Coran › Sourate 2 › al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān

al-Saʿdī — Taysīr al-Karīm al-Raḥmān

ʿAbd al-Raḥmān al-Saʿdī (m. 1376 H/1956) · Sourate 2 complète · trad. IA non relue

Verset 1

Elle est médinoise. Il a déjà été question de la basmala [formule liminaire : « Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux »]. Quant aux lettres détachées en tête de la sourate, la position la plus sûre est de s'abstenir d'en exposer le sens sans fondement légal, tout en ayant la certitude qu'Allah — exalté soit-Il — ne les a point fait descendre en vain, mais pour une sagesse que nous ne connaissons pas.

Verset 2

Et Sa parole {Voici le Livre}, c'est-à-dire : ce Livre immense, qui est le Livre par excellence, renfermant ce que ne renfermaient pas les livres des anciens et des modernes, à savoir le savoir immense et le vrai manifeste ; {nul doute en lui} : il n'y a en lui ni doute ni suspicion sous quelque rapport que ce soit, et la négation du doute à son sujet entraîne son contraire, car le contraire du doute et de la suspicion est la certitude : ce Livre renferme donc la science certaine, qui dissipe le doute et l'incertitude. Et voici une règle profitable : la négation dont la visée est l'éloge doit nécessairement impliquer son contraire, à savoir la perfection ; car la négation est une non-existence, et la non-existence pure ne comporte aucune éloge. Puisqu'il renferme la certitude, et que la guidée n'est obtenue que par la certitude, Il dit : {une guidée pour les pieux} ; et la guidée (hudā) est ce par quoi s'obtient l'orientation hors de l'égarement et des doutes, et ce par quoi l'on est guidé vers l'emprunt des voies profitables. Il a dit {une guidée} en omettant le complément, sans dire : une guidée vers tel intérêt ou vers telle chose, afin de viser la généralité, à savoir qu'il est une guidée vers l'ensemble des intérêts des deux demeures : il dirige les serviteurs dans les questions fondamentales et dans les questions dérivées, fait apparaître le vrai face au faux et l'authentique face au faible, et leur expose comment emprunter les voies qui leur sont profitables dans leur monde ici-bas et dans leur demeure dernière. En un autre passage Il dit : {une guidée pour les hommes} — généralisant —, tandis qu'en ce lieu et en d'autres : {une guidée pour les pieux} : il est en soi une guidée pour la totalité des hommes, mais les malheureux n'en ont tenu aucun compte et n'ont pas accueilli la guidée d'Allah ; la preuve s'est donc dressée contre eux, et ils n'en ont pas profité, à cause de leur malheur. Quant aux pieux, qui ont réalisé la cause majeure de l'obtention de la guidée — la piété (taqwā), dont la réalité est de se munir de ce qui protège de la colère d'Allah et de Son châtiment, en s'acquittant de Ses commandements et en évitant Ses interdictions —, ils se sont guidés par lui et en ont pleinement profité. Allah — exalté soit-Il — dit : {Ô vous qui croyez, si vous craignez Allah, Il vous accordera un discernement (furqān)}. Les pieux sont donc ceux qui profitent des versets coraniques et des signes cosmiques. Et comme la guidée est de deux sortes — la guidée de l'exposition et la guidée de la réussite —, les pieux ont obtenu les deux, tandis que les autres n'ont pas obtenu la guidée de la réussite ; or la guidée de l'exposition, sans la réussite d'agir conformément à elle, n'est pas une guidée véritable et complète. Puis Il a décrit les pieux par les croyances, les œuvres intérieures et les œuvres extérieures — la piété englobant tout cela — et dit :

Verset 3

{Ceux qui croient à l'invisible}. La réalité de la foi est l'adhésion entière à ce qu'ont annoncé les messagers, adhésion qui comporte la soumission des membres ; et l'essentiel ne réside pas dans la foi aux choses perçues par les sens, car elle ne distingue pas le musulman du mécréant : l'essentiel réside dans la foi en l'invisible (ghayb), que nous n'avons pas vu et n'avons pas perçu, et auquel nous ne croyons que sur le rapport d'Allah et de Son messager. C'est cette foi qui distingue le musulman du mécréant, car elle est une adhésion pure envers Allah et Ses messagers : le croyant croit à tout ce qu'Allah a annoncé, ou que Son messager a annoncé, qu'il l'ait perçu ou non, et qu'il l'ait compris et saisi par sa raison, ou que sa raison et sa compréhension ne l'aient pas atteint — à la différence des hérétiques qui traitent de mensonge les réalités invisibles parce que leurs raisons courtes et déficientes ne les ont pas atteintes : ils ont donc traité de mensonge ce dont la science ne les englobait pas ; leurs raisons se sont corrompues et leurs discernements se sont brouillés, tandis que s'épuraient les raisons des croyants adhérant, guidés par la guidée d'Allah. Et entrent dans la foi en l'invisible : la foi en la totalité de ce qu'Allah a annoncé comme réalités invisibles, passées et futures, les états de la Dernière Demeure, les réalités des attributs d'Allah et leur modalité, et ce que les messagers en ont annoncé : ils croient donc aux attributs d'Allah et à leur existence, et s'en convainquent, même s'ils n'en comprennent pas la modalité. Puis Il dit : {et qui accomplissent la prière}. Il n'a pas dit : « font la prière » ou « viennent à la prière », car il ne suffit pas, pour elle, d'en accomplir la seule forme extérieure : établir la prière, c'est l'établir extérieurement, en parachevant ses piliers, ses obligations et ses conditions, et l'établir intérieurement, en instaurant son esprit, à savoir la présence du cœur en elle et la méditation de ce qu'on y dit et fait. C'est de cette prière qu'Allah dit : {La prière éloigne de la turpitude et du blâmable}, et c'est elle sur laquelle repose la récompense : le serviteur ne reçoit de récompense de sa prière que ce qu'il en a saisi ; et la prière englobe ses obligations et ses surérogations. Puis Il dit : {et de ce que Nous leur avons attribué ils font dépense}. Cela englobe les dépenses obligatoires, comme la zakāt [aumône légale purificatrice], la prise en charge des épouses, des proches, des esclaves et autres, ainsi que les dépenses recommandées, par toutes les voies du bien. Il n'a pas mentionné le bénéficiaire de la dépense, tant en sont nombreuses les causes et divers les destinataires, et parce que la dépense, en tant que telle, est un acte de rapprochement d'Allah ; et Il a employé « min » [partitif], qui indique la partition, pour leur signaler qu'Il ne veut d'eux qu'une part minime de leurs biens, qui ne les nuit pas et ne leur pèse pas, mais dont ils profitent en la dépensant et dont profitent aussi leurs frères. Dans Sa parole {ce que Nous leur avons attribué}, il y a une allusion au fait que ces biens qui sont entre vos mains ne vous proviennent pas de votre force ni de votre propriété, mais sont une attribution (rizq) [subsistance accordée par Allah] dont Allah vous a gratifiés et qu'Il vous a accordée en faveur ; de même qu'Il vous a favoredisés et préférés à beaucoup de Ses serviteurs, remerciez-Le en prélevant une part de ce dont Il vous a favoredisés, et portez secours à vos frères démunis. Allah joint bien souvent, dans le Coran, la prière et la zakāt, car la prière comporte la sincérité envers l'Adoré, et la zakāt et la dépense comportent la bienfaisance envers Ses serviteurs : le titre du bonheur du serviteur est sa sincérité envers l'Adoré et son effort pour le bien des créatures, de même que le titre de son malheur est l'absence de ces deux choses : ni sincérité ni bienfaisance.

Verset 4

Puis Il dit : {et qui croient à ce qu'on a fait descendre sur toi}, à savoir le Coran et la Sunna — Allah — exalté soit-Il — dit : {Allah a fait descendre sur toi le Livre et la Sagesse}. Les pieux croient à tout ce qu'a apporté le Messager et ne font point de distinction entre ce qui lui a été révélé, au point de croire à une partie et de ne pas croire à une autre, soit en la niant, soit en l'interprétant contrairement à ce qu'Allah et Son messager visent — comme le font ceux des innovateurs qui interprètent les textes établissant le contraire de leur doctrine d'une interprétation dont l'aboutissement est de ne pas adhérer à leur sens, alors même qu'ils adhèrent à leur lettre : ils n'y ont donc pas cru d'une foi véritable. Et Sa parole {et à ce qu'on a fait descendre avant toi} englobe la foi en la totalité des livres antérieurs ; et la foi aux livres comporte la foi aux messagers et à ce qu'ils renfermaient, en particulier la Torah, l'Évangile et les Psaumes. Et c'est là une marque propre aux croyants : ils croient à tous les livres célestes et à tous les messagers, sans faire de distinction entre aucun d'eux. Puis Il dit : {et à la Dernière Demeure ils sont convaincus}. La Dernière Demeure : nom de ce qui advient après la mort ; Il l'a mentionnée spécifiquement après la généralité, car la foi au Jour dernier est l'un des piliers de la foi, et parce qu'elle est le plus grand moteur d'espérance, de crainte et d'œuvre. Et la certitude (yaqīn) est la science parfaite, où n'entre aucun doute, et qui entraîne l'œuvre.

