de ces deux états : leur prise des biens des gens sans droit, et leur détournement des gens de la voie d'Allah. {wа lladhīna yakanizūna dh-dhahaba wa-l-fiḍḍata} [et ceux qui thésaurisent l'or et l'argent], c'est-à-dire les retiennent, {wа lā yunfiqūnahā fī sabīli llāhi} [et ne les dépensent pas dans la voie d'Allah] : les chemins du bien qui conduisent à Allah. Tel est le trésor interdit : les retenir des dépenses obligatoires — en priver l'aumône, les dépenses dues aux épouses ou aux proches, ou la dépense dans la voie d'Allah quand elle est due. {fа-bashshirhum bi-ʿadhābin alīm} [annonce-leur un châtiment douloureux].

Verset 35

Puis Il l'expliqua : {yawma yuḥmā ʿalayhā} [le jour où elles seront portées au rouge], c'est-à-dire leurs biens, {fī nāri jahannama} [dans le feu de la Géhenne] : chaque dinar ou dirham sera chauffé à part, {fа-tukwā bihā jibāhuhum wa-junūbuhum wa-ẓuhūruhum} [et leurs fronts, leurs flancs et leurs dos y seront marqués] au Jour de la Résurrection ; quand ils refroidissent, on les réchauffe — en un jour dont la durée est de cinquante mille ans. Et on leur dira, en blâme et reproche : {hādhā mā kanaztum li-anfusikum fа-dhūǫū mā kuntum takanizūn} [voilà ce que vous avez thésaurisé pour vous-mêmes : goûtez ce que vous thésaurisiez] : Il ne vous a pas lésés ; c'est vous qui vous êtes lésés, et vous avez châtié vos âmes par ce trésor. Dans ces deux versets, Allah mentionne la déviation de l'homme en son bien, de l'une de deux façons : soit le dépenser dans le vain, qui ne lui profite en rien et ne lui vaut que pur dommage — engager les biens dans les désobéissances et les désirs qui n'aident pas à obéir à Allah, et les engager pour détourner de la voie d'Allah ; soit retenir son bien des dépenses obligatoires — et interdire une chose est ordonner son contraire.

Verset 36

Allah — exalté soit-Il — dit : {inna ʿiddata sh-shuhūri ʿinda llāhi} [le nombre des mois auprès d'Allah], dans le décret et la destinée d'Allah, {ithnā ʿashara shahran} [est de douze mois] : ces mois connus, {fī kitābi llāhi} [dans le Livre d'Allah] : dans Son décret éternel, {yawma khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa} [le jour où Il a créé les cieux et la terre] : Il a fait courir leur nuit et leur jour, fixé leurs temps et les a répartis en ces douze mois. {minhā arbaʿatun ḥurum} [dont quatre sont sacrés] : Rajab isolé, Dhū al-Qaʿda, Dhū al-Ḥijja et al-Muḥarram, dits sacrés pour l'accroissement de leur caractère sacré et l'interdiction d'y combattre. {fа-lā taẓlimū fīhinna anfusakum} [ne vous lésiez pas en eux-mêmes] : le pronom peut revenir aux douze mois — Allah a fait savoir qu'Il en a fait des mesures pour les serviteurs, pour qu'ils soient peuplés par Son obéissance, qu'on Le remercie de Sa faveur et de leur mise à disposition pour les intérêts des serviteurs : prenez garde de vous léser en eux —, ou aux quatre sacrés : interdiction de l'injustice en eux particulièrement, avec son interdiction en tout temps, vu l'accroissement de leur caractère sacré et la gravité de l'injustice en eux — y entre l'interdiction d'y combattre selon ceux qui disent que l'interdiction du combat dans les mois sacrés n'a pas été abrogée, en vertu des textes généraux ; d'autres disent qu'elle est abrogée selon la généralité de Sa parole : {wа qātilū l-mushrikīna kāffatan kamā yuqātilūnakum kāffah} [combattez les polythéistes tous ensemble comme ils vous combattent tous ensemble] : combattez toutes sortes de polythéistes et de négateurs du Seigneur des mondes, n'en privilégiez aucun dans le combat, mais prenez-les tous pour ennemis, comme ils vous ont pris, vous les gens de la foi, pour ennemis sans vous épargner aucun mal. {kāffah} peut être un état du pronom : « combattez, vous tous, les polythéistes » — ce qui impliquerait l'obligation de la mobilisation générale des croyants, abrogée selon cette hypothèse par Sa parole : {wа mā kāna l-mu'minūna li-yanfirū kāffah…} [les croyants ne devaient pas partir en masse…] jusqu'à la fin. {wa-ʿlamū anna llāha maʿa l-muttaqīn} [sachez qu'Allah est avec les pieux] : par Son aide, Son secours, Son soutien — empressez-vous de la piété d'Allah dans votre secret et votre public et de vous tenir dans Son obéissance, surtout au combat contre les mécréants : en cet état, le croyant peut délaisser la piété dans son traitement des ennemis belligérants.

Verset 37

Le report (nasī') est ce qu'employaient les gens de l'époque antéislamique pour les mois sacrés. Parmi leurs innovations vaines : voyant qu'ils avaient besoin de combattre à certains moments des mois sacrés, ils jugèrent, de leur avis corrompu, de préserver le compte des mois sacrés où Allah a interdit le combat, en retardant ou avançant certains mois sacrés et mettant à leur place tels mois licites qu'ils voulaient ; une fois la place prise, ils y déclaraient le combat licite et déclaraient sacré le mois licite. C'est, comme Allah l'a déclaré d'eux, un accroissement de leur mécréance et de leur égarement, vu les périls qu'il recèle : — ils l'ont innové de leur propre chef et l'ont mis au rang de la loi d'Allah et de Sa religion, dont Allah et Son messager sont innocents ; — ils ont renversé la religion : déclaré interdit le licite et licite l'interdit ; — ils ont brouillé les cartes sur Allah, prétendument, et sur Ses serviteurs, embrouillé leur religion et usé de tromperie et de ruse dans la religion d'Allah ; — les coutumes contraires à la Loi, si on y persiste, perdent leur laideur aux yeux des âmes, au point qu'on les croit parfois bonnes : d'où l'erreur et l'égarement survenus. C'est pourquoi Il dit : {yuḍillu bihi lladhīna kafarū yuḥillūnahu ʿāman wa-yuḥarrimūnahu ʿāman li-yuwāṭi'ū ʿiddata mā ḥarrama llāhu} [par lui Allah égare ceux qui ont mécru : ils le déclarent licite une année et l'interdisent une autre, pour concorder avec le nombre de ce qu'Allah a interdit], c'est-à-dire s'y conformer en nombre, {li-yuḥillū mā ḥarrama llāhu} [et rendre licite ce qu'Allah a interdit]. {zuyyina lahum sū'u aʿmālihim} [leur a été enjolivée la laideur de leurs œuvres] : les diables leur ont enjolivé les mauvaises œuvres, et ils les ont vues belles à cause de la croyance embellie dans leurs cœurs. {wа llāhu lā yahdī l-qawma l-kāfirīn} [Allah ne guide pas le peuple mécréant] : ceux dont les cœurs sont teints de mécréance et de négation — dussent tous les signes leur venir, ils ne croiraient pas. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 38

Sache qu'une grande partie de cette noble sourate descendit au sujet de l'expédition de Tabūk, quand le Prophète — paix et bénédiction sur lui — appela les musulmans à combattre les Byzantins : la saison était chaude, les vivres rares, la vie dure. Certains musulmans firent preuve d'une lourdeur qui valut le reproche d'Allah — exalté soit-Il — et Son appel à se lever : {yā ayyuhа lladhīna āmanū} [ô vous qui croyez] : n'agirez-vous pas selon les exigences de la foi et les motifs de la certitude — vous empresser vers l'ordre d'Allah, courir vers Son agrément, combattre Ses ennemis, secourir votre religion ? {mā lakum idhā qīla lakum infirū fī sabīli llāhi ththāqaltum ilā l-arḍ} [qu'avez-vous, quand on vous dit : mobilisez-vous dans la voie d'Allah, à vous alourdir vers la terre ?] : vous êtes devenus paresseux, enclins à la terre, au repos et à l'immobilité. {a-raḍītum bi-l-ḥayāti d-dunyā mina l-ākhirati} [êtes-vous satisfaits de la vie de ce monde plutôt que de l'au-delà ?] : votre état n'est que celui de qui se contente de ce bas monde, y court et ne se soucie pas de l'au-delà — comme s'il n'y croyait pas. {fа-mā matāʿu l-ḥayāti d-dunyā} [or la jouissance de la vie de ce monde] qui vous a inclinés et que vous avez préférée à l'au-delà {illā ǫalīl} [n'est que peu] : Allah ne vous a-t-Il pas donné des raisons pour peser les choses ? Laquelle mérite le plus la préférence ?! Ce bas monde, du début à la fin, n'a-t-il aucune proportion avec l'au-delà ?! Qu'est la courte vie de l'homme au regard du monde, pour qu'il en fasse la fin dernière, sans fin au-delà, et borne son effort, sa peine, son souci et sa volonté à la brève vie d'ici-bas, remplie d'ampleurs et chargée de périls ?! Quel avis vous a fait la préférer à la demeure dernière, qui rassemble toute félicité, où sont ce que désirent les âmes et dont jouissent les yeux, vous y demeurant à jamais ?! Par Allah, nul n'a préféré ce bas monde à l'au-delà chez qui la foi s'est installée dans le cœur, ni qui a un jugement solide, ni qui compte parmi les doués d'intelligence.

Verset 39

Puis Il les menaça de ne pas partir : {illā tanfirū yuʿadhdhibkum ʿadhāban alīman} [si vous ne partez pas, Il vous châtiera d'un châtiment douloureux] en ce bas monde et dans l'au-delà : ne pas répondre à la mobilisation générale est parmi les péchés majeurs qui entraînent le plus dur châtiment, vu ses graves dommages : le retardataire a désobéi à Allah — exalté soit-Il —, enfreint Son interdit, n'a pas aidé à secourir la religion d'Allah, ni défendu le Livre d'Allah et Sa loi, ni aidé ses frères musulmans contre un ennemi qui veut les exterminer et abolir leur religion ; peut-être d'autres, faibles de foi, l'ont-ils imité, et peut-être a-t-il sapé le courage de ceux qui se levaient pour combattre les ennemis d'Allah. Celui qui est ainsi mérite la terrible menace d'Allah : {illā tanfirū yuʿadhdhibkum ʿadhāban alīman wa-yastabdil qawman ghayrakum} [si vous ne partez pas, Il vous châtiera d'un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple] — qui ne sera pas comme vous. {wа lā taḍurrūhu shay'an} [et vous ne Lui nuirez en rien] : Il S'est chargé de secourir Sa religion et d'élever Sa parole — que vous obéissiez à l'ordre d'Allah ou que vous le rejetiez derrière vous. {wа llāhu ʿalā kulli shay'in qadīr} [Allah est capable de toute chose] : rien de ce qu'Il veut ne Lui échappe, nul ne Le vainc.

Verset 40

C'est-à-dire : si vous ne secourez pas Son messager Muḥammad — paix et bénédiction sur lui —, Allah Se passe de vous et vous ne Lui nuisez en rien : Il le secourut dans la plus petite occasion et l'honora, {idh akhrajahu lladhīna kafarū} [quand ceux qui ont mécru l'ont fait sortir] de La Mecque : ils projetèrent de le tuer, s'y employèrent et s'y appliquèrent de toutes leurs forces, au point de le contraindre à sortir. {thānī ithnayn} [deux d'entre eux] : lui et Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq — qu'Allah l'agrée. {idh humā fī l-ghār} [quand ils étaient dans la grotte] : après avoir fui La Mecque, ils se réfugièrent dans la grotte de Thawr au bas de La Mecque et y demeurèrent jusqu'à ce que se refroidisse la recherche ; ils étaient dans cette situation critique, dure et pénible, les ennemis déployés de tous côtés pour les tuer, quand Allah fit descendre sur eux de Son secours ce qui dépasse l'imaginable. {idh yaqūlu} [quand il disait] — le Prophète, paix et bénédiction sur lui — {li-ṣāḥibihi} [à son compagnon] Abū Bakr, attristé et fort inquiet : {lā taḥzan inna llāha maʿanā} [ne t'attriste pas, Allah est avec nous] : par Son aide, Son secours, Son soutien. {fа-anzala llāhu sakīnatahu ʿalayhi} [Allah fit alors descendre Sa quietude sur lui] : la stabilité, la sérénité et le calme qui affermissent le cœur — c'est pourquoi, quand son compagnon s'inquiéta, il l'apaisa : « Ne t'attriste pas, Allah est avec nous. » {wа ayyadahu bi-junūdin lам tarawhā} [et le fortifia par des armées que vous n'avez pas vues] : les nobles anges, qu'Allah fit ses gardes. {wа jaʿala kalimata lladhīna kafarū s-suflā} [et rendit la parole de ceux qui ont mécru la plus basse] : abattue et abandonnée — les mécréants [étaient] pleins de morgue, se croyant capables de tuer le Messager — paix et bénédiction sur lui —, rongés de haine contre lui ; ils y épuisèrent leurs forces, Allah les abandonna et ne leur fit pas atteindre leur but — ils n'en obtinrent rien — et secourut Son messager en le protégeant : tel est le secours mentionné ici. Le secours est de deux sortes : le secours des musulmans qui espèrent de leur ennemi qu'Allah leur accorde ce qu'ils demandent et visent, qu'ils dominent leur ennemi et l'emportent ; et le secours de l'opprimé en qui son ennemi puissant a espéré : le secours d'Allah est de repousser son ennemi et de le défendre — ce secours est peut-être le plus utile des deux ; le secours d'Allah à Son messager quand les mécréants le firent sortir, deux d'entre eux, est de ce type. Sa parole : {wа kalimatu llāhi hiya l-ʿulyā} [et c'est la parole d'Allah qui est la plus haute] : Ses paroles de décret et Ses paroles de religion sont les hautes au-dessus de la parole d'autrui — parmi elles : {wа kāna ḥaqqan ʿalaynā naṣru l-mu'minīn} [il Nous incombait de secourir les croyants] ; {innā la-naṣuru rusulanā wa-lladhīna āmanū fī l-ḥayāti d-dunyā wa-yawma yaqūmu l-ashhād} [Nous secourrons certes Nos messagers et ceux qui croient, dans la vie présente et au jour où se lèvent les témoins] ; {wа inna jundanā la-humu l-ghālibūn} [et Nos armées seront certes les victorieuses] : la religion d'Allah est la manifeste, élevée sur toutes les religions, par les arguments clairs, les signes éclatants et le pouvoir qui la secourt. {wа llāhu ʿazīz} [Allah est Puissant] : nul ne Le vainc, nul fugitif ne Lui échappe ; {ḥakīm} [Sage] : Il met chaque chose à sa place et diffère le secours de Son parti à un autre temps que Sa sagesse exige. Dans ce noble verset : le mérite d'Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq, par une prérogative qu'aucun autre de cette communauté n'a eue : remporter cet éminent honneur et cette belle compagnonnage — les musulmans sont d'accord que c'est lui que vise ce noble verset ; c'est pourquoi ils comptent mécréant qui nie la compagnonnage d'Abū Bakr au Prophète — paix et bénédiction sur lui —, car il nie le Coran qui l'explicite. S'y trouve aussi le mérite de la quietude : elle fait partie de la faveur parfaite d'Allah sur Son serviteur aux temps de dureté et de peur qui font s'affoler les cœurs, et elle est proportionnée à la connaissance du serviteur de son Seigneur, à sa confiance en Sa promesse véridique, à sa foi et à son courage. S'y trouve que la tristesse peut atteindre l'élite des serviteurs d'Allah, les véridiques — quoiqu'il vaille mieux, quand elle atteint le serviteur, de s'employer à la faire partir, car elle affaiblit le cœur et mine la résolution.

Verset 41

Allah — exalté soit-Il — dit à Ses serviteurs croyants, pour les échauffer vers la mobilisation dans Sa voie : {infirū khifāfan wa-thiǫālā} [partez, légers et lourds] : dans la difficulté et l'aisance, l'entrain et la répugnance, le chaud et le froid, en toutes circonstances. {wа jāhidū bi-amwālikum wa-anfusikum fī sabīli llāhi} [et combattez avec vos biens et vos personnes dans la voie d'Allah] : employez-y votre effort et épuisez-y votre capacité, en biens et en personnes. Preuve que, de même que le combat de la personne est obligatoire, celui des biens l'est [aussi] quand le besoin l'exige et l'appelle. Puis Il dit : {dhālikum khayrun lakum in kuntum taʿlamūn} [cela est meilleur pour vous, si vous savez] : le combat de la personne et du bien vaut mieux pour vous que de vous tenir en retrait, car il y a l'agrément d'Allah — exalté soit-Il —, l'accès aux degrés élevés auprès de Lui, le secours de la religion d'Allah, et l'entrée dans le nombre de Ses armées et de Son parti.

Verset 42

{lаw kāna} [si cela avait été] une sortie pour un butin proche ou un profit mondain facile à saisir, ou un voyage {safaran ǫāṣidan} [modéré], proche et aisé, {lа-ttabaʿūka} [ils t'auraient suivi], vu l'absence de grande peine ; {wа lākin baʿudat ʿalayhimu sh-shuqqatu} [mais la distance leur a paru longue] : le trajet leur a semblé long et le voyage dur — voilà pourquoi ils se sont alourdis. Ce n'est pas là un signe de la servitude : le vrai serviteur est celui qui sert son Seigneur en tout état, qui s'acquitte de l'adoration aisée et pénible : celui-là est le serviteur d'Allah en toute circonstance. {wа sa-yaḥlifūna bi-llāhi lawi staṭaʿnā la-kharajnā maʿakum} [ils jureront par Allah : si nous avions pu, nous serions sortis avec vous] : ils jureront que leur retard a une excuse et qu'ils ne le pouvaient pas, {yuhlikūna anfusahum} [ils perdent leurs âmes] à rester assis, mentir et dire autre chose que le réel. {wа llāhu yaʿlamu innahum la-kādhibūn} [et Allah sait qu'ils sont menteurs]. Ce reproche s'adresse aux hypocrites restés en arrière du Prophète — paix et bénédiction sur lui — lors de l'expédition de Tabūk, qui produisirent les fausses excuses qu'on sait ; le Prophète — paix et bénédiction sur lui — leur pardonna sur leur simple excuse, sans les éprouver pour distinguer le sincère du menteur ; Allah le lui reprocha de s'être empressé d'accepter leur excuse :

Verset 43

Allah — exalté soit-Il — dit à Son messager — paix et bénédiction sur lui : {ʿafā llāhu ʿanka} [qu'Allah te pardonne] : Il t'a excusé et pardonné ce que tu as fait. {lima adhinta lahum} [pourquoi leur as-tu donné permission] de rester, {ḥattā yatabayyana laka lladhīna ṣadaqū wa-taʿlama l-kādhibīn} [avant que ne te soient manifestes ceux qui disent vrai et que tu connaisses les menteurs] : en les éprouvant, pour que te soit clair le sincère du menteur, et que tu excuses qui mérite l'excuse, à la différence de qui ne la mérite pas.