Verset 5

{Ceux-là}, c'est-à-dire ceux qui sont décrits par ces qualités louables, {sont sur une guidée venant de leur Seigneur} : sur une guidée immense, car l'indétermination vise la magnification ; et quelle guidée serait plus grande que ces qualités mentionnées, lesquelles renferment la croyance correcte et les œuvres droites ?! La guidée, en vérité, n'est-elle pas la leur ? Et tout ce qui s'en écarte n'est-il pas égarement ?! Il a employé « 'alā » [« sur »] en ce lieu, qui marque l'élévation, et « fī » [« dans »] pour l'égarement, comme dans Sa parole : {quant à nous ou à vous, ou bien nous sommes sur une guidée, ou bien nous sommes dans un égarement manifeste} ; car le détenteur de la guidée s'élève par elle et s'élève avec elle, tandis que le détenteur de l'égarement y est plongé et méprisable. Puis Il dit : {et ce sont eux les bienheureux}. La réussite (falāḥ) est l'obtention de ce qui est recherché et le salut de ce qui est craint ; Il a restreint la réussite à eux, car il n'est point de voie vers la réussite sinon en empruntant leur voie, et toute voie autre que celle-là est une voie de malheur, de perdition et de perte, qui mène celui qui l'emprunte à la ruine. C'est pourquoi, après avoir mentionné les qualités des croyants véridiques, Il a mentionné les qualités des mécréants qui affichent leur mécréance et s'opposent avec hostilité au Messager, et Il a dit :

Verset 6

Allah — exalté soit-Il — informe {que ceux qui ont mécru}, c'est-à-dire ceux qui se sont parés de la mécréance, s'en sont teints et en ont fait une description permanente : rien ne les en détourne et nul avertissement ne profite auprès d'eux, tant ils persévèrent dans leur mécréance : que tu les avertisses ou ne les avertisses pas, ils ne croiront pas — cela leur est indifférent. La réalité de la mécréance (kufr) est la négation de ce qu'a apporté le Messager, ou d'une partie de ce qu'il a apporté. L'appel ne sert à rien, auprès de ces mécréants, qu'à établir la preuve contre eux ; et il y a là, sans doute, de quoi couper l'espoir que le Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — plaçait en leur foi, et de quoi te dire : ne t'afflige pas à leur sujet et ne te consume pas de regret pour eux. Puis Il mentionna les empêchements qui les retiennent de croire, et dit :

Verset 7

{Allah a scellé leurs cœurs et leur ouïe} : Il y a apposé un sceau par lequel la foi n'y entre point et ne s'y fraie passage ; ils ne saisissent donc pas ce qui leur profite et n'entendent pas ce qui leur est utile. {Et sur leurs yeux un voile} : une membrane, une couverture et des voiles qui les empêchent de regarder ce qui leur profite. Les voies de la science et du bien leur étant fermées, il n'y a en eux aucune espérance ni aucun bien à attendre d'eux. Et s'ils en ont été privés, si les portes de la foi leur ont été fermées, c'est à cause de leur mécréance, de leur négation et de leur hostilité obstinée après que le vrai leur fut apparu, comme Allah — exalté soit-Il — le dit : {Nous détournons leurs cœurs et leurs yeux, comme ils n'y ont pas cru la première fois}. Tel est le châtiment immédiat ; puis Il mentionna le châtiment différé : {et il leur est un châtiment immense}, à savoir le châtiment du Feu et la colère continuelle et durable du Tout-Puissant. Puis Allah — exalté soit-Il — dit, décrivant les hypocrites, ceux dont l'extérieur est l'islam et l'intérieur la mécréance :

Verset 8

Sache que l'hypocrisie (nifāq) est l'affichage du bien et la dissimulation du mal ; cette définition englobe l'hypocrisie doctrinale et l'hypocrisie pratique. L'hypocrisie pratique est comme celle que le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — a mentionnée en ces termes : « Le signe de l'hypocrite est triple : lorsqu'il raconte, il ment ; lorsqu'il promet, il manque à sa promesse ; et lorsqu'on lui confie un dépôt, il trahit » ; et selon une autre version : « et lorsqu'il dispute, il outrepasse ». Quant à l'hypocrisie doctrinale, qui fait sortir de l'enceinte de l'islam, c'est celle par laquelle Allah a décrit les hypocrites dans cette sourate et ailleurs. L'hypocrisie n'existait pas avant l'émigration (hijra) du Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — de La Mecque à Médine, ni après l'émigration, jusqu'à la bataille de Badr, où Allah donna aux croyants la victoire et les rendit puissants : ceux, à Médine, qui ne s'étaient pas convertis furent humiliés, et certains affichèrent alors l'islam par peur et par tromperie, afin que leur sang fût épargné et leurs biens saufs ; ils vécurent ainsi au milieu des musulmans, apparemment des leurs, mais en réalité ils n'en étaient pas. Parmi la bienveillance d'Allah envers les croyants, Il a dévoilé leurs états et les a décrits par des qualités par lesquelles ils se distinguent, afin que les croyants ne s'y laissent pas prendre et aussi pour qu'ils s'abstinssent d'une grande part de leur perversité. Allah — exalté soit-Il — dit : {Les hypocrites craignent qu'une sourate ne soit faite descendre sur eux qui les informe de ce qui est dans leurs cœurs}. Allah a donc décrit leur hypocrisie foncière : {Parmi les gens, il en est qui disent : "Nous croyons en Allah et au Jour dernier", alors qu'ils ne sont pas croyants} : ils disent de leurs langues ce qui n'est pas dans leurs cœurs, et Allah les a démentis par Sa parole : {alors qu'ils ne sont pas croyants}, car la foi véritable est celle où s'accordent le cœur et la langue ; or ceci n'est que tromperie envers Allah et envers Ses serviteurs croyants. La tromperie (mukhāṭaʿa) [fait de montrer le contraire de ce que l'on dissimule pour abuser] : c'est que celui qui trompe montre à celui qu'il trompe une chose et en cache le contraire, afin d'obtenir de lui ce qu'il vise ; ces hypocrites ont suivi cette voie avec Allah et Ses serviteurs, et leur tromperie s'est retournée contre eux-mêmes — et c'est là une chose étonnante, car celui qui trompe, ou bien sa tromperie réussit et il obtient son but, ou bien il s'en tire ni pour ni contre ; mais ceux-ci, leur tromperie s'est retournée contre eux-mêmes : c'est comme s'ils ne commettaient leurs ruses que pour perdre leurs âmes, leur nuire et les perdre, car Allah ne subit de leur tromperie aucun dommage, et Ses serviteurs croyants ne subissent de leur ruse aucun tort. Il ne nuit point aux croyants que les hypocrites aient affiché la foi : leurs biens s'en sont trouvés saufs, leur sang épargné, leur ruse retournée contre eux, et ils ont obtenu par là l'ignominie et la confusion en ce monde, ainsi que le chagrin continuel du fait de la force et du secours accordés aux croyants ; puis, dans la Dernière Demeure, leur est réservé le châtiment douloureux, poignant et accablant, en punition de leur mensonge, de leur mécréance et de leur perversité — alors que, dans leur ignorance et leur sottise, ils n'en ont point conscience.

Verset 10

Et Sa parole : {dans leurs cœurs est une maladie} : la maladie visée ici est la maladie du doute, des fausses idées et de l'hypocrisie. Le cœur est en effet exposé à deux maladies qui le font sortir de sa santé et de son équilibre : la maladie des doutes illusoires et la maladie des désirs mortels. La mécréance, l'hypocrisie, les scepticismes et les innovations relèvent tous de la maladie des doutes ; la fornication, l'amour des turpitudes, les désobéissances et leur mise en œuvre relèvent de la maladie des désirs — comme Allah — exalté soit-Il — dit : {...afin que convoite celui dont le cœur est malade}, c'est-à-dire le désir de fornication. Et celui qui a été préservé est celui qui a été guéri de ces deux maladies : il a obtenu la certitude, la foi et la patience face à toute désobéissance, et il évolue ainsi dans les vêtements de la santé. Dans Sa parole sur les hypocrites : {dans leurs cœurs est une maladie, et Allah les a accablés d'une autre maladie}, il y a l'exposé de la sagesse d'Allah — exalté soit-Il — dans le décret des désobéissances pour les désobéissants : c'est à cause de leurs fautes antérieures qu'Il les éprouve par les désobéissances subséquentes, lesquelles entraînent leurs châtiments, comme Allah — exalté soit-Il — dit : {Nous détournons leurs cœurs et leurs yeux, comme ils n'y ont pas cru la première fois}, et : {Puis quand ils ont dévié, Allah a fait dévier leurs cœurs}, et : {Et quant à ceux dans les cœurs desquels est une maladie, elle leur a ajouté une impureté à leur impureté} : le châtiment de la désobéissance est la désobéissance après elle, de même que la récompense de la bonne action est la bonne action après elle — Allah — exalté soit-Il — dit : {Allah accroît la guidée de ceux qui se sont guidés}.

Verset 11

C'est-à-dire : quand on interdit à ces hypocrites de semer la corruption sur terre — laquelle consiste à œuvrer selon la mécréance et les désobéissances, dont font partie la divulgation des secrets des croyants à leur ennemi et l'alliance avec les mécréants —, {ils disent : "Nous ne voulons que réformer"} : ils allient ainsi l'œuvre de corruption sur terre et l'affirmation que ce n'est point corruption, mais réforme — un renversement des réalités, et l'alliance de la pratique du faux avec la croyance que ce serait vrai. Ceux-là commettent une faute plus grave que ceux qui commettent des désobéissances tout en croyant à leur interdiction : ces derniers sont plus proches du salut et plus à même de revenir. Et comme leur parole {Nous ne voulons que réformer} restreignait la réforme à leur seul parti — impliquant que les croyants ne seraient pas des gens de réforme —, Allah a renversé leur prétention par Sa parole :

Verset 12

{Prenez garde : ce sont eux les corrupteurs} : il n'est point de corruption plus grande que de nier les versets d'Allah, de détourner de la voie d'Allah, de tromper Allah et Ses alliés, de s'allier aux ennemis d'Allah et de Son messager — et de prétendre, par-dessus, que cela serait réforme : y a-t-il corruption au-delà de cette corruption ?! Mais ils ne savent pas d'un savoir qui leur profite, même s'ils l'ont su d'un savoir par lequel la preuve d'Allah s'établit contre eux. Et l'œuvre des désobéissances sur terre est corruption pour ce motif : elle est cause de l'altération de ce qui est sur la surface de la terre — céréales, fruits, arbres et plantes — du fait des fléaux qu'elle entraîne, causes qui en sont les désobéissances ; et parce que la réforme sur terre consiste à la peupler par l'obéissance à Allah et la foi en Lui — c'est pour cela qu'Allah a créé la création, l'a installée sur terre et fait affluer vers elle les subsistances : afin qu'elle s'en aide pour Son obéissance et Son adoration ; quand on y œuvre par le contraire, c'est s'employer à sa corruption et la ruiner de ce pour quoi elle a été créée.

Verset 13

C'est-à-dire : quand il est dit aux hypocrites : croyez comme ont cru les gens, c'est-à-dire comme la foi des Compagnons — qu'Allah les agrée —, à savoir la foi du cœur et de la langue, ils disent, dans leur prétention vaine : « Croirions-nous comme ont cru les insensés ? » — visant, qu'Allah les maudisse, les Compagnons — qu'Allah les agrée —, car ils prétendaient que c'était leur insensé qui les avait conduits à la foi, à l'abandon de la patrie et à l'inimitié des mécréants, tandis que la raison, selon eux, exigeait le contraire ; ils les accusèrent donc d'insensé — impliquant qu'eux-mêmes étaient les sensés, détenteurs de discernement et d'intellect. Allah a rejeté cela sur eux et a informé que ce sont eux, en vérité, les insensés, car la réalité de l'insensé (safah) est l'ignorance de l'homme des intérêts de son âme et son empressement à ce qui lui nuit — description qui leur convient parfaitement et qui s'applique à eux —, de même que la raison et le discernement consistent à connaître les intérêts de son âme, s'employer à ce qui la profite et repousser ce qui lui nuit — description qui convient parfaitement aux Compagnons et aux croyants. Ce qui compte, ce sont les descriptions et la preuve, non les prétentions toutes nues et les paroles vides.

Verset 14

Ceci relève de leur habitude de dire de leurs langues ce qui n'est pas dans leurs cœurs : lorsqu'ils se trouvent avec les croyants, ils affichent d'être sur leur voie et d'être avec eux ; mais lorsqu'ils se trouvent seuls avec leurs démons — c'est-à-dire leurs grands et leurs chefs dans le mal —, ils disent : « Nous sommes, en vérité, avec vous ; nous ne faisons que railler les croyants en leur affichant que nous sommes sur leur voie. » Tel est leur état intérieur et extérieur ; et la mauvaise ruse n'atteint que ses propres auteurs.

Verset 15

Allah — exalté soit-Il — dit : {Allah les raille et les laisse s'enfoncer dans leur transgression, aveugles qu'ils sont} : c'est la rétribution de leur moquerie envers Ses serviteurs. Parmi Sa raillerie d'eux : Il leur a embelli le malheur et les états pernicieux où ils étaient, au point qu'ils se sont crus en sécurité avec les croyants du fait qu'Allah n'avait pas donné aux croyants pouvoir sur eux. Et parmi Sa raillerie d'eux au Jour de la résurrection : Il leur donnera, avec les croyants, une lumière apparente ; mais quand les croyants marcheront à leur lumière, la lumière des hypocrites sera éteinte, et ils resteront dans les ténèbres après la lumière, perplexes : quel immense désespoir après l'espérance ! {On les appellera : "N'étions-nous pas avec vous ?" Ils diront : "Si, mais vous vous êtes tentés vous-mêmes, vous avez attendu, vous avez douté..."} — jusqu'à la fin du verset. Sa parole {et les laisse s'enfoncer} signifie : Il les accroît {dans leur transgression}, c'est-à-dire leur perversité et leur mécréance, {aveugles qu'ils sont} : perplexes et vacillants. Et cela fait partie de la raillerie d'Allah — exalté soit-Il — à leur égard. Puis Allah — exalté soit-Il — dit, dévoilant la réalité de leurs états :

Verset 16

Ceux-là, c'est-à-dire les hypocrites décrits par ces qualités, {sont ceux qui ont acheté l'égarement au prix de la guidée} : ils ont désiré l'égarement comme l'acheteur désire la marchandise, au point — tant il la désire — d'y consentir des sommes précieuses ; et c'est là l'un des plus beaux exemples : Il a fait de l'égarement, qui est le comble du mal, comme la marchandise, et de la guidée, qui est le comble du bien, comme le prix ; ils ont donc abandonné la guidée pour l'égarement, la désirant. Tel est leur commerce : quel détestable commerce ! Et telle est leur transaction : quelle détestable transaction ! Tel qui donne un dīnār pour un dirham est perdant — que dire de celui qui donne un joyau et en reçoit un dirham, que dire de celui qui abandonne la guidée pour l'égarement, choisit le malheur plutôt que le bonheur, désire les choses basses et délaisse les élevées ! Son commerce n'a point profité : il y a perdu la plus immense perte. Ce sont ceux qui ont perdu leurs âmes et les leurs au Jour de la résurrection ; c'est là la perte manifeste. Et Sa parole {et ils ne sont pas guidés} confirme leur égarement et le fait qu'ils n'ont rien obtenu de la guidée. Telles sont leurs descriptions détestables. Puis Il en a donné la parabole [qui les dévoile à l'extrême], et Il a dit :

Verset 17

Leur parabole, conforme à leur état, est celle de celui qui alluma un feu : il était dans une obscurité immense et dans un besoin pressant de feu, aussi le demanda-t-il à autrui — il ne l'avait point préparé, il lui était extérieur. Quand le feu eut éclairé ce qui l'entourait, qu'il eut vu le lieu où il se trouvait et les périls qui s'y trouvaient, il s'en sentit en sécurité, en profita, en réjouit son œil et s'imagina en être capable ; or, pendant qu'il en était ainsi, voilà qu'Allah emporta sa lumière : la lumière le quitta, la joie s'en alla avec elle, et il resta dans la grande obscurité et le feu brûlant : ce qu'il avait d'éclat s'en alla, et ce qu'il avait de brûlure demeura. Il resta dans des ténèbres multiples : l'obscurité de la nuit, celle des nuées, celle de la pluie, et l'obscurité survenue après la lumière. Quel est l'état de celui qui est ainsi décrit ? Tels sont ces hypocrites : ils allumèrent le feu de la foi auprès des croyants — il n'était point pour eux une qualité —, ils s'éclairèrent par lui pour un temps et en profitèrent : leur sang en fut épargné, leurs biens saufs, et ils obtinrent une sorte de sécurité en ce monde ; puis, pendant qu'ils étaient ainsi, la mort fondit sur eux et les dépouilla du profit de cette lumière, leur valut tout chagrin, angoisse et châtiment : les ténèbres du tombeau, les ténèbres de la mécréance, celles de l'hypocrisie, celles des désobéissances en leurs diverses sortes, puis, après cela, les ténèbres du Feu — et quel détestable gîte ! C'est pourquoi Allah — exalté soit-Il — dit d'eux :

Verset 18

{Sourds} à l'ouïe du bien, {muets} à son énonciation, {aveugles} à la vue du vrai, {et ils ne reviennent pas} : car ils ont délaissé le vrai après l'avoir connu, et ne reviendront donc pas à lui — à la différence de celui qui délaisse le vrai par ignorance et égarement : celui-là ne saisit pas, mais il est plus proche de revenir qu'eux.

Verset 19

Puis Allah — exalté soit-Il — dit : {Ou comme un trombe d'eau du ciel} : comme le cas d'un homme surpris par une averse — le ṣayyib étant la pluie qui s'abat, c'est-à-dire qui tombe en abondance — {dans laquelle sont des ténèbres} : l'obscurité de la nuit, celle des nuées, celle de la pluie ; {un tonnerre} : le son qui s'entend des nuées ; et {des éclairs} : la lumière éclatante qu'on voit des nuées.

Verset 20

{Chaque fois que l'éclair} leur donne de la lumière {dans ces ténèbres, ils y marchent ; et quand il s'obscurcit sur eux, ils s'arrêtent} : ils se figent. Tel est l'état des hypocrites quand ils entendent le Coran, ses commandements et ses interdictions, Sa promesse et Sa menace : ils mettent leurs doigts dans leurs oreilles et se détournent de Son commandement et de Son interdiction, de Sa promesse et de Sa menace — Sa menace les épouvante et Sa promesse les bouleverse ; ils s'en détournent autant qu'ils peuvent et la détestent comme la déteste l'homme surpris par l'averse qui, entendant le tonnerre, met ses doigts dans ses oreilles par crainte de la mort. Or celui-là obtient peut-être le salut ; mais les hypocrites, comment obtiendraient-ils le salut, alors qu'Il les cerne par Sa puissance et Sa science : ils ne Lui échappent point et ne sauraient Le rendre impuissant ; bien plus, Il conserve leurs œuvres et les leur rétribue de la rétribution la plus parfaite. Et comme ils sont éprouvés par la surdité, la mutité et la cécité spirituelles, et que les voies de la foi leur sont fermées, Allah — exalté soit-Il — dit : {Si Allah voulait, Il emporterait leur ouïe et leurs yeux} — les sensibles : c'est là pour eux une cause d'effroi et un avertissement du châtiment terrestre, afin qu'ils prennent garde et s'abstiennent d'une part de leur mal et de leur hypocrisie. {Allah est, sur toute chose, puissant} : rien ne Le rend impuissant ; et parmi Sa puissance : quand Il veut une chose, Il l'accomplit sans opposant ni contradicteur. Dans ce verset et ses semblables se trouve une réfutation des qadarites [partisans du libre arbitre absolu] qui prétendent que leurs actes ne relèvent pas de la puissance d'Allah — exalté soit-Il —, car leurs actes font partie des choses englobées par Sa parole : {Allah est, sur toute chose, puissant}.

Verset 21

Voici un commandement général adressé à la totalité des hommes, portant sur une chose générale : l'adoration, laquelle embrasse l'acquittement des commandements d'Allah, l'évitement de Ses interdictions et l'adhésion à Sa nouvelle. Il leur a commandé ce pour quoi Il les a créés — Allah — exalté soit-Il — dit : {Je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent}. Puis Il a fondé l'obligation de n'adorer que Lui sur le fait qu'Il est votre Seigneur, qui vous a pris en charge par toutes sortes de faveurs : Il vous a créés après le néant, et a créé ceux qui étaient avant vous.