Verset 44

Puis Il informa que les croyants en Allah et au Jour dernier ne demandent pas permission d'abandonner le combat avec leurs biens et leurs personnes : le désir du bien et la foi qu'ils portent les portent au combat sans que personne ait à les y exhorter — combien plus leur demanderait-on permission de l'abandonner sans excuse ! {wа llāhu ʿalīmun bi-l-muttaqīn} [Allah connaît bien les pieux] : Il les rétribue de leur piété ; parmi Sa science des pieux, Il a dit que l'un de leurs signes est qu'ils ne demandent pas permission d'abandonner le combat.

Verset 45

{innamā yasta'dhanuka lladhīna lā yu'minūna bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhir wa-rtābat ǫulūbuhum} [ne demandent permission que ceux qui ne croient pas en Allah ni au Jour dernier, et dont les cœurs doutent] : ils n'ont ni foi complète ni certitude sincère — voilà pourquoi leur désir du bien fut faible, ils furent lâches au combat, et eurent besoin de demander permission de l'abandonner. {fа-hum fī raybihim yataraddadūn} [ils demeurent dans leur doute, indécis].

Verset 46

Allah — exalté soit-Il — dit, exposant que les hypocrites retardataires ont montré des indices prouvant qu'ils n'ont nullement voulu sortir, et que leurs excuses sont vaines : l'excuse est l'empêchement qui survient quand le serviteur a donné sa capacité et œuvré aux causes de la sortie, puis qu'un empêchement légal le retient — celui-là est excusé. Quant à ces hypocrites, s'ils avaient {arādū l-khurūja la-aʿaddū lahu ʿuddatan} [voulu sortir, ils auraient préparé son équipement], se seraient préparés et auraient fait ce qu'ils pouvaient des causes ; mais ils ne l'ont pas préparé : on sait qu'ils n'ont pas voulu sortir. {wа lākin kariha llāhu inbiʿāthahum} [mais Allah a répugné leur départ] avec vous à l'expédition, {fа-thabbaṭahum} [et les a retenus] — par décret et destinée : Il leur avait certes ordonné et exhorté de sortir et les en avait rendus capables, mais dans Sa sagesse Il n'a pas voulu les aider : Il les a abandonnés et retenus. {wа qīla qʿudū maʿa l-qāʿidīn} [et il fut dit : restez avec ceux qui restent] — les femmes et les excusés.

Verset 47

Puis la sagesse : {lаw kharajū fīkum mā zādūkum illā khabālā} [s'ils étaient sortis avec vous, ils n'auraient ajouté chez vous que discorde], c'est-à-dire défaillance ; {wа la-aḍaʿū khilālakum} [et ils se seraient infiltrés parmi vous] : ils auraient œuvré à la sédition et au mal entre vous, dispersé votre communauté réunie. {yabghūnakumu l-fitnata} [ils cherchent à vous séduire] : ils sont avides de vous séduire et de jeter l'inimitié entre vous ; {wа fīkum} [et parmi vous] sont des gens aux raisons faibles, {sammāʿūna lahum} [tout oreilles pour eux] : répondant à leur appel et s'y laissant prendre. S'ils sont avides de vous faire défection, de jeter le mal entre vous et de vous détourner de vos ennemis, et que parmi vous il en est qui les accueillent et consultent leurs conseils — que penser du mal résultant de leur sortie avec les croyants et de la grande défaillance venant d'eux ?! Allah eut donc la sagesse parfaite de les retenir et de les empêcher de sortir avec Ses serviteurs croyants, par miséricorde envers eux et bienveillance : de laisser pénétrer en eux ce qui ne leur profite pas mais leur nuit. {wа llāhu ʿalīmun bi-ẓ-ẓālimīn} [Allah connaît bien les injustes] : Il enseigne à Ses serviteurs comment s'en méfier et leur expose les corruptions nées de les fréquenter.

Verset 48

Puis Il mentionna qu'ils ont des antécédents dans le mal : {la-qadib taghawu l-fitnata min qablu} [ils ont certes cherché la sédition auparavant], quand vous avez émigré à Médine : ils ont dépensé leur effort, {wа qallabū laka l-umūra} [et retourné pour toi les affaires] : brassé les idées et manœuvré des ruses pour abolir votre appel et abandonner votre religion, sans y faiblir, {ḥattā jā'a l-ḥaǫǫu wa-ẓahara amru llāhi wa-hum kārihūn} [jusqu'à ce que vînt le vrai et que l'ordre d'Allah parût, à leur grand déplaisir] : leur complot échoua et leur faux s'évanouit. Ils méritent donc qu'Allah mette en garde contre eux Ses serviteurs croyants, et que les croyants ne se soucient pas de leur retard.

Verset 49

C'est-à-dire : parmi ces hypocrites, tel demande permission de rester et s'excuse d'une autre excuse étonnante : {idhan lī} [permets-moi] de rester, {wа lā taftinnī} [et ne me mets pas à l'épreuve] en sortant : si je sors et vois les femmes des Byzantins, je ne pourrai me retenir — ainsi parla al-Jadd ibn Qays ; son but — qu'Allah le rende vil — était l'ostentation et l'hypocrisie : faire valoir une intention louable — ma sortie serait tentation et exposition au mal, mon repos un préservatif et une abstention du mal. Allah — exalté soit-Il — dit, dénonçant le mensonge de cette parole : {alā fī l-fitnati saqaṭū} [certes, c'est dans la tentation qu'ils sont tombés] : même à supposer ce diseur sincère dans son intention, rester recèle une immense corruption et une tentation majeure assurée : désobéir à Allah et à Son messager, oser le grand péché et l'énorme forfait ; quant à sortir, sa corruption est minime en comparaison — et hypothétique. Mais ce diseur ne visait que rester, rien d'autre. C'est pourquoi Allah les menaça : {wа inna jahannama la-muḥīṭatun bi-l-kāfirīn} [la Géhenne cerne les mécréants] : nulle fuite, nulle issue, nulle délivrance, nul salut pour eux.

Verset 50

Allah — exalté soit-Il — dit, exposant que les hypocrites sont les vrais ennemis, détestant la religion purement : {in taṣibka ḥasanatun} [si un bien t'atteint] — victoire, avantage sur l'ennemi —, {tasuhhum} [ils en ont mauvaise humeur], c'est-à-dire cela les attriste et les chagrine ; {wа in taṣibka muṣībatun} [et si un mal t'atteint] — l'ennemi l'emporte sur toi —, {yaqūlū} [ils disent], tirant fierté de leur absence à tes côtés : {qad akhadhnā amranā min qablu} [nous avions déjà pris nos dispositions] : nous avons été avertis et avons fait ce qui nous épargne de tomber dans pareille mésaventure, {wа yatawallaw wa-hum fariḥūn} [et ils tournent le dos, rejouissant] de ton malheur et de n'y avoir pas pris part.

Verset 51

Allah — exalté soit-Il — dit en réponse : {qul lan yuṣībanā illā mā kataba llāhu lanā} [dis : rien ne nous atteindra qu' ce qu'Allah a écrit pour nous] : décrété et consigné dans la Table gardée. {huwa mawlānā} [Il est notre Maître], chargé de nos affaires religieuses et mondaines : il nous faut agréer Ses décrets, et rien de l'affaire n'est en nos mains. {wа ʿalā llāhi} [et sur Allah] seul {fа-l-yatawakkali l-mu'minūn} [que les croyants s'en remettent] : qu'ils s'appuient sur Lui pour obtenir leurs intérêts et repousser ce qui leur nuit, qu'ils aient confiance en Lui pour atteindre leur but : nul ne s'en remet à Lui sans réussir ; quiconque s'en remet à autre que Lui est abandonné et n'atteint pas ce qu'il espérait.

Verset 52

C'est-à-dire : dis aux hypocrites qui guettent vos revers : qu'attendez-vous de nous ? Vous n'attendez de nous qu'une chose où est notre plus grand bien : l'une des deux issues heureuses — la victoire sur les ennemis et leur domination, avec la récompense de l'au-delà et de ce monde, ou le martyre, qui est parmi les plus hauts degrés des créatures et les plus élevées stations auprès d'Allah. Quant à ce que nous attendons de vous, ô troupe d'hypocrites : nous {natarabbaṣu bikum an yuṣībakumu llāhu bi-ʿadhābin min ʿindihi} [guettons qu'Allah vous atteigne d'un châtiment venant de Lui], où nous n'avons aucune part, {aw bi-aydīnā} [ou par nos mains] : qu'Il vous livre à nous et que nous vous tuions. {fа-tarabbaṣū} [attendez donc] le mal de notre part : {innā maʿakum mutarabbiṣūn} [nous sommes avec vous, attendant] votre malheur.

Verset 53

Allah — exalté soit-Il — dit, exposant la nullité des dépenses des hypocrites et en rappelant la cause : {qul} [dis]-leur : {anfiǫū ṭawʿan} [dépensez de bon gré], de vous-mêmes, {aw karhan} [ou par contrainte], sans votre choix. {lаn yutaqabbala minkum} [rien ne sera accepté de vous] de vos œuvres, car {kuntum qawman fāsiqīn} [vous avez été un peuple pervers], sorti de l'obéissance à Allah.

Verset 54

Puis Il exposa leur perversion et leurs actes : {wа mā manaʿahum an tuqbala minhum nafaqātuhum illā annahum kafarū bi-llāhi wa-bi-rasūlihi} [ce qui a empêché leurs dépenses d'être acceptées, c'est qu'ils ont mécru en Allah et en Son Messager]. De toutes les œuvres, la condition d'acceptation est la foi : eux n'ont ni foi ni œuvre pie — jusqu'à la prière, la meilleure des œuvres du corps : quand ils s'y lèvent, ils s'y lèvent engourdis. Il dit : {wа lā ya'tūna ṣ-ṣalāta illā wa-hum kasālā} [ils ne viennent à la prière qu'avec paresse], alourdis, s'y traînant à peine tant elle leur pèse. {wа lā yunfiǫūna illā wa-hum kārihūn} [et ne dépensent qu'à contre-cœur], sans dilatation du cœur ni stabilité d'âme. Voilà l'extrême blâme pour quiconque fait comme eux ; le serviteur ne doit venir à la prière qu'avec corps et cœur ardents, ne dépenser qu'avec cœur dilaté et stable, espérant d'Allah seul sa réserve et sa récompense, et ne pas ressembler aux hypocrites.

Verset 55

Allah — exalté soit-Il — dit : que les biens de ces hypocrites ne t'émerveillent pas, ni leurs enfants : il n'y a là nul sujet d'envie ; leur premier manque de bénédiction est de les avoir préférés à ce qui agrée leur Seigneur et désobéi à Allah pour eux. {innamā yurīdu llāhu li-yuʿadhdhibahum bihā fī l-ḥayāti d-dunyā} [Allah veut seulement les châtier par eux dans la vie de ce monde] : le châtiment ici est la peine qu'ils y rencontrent — la dure acquisition, l'effort intense, le souci du cœur, la fatigue du corps ; si l'on confrontait leurs jouissances à leurs peines, elles n'auraient nulle proportion ; ces biens les ayant distraits d'Allah et de Son évocation, ils devinrent pour eux un revers jusque dans ce bas monde. Parmi ses graves conséquences : leurs cœurs s'y attachent, leurs volontés ne les dépassent pas — ils deviennent le terme de leur recherche et le but de leur désir, et il ne reste dans leurs cœurs aucune part pour l'au-delà ; il s'ensuit qu'ils quittent ce monde {wа tazhaqu anfusuhum wa-hum kāfirūn} [et que leurs âmes s'en aillent mécréantes]. Quelle punition plus grande que celle-ci, qui entraîne la misère durable et le regret inséparable ?!

Verset 56

{wа yaḥlifūna bi-llāhi innahum la-minkum wa-mā hum minkum wa-lākinnahum} [ils jurent par Allah qu'ils sont des vôtres, alors qu'ils ne le sont pas ; mais ce sont] des {qawmun yafraqūn} [gens qui craignent] : leur but, dans ce serment, est qu'ils redoutent les revers ; il n'y a dans leurs cœurs nul courage qui les porte à déclarer leur état : ils craignent, s'ils manifestent leur état, votre réaction, et craignent que vous ne vous désolidarisiez d'eux et que les ennemis ne les cueillent de tous côtés. Quant à celui au cœur fort et au courage assuré, cela le porte à déclarer son état, bon ou mauvais ; mais les hypocrites ont été revêtus du vêtement de la lâcheté et parés du joyau du mensonge.

Verset 57

Puis Il mentionna leur extrême lâcheté : {lаw yajidūna mulja'an} [s'ils trouvaient un refuge] où se réfugier quand la dureté les atteint, {aw mughārātin} [ou des grottes] où entrer et s'établir, {aw mudkhalan} [ou un souterrain], c'est-à-dire un lieu où entrer et se retrancher, {lа-wallaw ilayhi wa-hum yajmiḥūn} [ils s'y précipiteraient en courant] : ils accourent et s'y élancent — ils n'ont pas la ressource de tenir ferme.

Verset 58

C'est-à-dire : parmi ces hypocrites, tel te critique dans le partage des aumônes et t'y fait des reproches — leurs critiques et blâmes n'ont ni intention droite ni avis solide : leur but est d'en recevoir. {fа-in uʿṭaw minhā raḍū wa-in lam yuʿṭaw minhā idhā hum yaskhaṭūn} [si on leur en donne, ils sont agréants ; si on ne leur en donne pas, voilà qu'ils se fâchent]. Tel n'est pas l'état qui sied au serviteur : que son agrément et sa colère suivent la passion de son âme mondaine et son dessein corrompu ; il faut que [sa passion] suive l'agrément de son Seigneur — comme dit le Prophète — paix et bénédiction sur lui : « Nul de vous n'est croyant que sa passion ne suive ce que j'ai apporté. »

Verset 59

Et Il dit ici : {wа law annahum raḍū mā ātāhumu llāhu wa-rasūluhu} [s'ils avaient agréé ce qu'Allah et Son Messager leur ont donné], peu ou beaucoup, {wа qālū ḥasbunā llāhu} [et dit : Allah nous suffit] : Allah nous dispense, nous agréons ce qu'Il nous a départi, et qu'ils espèrent Sa faveur et Sa bienfaisance en disant : {sa-yu'tīnā llāhu min faḍlihi wa-rasūluhu innā ilā llāhi rāghibūn} [Allah nous donnera de Sa faveur, ainsi que Son Messager ; nous nous tournons vers Allah] — suppliants pour obtenir nos intérêts et repousser ce qui nous nuit — [ils auraient échappé à l'hypocrisie et été guidés vers la foi et les états élevés]. Puis Allah — exalté soit-Il — exposa comment répartir les aumônes obligatoires :

Verset 60

Allah — exalté soit-Il — dit : {innamā ṣ-ṣadaqātu} [les aumônes], c'est-à-dire les aumônes légales obligatoires — preuve : l'aumône surérogatoire, permise à tous, n'est réservée à personne — : {innamā ṣ-ṣadaqātu} [les aumônes sont] pour ceux mentionnés, à l'exclusion des autres, car Il les y a enfermées. Ils sont huit catégories : Première et deuxième : les pauvres et les indigents — ici deux catégories distinctes : le pauvre est plus nécessiteux que l'indigent, car Allah a commencé par eux, et l'on ne commence que par le plus important ; le pauvre est celui qui ne trouve rien, ou trouve moins de la moitié de son suffisant ; l'indigent, celui qui trouve la moitié ou plus, sans le suffisant complet — s'il le trouvait, il serait riche. On leur donne de l'aumône de quoi cesse leur pauvreté et leur indigence. Troisième : les collecteurs de l'aumône : quiconque y a charge et occupation — gardien, perceur auprès des ayants droit, gardeur, porteur, scribe ou semblable —, rétribué de son travail, salaire de sa fonction. Quatrième : ceux dont on veut gagner les cœurs : le chef écouté parmi les siens, dont on espère l'islam ou dont on craint le mal, ou de dont la libéralité on espère le raffermissement de la foi ou l'islam de son pareil, ou le versement de qui ne paie pas : on lui donne de quoi se réalise le ralliement et l'intérêt. Cinquième : les captifs à affranchir : les esclaves contractants qui ont acheté leur personne à leurs maîtres et s'efforcent de réunir de quoi s'affranchir : on les aide de l'aumône. L'affranchissement du captif musulman détenu par les mécréants en relève — voire davantage. Il y entre aussi la légalité d'affranchir des esclaves [de l'aumône] directement, cela tombant sous : {wа fī r-riqāb} [et les captifs]. Sixième : les endettés, de deux sortes : celui qui s'endette pour réconcilier les parties — entre deux groupes en mal et discorde, un homme s'entremet avec l'argent qu'il offre à l'un ou à tous : une part d'aumône lui fut fixée pour le rendre plus ardent et plus ferme dans sa résolution : on lui donne, même riche. Et celui qui s'endetta pour lui-même puis se trouva dans l'incapacité : on lui donne de quoi acquitter sa dette. Septième : le combattant dans la voie d'Allah : les combattants volontaires sans solde, à qui l'on donne de l'aumône de quoi aider leur expédition — prix d'armes, de monture, dépense pour lui et les siens — pour qu'il soit libre de combattre et le cœur tranquille. Beaucoup de jurisconsultes disent : celui qui peut gagner sa vie et se consacre à la recherche du savoir reçoit de l'aumône, car la science relève du combat dans la voie d'Allah ; ils disent aussi qu'il est permis d'en donner au pauvre pour son pèlerinage obligatoire — ce qui se discute. Huitième : le voyageur (ibn as-sabīl) : l'étranger coupé de ses ressources hors de sa ville, à qui l'on donne de quoi rejoindre sa ville. Ces huit catégories sont les seules destinataires de l'aumône. {farīḍatanmina llāhi} [obligation de la part d'Allah] : Il l'a prescrite et fixée suivant Sa science et Sa sagesse. {wа llāhu ʿalīmun ḥakīm} [Allah est Savant et Sage]. Sache que ces huit catégories se ramènent à deux : ceux à qui l'on donne pour leur besoin et leur profit — le pauvre, l'indigent et semblables ; et ceux à qui l'on donne parce qu'on a besoin d'eux et que l'islam en tire profit. Allah a rendu cette part obligatoire dans les biens des riches pour couvrir les besoins particuliers et généraux de l'islam et des musulmans : si les riches versaient l'aumône de leurs biens selon la règle légale, il ne resterait aucun pauvre parmi les musulmans, et il y aurait de quoi défendre les frontières, combattre les mécréants et réaliser tous les intérêts religieux.