Verset 22

Et Il vous a comblés des faveurs apparentes et cachées : Il a fait de la terre un tapis où vous établir, dont vous tirez profit par les constructions, l'agriculture, le labour, le déplacement d'un lieu à un autre, et tous les autres modes d'utilisation ; Il a fait du ciel un toit pour votre demeure et y a déposé les utilités qui sont vos nécessités et vos besoins, comme le soleil, la lune et les étoiles. {Et Il a fait descendre du ciel une eau} — le ciel étant tout ce qui s'élève au-dessus de vous : c'en est un —, c'est pourquoi les exégètes ont dit que le ciel visé ici est la nuée ; de celle-ci Il a fait descendre une eau {par laquelle Il a fait sortir les fruits} : les céréales et les fruits, dattes, fruits, cultures et autres, {en attribution pour vous} : par laquelle vous vous attribuez subsistance, vous vous nourrissez, vivez et vous réjouissez. {Ne donnez donc pas à Allah des égaux} : des semblables et des pareils parmi les créatures, que vous adoriez comme vous adorez Allah et aimassiez comme vous L'aimez — alors qu'ils sont, comme vous, des créés, attribués et administrés, qui ne possèdent le poids d'un atome ni sur terre ni au ciel, ne vous sont d'aucun profit ni d'aucun tort {alors que vous savez} qu'Allah n'a ni associé ni pareil, ni dans la création, l'attribution et l'administration, ni dans la divinité et la perfection : comment en adorer d'autres que Lui quand vous le savez ? Voilà le plus étonnant des étonnements et la plus insensée des insensées. Ce verset réunit le commandement d'adorer Allah seul, l'interdiction d'adorer autre que Lui, et l'exposé de la preuve éclatante de l'obligation de L'adorer et de la nullité d'adorer autre que Lui — à savoir l'exposé de l'unicité de la seigneurialité, qui comporte Son unicité dans la création, l'attribution et l'administration. Puisque chacun reconnaît qu'Il n'a point d'associé en cela, qu'il reconnaisse de même qu'Allah n'a point d'associé dans Son adoration : c'est la plus claire preuve rationnelle de l'unicité du Créateur — exalté soit-Il — et de la nullité de l'association. Et Sa parole {puissiez-vous être pieux} peut signifier : si vous adorez Allah seul, vous serez par là préservés de Sa colère et de Son châtiment, car vous aurez réalisé la cause qui en détourne ; elle peut aussi signifier : si vous adorez Allah, vous deviendrez des pieux décrits par la piété — et les deux sens sont justes et solidaires : quiconque réalise l'adoration parfaite est au nombre des pieux, et quiconque est au nombre des pieux obtient le salut du châtiment d'Allah et de Sa colère.

Verset 23

Voici une preuve rationnelle de la véracité du Messager d'Allah — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et de la justesse de ce qu'il a apporté. Il dit : si vous — ô ensemble des hostiles au Messager, qui rejetez son appel et le tenez pour menteur — êtes dans le doute et la perplexité au sujet de ce que Nous avons fait descendre sur Notre serviteur, à savoir s'il est vrai ou autre — voici une épreuve équitable qui tranche entre vous et lui : c'est qu'il est un homme comme vous, d'aucune autre espèce, que vous connaissez depuis qu'il a grandi parmi vous — il n'écrit point et ne lit point —, et voilà qu'il vous apporte un livre dont il prétend qu'il vient d'Allah, tandis que vous, vous dites qu'il l'a forgé et inventé. S'il en est comme vous le dites, apportez donc une sourate semblable, et cherchez l'aide de quiconque vous pouvez parmi vos auxiliaires et vos témoins : la chose vous est aisée, d'autant que vous êtes gens d'éloquence et de discours, et d'inimitié déclarée envers le Messager. Si vous apportez une sourate semblable, il en est comme vous prétendez ; mais si vous n'apportez point de sourate semblable et êtes impuissants à l'extrême [— et vous n'apporterez point de sourate semblable ; mais c'est là évaluation à titre d'équité et de condescendance envers vous —], c'est là un signe immense et une preuve claire et manifeste de sa véracité et de la véracité de ce qu'il a apporté : il vous incombe donc de le suivre et de vous prémunir du Feu qui, par l'immensité de sa chaleur et de sa violence, a pour combustible les hommes et les pierres — à la différence du feu de ce monde, qu'on n'alimente que de bois. Ce Feu décrit est préparé et disposé pour les mécréants en Allah et Ses messagers : prenez garde à la mécréance en Son messager, après qu'il vous est apparu qu'il est le messager d'Allah.

Verset 24

Ce verset et ses semblables sont appelés « verset du défi », qui est la démonstration de l'impuissance de la création à apporter pareil à ce Coran ou à le contester en quoi que ce soit — Allah — exalté soit-Il — dit : {Dis : si les hommes et les djinns s'unissaient pour apporter pareil à ce Coran, ils n'en apportaient point de pareil, dussent-ils se porter mutuel secours}. Et comment la créature de terre pourrait-elle parler comme parle le Seigneur des seigneurs ? Comment le pauvre, déficient sous tous les rapports, pourrait-il produire une parole pareille à celle du Parfait, détenteur de la perfection absolue et de la vaste indépendance sous tous les rapports ? Cela n'est ni possible ni au pouvoir de l'homme ; et quiconque a la moindre expérience des genres de discours, s'il pèse ce Coran [immense] face aux paroles des orateurs, voit paraître l'immense différence. Dans Sa parole {si vous êtes dans le doute} et la suite, il y a une preuve que celui dont on peut espérer la guidée hors de l'égarement est le douteur perplexe, qui ne connaît pas encore le vrai face à l'égarement : celui-là, quand le vrai lui est exposé, est enclin à le suivre s'il est sincère dans sa recherche du vrai. Quant à l'obstiné, qui connaît le vrai et le délaisse, son retour est impossible, car il a délaissé le vrai après qu'il lui fut apparu — non par ignorance : il n'y a donc point de moyen avec lui ; de même le douteur qui n'est pas sincère dans sa recherche du vrai, mais qui s'en détourne sans s'y employer : celui-là, le plus souvent, n'obtient pas la réussite. Dans le fait de décrire le Messager par la servitude en ce lieu éminent, il y a une preuve que le plus grand de ses titres — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — est son acquittement de la servitude, à laquelle nul des premiers et des derniers ne saurait l'égaler — comme Il l'a décrit par la servitude au lieu du voyage nocturne : {Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur}, et au lieu de la descente : {Béni soit Celui qui a fait descendre le Discernement sur Son serviteur, pour qu'il soit avertisseur des mondes}. Dans Sa parole {préparé pour les mécréants} et ses semblables, il y a une preuve de la doctrine des gens de la Sunna et du consensus, à savoir que le Paradis et le Feu sont créés — contrairement aux mu'tazilites. Il y a aussi en elle : les monothéistes, même s'ils commettent certains péchés majeurs, n'y demeurent pas éternellement, car Il a dit {préparé pour les mécréants} ; si les désobéissants monothéistes y demeuraient à perpétuité, il ne serait pas préparé pour les seuls mécréants — contrairement aux kharijites et aux mu'tazilites. Et il y a en elle : une indication que le châtiment est mérité par ses causes, à savoir la mécréance et les désobéissances en leurs diverses sortes.

Verset 25

Après avoir mentionné la rétribution des mécréants, Il a mentionné la rétribution des croyants, gens des œuvres pies — selon Sa manière dans Son livre, de joindre l'encouragement et la dissuasion, afin que le serviteur soit désireux et craintif, espérant et redoutant — et Il a dit : {et annonce} — ô Messager, et quiconque occupe ta place — {à ceux qui ont cru} de leurs cœurs {et accompli les œuvres pies} de leurs membres : ils ont authentifié leur foi par leurs œuvres pies. Les œuvres bonnes sont dites « pies » (ṣāliḥāt) parce que par elles s'arrangent les états du serviteur, les affaires de sa religion et de son monde, sa vie terrestre et sa vie dernière, et s'éloigne de lui la corruption des états : il devient ainsi des réformateurs, aptes à la proximité du Tout Miséricordieux dans Son paradis. Annonce-leur {qu'à eux sont des jardins} : des vergers réunissant les arbres merveilleux, les fruits délicats, l'ombre étendue, les branches et les rameaux — c'est pourquoi c'en est un jardin (janna) [verger clos couvrant et ombrageant] dont celui qui y entre se réjouit et dont l'habitant jouit {sous lesquels coulent les rivières} : rivières d'eau, de lait, de miel et de vin, qu'ils font jaillir à leur guise et conduisent où ils veulent, et dont ces arbres sont arrosés, faisant pousser toutes sortes de fruits. {Chaque fois qu'ils reçoivent une attribution de fruit, ils disent : "C'est celui qui nous fut attribué auparavant"} : c'est-à-dire de son genre et selon sa description, toutes semblables en beauté et en saveur, sans fruit mauvais, et sans que jamais leur manque un moment de délice : ils jouissent sans cesse de leur consommation. Et Sa parole {et on leur en donne de semblables} : on a dit : semblables par le nom, différents par la saveur ; on a dit : semblables par la couleur, différents par le nom ; on a dit : se ressemblant les uns les autres en beauté, saveur et agrément — et c'est sans doute le meilleur. Puis, après avoir mentionné leur demeure, leurs aliments, boissons et fruits, Il a mentionné leurs épouses et les a décrites de la description la plus parfaite, la plus concise et la plus claire : {et pour eux, en elles, des épouses purifiées}. Il n'a pas dit « purifiées de tel défaut », afin d'embrasser toutes les sortes de purification : elles sont purifiées en caractère, purifiées en constitution, purifiées en langue, purifiées en regard. Leurs caractères : elles sont affectionnées ('urub) [aimantes et plaisantes envers leurs époux], se rendant chères à leurs maris par le bon caractère, le bon commerce conjugal et la correction en parole et en acte ; leur constitution est purifiée des menstrues, des lochies, du sperme, de l'urine, des excréments, du mucus, du crachat et de l'odeur repoussante ; et purifiées aussi en constitution par la perfection de la beauté : il n'y a en elles ni défaut ni laideur, elles sont excellentes et belles, purifiées en langue et en regard, restreignant leurs regards sur leurs époux et leurs langues de toute parole laide. En ce noble verset sont mentionnés l'annonciateur, ceux qu'on annonce, ce qu'on annonce et la cause qui mène à cette annonce : l'annonciateur est le Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et quiconque occupe sa place dans sa communauté ; ceux qu'on annonce sont les croyants qui font les œuvres pies ; ce qu'on annonce sont les jardins décrits par ces qualités ; et la cause qui y mène est la foi et l'œuvre pie : il n'est point de voie vers cette annonce sinon par elles. Et c'est la plus grande annonce obtenue par la main de la meilleure des créatures et par les meilleures des causes ; et il y a en cela la recommandation d'annoncer aux croyants et de les stimuler dans les œuvres par la mention de leur rétribution et de leurs fruits, car ainsi elles s'allègent et s'adoucissent. Et la plus grande annonce qui advienne à l'homme est sa réussite à la foi et à l'œuvre pie : c'est le début et le principe de l'annonce ; ensuite l'annonce à la mort, puis l'accès à cette félicité durable. Nous demandons à Allah de Sa faveur.

Verset 26

Allah — exalté soit-Il — dit : {Allah ne rougit point de proposer comme parabole quoi que ce soit}, d'un moustique ou de ce qui est plus grand que lui, car les paraboles comportent sagesse et clarification du vrai, et Allah ne rougit point du vrai. Il y a là comme une réponse à qui a nié l'usage de paraboles pour les choses viles et a fait objection à Allah en cela : il n'y a là nul lieu d'objection, c'est au contraire un enseignement d'Allah à Ses serviteurs et une miséricorde envers eux, qui doit être accueillie par l'acceptation et la gratitude — c'est pourquoi Il a dit : {Quant à ceux qui ont cru, ils savent que c'est le vrai venant de leur Seigneur} : ils la comprennent et y méditent ; s'ils en saisissent le contenu en détail, leur savoir et leur foi en croissent, sinon ils savent qu'elle est vraie et que son contenu est vrai, même si le point de vérité leur échappe, parce qu'ils savent qu'Allah ne l'a point proposée en vain, mais pour une sagesse parfaite et une faveur abondante. {Quant à ceux qui ont mécru, ils disent : "Qu'a voulu dire Allah par cette parabole ?"} : ils objectent et restent perplexes, si bien qu'ils croissent en mécréance sur leur mécréance, comme les croyants ont crû en foi sur leur foi — c'est pourquoi Il a dit : {par elle Il égare beaucoup et par elle Il guide beaucoup}. Tel est l'état des croyants et des mécréants à la descente des versets coraniques — Allah — exalté soit-Il — dit : {Et quand une sourate est descendue, il en est parmi eux qui dit : "Lequel de vous voit-elle croître en foi ?" Quant à ceux qui ont cru, elle les a fait croître en foi, et ils s'en réjouissent ; quant à ceux dans les cœurs desquels est une maladie, elle a ajouté une impureté à leur impureté, et ils sont morts mécréants}. Il n'est faveur plus grande pour les serviteurs que la descente des versets coraniques ; et pourtant, pour les uns elle est épreuve, perplexité, égarement et accroissement de mal sur leur mal, et pour les autres elle est don, miséricorde et accroissement de bien sur leur bien. Gloire à Celui qui a différencié Ses serviteurs et s'est réservé la guidée et l'égarement. Puis Il a mentionné Sa sagesse et Sa justice dans l'égarement de ceux qu'Il égare : {Et par elle Il n'égare que les pervers} : ceux qui sortent de l'obéissance d'Allah et s'opposent avec hostilité aux messagers d'Allah, dont la perversité (fisq) [sortie hors de l'obéissance] est devenue la description à laquelle ils ne renoncent point : Sa sagesse a exigé leur égarement, faute de dispositions à la guidée, de même que Sa faveur et Sa sagesse ont exigé la guidée de quiconque s'est paré de la foi et orné des œuvres pies. La perversité est de deux sortes : une sorte qui fait sortir de la religion — la perversité entraînant la sortie de la foi, comme celle mentionnée en ce verset et ses semblables — et une sorte qui ne fait point sortir de la foi, comme dans Sa parole : {Ô vous qui croyez, si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la...} — jusqu'à la fin du verset. Puis Il a décrit les pervers et dit :

Verset 27

{Ceux qui rompent le pacte d'Allah après sa ratification} : cela embrasse le pacte entre eux et leur Seigneur, et celui entre eux et les créatures, qu'Il a rendu obligatoire par de lourds serments et engagements : ils n'ont cure de ces engagements, ils les rompent, délaissent Ses commandements, commettent Ses interdictions et rompent les pactes entre eux et les créatures ; {et coupent ce qu'Allah a ordonné de joindre} — ce qui y entre est considérable : Allah nous a ordonné de joindre ce qui est entre nous et Lui par la foi en Lui et l'acquittement de Sa servitude ; ce qui est entre nous et Son messager par la foi en lui, son amour, son honoration et l'acquittement de ses droits ; ce qui est entre nous et les parents, les proches, les compagnons et le reste des créatures par l'acquittement de leurs droits, qu'Allah a ordonné de joindre. Les croyants ont joint ce qu'Allah a ordonné de joindre de ces droits et s'en sont acquittés parfaitement ; quant aux pervers, ils l'ont coupé et rejeté derrière leur dos, l'échangeant contre la perversité, la rupture et l'œuvre des désobéissances, laquelle est la corruption sur terre. {Ceux-là}, de cette description, {sont les perdants} en ce monde et en l'autre : Il a restreint la perte à eux, car leur perte est totale en tous leurs états, sans aucune sorte de profit — car toute œuvre bonne a pour condition la foi, et qui n'a point de foi n'a point d'œuvre. Et cette perte est la perte de la mécréance ; quant à la perte qui peut être mécréance, désobéissance ou négligence dans l'abandon d'un recommandé, mentionnée dans Sa parole : {L'homme est certes en perte}, elle est générale à toute créature hormis celui qui s'est paré de la foi, de l'œuvre pie, de l'exhortation au vrai et de l'exhortation à la patience ; sa réalité est la perte du bien que le serviteur était en train de rechercher alors qu'il était en son pouvoir. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 28

Ceci est une interrogation au sens de l'étonnement, du reproche et de la négation : comment pourrait-il venir de vous la mécréance envers Allah, qui vous a créés du néant, qui vous a comblés de toutes sortes de faveurs, puis vous fera mourir au terme de vos échéances, vous rétribuera dans les tombes, vous ressuscitera après la résurrection et le retour, puis c'est vers Lui que vous serez ramenés et Il vous rétribuera de la rétribution la plus entière ? Puisque vous êtes dans Sa disposition, Son administration et Sa bienfaisance, et sous Ses commandements religieux, puis sous Sa religion rétributive — est-il digne de vous de mécroire en Lui ? N'est-ce là qu'ignorance immense et insenseté considérable ? Au contraire, ce qui vous sied est de Le craindre, de Le remercier, de croire en Lui, de redouter Son châtiment et d'espérer Sa récompense.

Verset 29

C'est-à-dire : Il a créé pour vous, par bienveillance envers vous et miséricorde, tout ce qui est sur la terre, pour que vous en usiez, en jouissiez et en tiriez leçon. En ce noble verset est une preuve que le principe premier des choses est la permission et la pureté, car il est exposé dans le cadre de la bienfaisance — les choses immondes en sont exclues, car leur interdiction se déduit aussi de l'esprit du verset et de son propos : Il les a créées pour notre profit, et ce qui comporte nuisance en est exclu ; et c'est de la plénitude de Sa faveur qu'Il nous a interdit les immondices, pour nous préserver. Et Sa parole : {Puis Il S'est établi vers le ciel et les a rendues sept cieux, et Il est, de toute chose, savant}. « Istiwā' » [établissement] revient dans le Coran en trois sens : tantôt il ne se construit pas avec une particule, et son sens est alors la perfection et la plénitude, comme Sa parole sur Moïse : {Quand il eut atteint sa maturité et se fut perfectionné (istawā)} ; tantôt il a le sens de s'élever et de dominer, quand il se construit avec « 'alā » [sur], comme Sa parole : {Le Tout Miséricordieux S'est établi (istawā) sur le Trône}, {afin que vous vous établissiez sur leur dos} ; tantôt il a le sens de se diriger vers, quand il se construit avec « ilā » [vers], comme en ce verset : lorsqu'Il eut créé la terre, Il Se dirigea vers la création des cieux et en fit sept cieux, qu'Il créa, consolida et perfectionna — et Il est, de toute chose, savant : Il sait ce qui entre dans la terre et ce qui en sort, ce qui descend du ciel et ce qui y monte, Il sait ce que vous cachez et ce que vous divulguez, Il sait le secret et ce qui est plus caché encore. Il joint bien souvent Sa création à l'affirmation de Sa science, comme en ce verset et comme dans Sa parole : {Ne connaît-Il pas ce qu'Il a créé, Lui qui est le Subtil, le Bien-Informé ?}, car Sa création des créatures est la plus claire preuve de Sa science, de Sa sagesse et de Sa puissance.

Verset 30

Ici commence l'exposé du commencement de la création d'Adam — sur lui la paix —, père des hommes, et de sa faveur : lorsqu'Allah — exalté soit-Il — voulut le créer, Il en informa les anges et leur annonça qu'Il allait établir un lieutenant sur terre. Les anges — sur eux la paix — dirent : « Vas-Tu y établir quelqu'un qui y sèmera la corruption par les désobéissances et versera le sang ? » — restriction après généralité, pour marquer la gravité du mal du meurtre ; c'était selon leur conjecture que ce lieutenant établi sur terre en produirait cela. Ils ont déclaré Allah transcendant au-dessus de cela, L'ont magnifié, et informé qu'eux-mêmes se tenaient à l'adoration d'Allah d'une manière exempte de corruption, disant : {et nous célébrons Ta louange} : nous Te déclarons transcendant de la transcendance qui sied à Ta louange et à Ta majesté, {et nous Te sanctifions} : cela peut signifier « et nous Te sanctifions » — le « lām » marquant alors la restriction et la sincérité —, ou « et nous sanctifions pour Toi nos âmes », c'est-à-dire : nous les purifions par les beaux caractères, comme l'amour d'Allah, Sa crainte et Sa magnification, et nous les purifions des caractères vils. {Il dit} — Allah aux anges — : {Je sais}, au sujet de ce lieutenant, {ce que vous ne savez pas} : car votre parole suit votre conjecture, tandis que Moi Je connais les apparences et les secrets, et Je sais que le bien qui résultera de la création de ce lieutenant dépasse de loin le mal qui y sera compris. Ne fût-ce que parce qu'Allah — exalté soit-Il — a voulu choisir parmi eux les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux, faire paraître Ses signes à la création, et que soient accomplies les servitudes qui ne l'auraient pas été sans la création de ce lieutenant — comme le jihād et autre —, que paraissent, par l'épreuve, le bien et le mal cachés dans les dispositions des responsables, que se distinguent Son ennemi de Son allié et Son parti de Son adversaire, et que paraisse le mal caché dans l'âme d'Iblīs, qu'il dissimulait et dont il était doué : voilà des sagesses immenses, dont une partie suffit amplement. Puis, comme la parole des anges — sur eux la paix — contenait une allusion à leur supériorité sur le lieutenant qu'Allah établirait sur terre, Allah — exalté soit-Il — voulut leur faire connaître d'Adam une faveur par laquelle ils reconnaîtraient sa faveur et la perfection de la sagesse et de la science d'Allah.