Verset 61

C'est-à-dire : parmi ces hypocrites, {alladhīna yu'dhūna n-nabiyya} [ceux qui offensent le Prophète] par des paroles viles, le blâmant lui et sa religion, {wа yaqūlūna huwa udhun} [et disent : c'est une oreille] : ils ne se soucient pas du mal qu'ils disent du Prophète, et disent : si une part lui parvient, nous viendrons nous excuser et il acceptera, car il est une oreille — il accepte tout ce qu'on lui dit, sans distinguer le sincère du menteur. Leur but — qu'Allah les rende vils — était de n'en nullement se soucier : s'il n'apprend pas, leur but est atteint ; s'il apprend, la vaine excuse leur suffit. Ils ont mal agi de toutes les manières : — la plus grave : offenser leur prophète, venu pour les guider, les tirer de la misère et de la perdition vers la guidée et la félicité ; — s'en soucier si peu : degré au-delà du simple outrage ; — porter atteinte à la raison du Prophète — paix et bénédiction sur lui —, à sa compréhension, à sa distinction du vrai et du faux, lui qui est le plus parfait des hommes en raison, le plus complet en intelligence, le plus pénétrant en jugement et en clairvoyance. C'est pourquoi Allah — exalté soit-Il — dit : {qul udhunu khayrin lakum} [dis : une oreille qui vous veut du bien] : il accepte qui lui dit un bien et une vérité ; s'il s'abstient et ne rudoye pas beaucoup d'hypocrites aux excuses mensongères, c'est pour la largeur de son caractère, son désintérêt pour leur cas et son obéissance à l'ordre d'Allah : {sa-yaḥlifūna bi-llāhi lakum idhа nqalabtum ilayhim li-tuʿriḍū ʿanhum fa-aʿriḍū ʿanhum innahum rijsun} [ils jureront par Allah, quand vous serez revenus vers eux, pour que vous vous détourniez d'eux : détournez-vous donc d'eux ; ils sont une ordure]. Quant à la réalité de son cœur et de son avis, Il en dit : {yu'minu bi-llāhi wa-yu'minu li-l-mu'minīn} [il croit en Allah et fait crédit aux croyants] — les sincères et véridiques —, il connaît le sincère du menteur, tout en s'abstenant envers beaucoup de ceux dont il sait le mensonge. {wа raḥmatun li-lladhīna āmanū minkum} [et une miséricorde pour ceux d'entre vous qui croient] : par lui ils se guident et de ses mœurs ils prennent modèle ; quant aux non-croyants, ils n'ont pas accueilli cette miséricorde : ils l'ont rejetée et perdu ce monde et l'autre. {wа lladhīna yu'dhūna rasūla llāhi} [et ceux qui offensent le Messager d'Allah], en parole et en acte, {lahum ʿadhābun alīm} [auront un châtiment douloureux] en ce bas monde et dans l'au-delà — parmi ce châtiment douloureux : la mise à mort obligée de qui l'offense et l'outrage.

Verset 62

{yaḥlifūna bi-llāhi lakum li-turḍūkum} [ils jurent par Allah pour vous agréer] : pour se laver de l'offense et du reste venus d'eux ; leur fin dernière est que vous soyez agréants envers eux. {wа llāhu wa-rasūluhu aḥaǫǫu an yurḍawhu in kānū mu'minīn} [Allah et Son Messager ont plus de droit à L'agréer, s'ils sont croyants] : le croyant ne préfère rien à l'agrément de son Seigneur [et de Son messager] — preuve de l'absence de leur foi : ils ont préféré l'agrément d'autre qu'Allah et Son messager.

Verset 63

C'est là s'opposer à Allah et Le contrecarrer. Il a menacé quiconque Le contrecarre : {a-lam yaʿlamū annahu man yuḥādidì llāha wa-rasūlahu} [ne savent-ils pas que quiconque s'oppose à Allah et à Son Messager] — en étant dans un parti, une branche éloignée d'Allah et de Son messager : prenant à la légère les ordres d'Allah et osant Ses interdits —, {fа-inna lahu nāra jahannama khālidan fīhā} [à lui le feu de la Géhenne, y demeurant à jamais] ; {dhālika l-khizyu l-ʿaẓīm} [tel est l'ignominie immense], dont nulle n'est plus honteuse ni plus terrible : le délice permanent leur a échappé, ils ont reçu le châtiment de la fournaise — qu'Allah nous garde de leur état !

Verset 64

Cette noble sourate s'appelait « la démasqueuse », car elle exposa les secrets des hypocrites et déchira leurs voiles. Allah ne cessa de dire : « et parmi eux… et parmi eux… », énumérant leurs traits, sans nommer les personnes, pour deux bénéfices : premièrement, Allah couvre et aime couvrir Ses serviteurs ; deuxièmement, le blâme vaut pour quiconque, des hypocrites visés par le discours et des autres, jusqu'au Jour de la Résurrection, se pare de ces traits : la mention du trait était plus générale et plus pertinente, au point qu'ils craignirent l'extrême crainte — Allah — exalté soit-Il — dit : {la-in lам yantahi l-munāfiqūna wa-lladhīna fī ǫulūbihim maraḍun wa-l-murjifūna fī l-madīnati la-nughriyannaka bihim thumma lā yujāwirūnaka fīhā illā ǫalīlā. malʿūnīna aynamā thufiqū ukhidhū wa-quṭṭilū taǫtīlā} [si les hypocrites et ceux qui ont une maladie dans le cœur et les semeurs de trouble à Médine ne cessent pas, Nous te lâcherons contre eux ; alors ils ne resteront tes voisins que peu de temps, maudits : où qu'on les trouve, ils seront saisis et massacrés sans rémission]. Et Il dit ici : {yaḥdharu l-munāfiqūna an tunazzala ʿalayhim sūratun tunabbi'uhum bimā fī ǫulūbihim} [les hypocrites craignent qu'une sourate ne descende sur eux les informant de ce qu'il y a dans leurs cœurs] : qui les informe, les démasque, expose leurs secrets, les rendant publics pour Ses serviteurs et une leçon pour qui s'en instruit. {qul istahzi'ū} [dis : moquez-vous], c'est-à-dire persévérez dans la moquerie et la dérision où vous êtes. {inna llāha mukhrijun mā taḥdharūn} [Allah fera sortir ce que vous craignez] : Il tint promesse et fit descendre cette sourate qui les désigna, les démasqua et déchira leurs voiles. {65 ـ 66}{wа la-in sa'altahum} [si tu les interrogeais] sur ce qu'ils ont dit de blâmable sur les musulmans et leur religion — certains d'entre eux dirent à l'expédition de Tabūk : nous n'avons jamais vu comme nos récitants — visant le Prophète — paix et bénédiction sur lui — et ses compagnons — plus ventrus d'avidité, plus menteurs de langue, plus lâches à la rencontre… et semblables — ; quand il leur parvint que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — avait su leurs paroles, ils vinrent s'excuser : {innamā kunnā nakhūḍu wa-nalʿab} [nous ne faisions que plonger et jouer], c'est-à-dire : nous parlions sans intention, sans viser le blâme. Allah — exalté soit-Il — dit, établissant le nullité de leur excuse et leur mensonge : {qul} [dis]-leur : {a-bi-llāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahzi'ūn. lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum} [est-ce d'Allah, de Ses signes et de Son Messager que vous vous moquiez ? Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru] : la moquerie d'Allah et de Son messager est une mécréance qui fait sortir de la religion, car la religion est fondée sur la magnification d'Allah, de Sa religion et de Ses messagers, et la moquerie de quoi que ce soit de cela y contredit et s'y oppose au plus haut point. C'est pourquoi, quand ils vinrent au Messager s'excuser par cette parole, le Messager ne leur répondit que : {a-bi-llāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahzi'ūn. lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum} [est-ce d'Allah, de Ses signes et de Son Messager que vous vous moquiez ? Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru]. Sa parole : {in naʿfu ʿan ṭā'ifatin minkum} [si Nous pardonnons à une partie d'entre vous] — pour son repentir, son pardon-demandé et son regret —, {nuʿadhdhib ṭā'ifatan} [Nous en châtierons une autre] parce que {kānū mujrimīn} [ils étaient criminels], persistant dans leur mécréance et leur hypocrisie. Ces versets prouvent qu'Allah — exalté soit-Il — manifeste et démasque le secret de quiconque en cache un — surtout le secret où l'on manœuvre contre Sa religion, s'en moque, ainsi que de Ses signes et de Son messager — et le punit du plus dur châtiment ; que quiconque se moque du Livre d'Allah, de la sunna établie de Son messager, s'en rit, le dénigre, se moque du Messager ou le dénigre, est mécréant en Allah le Très-Grand ; et que le repentir est accepté de tout péché, si grand soit-il.

Verset 65

◆ V.64 Cette noble sourate s'appelait « la démasqueuse », car elle exposa les secrets des hypocrites et déchira leurs voiles. Allah ne cessa de dire : « et parmi eux… et parmi eux… », énumérant leurs traits, sans nommer les personnes, pour deux bénéfices : premièrement, Allah couvre et aime couvrir Ses serviteurs ; deuxièmement, le blâme vaut pour quiconque, des hypocrites visés par le discours et des autres, jusqu'au Jour de la Résurrection, se pare de ces traits : la mention du trait était plus générale et plus pertinente, au point qu'ils craignirent l'extrême crainte — Allah — exalté soit-Il — dit : {la-in lам yantahi l-munāfiqūna wa-lladhīna fī ǫulūbihim maraḍun wa-l-murjifūna fī l-madīnati la-nughriyannaka bihim thumma lā yujāwirūnaka fīhā illā ǫalīlā. malʿūnīna aynamā thufiqū ukhidhū wa-quṭṭilū taǫtīlā} [si les hypocrites et ceux qui ont une maladie dans le cœur et les semeurs de trouble à Médine ne cessent pas, Nous te lâcherons contre eux ; alors ils ne resteront tes voisins que peu de temps, maudits : où qu'on les trouve, ils seront saisis et massacrés sans rémission]. Et Il dit ici : {yaḥdharu l-munāfiqūna an tunazzala ʿalayhim sūratun tunabbi'uhum bimā fī ǫulūbihim} [les hypocrites craignent qu'une sourate ne descende sur eux les informant de ce qu'il y a dans leurs cœurs] : qui les informe, les démasque, expose leurs secrets, les rendant publics pour Ses serviteurs et une leçon pour qui s'en instruit. {qul istahzi'ū} [dis : moquez-vous], c'est-à-dire persévérez dans la moquerie et la dérision où vous êtes. {inna llāha mukhrijun mā taḥdharūn} [Allah fera sortir ce que vous craignez] : Il tint promesse et fit descendre cette sourate qui les désigna, les démasqua et déchira leurs voiles. {65 ـ 66}{wа la-in sa'altahum} [si tu les interrogeais] sur ce qu'ils ont dit de blâmable sur les musulmans et leur religion — certains d'entre eux dirent à l'expédition de Tabūk : nous n'avons jamais vu comme nos récitants — visant le Prophète — paix et bénédiction sur lui — et ses compagnons — plus ventrus d'avidité, plus menteurs de langue, plus lâches à la rencontre… et semblables — ; quand il leur parvint que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — avait su leurs paroles, ils vinrent s'excuser : {innamā kunnā nakhūḍu wa-nalʿab} [nous ne faisions que plonger et jouer], c'est-à-dire : nous parlions sans intention, sans viser le blâme. Allah — exalté soit-Il — dit, établissant le nullité de leur excuse et leur mensonge : {qul} [dis]-leur : {a-bi-llāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahzi'ūn. lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum} [est-ce d'Allah, de Ses signes et de Son Messager que vous vous moquiez ? Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru] : la moquerie d'Allah et de Son messager est une mécréance qui fait sortir de la religion, car la religion est fondée sur la magnification d'Allah, de Sa religion et de Ses messagers, et la moquerie de quoi que ce soit de cela y contredit et s'y oppose au plus haut point. C'est pourquoi, quand ils vinrent au Messager s'excuser par cette parole, le Messager ne leur répondit que : {a-bi-llāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahzi'ūn. lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum} [est-ce d'Allah, de Ses signes et de Son Messager que vous vous moquiez ? Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru]. Sa parole : {in naʿfu ʿan ṭā'ifatin minkum} [si Nous pardonnons à une partie d'entre vous] — pour son repentir, son pardon-demandé et son regret —, {nuʿadhdhib ṭā'ifatan} [Nous en châtierons une autre] parce que {kānū mujrimīn} [ils étaient criminels], persistant dans leur mécréance et leur hypocrisie. Ces versets prouvent qu'Allah — exalté soit-Il — manifeste et démasque le secret de quiconque en cache un — surtout le secret où l'on manœuvre contre Sa religion, s'en moque, ainsi que de Ses signes et de Son messager — et le punit du plus dur châtiment ; que quiconque se moque du Livre d'Allah, de la sunna établie de Son messager, s'en rit, le dénigre, se moque du Messager ou le dénigre, est mécréant en Allah le Très-Grand ; et que le repentir est accepté de tout péché, si grand soit-il.

Verset 66

◆ V.64 Cette noble sourate s'appelait « la démasqueuse », car elle exposa les secrets des hypocrites et déchira leurs voiles. Allah ne cessa de dire : « et parmi eux… et parmi eux… », énumérant leurs traits, sans nommer les personnes, pour deux bénéfices : premièrement, Allah couvre et aime couvrir Ses serviteurs ; deuxièmement, le blâme vaut pour quiconque, des hypocrites visés par le discours et des autres, jusqu'au Jour de la Résurrection, se pare de ces traits : la mention du trait était plus générale et plus pertinente, au point qu'ils craignirent l'extrême crainte — Allah — exalté soit-Il — dit : {la-in lам yantahi l-munāfiqūna wa-lladhīna fī ǫulūbihim maraḍun wa-l-murjifūna fī l-madīnati la-nughriyannaka bihim thumma lā yujāwirūnaka fīhā illā ǫalīlā. malʿūnīna aynamā thufiqū ukhidhū wa-quṭṭilū taǫtīlā} [si les hypocrites et ceux qui ont une maladie dans le cœur et les semeurs de trouble à Médine ne cessent pas, Nous te lâcherons contre eux ; alors ils ne resteront tes voisins que peu de temps, maudits : où qu'on les trouve, ils seront saisis et massacrés sans rémission]. Et Il dit ici : {yaḥdharu l-munāfiqūna an tunazzala ʿalayhim sūratun tunabbi'uhum bimā fī ǫulūbihim} [les hypocrites craignent qu'une sourate ne descende sur eux les informant de ce qu'il y a dans leurs cœurs] : qui les informe, les démasque, expose leurs secrets, les rendant publics pour Ses serviteurs et une leçon pour qui s'en instruit. {qul istahzi'ū} [dis : moquez-vous], c'est-à-dire persévérez dans la moquerie et la dérision où vous êtes. {inna llāha mukhrijun mā taḥdharūn} [Allah fera sortir ce que vous craignez] : Il tint promesse et fit descendre cette sourate qui les désigna, les démasqua et déchira leurs voiles. {65 ـ 66}{wа la-in sa'altahum} [si tu les interrogeais] sur ce qu'ils ont dit de blâmable sur les musulmans et leur religion — certains d'entre eux dirent à l'expédition de Tabūk : nous n'avons jamais vu comme nos récitants — visant le Prophète — paix et bénédiction sur lui — et ses compagnons — plus ventrus d'avidité, plus menteurs de langue, plus lâches à la rencontre… et semblables — ; quand il leur parvint que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — avait su leurs paroles, ils vinrent s'excuser : {innamā kunnā nakhūḍu wa-nalʿab} [nous ne faisions que plonger et jouer], c'est-à-dire : nous parlions sans intention, sans viser le blâme. Allah — exalté soit-Il — dit, établissant le nullité de leur excuse et leur mensonge : {qul} [dis]-leur : {a-bi-llāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahzi'ūn. lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum} [est-ce d'Allah, de Ses signes et de Son Messager que vous vous moquiez ? Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru] : la moquerie d'Allah et de Son messager est une mécréance qui fait sortir de la religion, car la religion est fondée sur la magnification d'Allah, de Sa religion et de Ses messagers, et la moquerie de quoi que ce soit de cela y contredit et s'y oppose au plus haut point. C'est pourquoi, quand ils vinrent au Messager s'excuser par cette parole, le Messager ne leur répondit que : {a-bi-llāhi wa-āyātihi wa-rasūlihi kuntum tastahzi'ūn. lā taʿtadhirū qad kafartum baʿda īmānikum} [est-ce d'Allah, de Ses signes et de Son Messager que vous vous moquiez ? Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru]. Sa parole : {in naʿfu ʿan ṭā'ifatin minkum} [si Nous pardonnons à une partie d'entre vous] — pour son repentir, son pardon-demandé et son regret —, {nuʿadhdhib ṭā'ifatan} [Nous en châtierons une autre] parce que {kānū mujrimīn} [ils étaient criminels], persistant dans leur mécréance et leur hypocrisie. Ces versets prouvent qu'Allah — exalté soit-Il — manifeste et démasque le secret de quiconque en cache un — surtout le secret où l'on manœuvre contre Sa religion, s'en moque, ainsi que de Ses signes et de Son messager — et le punit du plus dur châtiment ; que quiconque se moque du Livre d'Allah, de la sunna établie de Son messager, s'en rit, le dénigre, se moque du Messager ou le dénigre, est mécréant en Allah le Très-Grand ; et que le repentir est accepté de tout péché, si grand soit-il.