Verset 31

Alors Il enseigna {à Adam tous les noms} : les noms des choses et ceux qui les portent : Il lui enseigna le nom et le nommé, les termes et les sens, jusqu'au diminutif et à l'augmentatif des noms, comme al-qaṣ'a et al-quṣay'a [l'écuelle et la petite écuelle]. {Puis Il les présenta} : Il présenta les nommés {aux anges}, à titre d'épreuve : les reconnaîtraient-ils ou non ? {et Il dit : Informez-Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques} dans votre dire et votre conjecture que vous êtes meilleurs que ce lieutenant.

Verset 32

{Ils dirent : Gloire à Toi} : nous Te déclarons transcendant de notre objection à Toi et de la contrariété à Ton commandement ; {nous n'avons de science aucune}, sous quelque rapport que ce soit, {sinon ce que Tu nous as enseigné}, par Ta faveur et Ta générosité ; {c'est Toi le Savant, le Sage} : le Savant, Celui dont la science embrasse toute chose, dont rien n'est caché et ne dérobe le poids d'un atome dans les cieux et sur terre, ni plus petit ni plus grand ; le Sage : Celui qui détient la sagesse parfaite de laquelle nulle créature ne sort et nul commandé ne s'écarte : Il n'a rien créé sans sagesse, rien ordonné sans sagesse — et la sagesse est de mettre chaque chose à la place qui lui sied. Ils ont donc reconnu et confessé la science d'Allah et Sa sagesse, leur propre incapacité à connaître la moindre chose, et la faveur d'Allah sur eux et Son enseignement de ce qu'ils ne savaient pas.

Verset 33

Alors Allah dit : {Ô Adam, informe-les de leurs noms} : les noms des nommés qu'Allah avait présentés aux anges et devant lesquels ils avaient été impuissants. {Quand il les eut informés de leurs noms}, la faveur d'Adam sur eux apparut aux anges, ainsi que la sagesse du Créateur et Sa science dans l'établissement de ce lieutenant. {Il dit : Ne vous ai-Je pas dit que Je sais l'invisible des cieux et de la terre ?} — l'invisible étant ce qui nous est caché et que nous n'avons pas perçu : s'Il connaît l'invisible, le visible l'est à plus forte raison — {et que Je sais ce que vous divulguez} : ce que vous montrez, {et ce que vous cachiez} ?

Verset 34

Puis Il leur commanda — exalté soit-Il — de se prosterner devant Adam, pour l'honorer et le magnifier, et par adoration d'Allah — exalté soit-Il. Ils se conformèrent à l'ordre d'Allah et s'empressèrent tous de se prosterner, {sauf Iblīs, qui refusa} : il s'abstint de se prosterner, s'enorgueillit face à l'ordre d'Allah, et dit au sujet d'Adam : {Me prosterrais-je devant celui que Tu as créé d'argile ?} Ce refus et cet orgueil de sa part furent le fruit de la mécréance qu'il recelait : sa haine envers Allah et envers Adam, sa mécréance et son orgueil apparurent alors. Dans ces versets sont des leçons et des signes : l'affirmation de la parole pour Allah — exalté soit-Il —, et qu'Il n'a cessé d'être parlant, disant ce qu'Il veut et parlant de ce qu'Il veut, et qu'Il est savant et sage ; que si la sagesse d'Allah échappe au serviteur dans certaines créatures ou certains commandements, il lui incombe de se soumettre, de suspecter sa propre raison et de reconnaître pour Allah la sagesse ; l'attention d'Allah au sort des anges et Sa bienfaisance envers eux en leur enseignant ce qu'ils ignoraient et en les avertissant de ce qu'ils ne savaient pas. Et il y a là l'excellence de la science à plusieurs titres : Allah S'est fait connaître de Ses anges par Sa science et Sa sagesse ; Il leur a fait connaître la faveur d'Adam par la science, qui est la meilleure qualité qui soit dans le serviteur ; Il leur a commandé de se prosterner devant Adam en son honneur, quand la faveur de sa science apparut ; l'épreuve d'autrui, quand il est impuissant face à ce dont on l'éprouve puis que le détenteur de l'excellence le reconnaît, est plus parfaite que de le reconnaître d'emblée ; la considération de l'état des deux pères, des hommes et des djinns, l'exposé de la faveur d'Adam, des bienfaits d'Allah sur lui et de l'inimitié d'Iblīs à son égard — et d'autres leçons encore.

Verset 35

Quand Allah eut créé Adam et l'eut honoré, Il paracheva Sa faveur sur lui en créant de lui une épouse, pour qu'il trouvât en elle repos et douceur, et Il leur commanda d'habiter le Paradis et d'y manger largement — c'est-à-dire abondamment et agréablement — {où que vous vouliez}, parmi les sortes de fruits et de fruits succulents ; et Allah lui dit : « Il t'est donné de n'y point avoir faim ni d'y être nu, de n'y point avoir soif ni d'y être exposé au soleil. » {Et n'approchez point cet arbre} : une espèce des arbres du Paradis, qu'Allah connaît le mieux ; Il ne le leur interdit qu'à titre d'épreuve, ou pour une sagesse qui ne nous est pas connue. {...de peur que vous ne soyez du nombre des injustes} : cela indique que l'interdiction était d'ordre prohibitif, car Il a suspendu l'injustice à sa transgression. Leur ennemi ne cessa de leur souffler le mal et de leur embellir la prise de ce qui leur avait été interdit, jusqu'à les faire trébucher — c'est-à-dire les pousser à la faute par son embellissement — {et il leur jura} : par Allah : « Je suis sincèrement de vos conseillers. »

Verset 36

Ils se laissèrent prendre et lui obéirent : il les fit sortir de la félicité et de l'aisance où ils étaient, et on les fit descendre vers la demeure de la peine, de la fatigue et de la lutte. {Vous êtes ennemis les uns des autres} : Adam et sa descendance sont ennemis d'Iblīs et de sa descendance. Or l'ennemi, de toute évidence, s'applique et s'efforce de nuire à son ennemi, de lui faire parvenir le mal par toute voie et de le priver du bien par toute voie : il y a donc là, implicitement, un avertissement aux enfants d'Adam contre Satan — Allah — exalté soit-Il — dit : {Satan est pour vous un ennemi : prenez-le donc pour ennemi ; il ne fait qu'inviter son parti à être des compagnons de la Fournaise}, {Prendriez-vous lui et sa descendance pour alliés en dehors de Moi, alors qu'ils sont pour vous des ennemis ? Quels détestables auxiliaires pour les injustes !} Puis Il mentionna le terme de la descente : {et sur terre vous aurez un établissement} : une demeure et un séjour, {et une jouissance jusqu'à un temps} : l'écoulement de vos échéances ; puis vous la quitterez pour la demeure pour laquelle vous avez été créés et qui a été créée pour vous : la durée de cette vie y est donc limitée et passagère, elle n'est pas une demeure véritable, mais un passage dont on se pourvoit pour cette Demeure-là, et elle n'est pas faite pour y demeurer.

Verset 37

{Adam reçut} — c'est-à-dire recueillit, apprit, et Allah lui inspira — {de son Seigneur des paroles} : ce sont Sa parole : {Seigneur, nous avons été injustes envers nous-mêmes...} — jusqu'à la fin du verset. Il confessa sa faute et demanda à Allah Son pardon. {Alors Allah} {reçut son repentir} et lui fit miséricorde. {C'est Lui qui agrée le repentir} de quiconque se repent à Lui et revient : Son agrément du repentir est de deux sortes : d'abord la réussite qu'Il accorde, puis l'acceptation du repentir quand ses conditions sont réunies. {le Miséricordieux} envers Ses serviteurs : parmi Sa miséricorde envers eux, Il les a rendus capables du repentir, leur a pardonné et passé outre.

Verset 38

Il a répété la descente afin d'y suspendre ce qu'Il a mentionné, à savoir Sa parole : {S'il vous vient de Moi une guidée} : chaque fois et en tout temps qu'il vous vient de Moi — ô vous les deux communautés des djinns et des hommes — une guidée, c'est-à-dire un messager et un livre qui vous dirigent vers ce qui vous rapproche de Moi et vous avancent vers Mon agrément — quiconque suit Ma guidée, en croyant en Mes messagers et Mes livres et en s'y guidant, ce qui consiste à authentiquer toutes les nouvelles des messagers et des livres, à obéir au commandement et à éviter l'interdiction —, {nulle crainte sur eux et ils ne seront point affligés} ; et en l'autre verset : {quiconque suit Ma guidée ne s'égarera pas et ne sera pas malheureux}. Il a suspendu au suivi de Sa guidée quatre choses. La différence entre la crainte et l'affliction : si le mal est passé, il produit l'affliction ; s'il est attendu, il produit la crainte : Il les a niées l'une et l'autre pour quiconque suit la guidée, et quand toutes deux sont niées, on obtient leur contraire, à savoir la sécurité parfaite.