Verset 67

Allah — exalté soit-Il — dit : {al-munāfiqūna wa-l-munāfiqātu baʿḍuhum min baʿḍ} [les hypocrites et les hypocrites sont les uns des autres] : ils ont participé de l'hypocrisie, ils participent de l'alliance mutuelle — ce qui retranche les croyants de leur alliance. Puis Il mentionna le trait général des hypocrites dont ne sort ni petit ni grand : {ya'murūna bi-l-munkari} [ils ordonnent le blâmable] : mécréance, perversité, désobéissance ; {wа yanhawna ʿani l-maʿrūfi} [interdisent le louable] : foi, nobles caractères, œuvres pies, belles règles ; {wа yaqbiḍūna aydiyahum} [retractent leurs mains] de l'aumône et des voies de la bienfaisance — l'avarice les caractérise. {nasū llāha} [ils ont oublié Allah] : ils ne L'évoquent que peu ; {fa-nasiyahum} [Il les a oubliés] : de Sa miséricorde — Il ne les guide vers aucun bien ni ne les fait entrer au Paradis, Il les laisse dans le plus bas fond du Feu, y demeurant à perpétuité. {inna l-munāfiqīna humu l-fāsiqūn} [les hypocrites sont eux les pervers] : la perversité leur est réservée, car leur perversité dépasse celle des autres — preuve : leur châtiment est plus dur que celui des autres, et les croyants ont été éprouvés de les avoir parmi eux, s'en prémunir étant ardu.

Verset 68

{waʿada llāhu l-munāfiqīna wa-l-munāfiqāti wa-l-kuffāra nāra jahannama khālidīna fīhā hiya ḥasbuhum wa-laʿanahumu llāhu wa-lahum ʿadhābun muqīm} [Allah a promis aux hypocrites et aux hypocrites et aux mécréants le feu de la Géhenne, où ils demeureront à jamais : c'est leur suffisant, Allah les a maudits, et ils ont un châtiment permanent] : Il a réunis hypocrites et mécréants dans le feu de la Géhenne, la malédiction et la perpétuité, pour leur union en ce bas monde dans la mécréance, l'hostilité à Allah et à Son messager, la négation de Ses signes.

Verset 69

{69 ـ 70} Allah — exalté soit-Il — dit, avertissant les hypocrites de ce qui a atteint leurs prédécesseurs, les communautés négatrices : {qawmi nūḥin wa-ʿādin wa-thamūda wa-qawmi ibrāhīma wa-aṣḥābi madyana wa-l-mu'tafikāt} [le peuple de Noé, les ʿĀd, les Thamūd, le peuple d'Abraham, les gens de Madyan et les villes renversées] — les cités du peuple de Loth. Tous, {atat-hum rusuluhum bi-l-bayyināti} [leurs messagers leur vinrent avec les preuves] : le vrai clair et limpide exposant les réalités des choses — ils les traitèrent de mensonge, et il leur advint ce qu'Allah nous a raconté. Vous, vos œuvres ressemblent aux leurs. {istamtaʿtum bi-khalāqikum} [vous avez joui de votre part] de ce bas monde, la saisissant en volupté et désir, détournés de ce qu'elle vise, vous en aidant à désobéir à Allah, votre ardeur et votre volonté ne dépassant pas les faveurs reçues, comme firent vos prédécesseurs. {wа khaḍtum ka-lladhī khaḍū} [et vous avez plongé comme ils ont plongé] : plongé dans le faux et le mensonge, disputé par le faux pour renverser le vrai. Telles leurs œuvres et leurs sciences : la jouissance de la part, la plongée dans le faux — ils ont mérité le châtiment et l'anéantissement mérité par leurs pareils avant eux. Quant aux croyants, même s'ils jouissent de leur part et des faveurs reçues de ce monde, c'est pour s'en aider à obéir à Allah ; et leurs sciences sont les sciences des messagers : parvenir à la certitude dans toutes les hautes quêtes, et disputer par le vrai pour renverser le faux. Sa parole : {fа-mā kāna llāhu li-yaẓlimahum} [Allah n'était pas pour les léser] quand Il fit tomber sur eux Sa punition, {wа lākin kānū anfusahum yaẓlimūn} [mais c'est eux qui léseient leurs propres âmes] : osant Ses désobéissances, désobéissant à leurs messagers, suivant l'ordre de tout tyran obstiné.

Verset 70

{69 ـ 70} Allah — exalté soit-Il — dit, avertissant les hypocrites de ce qui a atteint leurs prédécesseurs, les communautés négatrices : {qawmi nūḥin wa-ʿādin wa-thamūda wa-qawmi ibrāhīma wa-aṣḥābi madyana wa-l-mu'tafikāt} [le peuple de Noé, les ʿĀd, les Thamūd, le peuple d'Abraham, les gens de Madyan et les villes renversées] — les cités du peuple de Loth. Tous, {atat-hum rusuluhum bi-l-bayyināti} [leurs messagers leur vinrent avec les preuves] : le vrai clair et limpide exposant les réalités des choses — ils les traitèrent de mensonge, et il leur advint ce qu'Allah nous a raconté. Vous, vos œuvres ressemblent aux leurs. {istamtaʿtum bi-khalāqikum} [vous avez joui de votre part] de ce bas monde, la saisissant en volupté et désir, détournés de ce qu'elle vise, vous en aidant à désobéir à Allah, votre ardeur et votre volonté ne dépassant pas les faveurs reçues, comme firent vos prédécesseurs. {wа khaḍtum ka-lladhī khaḍū} [et vous avez plongé comme ils ont plongé] : plongé dans le faux et le mensonge, disputé par le faux pour renverser le vrai. Telles leurs œuvres et leurs sciences : la jouissance de la part, la plongée dans le faux — ils ont mérité le châtiment et l'anéantissement mérité par leurs pareils avant eux. Quant aux croyants, même s'ils jouissent de leur part et des faveurs reçues de ce monde, c'est pour s'en aider à obéir à Allah ; et leurs sciences sont les sciences des messagers : parvenir à la certitude dans toutes les hautes quêtes, et disputer par le vrai pour renverser le faux. Sa parole : {fа-mā kāna llāhu li-yaẓlimahum} [Allah n'était pas pour les léser] quand Il fit tomber sur eux Sa punition, {wа lākin kānū anfusahum yaẓlimūn} [mais c'est eux qui léseient leurs propres âmes] : osant Ses désobéissances, désobéissant à leurs messagers, suivant l'ordre de tout tyran obstiné.

Verset 71

Après avoir dit que les hypocrites sont les uns des autres, Il dit que les croyants sont alliés les uns des autres, et les décrivit du contraire des hypocrites : {wa-l-mu'minūna wa-l-mu'minātu} [les croyants et les croyantes], leurs mâles et leurs femelles, {baʿḍuhum awliyā'u baʿḍ} [sont alliés les uns des autres] en amour, alliance, appartenance et secours. {ya'murūna bi-l-maʿrūfi} [ils ordonnent le louable] : nom qui rassemble tout ce dont la bonté est connue — croyances belles, œuvres pies, nobles caractères —, et les premiers visés par leur ordre sont eux-mêmes. {wа yanhawna ʿani l-munkari} [et interdisent le blâmable] : tout ce qui contredit le louable — croyances vaines, œuvres immondes, vices. {wа yuṭīʿūna llāha wa-rasūlahu} [et obéissent à Allah et à Son Messager] : ils ne cessent de demeurer dans l'obéissance à Allah et à Son messager. {ulā'ika sa-yarḥamuhumu llāhu} [ceux-là, Allah leur fera miséricorde] : Il les fera entrer dans Sa miséricorde et les couvrira de Sa bienfaisance. {inna llāha ʿazīzun ḥakīm} [Allah est Puissant et Sage] : fort et dominateur, et avec Sa force, Sage : Il met chaque chose à la place qui convient, digne de louange pour ce qu'Il crée et ordonne.

Verset 72

Puis Il mentionna la récompense qu'Il leur a préparée : {waʿada llāhu l-mu'minīna wa-l-mu'mināti jannātin tajrī min taḥtihā l-anhār} [Allah a promis aux croyants et aux croyantes des jardins sous lesquels coulent les rivières], rassemblant toute félicité et joie, exempts de tout mal et chagrin, où coulent, sous palais, demeures et arbres, les rivières abondantes arrosant les parquets élégants, dont nul qu'Allah — exalté soit-Il — ne connaît les biens et les bénédictions. {khālidīna fīhā} [y demeurant] : ils n'en cherchent d'autre. {wа masākina ṭayyibatan fī jannāti ʿadn} [et des demeures agréables dans les jardins d'Éden] : ornées, embellies, préparées pour les serviteurs pieux d'Allah, agréables à voir, à habiter et à s'y reposer, réunissant les appareils des demeures élevées au-delà de ce que peuvent souhaiter les souhaitants — Allah — exalté soit-Il — leur a préparé des chambres d'une limpidité et d'une beauté parfaites, dont on voit l'extérieur depuis l'intérieur et l'intérieur depuis l'extérieur. Voilà les demeures élégantes qui méritent que les âmes s'y retirent, que les cœurs y tendent, que les esprits les désirent — car elles sont {fī jannāti ʿadn} [dans les jardins d'Éden] : de séjour — on n'en part pas, on n'en déménage pas. {wа riḍwānunmina llāhi} [et un agrément d'Allah] qu'Il fait descendre sur les gens du Paradis, {akbar} [plus grand] que le délice où ils sont : leur délice n'est bon que par la vision de leur Seigneur et Son agrément d'eux ; et c'est la fin visée par les adorants, le terme vers lequel couraient les aimants : l'agrément du Seigneur des terres et des cieux est plus grand que le délice des jardins. {dhālika huwa l-fawzu l-ʿaẓīm} [voilà la réussite immense] : ils ont obtenu tout le recherché, tout le craint est parti, toutes leurs affaires sont bonnes et belles — nous demandons à Allah, par Sa générosité, de nous placer parmi eux.

Verset 73

Allah — exalté soit-Il — dit à Son prophète — paix et bénédiction sur lui : {yā ayyuhа n-nabiyyu jāhidi l-kuffāra wa-l-munāfiqīn} [ô Prophète, combat les mécréants et les hypocrites] : fais l'extrême effort dans leur combat et la dureté envers eux quand l'état l'exige — y entrent le combat de la main et le combat de l'argument et de la langue : qui affronte en belligérant est combattu de main, langue, sabre et lance ; qui est soumis à l'islam sous sauvegarde ou pacte est combattu par l'argument et la preuve, en lui exposant les beautés de l'islam et les laideurs de l'association et de la mécréance. Tel est leur lot en ce bas monde ; {wа} quant à l'au-delà, leur refuge est {jahannam} [la Géhenne], leur séjour dont ils ne sortent pas, {wа-bi'sa l-maṣīr} [et quelle funeste destination !]

Verset 74

{yaḥlifūna bi-llāhi mā qālū wa-lа-qad qālū kalimata l-kufr} [ils jurent par Allah qu'ils n'ont rien dit, alors qu'ils ont dit la parole de la mécréance] : quand ils tiennent un propos comme celui de tel d'entre eux : {la-yukhrijanna l-aʿazzu minhā l-adhall} [le plus puissant en expulsera le plus vil, et les propos tenus l'un après l'autre en moquerie de la religion et du Messager — quand il leur parvient que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — en a appris quelque chose, ils viennent lui jurer par Allah qu'ils n'ont rien dit. Allah — exalté soit-Il — dit, les démentant : {wа-lа-qad qālū kalimata l-kufr wa-kafarū baʿda islāmihim} [ils ont dit la parole de la mécréance et mécru après leur islam] : leur islam antérieur, même si en apparence il les avait sortis de la mécréance, leur dernière parole annule leur islam et les fait retomber dans la mécréance. {wа hammū bimā lam yanālū} [et ils ont projeté ce qu'ils n'ont pas atteint] : ils projetèrent d'attenter au Messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui — à l'expédition de Tabūk ; Allah lui en raconta la nouvelle et Il ordonna qui les détourna de leur dessein. {wа} ils {mā naqamū illā an aghnāhumu llāhu wa-rasūluhu min faḍlihi} [n'ont blâmé qu'qu'Allah et Son Messager les a enrichis de Sa faveur], après qu'ils furent pauvres et démunis — l'un des faits les plus étonnants : mépriser celui qui fut cause de les tirer des ténèbres vers la lumière et de les enrichir après la pauvreté ! Son droit sur eux n'était-il pas d'être magnifié, cru, honoré ?! [Le mobile religieux et le mobile de l'humanité se conjuguaient]. Puis Il leur proposa le repentir : {fа-in yatūbū yak khayran lahum} [s'ils se repentent, c'est mieux pour eux], le repentir étant la racine de la félicité de ce monde et de l'au-delà ; {wа in yatawallaw} [et s'ils tournent le dos] au repentir et au retour, {yuʿadhdhibhumu llāhu ʿadhāban alīman fī d-dunyā wa-l-ākhirah} [Allah les châtiera d'un châtiment douloureux en ce bas monde et dans l'au-delà] : ici-bas, du chagrin, de l'angoisse et de la peine de voir Allah secourir Sa religion, glorifier Son prophète, et eux ne pas atteindre leur but ; là-bas, dans le châtiment du brasier. {wа mā lahumu fī l-arḍi min waliyyin} [et ils n'ont sur terre ni patron] qui prenne en charge leurs affaires et leur obtienne le but, {wа lā naṣīr} [ni secourant] qui repousse d'eux le mal — et une fois coupés de la prise en charge d'Allah — exalté soit-Il —, ce sont toutes sortes de mal, de perte, de misère et de privation.

Verset 75

C'est-à-dire : parmi ces hypocrites, tel donna à Allah Son engagement et Son pacte : {la-in ātanā min faḍlihi} [si Tu nous donnes de Ta faveur] — ce monde, nous le déploie et l'élargisse —, {la-naṣṣaddaǫanna wa-la-nakūnanna mina ṣ-ṣāliḥīn} [nous donnerons certes l'aumône et serons certes des bons : nous tenir aux liens de parenté, recevoir l'hôte, aider aux besoins du droit, faire les actions bonnes et pies.

Verset 76

{fа-lammā ātāhum min faḍlihi} [quand Il leur eut donné de Sa faveur], ils ne tinrent pas leur parole, mais {bakhilū} [furent avares] {wа tawallaw} [et tournèrent le dos] à l'obéissance et à la soumission, {wа hum muʿriḍūn} [en se détournant] : sans se retourner vers le bien.

Verset 77

N'ayant pas tenu ce qu'ils avaient promis à Allah, Il les punit : {fa-aʿqabahum nifāqan fī ǫulūbihim} [Il leur fit suivre l'hypocrisie dans leurs cœurs] durable {ilā yawmi yalqawnahu bimā akhlafū llāha mā waʿadūhu wa-bimā kānū yakdhibūn} [jusqu'au jour où ils Le rencontreront, pour avoir manqué à Allah ce qu'ils Lui avaient promis, et pour avoir menti]. Que le croyant craigne ce trait abominable : promettre à son Seigneur, si tel but arrive, de faire ainsi et ainsi, puis ne pas tenir — Allah pourrait le punir de l'hypocrisie comme Il punit ceux-là. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — dit dans le hadith établi des deux Ṣaḥīḥ : « Le signe de l'hypocrite est triple : quand il parle, il ment ; quand il promet, il trahit ; quand il engage, il manque. » Cet hypocrite, qui promit et s'engagea envers Allah — si Allah lui donne de Sa faveur, il donnera l'aumône et sera des bons —, parla et mentit, s'engagea [et trahit], promit et manqua.

Verset 78

C'est pourquoi Il menaça ceux d'entre eux qui firent cela : {a-lam yaʿlamū anna llāha yaʿlamu sirrahum wa-najwāhum wa-anna llāha ʿallāmu l-ghuyūb} [ne savent-ils pas qu'Allah connaît leur secret et leur confidence, et qu'Allah connaît les mystères ?] : Il les rétribuera des œuvres qu'Il connaît. Ces versets descendirent au sujet d'un hypocrite nommé Thaʿlaba : il vint au Prophète — paix et bénédiction sur lui — et lui demanda d'invoquer Allah de lui donner de Sa faveur, promettant que, s'Il lui donnait, il donnerait l'aumône, tiendrait aux liens de parenté et aiderait aux besoins du droit. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — invoqua pour lui ; il eut des brebis qui ne cessèrent de croître jusqu'à le faire sortir de Médine : il n'assista plus qu'à certaines des cinq prières, puis s'éloigna davantage et n'assista plus qu'à la prière du vendredi, puis elles se multiplièrent et il s'éloigna encore : plus de vendredi ni de congrégation. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — s'étonna de son absence, informé de son état, envoya prélever les aumônes auprès de leurs ayants droit ; passant auprès de Thaʿlaba, il dit : ce n'est qu'une capitation, ce n'est que la sœur de la capitation ! Il ne leur donna pas ; ils vinrent en informer le Prophète — paix et bénédiction sur lui —, qui dit : « Malheur à Thaʿlaba, malheur à Thaʿlaba ! » trois fois. Quand ce verset descendit sur lui et ses semblables, un des siens le lui porta ; il vint avec son aumône, mais le Prophète — paix et bénédiction sur lui — ne l'accepta pas ; il l'apporta ensuite à Abū Bakr après la mort du Prophète — paix et bénédiction sur lui — : il ne l'accepta pas ; puis à ʿUmar après Abū Bakr : il ne l'accepta pas ; on dit qu'il périt au temps de ʿUthmān.