Verset 39

De même, la négation de l'égarement et du malheur pour quiconque suit Sa guidée : quand ils sont niés, leur contraire s'affirme, à savoir la guidée et le bonheur. Quiconque suit Sa guidée obtient la sécurité et le bonheur en ce monde et dans l'autre, ainsi que la guidée, et tout mal — crainte, affliction, égarement, malheur — s'éloigne de lui : il obtient ce qu'il désire et ce qu'il redoute s'éloigne. Et c'est l'inverse de quiconque n'a pas suivi Sa guidée, a mécru en elle et traité Ses versets de mensonge : ceux-là sont les compagnons du Feu — c'est-à-dire ceux qui lui demeureront attachés comme le compagnon l'est à son compagnon et le créancier à son débiteur — {ils y demeureront éternellement} : ils n'en sortiront point, le châtiment ne sera pas allégé pour eux et ils ne seront point secourus. Dans ces versets et leurs semblables, la division de la création, djinns et hommes, en gens du bonheur et gens du malheur, les qualités des deux partis et les œuvres qui les entraînent, et le fait que les djinns sont comme les hommes dans la récompense et le châtiment, de même qu'ils sont comme eux dans le commandement et l'interdiction. Puis Il entreprit — exalté soit-Il — de rappeler aux enfants d'Israël Ses faveurs envers eux et Sa bienveillance, et dit :

Verset 40

{Ô enfants d'Israël} : Israël vise Yaʿqūb — sur lui la paix — ; l'interlocution s'adresse aux groupes des enfants d'Israël qui étaient à Médine et aux alentours, et y englobe ceux venus après eux. Il leur commanda une chose générale : {Souvenez-vous de Ma faveur dont Je vous ai comblés} — ce qui embrasse toutes les faveurs dont Il mentionnera une partie en cette sourate ; s'en souvenir, c'est le reconnaître par le cœur, célébrer par la langue et en user par les membres dans ce qu'Il aime et agrée. {Et tenez Mon pacte} : ce qu'Il leur a prescrit : croire en Lui, en Ses messagers et établir Sa loi ; {Je tiendrai votre pacte} : la rétribution pour cela — visant ce qu'Allah mentionne dans Sa parole : {Allah a pris l'engagement des enfants d'Israël... et Nous avons suscité d'entre eux douze responsables... Allah dit : Je suis avec vous : si vous accomplissez la prière, acquittez la zakāt, croyez en Mes messagers...} — jusqu'à : {...alors vous vous êtes égarés du droit chemin}. Puis Il leur commanda la cause qui les porte à tenir Son pacte : la crainte révérencielle de Lui — exalté soit-Il — et de Lui seul, car quiconque Le craint, Sa crainte lui fait accomplir Son commandement et éviter Son interdiction. Puis Il leur commanda la chose particulière sans laquelle leur foi n'est ni complète ni valable :

Verset 41

{Et croyez à ce que J'ai fait descendre} : le Coran qu'Il a fait descendre sur Son serviteur et messager Muhammad — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — ; Il leur commanda d'y croire et de le suivre, ce qui entraîne la foi en celui sur qui il est descendu. Et Il mentionna ce qui les appelle à y croire : {confirmant ce qui est avec vous} : conforme à lui, non divergent ni contradictoire ; s'il est conforme à ce qui est avec vous parmi les livres, rien ne vous empêche d'y croire, car il est venu avec ce qu'ont apporté les envoyés : vous êtes donc les premiers à devoir y croire et l'authentifier, étant les gens des livres et du savoir. En outre, Sa parole {confirmant ce qui est avec vous} fait allusion : si vous n'y croyez pas, cela rejaillit sur vous comme négation de ce qui est avec vous, car ce qu'il a apporté est ce qu'ont apporté Mūsā, Jésus et les autres prophètes : votre négation à son égard est une négation de ce qui est avec vous. En outre, dans les livres en vos mains se trouvent la description de ce prophète apporteur de ce Coran et l'annonce de sa venue : si vous n'y croyez pas, vous traitez de mensonge une partie de ce qui vous a été envoyé — et quiconque traite de mensonge une partie de ce qui lui a été envoyé traite de mensonge le tout, de même que quiconque mécroit en un messager traite de mensonge tous les messagers. Après leur avoir commandé d'y croire, Il les en détournait et les avertissait de son contraire, la mécréance : {et ne soyez pas les premiers à y mécroire} — au sujet du Messager et du Coran. Sa parole {les premiers à y mécroire} est plus fort que « ne mécroyez pas en lui », car s'ils en sont les premiers mécréants, ils se sont précipités vers la mécréance [contraire à ce qui leur sied], et portent leur faute et celle de ceux qui les suivront. Puis Il mentionna ce qui les retenait de croire : le choix du gain inférieur au bonheur éternel : {et n'achetez pas Mes versets à un vil prix} : ce qu'ils obtiennent comme charges et profits qu'ils imaginent cesser s'ils croient en Allah et Son messager : ils les ont donc achetés au prix des versets d'Allah, les ont préférés et élus. {Et Moi} — sans autre que Moi — {craignez-Moi} : si vous craignez Allah seul, Sa crainte vous fera préférer la foi en Ses versets au vil prix ; de même, si vous choisissez le vil prix, c'est la preuve que la crainte révérencielle a déserté vos cœurs. Puis Il dit :

Verset 42

{Et ne mêlez pas} — ne mélangez pas — {le vrai au faux, et ne taisez pas le vrai} : Il leur interdit deux choses : mêler le vrai au faux et taire le vrai. Car il est attendu des gens des livres et du savoir de distinguer le vrai [du faux] et de manifester le vrai, afin que les guidés s'y guident, que les égarés reviennent et que la preuve s'établisse contre les obstinés ; Allah a exposé Ses versets et clarifié Ses preuves pour distinguer le vrai du faux et rendre manifeste la voie des guidés de celle des criminels. Quiconque, parmi les gens du savoir, œuvre en cela est des successeurs des messagers et des guides des nations ; quiconque mêle le vrai au faux sans les distinguer alors qu'il sait, et tait le vrai qu'il sait et qu'il a ordonné de manifester, est des hérauts de l'Enfer, car les gens ne suivent en leur religion que leurs savants : choisissez donc pour vous-mêmes l'un des deux états.

Verset 43

Puis Il dit : {et accomplissez la prière} extérieurement et intérieurement, {et acquittez la zakāt} à ses ayants droit, {et inclinez-vous avec ceux qui s'inclinent} : priez avec ceux qui prient. Si vous faites cela avec la foi aux messagers d'Allah et aux versets d'Allah, vous aurez réuni les œuvres extérieures et intérieures, la sincérité envers l'Adoré et la bienfaisance envers Ses serviteurs, les adorations du cœur, du corps et du bien. Et Sa parole {inclinez-vous avec ceux qui s'inclinent} : priez avec ceux qui prient — y est commandée la prière en groupe et son obligation ; et il y est indiqué que l'inclina (rukū') [flexion de la prière] est un pilier de la prière, car Il a désigné la prière par l'inclina : désigner l'adoration par sa partie indique son caractère obligatoire en elle.

Verset 44

{Commandez-vous aux gens le bien} — la foi et le bien — {et vous oubliez vous-mêmes}, c'est-à-dire : vous délaissez vos âmes, sans leur commander cela, {alors que vous récitez le Livre ? Entendez-vous donc raison ?} La raison ('aql) est ainsi nommée parce que par elle on saisit le bien qui profite et par elle on se retient de ce qui nuit : la raison presse son détenteur d'être le premier à faire ce qu'il commande et le premier à délaisser ce qu'il interdit. Celui qui commande à autrui le bien sans le faire, ou lui interdit le mal sans le délaisser, montre son défaut de raison et son ignorance — surtout s'il est savant, la preuve étant établie contre lui. Ce verset, bien que descendu à propos des enfants d'Israël, est général pour quiconque, selon Sa parole : {Ô vous qui croyez, pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas ? Grande est l'horreur, auprès d'Allah, que vous disiez ce que vous ne faites pas}. Et il n'y a pas dans le verset que l'homme, s'il ne s'acquitte pas de ce qui lui est commandé, doive délaisser le commandement du convenable et l'interdiction du blâmable, car le verset blâme au sujet des deux obligations ; sinon, il est notoire que l'homme a deux obligations : commander et interdire à autrui, et commander et interdire à soi-même — délaisser l'une n'est pas une permission de délaisser l'autre. La perfection est de s'acquitter des deux, et le manque complet de les délaisser toutes deux ; s'en acquitter de l'une et non de l'autre n'est ni au rang de la première ni au-dessous de la seconde. En outre, les âmes sont disposées à ne point se soumettre à celui dont l'acte contredit la parole : l'imitation des actes est plus efficace que celle des seules paroles.

Verset 45

Allah leur commanda de chercher le secours, dans toutes leurs affaires, de la patience (ṣabr) en toutes ses sortes : la patience dans l'obéissance à Allah jusqu'à l'accomplir, la patience face à la désobéissance à Allah jusqu'à la délaisser, et la patience devant les décrets d'Allah douloureux, sans s'en indigner — par la patience et la retenue de l'âme dans ce qu'Allah a commandé de patienter, on obtient une immense aide en toute affaire, et quiconque fait preuve de patience, Allah lui accorde la patience. De même la prière, qui est la balance de la foi et détourne de la turpitude et du blâmable : on en obtient l'aide en toute affaire. {Et elle} — la prière — {est certes une chose immense}, pénible, {sauf pour les humbles} : elle leur est aisée et légère, car l'humilité (khushū'), la crainte d'Allah et l'espoir de ce qui est auprès de Lui font qu'on l'accomplit le cœur dilaté, dans l'attente de la récompense et la crainte du châtiment — à la différence de celui qui n'est pas ainsi : rien ne l'y appelle, et s'il l'accomplit, elle devient pour lui des plus pesantes. L'humilité est la soumission du cœur, sa sérénité et son calme devant Allah — exalté soit-Il —, son abaissement entre Ses mains, en humilité, indigence, foi en Lui et en Sa rencontre. C'est pourquoi Il a dit :

Verset 46

{Ceux qui pensent} — c'est-à-dire sont convaincus — {qu'ils rencontreront leur Seigneur} et qu'Il les rétribuera selon leurs œuvres, {et que c'est vers Lui qu'ils font retour} : c'est cela qui leur a rendu les adorations légères, leur a donné la consolation dans les épreuves, dissipé leurs angoisses et retenu les mauvaises actions. À ceux-là, la félicité durable dans les chambres élevées ; quant à celui qui ne croit pas à la rencontre de son Seigneur, la prière et les autres adorations sont pour lui des plus pénibles.

Verset 47

Puis Il répéta aux enfants d'Israël le rappel de Sa faveur, en exhortation, avertissement et incitation.