Verset 79

C'est encore une des turpitudes des hypocrites — qu'Allah les rende vils : ils ne laissaient rien des affaires de l'islam et des musulmans où ils pensaient avoir prise, sans parler et blâmer par tyrannie et agression. Quand Allah et Son messager exhortèrent à l'aumône, les musulmans s'y empressèrent et donnèrent de leurs biens chacun selon sa condition — les uns abondamment, les autres peu. Ils critiquèrent les premiers : sa dépense vise l'ostentation et la renommée ; et dirent des seconds, pauvres : Allah Se passe de l'aumône de celui-ci. Allah — exalté soit-Il — fit descendre : {alladhīna yalmizūna} [ceux qui critiquent], c'est-à-dire blâment et attaquent, {al-muṭawwiʿīna mina l-mu'minīna fī ṣ-ṣadaqāt} [les bienveillants des croyants dans les aumônes] : ils disent : des ostentatoires, visant la gloire et le paraître ; et ils critiquent {alladhīna lā yajidūna illā juhdahum} [ceux qui ne trouvent que leur capacité] : ils donnent ce qu'ils peuvent, et ils disent : Allah Se passe de leurs aumônes ; {fа-yaskharūna minhum} [et ils se moquent d'eux]. Allah leur rendit leur fait en se moquant d'eux, {wа lahum ʿadhābun alīm} [et ils auront un châtiment douloureux] : leur parole cumule plusieurs périls : — épier l'état des croyants, être avides d'y trouver à redire — Allah dit : {inna lladhīna yuḥibbūna an tašhа l-fāḥishatu fī lladhīna āmanū lahum ʿadhābun alīm} [ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux] ; — attaquer les croyants à cause de leur foi, par mécréance en Allah et haine de la religion ; — la critique (lamz) est interdite, parmi les péchés majeurs pour les affaires de ce monde — dans l'obéissance, elle est plus laide encore ; — quiconque obéit à Allah et accomplit surérogatoirement une œuvre de bien mérite d'être aidé et encouragé ; eux ont voulu les décourager par leurs propos et les en blâmer ; — juger ostentatoire qui dépense beaucoup est une grossière erreur, un jugement sur l'invisible et une conjecture — quel mal est plus grand ?! — dire au donneur d'une petite aumône : Allah Se passe de son aumône ! — propos au but vain : Allah Se passe de l'aumône du petit et du grand donneur, et des habitants des cieux et de la terre ; mais Il a ordonné aux serviteurs ce dont eux-mêmes ont besoin : Allah s'en passe, eux en dépendent — {fа-man yaʿmal mithǫāla dharratin khayran yarah} [quiconque fait un bien du poids d'un atome le verra]. Ce propos décourage du bien de la manière la plus claire : leur salaire fut qu'Allah se moque d'eux, {wа lahum ʿadhābun alīm} [et ils auront un châtiment douloureux].

Verset 80

{istaghfir lahum aw lā tastaghfir lahum in tastaghfir lahum sabʿīna marratan} [demande pardon pour eux ou n'en demande pas : dusses-tu demander pardon pour eux soixante-dix fois], à titre d'exagération — sinon le nombre n'a pas de sens implicite —, {fа-lаn yaghfira llāhu lahum} [Allah ne leur pardonnera jamais], comme dans l'autre verset : {sawā'un ʿalayhim i-staghfarta lahum aw lam tastaghfir lahum lan yaghfira llāhu lahum} [que tu demandes pardon pour eux ou non, Allah ne leur pardonnera jamais]. Puis la cause empêchant le pardon : {dhālika bi-annahum kafarū bi-llāhi wa-rasūlihi} [c'est qu'ils ont mécru en Allah et en Son Messager] : au mécréant, la demande de pardon ni l'œuvre ne profitent tant qu'il mécroit. {wа llāhu lā yahdī l-qawma l-fāsiqīn} [Allah ne guide pas le peuple pervers] : dont la perversité est le trait, au point qu'ils n'en choisissent pas d'autre et n'en veulent pas d'autre ; le vrai clair leur vient, ils le repoussent, et Allah les punit de ne plus les guider après cela.

Verset 81

Allah — exalté soit-Il — dit, exposant la gloriole des hypocrites dans leur retard et leur indifférence, indice d'absence de foi et de préférence de la mécréance : {fа-riḥa l-mukhallafūna bi-maqʿadihim khilāfa rasūli llāhi} [les retardataires se réjouirent d'être restés en arrière, contre le Messager d'Allah] : c'est un degré au-delà du simple retard : un retard interdit, plus l'agrément de la désobéissance et la gloriole. {wа karihū an yujāhidū bi-amwālihim wa-anfusihim fī sabīli llāhi} [et ils ont répugné à combattre avec leurs biens et leurs personnes dans la voie d'Allah] — à la différence des croyants : retardés même pour excuse, ils s'en attristèrent au plus haut point, et ils aiment combattre de leurs biens et personnes dans la voie d'Allah, pour la foi en leurs cœurs, espérant la faveur d'Allah, Sa bienfaisance, Sa grâce et Ses dons. {wа qālū} [et ils dirent] — les hypocrites : {lā tanfirū fī l-ḥarri} [ne partez pas dans la chaleur] : partir est une peine pour nous à cause du chaud — préférant un court repos périssable au repos éternel parfait, et avertissant d'une chaleur que les ombres repoussent et que les matinées et les soirs dissipent, à la place de la chaleur intense sans mesure : le feu brûlant. C'est pourquoi Il dit : {qul nāru jahannama ashaddu ḥarrā} [dis : le feu de la Géhenne est plus intense en chaleur] {lаw kānū yafqahūn} [s'ils comprenaient].

Verset 82

Pour avoir préféré ce qui périt à ce qui demeure, fui la légère peine passagère vers la dure peine durable : {fа-l-yaḍḥakū ǫalīlā} [qu'ils rient donc un peu] {wа l-yabkū kathīrā} [et qu'ils pleurent beaucoup] : qu'ils jouissent dans cette demeure qui passe, se réjouissent de ses voluptés, s'amusent de ses jeux — ils pleureront beaucoup dans un châtiment douloureux, {jazā'an bimā kānū yaksibūn} [salaires de ce qu'ils acquéraient] : mécréance, hypocrisie, refus de se soumettre aux ordres de leur Seigneur.

Verset 83

{fа-in rajaʿaka llāhu ilā ṭā'ifatin minhum} [si Allah te ramène vers une partie d'entre eux] — ceux restés sans excuse et sans chagrin de leur retard — {fа-sta'dhanūka li-l-khurūji} [s'ils te demandent permission de sortir] pour une autre expédition, voyant la facilité, {fа-qul} [dis]-leur, en punition : {lаn takhrūjū maʿī abadan wa-lan tuqātilū maʿī ʿaduwwan} [vous ne sortirez jamais avec moi et ne combattrez jamais d'ennemi avec moi] : Allah Se passera de vous. {innakum raḍītum bi-l-quʿūdi awwala marratin fа-qʿudū maʿa l-khālifīn} [vous avez agréé de rester assis la première fois : restez donc avec les retenus] — comme Allah — exalté soit-Il — dit : {wа nuqallibu af'idatahum wa-abṣārahum kamā lam yu'minū bihi awwala marratin} [et Nous retournons leurs cœurs et leurs yeux comme ils n'y ont pas cru la première fois] : le lourd retardataire, manquant l'occasion de l'ordre, n'y sera plus guidé et en sera empêché. C'est aussi une punition pour eux : quand il fut établi chez les musulmans que ceux-là sont privés de sortie au combat pour leur désobéissance, ce fut pour eux un blâme, une honte et un exemple pour quiconque ferait comme eux.

Verset 84

Allah — exalté soit-Il — dit : {wа lā tuṣalli ʿalā aḥadin minhum māta} [ne prie sur aucun d'entre eux qui meurt] — des hypocrites —, {wа lā taqum ʿalā qabrihi} [et ne te tiens pas debout sur sa tombe] après l'ensevelissement pour invoquer pour lui : prier et se tenir sur leurs tombes serait une intercession pour eux, et l'intercession ne leur profite pas. {innahum kafarū bi-llāhi wa-rasūlihi wa-mātū wa-hum fāsiqūn} [ils ont mécru en Allah et en Son Messager, et ils sont morts pervers] : quiconque mécroit et meurt ainsi, l'intercession des intercesseurs ne lui sert de rien — leçon pour les autres, frein et châtiment exemplaire ; ainsi de quiconque est connu pour mécréance et hypocrisie : on ne prie pas sur lui. Ce verset prouve la légalité de la prière sur les croyants et de se tenir à leurs tombes pour invoquer pour eux, comme le Prophète — paix et bénédiction sur lui — le faisait pour les croyants : restreindre l'interdiction aux hypocrites prouve que cela était établi pour les croyants.

Verset 85

C'est-à-dire : que ne t'illusionnent pas les biens et enfants qu'Allah leur a donnés en ce bas monde : ce n'est pas pour leur noblesse auprès de Lui, c'est leur avilissement. {yurīdu llāhu an yuʿadhdhibahum bihā fī d-dunyā} [Allah veut les châtier par eux en ce bas monde] : ils se fatiguent à les acquérir, craignent leur perte, n'en jouissent pas à l'aise — ils y endurent sans cesse duretés et peines — et ils les distraient d'Allah et de la demeure dernière, jusqu'à ce qu'ils quittent ce monde {wа tazhaqua anfusuhum wa-hum kāfirūn} [et que leurs âmes s'en aillent mécréantes] : l'amour les en a dépouillés de toute chose : ils meurent, le cœur attaché à elles, la poitrine brûlante d'elles.

Verset 86

Allah — exalté soit-Il — dit, exposant la persistance des hypocrites dans la lourdeur devant les obéissances, que les sourates et les versets n'ont pas d'effet sur eux : {wа idhā unzilat sūratun} [quand une sourate est descendue] qui ordonne la foi en Allah et le combat dans Sa voie, {ista'dhanaka ulū ṭ-ṭawli minhum} [les gens d'aisance d'entre eux te demandent permission] — les riches, sans excuse, qu'Allah a pourvus de biens et d'enfants : ne devraient-ils pas remercier Allah, Le louer, s'acquitter de ce qu'Il leur a imposé et facilité ? Mais ils n'ont voulu que paresse et permission de rester : {wа qālū dharūnā nakun maʿa l-qāʿidīn} [et ils dirent : laisse-nous avec ceux qui restent].

Verset 87

Allah — exalté soit-Il — dit : {raḍū bi-an yakūnū maʿa l-khawālif} [ils ont agréé d'être avec les restants] : comment ont-ils agréé d'être avec les femmes restées à l'écart du combat ? Ont-ils science ou raison qui les y mène, ou bien {ṭabaʿa llāhu ʿalā ǫulūbihim} [Allah a scellé leurs cœurs] ? — ils n'entendent plus le bien, plus de volonté d'agir pour le bien et la réussite : ils ne comprennent pas leurs intérêts ; s'ils comprenaient vraiment, ils n'auraient pas agréé pour eux-mêmes cet état qui les abaisse des rangs des hommes.

Verset 88

Allah — exalté soit-Il — dit : ces hypocrites retardataires du combat — Allah Se passera d'eux ; Allah a des serviteurs et des élites parmi Sa création, distingués par Sa faveur, qui se chargent de cette affaire : {ar-rasūlu} [le Messager], Muḥammad — paix et bénédiction sur lui —, {wа lladhīna āmanū maʿahu} [et ceux qui ont cru avec lui], combattant {bi-amwālihim wa-anfusihim} [de leurs biens et de leurs personnes], sans lourdeur ni paresse, mais dans la joie et l'allégresse. Ceux-là {lahumu l-khayrāt} [ont les biens], abondants en ce bas monde et dans l'au-delà ; ceux-là {humu l-mufliḥūn} [sont les réussissants], qui ont obtenu les plus hautes quêtes et les plus parfaites aspirations.

Verset 89

{aʿadda llāhu lahum jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā dhālika l-fawzu l-ʿaẓīm} [Allah leur a préparé des jardins sous lesquels coulent les rivières, où ils demeureront : voilà la réussite immense]. Perdu soit qui ne convoite pas ce qu'ils ont convoité et perd sa religion, son monde et son au-delà — semblable à Sa parole : {qul āminū bihi aw lā tu'minū inna lladhīna ūtū l-ʿilma min qablihi idhā yutlā ʿalayhim yakhirrūna li-l-adhqāni sujjadā} [dis : croyez-y ou ne croyez pas ; ceux qui ont reçu la science avant lui, quand on le leur récite, tombent sur leurs mentons en prosternation] ; et : {fа-in yakfur bihā hā'ulā'i fa-qad wakkalnā bihā qawman laysū bihā bi-kāfirīn} [si ceux-ci y mécroient, Nous avons chargé de elle un peuple qui n'y mécroira pas].

Verset 90

Allah — exalté soit-Il — dit : {wа jā'a l-muʿdhirūna mina l-aʿrābi li-yu'dhana lahum} [et vinrent les excuseurs parmi les Bédouins demander permission] : ceux qui avaient pris à la légère et manqué de sortir, pour qu'on leur permette d'abandonner le combat, sans se soucier de s'excuser — tant ils étaient rudes, sans pudeur, n'y venant que par leur foi chétive. Quant à ceux qui, parmi eux, traitèrent Allah et Son messager de menteurs, ils restèrent et s'abstinrent totalement de s'excuser. Il se peut que {al-muʿdhirūn} [les excuseurs] signifie : ceux qui ont une excuse, venus au Messager — paix et bénédiction sur lui — pour qu'il les excuse, lui qui a coutume d'excuser qui a excuse. {wа qaʿada lladhīna kadhabū llāha wa-rasūlahu} [et restèrent ceux qui ont traité Allah et Son messager de menteurs] dans leur prétention de foi qui exigeait de sortir — sans le faire. Puis Il les menaça : {sa-yuṣību lladhīna kafarū minhum ʿadhābun alīm} [ceux d'entre eux qui ont mécru seront atteints d'un châtiment douloureux] en ce bas monde et dans l'au-delà.

Verset 91

Ayant mentionné les excuseurs — deux catégories : l'une excusée par la Loi, l'autre non —, Il l'expose : {laysa ʿalа ḍ-ḍuʿafā'i} [pas de charge sur les faibles] — en leurs corps et leurs yeux, sans force de sortir et combattre —, {wа lā ʿalа l-marḍā} [ni sur les malades] : toutes les maladies empêchant de sortir et combattre — claudication, cécité, fièvre, pleurésie, paralysie et autres. {wа lā ʿalа lladhīna lā yajidūna mā yunfiǫūn} [ni sur ceux qui ne trouvent pas de quoi dépenser] : ni vivres ni monture pour subvenir à leur voyage. Ceux-là n'encourent aucune charge, à condition d'être sincères envers Allah et Son messager : de foi véridique, résolus dans leur intention qu'ils combattraient s'ils le pouvaient, et faisant ce qu'ils peuvent d'exhortation, d'encouragement et d'incitation au combat. {mā ʿalа l-muḥsinīna min sabīl} [aucune voie contre les bienfaisants] : aucune voie dont ils répondraient : par leur bienfaisance dans les droits d'Allah et des serviteurs, ils ont annulé tout blâme ; qui fait bien ce qu'il peut est déchargé de ce qu'il ne peut pas. On tire de ce verset la règle : quiconque fait du bien à autrui — sa personne, son bien ou autre — et qu'il en résulte manque ou perte, n'est pas garant, car il est bienfaisant et nulle voie contre les bienfaisants ; le verset prouve aussi que le non-bienfaisant — le malfaisant, le négligent — est garant. {wа llāhu ghafūrur-raḥīm} [Allah est Pardonneur et Miséricordieux] : de Son pardon et Sa miséricorde, Il excuse les incapables et les rétribue de leur ferme intention de la récompense des capables agissants.

Verset 92

{wа lā ʿalа lladhīna idhā mā atawka li-taḥmilahum} [ni sur ceux qui, quand ils viennent à toi pour que tu les transportes] — et tu ne trouves rien —, {qulta} [tu dis], en t'excusant : {lā ajidu mā aḥmilukum ʿalayhi tawallaw wa-aʿyunuhum tafīḍu mina d-damʿi ḥazanan allā yajidū mā yunfiqūn} [je ne trouve pas de quoi vous porter ; ils s'en retournent, leurs yeux débordant de larmes, chagrins de ne pas trouver de quoi dépenser] : incapables, offrant leurs personnes, avec le chagrin et la peine qu'Allah a racontés d'eux — nulle charge sur eux. La charge levée, l'affaire revient à son principe : quiconque entend le bien et, à sa ferme intention, s'efforce de ce qu'il peut puis ne peut pas, est mis au rang de l'agent parfait.

Verset 93

{innamā s-sabīlu} [la voie n'est que] contre {alladhīna yasta'dhinūnaka wa-hum aghniyā'u} [ceux qui te demandent permission alors qu'ils sont riches], capables de sortir, sans excuse : ceux-là {raḍū} [ont agréé] pour eux-mêmes et leur religion {an yakūnū maʿa l-khawālif} [d'être avec les restants] — femmes, enfants et semblables. Et ils n'ont agréé cet état que parce qu'Allah a scellé {ʿalā ǫulūbihim} [sur leurs cœurs] : posé Son sceau, si bien qu'aucun bien n'y entre et qu'ils ne sentent plus leurs intérêts religieux et mondains. {fа-hum lā yaʿlamūn} [ils ne savent pas] — punition de ce qu'ils ont commis.

Verset 94

Après avoir mentionné le retard des hypocrites riches sans excuse, Il annonce qu'ils s'excuseront : {ilaykum idhā rajaʿtum ilayhim} [auprès de vous quand vous serez revenus vers eux] de votre expédition. {qul} [dis]-leur : {lā taʿtadhirū lan nu'mina lakum} [ne vous excusez pas : nous ne vous croirons pas] — votre excuse mensongère —, {qad nabba'anā llāhu min akhbārikum} [Allah nous a informés de vos nouvelles] : Lui le véridique en Sa parole — l'excuse n'a plus d'utilité : ils s'excusent contrairement à ce qu'Allah a rapporté d'eux, et ils ne peuvent être sincères en ce qui contredit le récit d'Allah, sommet de la véracité. {wа sa-yarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu} [Allah verra votre œuvre, ainsi que Son Messager] en ce bas monde : l'œuvre est la balance du vrai et du faux, les seules paroles ne prouvent rien. {thumma turaddūna ilā ʿālimi l-ghaybi wa-sh-shahādati} [puis vous serez ramenés vers le Connaisseur du caché et du manifeste], à Qui rien n'échappe, {fa-yunabbi'ukum bimā kuntum taʿmalūn} [et Il vous informera de ce que vous faisiez] de bien et de mal, et vous rétribuera par Sa justice ou Sa faveur, sans vous léser du poids d'un atome.

Verset 95

Sache que le malfaisant coupable a trois situations : que sa parole et son excuse soient acceptées en apparence et au fond, et qu'il soit excusé comme s'il n'avait pas fauté [— telle n'est pas la situation des hypocrites ici : leur excuse n'est pas acceptée, leurs états immondes et leurs mauvaises œuvres étant établis] ; ou qu'il soit puni de la punition et correction effectives pour sa faute ; ou qu'on se détourne de lui sans répondre à son fait par la punition effective. Cette troisième situation est celle qu'Allah ordonne envers les hypocrites : {sa-yaḥlifūna bi-llāhi lakum idhа nqalabtum ilayhim li-tuʿriḍū ʿanhum fa-aʿriḍū ʿanhum} [ils jureront par Allah, quand vous serez revenus vers eux, pour que vous vous détourniez d'eux : détournez-vous donc d'eux] : ne les blâmez pas, ne les châtiez pas, ne les tuez pas. {innahum rijsun} [ils sont une ordure] : impurs, immondes, indignes qu'on s'en soucie — blâme et punition ne serviraient en rien. Il leur suffit pour punition {jahannama jazā'an bimā kānū yaksibūn} [la Géhenne, salaire de ce qu'ils acquéraient].

Verset 96

Sa parole : {yaḥlifūna lakum li-tarḍaw ʿanhum} [ils vous jurent pour que vous soyez agréants envers eux] : c'est là leur autre but auprès de vous, au-delà du détournement : ils aimeraient que vous soyez agréants envers eux comme s'ils n'avaient rien fait. {fа-in tarḍaw ʿanhum fa-inna llāha lā yarḍā ʿani l-qawmi l-fāsiqīn} [si vous êtes agréants envers eux, Allah n'agrée pas le peuple pervers] : il ne vous sied pas, ô croyants, d'agréer quiconque Allah n'agrée pas ; alignez-vous sur votre Seigneur en Son agrément et Sa colère. Considère : Il a dit {fa-inna llāha lā yarḍā ʿani l-qawmi l-fāsiqīn} [Allah n'agrée pas le peuple pervers], et non « Allah n'agrée pas d'eux », pour signifier que la porte du repentir est ouverte : repentis, eux ou d'autres, Allah agrée leur repentir et les agrée ; mais tant qu'ils sont pervers, Allah ne les agrée pas — l'empêchement de Son agrément existe : leur sortie de ce qu'Allah agrée pour eux — foi et obéissance — vers ce qui Le met en colère : association, hypocrisie, désobéissances. Le fond : les hypocrites retardataires du combat sans excuse, qui s'excusent auprès des croyants et prétendent des excuses — ils veulent qu'on se détourne d'eux, qu'on les agrée, qu'on accepte leur excuse : l'acceptation et l'agrément, non, par amour ni faveur pour eux ; le détournement, oui : les croyants se détournent d'eux comme on se détourne des choses viles et immondes. Ces versets établissent la parole d'Allah — exalté soit-Il — dans Sa parole {qad nabba'anā llāhu min akhbārikum} [Allah nous a informés de vos nouvelles], et Ses actions d'élection survenant par Sa volonté et Sa puissance — ici et dans {wа sa-yarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu} [Allah verra votre œuvre, ainsi que Son Messager] : Il annonce qu'Il la verra après son accomplissement. Et ils établissent l'agrément d'Allah envers les bienfaisants, Sa colère contre les pervers.

Verset 97

Allah — exalté soit-Il — dit : {al-aʿrābu} [les Bédouins], habitants des déserts et des steppes, {ashaddu kufran wa-nifāǫan} [sont plus durs en mécréance et hypocrisie] que les sédentaires chez qui il y a mécréance et hypocrisie, pour maintes raisons : ils sont loin de connaître les lois religieuses, les œuvres et les règles — plus propres {wа ajdaru allā yaʿlamū ḥudūda mā anzala llāhu ʿalā rasūlihi} [à ne pas connaître les limites de ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager] : principes de la foi, règles des ordres et interdits — à la différence des sédentaires, plus proches de connaître les limites de ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager, d'où leur viennent, par cette science, conceptions bonnes et volontés du bien qu'on ne trouve pas au désert ; il y a chez eux une finesse de nature et une docilité à l'appel qui n'existent pas au désert ; ils fréquentent les gens de foi et les côtoient plus que les Bédouins — c'est pourquoi ils sont plus aptes au bien que les Bédouins, même s'il y a au désert et en ville mécréants et hypocrites : au désert, c'est plus dur et plus épais qu'en ville.

Verset 98

D'autant que les Bédouins sont plus avides de biens et plus avares en eux : parmi eux {man yattakhidhu mā yunfiq} [tel prend ce qu'il dépense] — aumône, dépense dans la voie d'Allah et autre — {maghraman} [pour une ruine], c'est-à-dire le tient pour perte et dommage, sans y viser la récompense, sans y vouloir la Face d'Allah, et ne s'en acquittant presque que par force ; {wа yatarabbaṣu bikumu d-dawā'ir} [et guette contre vous les revers] : de leur hostilité aux croyants et leur haine, ils souhaitent et attendent sur eux les revers du sort et les catastrophes du temps — cela se retournera contre eux : sur eux {dā'iratu s-saw'i} [le cercle du mal ; quant aux croyants, ils ont le cercle du bien sur leurs ennemis et la belle fin. {wа llāhu samīʿun ʿalīm} [Allah est Audient et Savant] : Il connaît les intentions des serviteurs et si les œuvres procèdent de sincérité ou non.

Verset 99

Tous les Bédouins ne sont pas blâmés : parmi eux {man yu'minu bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhir} [tel croit en Allah et au Jour dernier] — échappant par là à la mécréance et l'hypocrisie, agissant selon la foi — {wа yattakhidhu mā yunfiqu qurubātin ʿinda llāhi} [et prend ce qu'il dépense pour des moyens de rapprochement auprès d'Allah] : il vise par sa dépense la Face d'Allah — exalté soit-Il — et le rapprochement de Lui, et la prend pour moyen des {ṣalawāt} [prières] du {rasūl} [Messager] : ses invocations pour eux et sa bénédiction sur eux. Allah — exalté soit-Il — dit, exposant le profit des prières du Messager : {alā innahā qurbatun lahum} [oui, c'est un rapprochement pour eux] : les rapproche d'Allah, fait croître leurs biens et y fait descendre la bénédiction. {sa-yudkhiluhumu llāhu fī raḥmatihi} [Allah les fera entrer dans Sa miséricorde], au nombre de Ses serviteurs bons. Il est {ghafūrur-raḥīm} [Pardonneur et Miséricordieux] : Il pardonne les péchés immenses à qui revient à Lui, couvre Ses serviteurs de Sa miséricorde qui embrasse toute chose, et réserve à Ses serviteurs croyants une miséricorde où Il les guide aux biens, les protège des fautes et leur accorde des récompenses immenses. Ce verset prouve que les Bédouins sont comme les sédentaires : parmi eux des loués et des blâmés — Allah ne les a pas blâmés pour leur seule condition bédouine, mais pour délaisser les ordres d'Allah, dont ils sont plus proches. Il prouve aussi que la mécréance et l'hypocrisie croissent et décroissent, s'épaississent et s'allègent selon les états ; le mérite de la science : qui en manque est plus proche du mal que qui la connaît — Allah a blâmé les Bédouins, dit qu'ils sont plus durs en mécréance et hypocrisie, et donné la cause : ils sont plus propres à ne pas connaître les limites de ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager. La science la plus profitable est la connaissance des limites de ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager — principes et branches de la religion : limites de la foi, de l'islam, de l'excellence, de la piété, de la réussite, de l'obéissance, du bien, du lien, de la bienfaisance, de la mécréance, de l'hypocrisie, de la perversité, de la désobéissance, de la fornication, du vin, de l'usure et autres — car les connaître permet de les accomplir si elles sont ordonnées, de les délaisser si elles sont interdites, de les ordonner ou interdire. Enfin : le croyant doit s'acquitter de ses droits le cœur dilaté, l'âme sereine, et s'efforcer qu'ils soient un gain et non une perte.

Verset 100

Les devanciers sont ceux qui ont précédé cette communauté et s'y sont élancés les premiers vers la foi, l'hégire, le combat et l'établissement de la religion d'Allah : {mina l-muhājirīna} [parmi les émigrants] — {alladhīna ukhrijū min diyārihim wa-amwālihim yabtaghūna faḍlanmina llāhi wa-riḍwānan wa-yanṣurūna llāha wa-rasūlahu ulā'ika humu ṣ-ṣādiqūn} [chassés de leurs demeures et de leurs biens, cherchant faveur et agrément d'Allah, secourant Allah et Son Messager : voilà les véridiques] — et {al-anṣār} [les auxiliaires] : {alladhīna tawawwa'ū d-dāra wa-l-īmāna min qablihim yuḥibbūna man hājara ilayhim wa-lā yajidūna fī ṣudūrihim ḥājatan mimmā ūtū wa-yu'thirūna ʿalā anfusihim wa-law kāna bihim khaṣāṣah} [qui ont adopté la Demeure et la foi avant eux, aiment qui a émigré vers eux, ne trouvent dans leurs cœurs nul besoin de ce qu'on leur a donné, et préfèrent autrui à eux-mêmes même dans la gêne]. {wа lladhīna ttabaʿūhum bi-iḥsānin} [et ceux qui les ont suivis dans le bien] : croyances, paroles, œuvres — ceux-là ont échappé au blâme et reçu l'éloge suprême et les meilleures grâces d'Allah. {raḍiya llāhu ʿanhum} [Allah les agrée] — Son agrément est plus grand que le délice du Paradis — {wа raḍū ʿanhu wa-aʿadda lahum jannātin tajrī taḥtahā l-anhāru} [et ils L'agréent ; Il leur a préparé des jardins sous lesquels coulent les rivières], conduites pour arroser les jardins et parterres éclatants et florissants. {khālidīna fīhā abadā} [y demeurant à jamais] : ils n'en cherchent d'autre ni de replacement — tout ce qu'ils souhaitent, ils l'obtiennent ; tout ce qu'ils veulent, ils le trouvent. {dhālika l-fawzu l-ʿaẓīm} [voilà la réussite immense] : ils y ont obtenu tout ce que les âmes aiment, dont les esprits jouissent, dont les cœurs se délectent et que les corps désirent, et tout ce qui était à craindre s'est détourné d'eux.

Verset 101

Allah — exalté soit-Il — dit : {wа mimmан ḥawlakum mina l-aʿrābi munāfiqūna wa-min ahli l-madīnati} [parmi les Bédouins qui vous entourent sont des hypocrites, et parmi les gens de Médine aussi] : {maradū ʿalа n-nifāq} [endurcis dans l'hypocrisie], exercés à elle [et persistants], y croissant en rébellion, {lā taʿlamuhum} [tu ne les connais pas] en leurs personnes pour les punir ou les traiter selon leur hypocrisie — Allah y a une sagesse éclatante. {naḥnu naʿlamuhum sa-nuʿadhdhibuhum marratayn} [Nous les connaissons : Nous les châtierons deux fois] : le duel peut être propre : un châtiment en ce bas monde — le chagrin, l'angoisse et l'aversion de ce qui atteint les croyants de victoire et conquête — et un dans l'au-delà : le châtiment du Feu, et quelle funeste demeure ! Ou bien : Nous durcirons leur châtiment, le doublerons, le répéterons.

Verset 102

Allah — exalté soit-Il — dit : {wа ākharūn} [et d'autres] — de Médine, des environs, et de toutes les terres d'islam —, {iʿtarafū bidhunūbihim} [ont reconnu leurs péchés] : les ont avoués, s'en sont repentis, s'efforcent d'en revenir et de se purifier de leurs souillures, {khalaṭū ʿamalan ṣāliḥan wa-ākhara sayyi'an} [mêlant une œuvre bonne et une autre mauvaise] : l'œuvre n'est bonne que si le serviteur a la racine de l'unification et de la foi qui fait sortir de la mécréance et de l'association — condition de toute œuvre bonne. Ceux-ci ont mêlé œuvres pies et mauvaises œuvres : oser certains interdits, manquer certains devoirs — en le reconnaissant et en espérant qu'Allah leur pardonne. Ceux-là : {ʿasā llāhu an yatūba ʿalayhim} [il se peut qu'Allah agrée leur repentir] — et Son repentir sur Son serviteur est double : le guider au repentir, et l'accepter quand il advient d'eux. {inna llāha ghafūrur-raḥīm} [Allah est Pardonneur et Miséricordieux] : caractérisé du pardon et de la miséricorde dont nulle créature n'est exempte — le monde d'en haut et d'en bas ne subsiste que par eux : si Allah sanctionnait les hommes pour leur injustice, Il ne laisserait sur terre aucune bête — {inna llāha yumsiku s-samāwāti wa-l-arḍa an tazūlā wa-la-in zālatā in amsakahumā min aḥadin min baʿdihi innahu kāna ḥalīman ghafūrā} [Allah retient les cieux et la terre de s'écrouler ; s'ils s'écroulaient, nul autre que Lui ne les retiendrait : Il est Longanime, Pardonneur]. De Son pardon : les outranciers envers eux-mêmes, qui ont consumé leur vie en mauvaises œuvres, s'ils reviennent à Lui et retournent, fût-ce au seuil de la mort dans le moindre délai, Il leur pardonne et passe outre leurs mauvaises actions. Ce verset prouve que le mélangeur reconnaissant et regrettant qui ne s'est pas encore repenti d'un repentir sincère est entre crainte et espérance, plus proche du salut ; quant au mélangeur qui ne reconnaît pas, ne regrette pas son passé et persiste dans les péchés : on doit le craindre au plus haut point.

Verset 103

Allah — exalté soit-Il — dit à Son messager — et à quiconque prend sa place —, lui ordonnant ce qui purifie les croyants et parfait leur foi : {khudh min amwālihim ṣadaqatan} [prends de leurs biens une aumône] : l'aumône obligatoire, {tuṭahhiruhum wa-tuzakkīhim bihā} [par laquelle tu les purifies et les fais croître] : tu les purifies des péchés et des vices, {wа tuzakkīhim} [et les fais croître] : tu les fais grandir, accrois leurs bons caractères et leurs œuvres pies, leur récompense en ce monde et dans l'au-delà, et fais croître leurs biens ; {wа ṣalli ʿalayhim} [et prie sur eux] : invoque pour eux — les croyants en général et en particulier quand ils te remettent l'aumône de leurs biens. {inna ṣalātaka sakanun lahum} [ta prière est pour eux une quiétude] : tranquillité de leurs cœurs et bonne annonce. {wа llāhu samīʿ} [Allah est Audient] : de ton invocation, une audition d'exaucement et d'acceptation ; {ʿalīm} [Savant] : des états et des intentions des serviteurs — Il rétribue chacun de son œuvre et selon son intention. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — obéissait à l'ordre d'Allah, ordonnait l'aumône et envoyait ses agents la collecter ; quand quelqu'un lui apportait son aumône, il invoquait et bénissait. Ce verset prouve l'obligation de l'aumône dans tous les biens — quand ils sont de commerce manifeste : des biens qui croissent et procurent le gain ; justice veut que les pauvres en soient secourus par l'acquittement de l'aumône due. Hors les biens de commerce : si le bien croît — grains, fruits, bétail destiné au croît, au lait et à la reproduction —, l'aumône en est due ; sinon non, car ce qui est destiné à l'usage propre n'est pas au rang des biens qu'on possède habituellement comme richesse d'où l'on tire les fins financières — l'usage l'a détourné de la richesse. Il prouve que le serviteur ne peut se purifier et croître qu'en sortant l'aumône de son bien, et que rien ne l'expie sinon son versement : purification et croissance dépendent de sa sortie. Il établit la recommandation de l'invocation de l'imam ou de son délégué pour qui acquitte son aumône, avec la bénédiction, et à voix haute pour que le donateur l'entende et s'en apaise. Du sens : réjouir le croyant par la parole douce, l'invocation pour lui et semblables, de quoi le cœur s'apaise et se calme. [Et stimuler qui a fait une dépense ou une œuvre pie par l'invocation, l'éloge et semblables.]

Verset 104

C'est-à-dire : ne savent-ils pas l'étendue de la miséricorde d'Allah et l'universalité de Sa générosité, et qu'Il {yaqbalu t-tawbata ʿan ʿibādihi} [agrée le repentir de Ses serviteurs] repentants, de quelque péché que ce soit — Il Se réjouit même du repentir de Son serviteur, quand il revient, de la plus grande joie qu'on puisse concevoir —, {wа ya'khudhu ṣ-ṣadaqāti} [et prend les aumônes] d'eux, c'est-à-dire les accepte et les prend de Sa main droite, les fait croître pour chacun comme l'homme fait croître son poulain, jusqu'à ce que la datte unique devienne comme la grande montagne — que dire de ce qui est plus grand et plus abondant ! {wа anna llāha huwa t-tawwābu r-raḥīm} [Allah est le Tout-Repentant, le Miséricordieux] : Il agrée abondamment le repentir des repentants — qui revient à Lui, Il agrée son repentir, dussent les désobéissances se répéter maintes fois ; Allah ne se lasse pas d'agréer le repentir de Ses serviteurs qu'eux-mêmes ne s'en lassent, qu'ils refusent que la fuite et l'éloignement de Sa porte et l'alliance avec leur ennemi. {ar-raḥīm} [le Miséricordieux] : Sa miséricorde embrasse toute chose, prescrite à ceux qui Le craignent, donnent l'aumône, croient en Ses signes et suivent Son messager.

Verset 105

Allah — exalté soit-Il — dit : {wа qul} [et dis] à ces hypocrites : {iʿmalū} [agissez] — ce que vous voulez des œuvres, persistez dans votre faux : ne croyez pas que cela restera caché — {fа-sa-yarā llāhu ʿamalakum wa-rasūluhu wa-l-mu'minūn} [Allah verra votre œuvre, ainsi que Son Messager et les croyants] : votre œuvre se manifestera nécessairement et s'éclairera. {wа sa-turaddūna ilā ʿālimi l-ghaybi wa-sh-shahādati fa-yunabbi'ukum bimā kuntum taʿmalūn} [vous serez ramenés vers le Connaisseur du caché et du manifeste, et Il vous informera de ce que vous faisiez] de bien et de mal : voilà la menace et l'avertissement terribles contre qui persiste dans son faux, sa tyrannie, son égarement et sa désobéissance. Il se peut aussi que le sens soit : quelles que soient vos œuvres, bonnes ou mauvaises, Allah vous observe et informera Son messager et Ses serviteurs croyants de vos œuvres, fussent-elles cachées.

Verset 106

C'est-à-dire : {wа ākharūn} [et d'autres] des retardataires, différés {li-amri llāhi immā yuʿadhdhibahum wa-immā yatūbu ʿalayhim} [à l'ordre d'Allah : ou bien Il les châtie, ou bien Il agrée leur repentir]. Voilà l'effroi intense pour les retardataires et l'exhortation au repentir et au regret. {wа llāhu ʿalīmun} [Allah est Savant] des états et intentions des serviteurs ; {ḥakīm} [Sage] : Il met chaque chose à sa place et à son rang — si Sa sagesse requiert de leur pardonner et agréer leur repentir, Il pardonne et agrée ; si Sa sagesse requiert de les abandonner et ne pas les guider au repentir, Il le fait.

Verset 107

Des gens parmi les hypocrites de Qubā' bâtirent une mosquée à côté de la mosquée de Qubā', pour nuire aux croyants et les tracasser, et la préparèrent pour tel qu'ils espéraient des belligérants contre Allah et Son messager, comme forteresse au besoin. Allah — exalté soit-Il — exposa leur honte et manifesta leur secret : {wа lladhīna ttakhadhū masjidan ḍirāran} [et ceux qui ont pris une mosquée pour nuire] et porter préjudice aux croyants et à leur mosquée où ils se réunissent ; {wа kufran} [et par mécréance] : leur but en elle est la mécréance quand d'autres visent la foi ; {wа tafrīǫan bayna l-mu'minīn} [et pour diviser entre les croyants] : qu'ils se scindent, se dispersent, divergent ; {wа irṣādan} [et en embuscade], c'est-à-dire préparation, {li-man ḥāraba llāha wa-rasūlahu min qablu} [pour qui a fait la guerre à Allah et à Son Messager auparavant] : aide aux belligérants d'Allah et de Son messager dont la guerre fut antérieure et l'hostilité violente — tel Abū ʿĀmir le moine, originaire de Médine : quand le Prophète — paix et bénédiction sur lui — arriva et émigra à Médine, il mécroit en lui ; il était ascète au temps antéislamique ; il alla trouver les polythéistes pour leur demander aide contre le messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui — ; n'y atteignant pas son but, il alla vers César, prétendant qu'il le secourrait ; le maudit périt en route. Il était en promesse et intelligence avec les hypocrites, et la mosquée de la nuisance était de ce qu'ils lui préparèrent. La révélation descendit à ce sujet : le Prophète — paix et bénédiction sur lui — envoya la démolir et la brûler ; elle fut démolie, brûlée, et devint ensuite un dépotoir. Après avoir exposé leurs desseins corrompus en cette mosquée, Allah — exalté soit-Il — dit : {wа la-yaḥlifunna in aradnā} [ils jureront certes : nous ne voulions], en la bâtissant, {illā l-ḥusnā} [que le bien] : la bienfaisance envers le faible, l'incapable et l'aveugle. {wа llāhu yashhadu innahum la-kādhibūn} [Allah atteste qu'ils sont menteurs] : le témoignage d'Allah sur eux est plus véridique que leur serment.

Verset 108

{lā taqum fīhi abadā} [ne te tiens jamais debout en elle] : ne prie jamais dans cette mosquée bâtie pour nuire — Allah t'en dispense, tu n'y es pas contraint. {lamasjidun ussisa ʿalа t-taqwā min awwali yawmin} [une mosquée fondée dès le premier jour sur la piété] : le jour où l'islam parut à Qubā' — la mosquée de Qubā', fondée sur la sincérité de la religion pour Allah, l'établissement de Son évocation et des rites de Sa religion, et anciennement enracinée en cela. Cette mosquée éminente {aḥaǫǫu an taqūma fīhi} [a plus de droit que tu t'y tiennes] : t'y adorer et évoquer Allah — exalté soit-Il — : elle est éminente et ses gens éminents. Allah les a loués : {fīhi rijālun yuḥibbūna an yataṭahharū} [en elle sont des hommes qui aiment à se purifier] des péchés, et se purifier des impuretés, souillures et ablutions à faire. Qui aime une chose s'y efforce nécessairement et s'y applique : ils étaient nécessairement soucieux de se purifier des péchés, des souillures et des ablutions — c'est pourquoi ils furent parmi les premiers convertis, assidus à la prière, constants au combat avec le messager d'Allah — paix et bénédiction sur lui — et à l'établissement des lois de la religion, et de ceux qui se gardaient de contredire Allah et Son messager. Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — leur demanda, après la descente de ce verset à leur louange, quelle était leur pureté ? Ils l'informèrent qu'ils suivaient les pierres de l'eau [se lavaient à l'eau puis complétaient avec des pierres] ; il les loua de leur pratique. {wа llāhu yuḥibbu l-muṭṭahharīn} [Allah aime ceux qui se purifient] : pureté spirituelle — se préserver de l'association et des vices — et pureté matérielle — ôter les impuretés et lever les ablutions.

Verset 109

Puis Il établit la hiérarchie des mosquées selon les desseins de leurs gens et leur conformité à Son agrément : {a-fa-man assasa bunyānahu ʿalā taqwā mina llāhi} [celui qui a fondé son édifice sur la piété envers Allah] — intention droite et sincérité — {wа riḍwānin} [et l'agrément], conformément à Son ordre, réunissant dans son œuvre sincérité et suivage, {khayrun am-man assasa bunyānahu ʿalā shafā} [vaut-il mieux que celui qui a fondé son édifice au bord] — au bord — {jurufin hārin} [d'une berge effondrée], ruinée, prête à s'écrouler, {fа-inhāra bihi fī nāri jahannama wa-llāhu lā yahdī l-qawma ẓ-ẓālimīn} [et qu'il s'est écroulé avec lui dans le feu de la Géhenne ? Allah ne guide pas le peuple injuste] vers ce qui contient les intérêts de leur religion et de leur monde.

Verset 110

{lā yazālu bunyānuhumu lladhī banaw ribatan fī ǫulūbihim} [leur édifice qu'ils ont bâti ne cessera d'être un doute dans leurs cœurs] : soupçon et perplexité demeurant dans leurs cœurs, {illā an tataqaṭṭaʿa ǫulūbuhum} [jusqu'à ce que leurs cœurs se déchirent] : au regret extrême, retournant à leur Seigneur et Le craignant à l'extrême — Allah leur pardonne ainsi ; sinon, leur édifice ne leur ajoute que doute sur doute et hypocrisie sur hypocrisie. {wа llāhu ʿalīmun} [Allah est Savant] de toutes choses, apparentes et cachées, secrètes et claires, et de ce que les serviteurs taisent et proclament ; {ḥakīm} [Sage] : Il ne fait, ne crée, n'ordonne ni n'interdit que ce qu'exige la sagesse — à Allah la louange. Ces versets recèlent maints enseignements : — bâtir une mosquée destinée à nuire à une autre mosquée voisine est interdit, et la mosquée de la nuisance dont le dessein des fondateurs est établi doit être démolie ; — l'œuvre, même éminente, est transformée par l'intention et devient interdite — comme l'intention des gens de la mosquée de la nuisance transforma leur œuvre en ce qu'on voit ; — tout état qui divise les croyants est une désobéissance qu'il faut abandonner et abolir, comme tout état qui réunit les croyants et les accorde doit être suivi, ordonné et encouragé : Allah a motivé leur prise de la mosquée de la nuisance par ce dessein qui exige l'interdiction, comme la mécréance et la guerre à Allah et à Son messager l'exigent ; — l'interdiction de prier aux lieux de la désobéissance, de s'en éloigner et d'approcher de leurs abords ; — la désobéissance affecte les lieux, comme la désobéissance des hypocrites affecta la mosquée de la nuisance dont il fut interdit de s'approcher ; de même l'obéissance affecte les lieux, comme elle affecta la mosquée de Qubā' — Allah y dit : {lamasjidun ussisa ʿalа t-taqwā min awwali yawmin aḥaǫǫu an taqūma fīhi} [une mosquée fondée dès le premier jour sur la piété a plus de droit que tu t'y tiennes] : c'est pourquoi la mosquée de Qubā' a un mérite que nulle autre n'a — le Prophète — paix et bénédiction sur lui — visitait Qubā' chaque samedi et y priait, et exhortait à y prier ; — ces motifs cités dans le verset livrent quatre règles importantes : toute œuvre comportant nuisance à un musulman, désobéissance à Allah — les désobéissances sont des branches de la mécréance —, division entre les croyants, ou aide à quiconque s'oppose à Allah et à Son messager, est interdite et proscrite ; et l'inverse par l'inverse. [Les œuvres matérielles nées d'une désobéissance à Allah ne cessent d'éloigner leur auteur d'Allah, comme la persistance dans la désobéissance, jusqu'à ce qu'il les abolisse et s'en repente d'un repentir parfait, au point que son cœur se déchire de regret et d'angoisse] ; — si la mosquée de Qubā' est fondée sur la piété, la mosquée du Prophète — paix et bénédiction sur lui —, fondée de sa main bénie, où il œuvra et qu'Allah lui élut, l'est à plus forte raison ; — l'œuvre fondée sur la sincérité et le suivage est l'œuvre fondée sur la piété, qui conduit son auteur aux jardins des délices ; l'œuvre fondée sur la mauvaise intention, sur les innovations et l'égarement, est l'œuvre fondée au bord d'une berge effondrée, qui s'écroule avec lui dans le feu de la Géhenne. Allah ne guide pas le peuple injuste.

Verset 111

Allah — exalté soit-Il — informe en une information véridique et promet en une promesse vraie un marché immense et un échange considérable : Il {ishtarā} [a acheté] de Sa noble Personne {mina l-mu'minīna anfusahum wa-amwālahum} [aux croyants leurs personnes et leurs biens] — eux le prix et la marchandise vendue — {bi-anna lahumu l-jannata} [contre ceci : le Paradis leur appartient], avec tout ce que désirent les âmes et dont jouissent les yeux : voluptés, joies, allégresses, houris splendides et demeures élégantes. La forme du contrat et de la vente : qu'ils offrent à Allah leurs personnes et leurs biens dans le combat de Ses ennemis, pour élever Sa parole et manifester Sa religion — ils combattent {fī sabīli llāhi fa-yaqtulūna wa-yuqtalūn} [dans la voie d'Allah, tuant et tués]. Ce contrat émana d'Allah, confirmé par toutes les formes de confirmation : {waʿdan ʿalayhi ḥaqqan fī t-tawrāti wa-l-injīli wa-l-qur'ān} [promesse Lui incombant en vérité, dans la Torah, l'Évangile et le Coran] — les plus nobles Livres venus au monde, les plus élevés et parfaits, apportés par les plus parfaits messagers, les résolus : tous s'accordent sur cette promesse véridique. {wа man awfā bi-ʿahdihi mina llāhi fa-stabshirū} [et qui est plus fidèle à Son pacte qu'Allah ? Réjouissez-vous donc], ô croyants qui tenez ce qu'Allah vous a promis {bi-bayʿikumu lladhī bāyaʿtum bihi} [du marché que vous avez conclu] : réjouissez-vous, annonciez-la-vous mutuellement, exhortez-vous mutuellement. {wа dhālika huwa l-fawzu l-ʿaẓīm} [et voilà la réussite immense], dont nulle n'est plus grande ni plus haute : elle comporte la félicité éternelle, le délice permanent et l'agrément d'Allah, plus grand que le délice des jardins. Si tu veux connaître la valeur du marché, regarde l'acheteur — qui est-il ? Allah, magnifié soit Sa majesté ; la contrepartie — la plus grande et noble : les jardins des délices ; le prix payé — la personne et le bien, ce que l'homme aime le plus ; celui par la main de qui le contrat fut conclu — le plus noble des messagers ; et dans quel livre il fut consigné — les grands Livres d'Allah descendus sur la meilleure des créatures.

Verset 112

Comme s'il était dit : qui sont les croyants auxquels la bonne annonce d'Allah — entrer aux jardins et recevoir les grâces ? Il dit : ce sont {at-tā'ibūn} [les repentants], qui demeurent dans le repentir en tout temps, de toutes les mauvaises actions ; {al-ʿābidūn} [les adorants], parés de la servitude d'Allah et constants dans Son obéissance — devoirs et surérogatoires en tout temps : ainsi le serviteur est des adorants ; {al-ḥāmidūn} [les louangeurs] d'Allah dans l'aisance et l'adversité, la facilité et la difficulté, reconnaissant les faveurs d'Allah sur eux, apparentes et cachées, célébrant Allah par leur mention et Son évocation aux heures de la nuit et du jour ; {as-sā'iḥūn} [les itinérants] : l'itinérance fut expliquée du jeûne, ou du voyage pour la science, ou de l'itinérance du cœur dans la connaissance d'Allah, Son amour et le retour constant à Lui — le correct : l'itinérance est le voyage dans les œuvres de rapprochement : pèlerinage, visite pieuse, combat, quête de science, liens de parenté et autres ; {ar-rākiʿūna s-sājidūn} [les inclinés, les prosternés] : ceux qui multiplient la prière, qui comprend l'inclina et la prosternation ; {al-āmirūna bi-l-maʿrūf} [les ordonnateurs du louable] : tous les devoirs et surérogatoires ; {wa-n-nāhūna ʿani l-munkar} [et les interdicteurs du blâmable] : tout ce qu'Allah et Son messager ont interdit ; {wa-l-ḥāfiẓūna li-ḥudūdi llāhi} [et les gardiens des limites d'Allah] : apprenant les limites de ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager, ce qui entre dans les ordres, interdits et règles et ce qui n'y entre pas, et y demeurant en acte et en abstention. {wа bashshiri l-mu'minīn} [et annonce la bonne nouvelle aux croyants] : Il n'a pas dit quoi, pour englober tout ce qui est attaché à la foi comme récompense en ce monde, en religion et dans l'au-delà — la bonne annonce vaut tout croyant ; sa mesure et sa description suivent l'état des croyants, leur foi forte ou faible et leur action selon elle.

Verset 113

C'est-à-dire : il ne sied ni n'est beau au Prophète ni à ceux qui croient en lui {an yastaghfirū li-l-mushrikīn} [de demander pardon pour les polythéistes] — qui ont mécru en Lui et adoré autre que Lui — {wа law kānū ulā qurbā min baʿdi mā tabayyana lahum annahum aṣḥābu l-jaḥīm} [quand ils seraient des proches parents, après qu'il leur est apparu qu'ils sont les compagnons de la Fournaise] : demander pardon pour eux en cet état est une erreur sans profit : il ne sied pas au Prophète ni aux croyants — morts dans l'association ou connus pour y mourir, la parole du châtiment les a atteints, la perpétuité dans le Feu leur incombe, et n'y servent ni l'intercession des intercesseurs ni la demande de pardon des pardonneurs. De plus, le Prophète et ceux qui ont cru avec lui doivent s'aligner sur leur Seigneur en Son agrément et Sa colère, prendre pour alliés les alliés d'Allah et pour ennemis les ennemis d'Allah — et demander pardon pour qui il est établi qu'il est des gens du Feu y contredit et s'y oppose.

Verset 114

Si le pardon-demandé vint de l'ami intime du Miséricordieux, Ibrāhīm — sur lui la paix — pour son père, c'est {ʿan mawʿidatin waʿadahā iyyāhu} [en vertu d'une promesse qu'il lui avait faite] : Sa parole {sa-astaghfiru laka rabbī innahu kāna bī ḥafiyyā} [j'implorerai pardon pour toi auprès de mon Seigneur ; Il a toujours été bienveillant envers moi] — avant de connaître le sort de son père. {fа-lammā tabayyana} [quand il lui apparut] qu'il était {ʿaduwwun li-llāhi} [ennemi d'Allah] — qu'il mourrait dans la mécréance, exhortation et rappel ne lui servant pas —, {tabarra'a minhu} [il se désolidarisa de lui], par alignement sur son Seigneur et bonne éducation envers Lui. {inna ibrāhīma la-awwāh} [Ibrāhīm était certes longanime] : revenant sans cesse à Allah en toutes affaires, multipliant évocation, invocation, pardon-demandé et retour à son Seigneur ; {ḥalīm} [clément] : miséricordieux envers les créatures, passant outre leurs fautes envers lui — l'ignorance des ignorants ne l'ébranle pas, il ne rend pas au coupable sa faute. Son père lui dit : {la-arjumannaka} [je te lapiderai certes, et il lui dit : {salāmun ʿalayka sa-astaghfiru laka rabbī} [paix sur toi ! j'implorerai pardon pour toi auprès de mon Seigneur — prenez-le pour modèle et suivez la religion d'Ibrāhīm en toute chose, hormis la parole d'Ibrāhīm à son père : {la-astaghfiranna laka} [je demanderai certes pardon pour toi, sur quoi Allah vous a alertés comme sur le reste. C'est pourquoi Il dit :

Verset 115

C'est-à-dire : quand Allah — exalté soit-Il — favorise un peuple de la guidée et lui ordonne de suivre le droit chemin, Il parfait sur eux Sa bienfaisance et leur expose tout ce dont ils ont besoin et qu'exige leur nécessité — Il ne les laisse pas égarés et ignorants de leur religion. Preuve de la perfection de Sa miséricorde : Sa loi suffit à tout ce dont les serviteurs ont besoin, principes et branches de la religion. Il se peut que le sens soit : {wа mā kāna llāhu li-yuḍilla qawman baʿda idhā hadāhum ḥattā yubayyina lahum mā yattaqūn} [Allah n'est pas pour égarer un peuple après l'avoir guidé, jusqu'à ce qu'Il leur ait exposé ce qu'ils doivent craindre] : une fois exposé ce qu'ils doivent craindre, s'ils ne s'y soumettent pas, Il les punit de l'égarement en salaire de leur rejet du vrai manifeste — le premier sens est préférable. {inna llāha bi-kulli shay'in ʿalīm} [Allah est de toute chose Savant] : de Sa science parfaite et universelle, Il vous a appris ce que vous ne saviez pas et exposé ce dont vous profitez.

Verset 116

{inna llāha lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi yuḥyī wa-yumīt} [à Allah appartient la royauté des cieux et de la terre : Il fait vivre et mourir] : Il est le Possesseur, administrant Ses serviteurs par la vie, la mort et les diverses dispositions divines — s'Il ne manque jamais à Son administration de décret, comment manquerait-Il à Son administration religieuse, liée à Sa divinité, laissant Ses serviteurs à l'abandon, égarés et ignorants — ce qui serait Le plus grand des abandons de Ses serviteurs ?! C'est pourquoi Il dit : {wа mā lakum min dūni llāhi min waliyyin wa-lā naṣīr} [vous n'avez en dehors d'Allah ni patron ni secourant] : patron qui vous prenne en charge en vous procurant les profits, ni secourant qui repousse de vous les nuisances.

Verset 117

Allah — exalté soit-Il — informe que, de Sa bienveillance et Sa faveur, {tāba ʿalа n-nabiyyi} [Il a agréé le repentir du Prophète] Muḥammad — paix et bénédiction sur lui — {wа l-muhājirīna wa-l-anṣār} [et des émigrants et des auxiliaires] : Il leur a pardonné les fautes, accru leurs bonnes actions et élevés aux plus hauts degrés, pour s'être chargés des œuvres dures et pénibles — d'où : {alladhīna ttabaʿūhu fī sāʿati l-ʿusrati} [qui l'ont suivi à l'heure de la difficulté] : ils sortirent avec lui combattre l'ennemi à l'expédition de Tabūk, dans une chaleur intense, l'étroitesse des vivres et des montures, l'ennemi nombreux — de quoi inviter au retard — : ils demandèrent l'aide d'Allah — exalté soit-Il — et s'en chargèrent {min baʿdi mā kāda yazīghu ǫulūbu farīqin minhum} [après que les cœurs d'une partie d'entre eux faillirent dévier], se retourner et pencher au repos et à l'immobilité — mais Allah les affermit, les soutint et les fortifia. La déviation du cœur est son inclinaison hors du droit chemin : si l'inclinaison touche le principe de la religion, c'est mécréance ; si elle touche ses lois, elle est selon la loi déviée : soit qu'on en a raccourci l'accomplissement, soit qu'on l'a accomplie autrement que selon la règle légale. Sa parole : {thumma tāba ʿalayhim} [ensuite Il agréa leur repentir] : accepta leur repentir. {innahu bihim ra'ūfur-raḥīm} [Il est pour eux Bon, Miséricordieux] : de Sa bonté et miséricorde, Il les a favorisés du repentir, l'a accepté d'eux et les y a affermis.

Verset 118

{wа} de même Il a agréé le repentir {ʿalа th-thalathati lladhīna khullifū} [des trois qui furent laissés en arrière] de sortir avec les musulmans à cette expédition — Kaʿb ibn Mālik et ses deux compagnons ; leur histoire est célèbre et connue dans les Ṣaḥīḥ et les Sunan. Jusqu'à ce que, {ḥattā idhā} [quand enfin] ils furent d'un immense chagrin et {ḍāqat ʿalayhimu l-arḍu bi-mā rahubat} [la terre leur fut étroite malgré son amplitude], {wа ḍāqat ʿalayhim anfusuhum} [et leurs âmes mêmes leur furent étroites] — elles qui leur sont plus chères que tout : l'espace immense et l'aimé même dont l'étroitesse n'est pas coutumière devinèrent étroits pour eux — ce qui n'advient que d'une affaire angoissante atteignant une dureté et peine indicibles, car ils préférèrent l'agrément d'Allah et de Son messager à toute chose. {wа ẓannū an lā malja'a mina llāhi illā ilayhi} [et ils pensèrent qu'il n'est de refuge contre Allah que vers Lui] : ils furent certains et connurent par leur état que ne sauve des détresses et n'est refuge qu'Allah seul, sans associé : leur attachement aux créatures fut coupé, ils s'attachèrent à Allah leur Seigneur et fuirent de Lui vers Lui. Ils demeurèrent dans cette dureté environ cinquante nuits. {thumma tāba ʿalayhim} [ensuite Il agréa leur repentir] : permit leur repentir et les y guida, {li-yatūbū} [pour qu'ils se repentent] : qu'il advînt d'eux et qu'Allah agréât leur repentir. {inna llāha huwa t-tawwābu} [Allah est le Tout-Repentir] : multipliant repentir, pardon et absolution des fautes et manques ; {ar-raḥīmu} [le Miséricordieux] : caractérisé de la grande miséricorde qui ne cesse de descendre sur les serviteurs à tout temps et instant, en tous moments dont dépendent leurs affaires religieuses et mondaines. Ces versets prouvent que le repentir d'Allah sur Son serviteur est la plus haute des fins et des termes : Allah en a fait la fin de l'élite de Ses serviteurs et les en a favorisés quand ils firent les œuvres qu'Il aime et agrée. — La bienveillance d'Allah envers eux et leur affermissement dans la foi aux duretés et épreuves angoissantes. — L'adoration pénible pour l'âme a un mérite et une excellence que d'autres n'ont pas : plus la peine est grande, plus grande la récompense. — Le repentir d'Allah sur Son serviteur suit son regret et son intense chagrin : qui ne se soucie pas du péché et n'a nulle gêne à le commettre, son repentir est altéré, dût-il prétendre qu'il est accepté. — Le signe du bien et de la fin de la dureté : que le cœur s'attache à Allah — exalté soit-Il — d'un attachement parfait et soit coupé des créatures. — De Sa bienveillance envers les trois : Il les a marqués d'une marque qui n'est pas une honte pour eux : {khullifū} [furent laissés en arrière], indiquant que les croyants les laissèrent en arrière ou qu'ils le furent à l'égard de ceux dont l'excuse fut tranchée acceptée ou rejetée — leur retard ne fut pas répugnance au bien : c'est pourquoi Il n'a pas dit « se sont retardés ». — Allah les favorisa de la véracité : c'est pourquoi Il ordonna de les prendre pour modèles :

Verset 119

C'est-à-dire : {yā ayyuhа lladhīna āmanū} [ô vous qui croyez] en Allah et en ce qu'Allah a ordonné de croire ! Tenez ce qu'exige la foi : vous tenir dans la piété d'Allah — exalté soit-Il —, éviter ce qu'Il a interdit et vous en éloigner ; {wа kūnū maʿa ṣ-ṣādiqīn} [et soyez avec les véridiques] en leurs paroles, actes et états : leurs paroles sont véracité, leurs œuvres et états ne sont que véracité, exempts de paresse et tiédeur, préservés des mauvais desseins, empreints de sincérité et d'intention droite : la véracité guide au bien, et le bien guide au Paradis. Allah — exalté soit-Il — dit : {hādhā yawmun yanfaʿu ṣ-ṣādiqīna ṣidquhum…} [voici le jour où la véracité profitera aux véridiques…] jusqu'à la fin.

Verset 120

Allah — exalté soit-Il — dit, exhortant les gens de Médine l'illuminée — émigrants, auxiliaires et les Bédouins des environs convertis dont l'islam fut bon : {mā kāna li-ahli l-madīnati wa-man ḥawlahum mina l-aʿrābi an yatakhallafū ʿan rasūli llāhi} [il n'appartient pas aux gens de Médine ni aux Bédouins des environs de rester en arrière du Messager d'Allah] : cela ne leur sied pas et ne convient pas à leur état. {wа lā yarghabū bi-anfusihim} [ni de préférer leur propre personne] à sa conservation et son repos {ʿan nafsihi} [à sa personne] noble et pure — le Prophète a plus de droit sur les croyants qu'eux-mêmes : tout musulman doit sacrifier sa personne pour le Prophète — paix et bénédiction sur lui — et le préférer à elle ; le signe de la magnification du Messager, de Son amour et de la foi parfaite en lui : ne pas rester en arrière de lui. Puis la récompense qui porte à sortir : {dhālika bi-annahum} [cela parce qu'ils] — les combattants dans la voie d'Allah — {lā yuṣībuhum ẓama'un wa-lā naṣab} [n'ont ni soif ni fatigue] : ni peine ni labeur, {wа lā makhmaṣatun fī sabīli llāhi} [ni famine dans la voie d'Allah], {wа lā yaṭa'ūna mawṭi'an yaghīẓu l-kuffāra} [ni ne foulent un pied qui irrite les mécréants] — pénétrer leurs terres, s'emparer de leurs patries — {wа lā yanālūna min ʿaduwwin naylan} [ni n'obtiennent d'un ennemi aucune prise] — vaincre une armée ou un détachement, prendre un butin — {illā kutiba lahum bihi ʿamalun ṣāliḥ} [sans qu'une œuvre pie ne leur soit inscrite] : ce sont les effets nés de leurs œuvres. {inna llāha lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn} [Allah ne laisse pas perdre la récompense des bienfaisants] qui se sont empressés vers l'ordre d'Allah et tenu ce qui leur incombe de Son droit et du droit de Sa création — ces œuvres sont des effets de leur œuvre.

Verset 121

Puis Il dit : {wа lā yunfiǫūna nafaqatan ṣaghīratan wa-lā kabīratan wa-lā yaqṭaʿūna wādiyan} [ils ne font aucune dépense, petite ou grande, ne traversent aucune vallée] pour aller vers leur ennemi {illā kutiba lahum li-yajziyahumu llāhu aḥsana mā kānū yaʿmalūn} [sans que cela ne leur soit inscrit, pour qu'Allah les rétribue de leur meilleure œuvre] — y entrent ces œuvres s'ils y furent sincères pour Allah et y furent bons conseillers. Ces versets portent au plus haut degré l'encouragement et l'appétit des âmes à sortir combattre dans la voie d'Allah et à tenir pour acquis les peines qui y adviennent : elles leur élèvent les degrés, et les effets qui suivent l'œuvre du serviteur y ont grande récompense.

Verset 122

Allah — exalté soit-Il — dit, alertant Ses serviteurs croyants sur ce qui leur sied : {wа mā kāna l-mu'minūna li-yanfirū kāffah} [les croyants ne devaient pas partir en masse] combattre leur ennemi : il leur en résulterait la peine, et perdraient maints autres intérêts. {fа-law lā nafara min kulli friqatin minhum ṭā'ifatun} [si seulement de chaque groupe d'entre eux était partie une fraction] — des pays, tribus et clans — {li-yatafaqqahū fī d-dīni wa-li-yundhirū qawmahum idhā rajaʿū ilayhim} [pour s'instruire en religion et avertir leur peuple quand ils reviendraient vers eux] : que sorte une fraction assurant la suffisance et le but, et que restent les autres pour s'instruire. Puis Il alerta que le séjour de ceux qui restent recèle des intérêts perdus s'ils sortaient : {li-yatafaqqahū} [pour s'instruire] — ceux qui demeurent — {fī d-dīni wa-li-yundhirū qawmahum idhā rajaʿū ilayhim} [en religion et avertir leur peuple quand ils reviendraient vers eux] : apprendre la science religieuse, en connaître les sens, comprendre ses secrets, enseigner aux autres et avertir leur peuple à leur retour. Voilà le mérite de la science, surtout la compréhension de la religion, la plus importante des affaires : quiconque apprend une science doit la répandre et la semencer parmi les serviteurs et les bien conseiller à son sujet — la diffusion de la science par le savant est de sa bénédiction et de sa récompense qui croît ; quant au savant qui s'en tient à lui-même, sans appeler à la voie d'Allah par la sagesse et la bonne exhortation, sans enseigner aux ignorants ce qu'ils ne savent pas — quel profit les musulmans en ont-ils tiré ? quel fruit de sa science est né ?! Sa fin est de mourir, et sa science et son fruit meurent : c'est la privation suprême de celui à qui Allah a donné science et compréhension. Ce verset est aussi preuve, guide et alerte fine d'un intérêt important : les musulmans doivent préparer à chaque intérêt général de leurs intérêts qui s'en charge, y consacre son temps, s'y applique sans se tourner ailleurs — pour que leurs intérêts tiennent et leurs profits s'achèvent, et que le regard de tous et leur fin visée soient un seul dessein : l'intérêt de leur religion et de leur monde ; que les chemins se dispersent et les goûts se multiplient : les œuvres diffèrent, le dessein est un — parmi les sagesses générales utiles en toute affaire.

Verset 123

Voici encore une direction : après les avoir guidés sur qui doit affronter le combat, Il les guida à commencer par les mécréants les plus proches, à être durs avec eux, constants et courageux au combat. {wa-ʿlamū anna llāha maʿa l-muttaqīn} [sachez qu'Allah est avec les pieux] : que vous sachiez que le secours d'Allah descend selon la piété — tenez-vous dans la piété d'Allah, Il vous aidera et vous donnera la victoire sur votre ennemi. La généralité de Sa parole : {qātilū lladhīna yalūnakum mina l-kuffār} [combattez les mécréants qui vous sont voisins] est restreinte au cas où l'intérêt est de combattre d'autres que les voisins — les sortes d'intérêts sont très nombreuses.

Verset 124

Allah — exalté soit-Il — dit, exposant l'état des hypocrites et des croyants à la descente du Coran et la différence entre les deux groupes : {wа idhā mā unzilat sūratun} [quand une sourate est descendue] contenant ordre, interdiction, information sur Sa noble Personne et les choses absentes, exhortation au combat : {fа-minhum man yaqūlu ayyukum zādathu hādhihi īmānan} [tel d'entre eux dit : qui de vous a vu sa foi accrue par celle-ci ?] : l'interrogation porte sur lequel des deux groupes a cru en elle. Allah — exalté soit-Il — expose l'état réel : {fа-ammā lladhīna āmanū fa-zādathum īmānan} [quant aux croyants, elle a accru leur foi] : par sa science, sa compréhension, sa croyance, l'action selon elle, le désir du bien et l'abstention du mal. {wа hum yastabshirūn} [et ils s'annoncent la bonne nouvelle] : se l'annoncent mutuellement de ce qu'Allah les a favorisés de Ses signes, de la guidée pour les comprendre et agir selon eux — preuve de la dilatation de leurs poitrines aux signes d'Allah, la sérénité de leurs cœurs et la promptitude à se soumettre à ce vers quoi ils exhortent.

Verset 125

{wа ammā lladhīna fī ǫulūbihim maraḍun} [quant à ceux qui ont une maladie dans le cœur] : doute et hypocrisie, {fа-zādathum rijsan ilā rijsihim} [elle a ajouté impureté à leur impureté] : maladie à leur maladie, doute à leur doute, parce qu'ils y ont mécru, s'y sont obstinés, s'en sont détournés — leur maladie s'est accrue et les a menés à la perdition et au scellement de leurs cœurs jusqu'à {mātū wa-hum kāfirūn} [mourir mécréants] : punition d'avoir mécru aux signes d'Allah et désobéi à Son messager : Il leur fit suivre l'hypocrisie dans leurs cœurs jusqu'au jour où ils Le rencontreront.

Verset 126

Allah — exalté soit-Il — dit, les blâmant de persister dans leur mécréance et hypocrisie : {a-wa-lā yarawna annahum yuftanūna fī kulli ʿāmin marratan aw marratayn} [ne voient-ils pas qu'ils sont éprouvés chaque année une ou deux fois] : par les épreuves et maladies qui les atteignent, et par les ordres divins dont on veut les éprouver — {thumma lā yatūbūn} [puis ils ne se repentent pas] du mal où ils sont, {wа lā hum yadhdhakkarūn} [et ne se rappellent pas] ce qui leur profite pour le faire et ce qui leur nuit pour l'abandonner. Allah — exalté soit-Il — les éprouve selon Sa sunna envers toutes les communautés, par l'aisance et l'adversité, les ordres et interdits, pour qu'ils reviennent à Lui — et ils ne se repentent pas et ne se rappellent pas. Ces versets prouvent que la foi croît et décroît, et que le croyant doit inspecter sa foi, la veiller, la renouveler et la faire croître, pour qu'elle soit toujours ascendante. Et Sa parole :

Verset 127

C'est-à-dire : les hypocrites qui craignent qu'une sourate descende sur eux les informant de ce qu'il y a dans leurs cœurs — quand descend une sourate pour qu'ils y croient et agissent selon son contenu, {naẓara baʿḍuhum ilā baʿḍ} [ils se regardent les uns les autres], résolus à ne pas agir selon elle, attendant l'occasion de disparaître des yeux des croyants, et ils disent : {hal yarākum min aḥadin thumma nṣarafū} [quelqu'un vous voit-il ? Puis ils se détournent], se dérobant et s'en retournant détournés. Allah les rétribua d'une punition du genre de leur acte : comme ils se sont détournés de l'action, {ṣarafa llāhu ǫulūbahum} [Allah a détourné leurs cœurs] : les a écartés du vrai et abandonnés, {bi-annahum qawmun lā yafqahūn} [parce qu'ils sont un peuple qui ne comprend pas] d'une compréhension qui profite : s'ils comprenaient, quand descend une sourate ils y croiraient et s'y soumettraient. Le but : exposer leur extrême répugnance au combat et aux autres lois de la foi — comme Allah — exalté soit-Il — dit d'eux : {fа-idhā unzilat sūratun muḥkamatun wa-dhukira fīhа l-ḳаtālu ra'ayta lladhīna fī ǫulūbihim maraḍun yanẓurūna ilayka naẓara l-maghshīyi ʿalayhi mina l-mawt} [quand une sourate décisive descend où le combat est mentionné, tu vois ceux qui ont une maladie dans le cœur te regarder du regard de quelqu'un qui s'évanouit de mort].

Verset 128

Allah — exalté soit-Il — rappelle Sa faveur à Ses serviteurs croyants : avoir suscité parmi eux le Prophète illettré, des leurs, dont ils connaissent l'état, auprès de qui ils peuvent prendre, sans répugnance à lui obéir — lui, paix et bénédiction sur lui, est au suprême degré de bon conseil envers eux et d'effort pour leurs intérêts. {ʿazīzun ʿalayhi mā ʿanittum} [ce qui vous accable lui pèse] : ce qui vous pèse et vous accable lui pèse. {ḥarīṣun ʿalaykum} [avide de vous] : il veut votre bien, s'efforce de vous le procurer, désire vous guider à la foi, hait votre mal et s'efforce de vous en détourner. {bi-l-mu'minīna ra'ūfur-raḥīm} [envers les croyants Bon, Miséricordieux] : d'une bonté et miséricorde extrêmes, plus miséricordieux envers eux que leurs parents — c'est pourquoi son droit prime tous les droits des créatures, et il incombe à la communauté de croire en lui, de le magnifier, l'honorer et le soutenir.

Verset 129

{fа-in} [si] ils croient : c'est leur part et leur guidée ; s'ils {tawallaw} [tournent le dos] à la foi et à l'action : poursuis ta voie, ne cesse pas d'appeler, et dis : {ḥasbiya llāhu} [Allah me suffit] : Allah me dispense en tout ce qui me préoccupe. {lā ilāha illā huwa} [point de divinité sauf Lui] : nul adoré en vérité autre que Lui. {ʿalayhi tawakkaltu} [sur Lui je m'en remets] : je m'appuie sur Lui et me fie à Lui pour obtenir ce qui profite et repousser ce qui nuit. {wа huwa rabbu l-ʿarshi l-ʿaẓīm} [Il est le Seigneur du Trône immense], la plus grande des créatures : s'Il est le Seigneur du Trône immense qui embrasse les créatures, Il est le Seigneur de ce qui est en deçà à plus forte raison. Fin du commentaire de la sourate at-Tawba avec l'aide et la faveur d'Allah. À Allah la louange au commencement et à la fin, en apparence et au fond.