Verset 48

Et Il les effraya du Jour de la résurrection, où {nulle âme} — fût-elle des âmes nobles, comme les prophètes et les vertueux — {ne compensera pour une autre âme} — fût-elle des proches parents les plus rapprochés — {en rien}, ni grand ni petit : seul profite à l'homme l'œuvre qu'il aura envoyée devant lui. {Et nulle intercession ne sera reçue d'elle} : pour quiconque, sans permission d'Allah et agrément envers l'intercéde ; et Il n'agrée de l'œuvre que celle faite pour Sa Face et selon la voie et la Sunna. {Et nulle compensation ne sera prise d'elle} : ni rançon — dussent ceux qui ont commis l'injustice posséder tout ce qui est sur terre et autant encore, ils s'en rachèteraient au châtiment d'Allah, et cela ne serait pas reçu d'eux. {Et ils ne seront point secourus} : le mal ne sera pas écarté d'eux. Il a donc nié tout profit venant des créatures sous quelque rapport : Sa parole {nulle âme ne compensera pour une autre âme en rien} concerne l'obtention des bénéfices ; {et ils ne seront point secourus} concerne l'écartement des nuisances — négation du bénéfice futur ; {nulle intercession ne sera reçue d'elle et nulle compensation ne sera prise d'elle} : négation du bénéfice qu'on cherche de qui le détient, contre contrepartie comme la rançon, ou sans contrepartie comme l'intercession. Cela doit faire que le cœur du serviteur se détache des créatures — sachant qu'elles ne possèdent pour lui pas le poids d'un atome de profit — et s'attache à Allah, qui obtient les bénéfices et écarte les nuisances : qu'il n'adore que Lui sans associé, et demande Son secours pour L'adorer.

Verset 49

Ici commence le détail de l'énumération de Ses faveurs sur les enfants d'Israël. Il dit : {Et quand Nous vous avons délivrés du peuple de Pharaon} : de Pharaon, de ses notables et de ses soldats. Auparavant, {ils vous infligeaient} — vous imposaient et vous faisaient subir — {le pire châtiment} : le plus dur, en ce qu'{ils égorgeaient vos fils} par crainte de votre accroissement, {et laissaient vivre vos femmes} : sans les tuer ; vous étiez donc entre massacrés et avilis par les travaux écrasants, ou épargnés par condescendance et domination : c'est là le comble de l'humiliation. Allah les gratifia du salut complet et de la noyade de leur ennemi, sous leurs yeux, pour que leurs regards se réjouissent. {En cela} — la délivrance — {est une épreuve} : une faveur {de votre Seigneur, immense} : cela vous oblige à la gratitude et à l'acquittement de Ses commandements. Puis Il mentionna Sa faveur : Sa promesse à Mūsā de quarante nuits, pour faire descendre sur eux la Torah, porteuse de faveurs immenses et d'intérêts universels. Mais ils ne patientèrent pas jusqu'au terme fixé et adorèrent le veau après son départ — celui de Mūsā — {alors que vous étiez injustes}, sachant votre injustice, la preuve étant dressée contre vous : faute plus grave et péché plus immense. Puis Il vous commanda, sur la langue de Son prophète Mūsā, le repentir : que vous vous entretuez ; Allah vous pardonna en conséquence {afin que vous soyez reconnaissants} envers Allah.

Verset 55

{Et quand vous dîtes : "Ô Moïse, nous ne croirons pas en toi jusqu'à ce que nous voyions Allah clairement"} : comble de l'audace envers Allah et Son messager. {Alors la foudre vous saisit} — la mort ou le grand évanouissement — {alors que vous regardiez} cela arriver, chacun regardant son compagnon.

Verset 56

{Puis Nous vous ressuscitâmes après votre mort, afin que vous soyez reconnaissants.} Puis Il mentionna Sa faveur sur eux dans le désert, steppe vide d'ombres, et l'ampleur des subsistances :

Verset 57

{Et Nous avons fait ombre sur vous de la nuée, et fait descendre sur vous la manne (mann)} : nom englobant toute attribution [agréable] obtenue sans peine — au nombre de laquelle le gingembre, la truffe, le pain et autre — {et les cailles (salwā)} : petit oiseau appelé la caille, à la chair savoureuse, qui leur descendait en quantité suffisante pour les nourrir et les préserver. {Mangez des bonnes choses que Nous vous avons attribuées} : attribution dont ne disposaient pas même les citadins dans l'opulence. Ils ne remercièrent point pour cette faveur et persévérèrent dans la dureté des cœurs et l'abondance des fautes. {Et ils ne Nous ont point lésé} par ces actes contraires à Nos commandements, car la désobéissance des désobéissants ne nuit point à Allah, de même que l'obéissance des obéissants ne Lui profite point ; {mais ils lésaient eux-mêmes leurs âmes} : le tort leur revenait.

Verset 58

Ceci aussi est une de Ses faveurs sur eux après leur désobéissance : Il leur commanda d'entrer dans une cité qui serait pour eux gloire, patrie et demeure, où ils obtiendraient la subsistance abondante, et d'y entrer en humilité envers Allah, en acte — en franchissant la porte prosternés, c'est-à-dire soumis et humiliés — et en parole, en disant : {« ḥiṭṭa » [absolution]} : qu'Il efface leurs fautes, puisqu'ils Lui demandent pardon. {Nous vous pardonnerons vos fautes} en récompense de votre demande de pardon, {et Nous ajouterons aux bienfaisants} — selon leurs œuvres — une rétribution immédiate et différée.

Verset 59

{Alors les injustes, parmi eux, substituèrent à la parole qui leur avait été dite une autre} : au lieu de « ḥiṭṭa », ils dirent « ḥabbatun fī ḥinta » [un grain dans le froment], par mépris pour l'ordre d'Allah et moquerie ; et s'ils substituèrent la parole malgré sa légèreté, leur substitution de l'acte l'est à plus forte raison : c'est pourquoi ils entrèrent en se traînant sur leurs derrières. Et comme cette tyrannie fut la plus grande cause de l'arrivée du châtiment d'Allah sur eux : {Nous fîmes descendre sur les injustes} d'entre eux {un fléau (rijz) [châtiment]} {du ciel}, à cause de leur perversité et de leur oppression.

Verset 60

{Il demanda l'eau} : il demanda pour eux de l'eau à boire. {Nous dîmes : frappe le rocher de ton bâton} — soit un rocher particulier, connu de lui, soit un nom d'espèce — {alors jaillirent de lui douze sources}, et les tribus des enfants d'Israël sont douze tribus ; {chaque groupe d'entre eux sut} son {abreuvoir} : l'endroit où il boirait à ces sources — sans que les uns ne se disputent avec les autres, mais ils buvaient tranquilles, sans trouble. C'est pourquoi Il dit : {Mangez et buvez de l'attribution d'Allah} : celle qu'Il vous a donnée sans effort ni peine, {et ne semez pas la corruption sur la terre} : ne dévastez pas en corrompeurs.

Verset 61

C'est-à-dire : souvenez-vous {quand vous dîtes} à Moïse, par lassitude des faveurs d'Allah et mépris pour elles : {« Nous ne patienterons point devant une nourriture unique »} : un genre d'aliment — fussent-il, comme dit plus haut, de plusieurs sortes, mais qui ne changent pas. {« Appelle pour nous ton Seigneur, qu'Il fasse sortir pour nous de ce que la terre fait pousser : ses herbes »} : ses plantes qui ne sont pas des arbres à tige, {« ses concombres, ses légumes »} — son ail — {« son lentille et ses oignons »}. Moïse leur dit : {« Échangeriez-vous ce qui est inférieur contre ce qui est meilleur ? »} — les aliments mentionnés contre la manne et les cailles — cela ne vous sied pas : ces aliments que vous demandez, vous les trouverez dans toute ville où vous descendrez ; mais votre nourriture, dont Allah vous a gratifiés, est la meilleure et la plus noble des nourritures : comment en demander un échange ? Et comme ce qui advint d'eux fut la plus grande preuve de leur peu de patience et de leur mépris des ordres et faveurs d'Allah, Il les rétribua selon l'espèce de leur acte : {Et l'humiliation fut frappée sur eux} — visible sur leur corps — {et la misère} : dans leurs cœurs, si bien que leurs âmes n'étaient point nobles et leurs ambitions point élevées, mais leurs âmes viles et leurs ambitions des plus basses. {Ils ont encouru la colère d'Allah} : leur butin et leur gain ne furent que de revenir sous Sa colère : quel détestable butin que le leur, et quel détestable état que le leur ! {Cela}, ce qui leur valut Sa colère, {parce qu'ils mécroyaient aux versets d'Allah} qui indiquent le vrai et le clarifient : ayant mécru en eux, Il les punit par Sa colère, et {parce qu'ils tuaient les prophètes sans droit} — l'ajout de « sans droit » accroît l'horreur, car tuer les prophètes ne saurait être avec droit, mais c'est pour qu'on ne suppose pas leur ignorance et leur manque de savoir. {Cela, parce qu'ils désobéissaient} en commettant les désobéissances d'Allah, {et transgressaient} envers les serviteurs d'Allah : les désobéissances s'entraînent l'une l'autre — de l'insouciance naît le petit péché, du petit péché le grand, puis les sortes d'innovations, de mécréance et autres : nous demandons à Allah la préservation de toute épreuve. Sache que l'interlocution, en ces versets, s'adresse à la communauté des enfants d'Israël vivant à la descente du Coran : on leur a adressé ces actes, qui sont des actes de leurs ancêtres, et on les leur a attribués, pour plusieurs utilités. Ils se vantaient, se déclaraient purs et prétendaient leur supériorité sur Muhammad et sur ceux qui crurent en lui : Allah exposa, de leurs ancêtres — états qu'ils tenient pour avérés — de quoi il apparaisse à chacun d'eux qu'ils ne sont pas gens de patience, de nobles caractères et d'œuvres élevées ; si tel était l'état de leurs ancêtres — alors qu'on suppose qu'ils étaient meilleurs que leurs successeurs — que penser des interlocuteurs ! La faveur d'Allah sur leurs prédécesseurs est une faveur parvenant à leurs successeurs, et la faveur sur les pères est une faveur sur les fils : elle leur a donc été adressée, car elle les embrasse et les englobe. L'interlocution par les actes d'autrui indique que la communauté unie sur une religion se porte mutuellement et coopère en ses intérêts, au point que leurs premiers et leurs derniers sont comme en un même temps, et que ce que font les uns est comme fait par tous : le bien que font les uns profite à tous, et le mal qu'ils font nuit à tous. La plupart de leurs actes, ils ne les ont pas désavoués, et qui agrée la désobéissance est associé au désobéissant — et d'autres sagesses encore qu'Allah seul connaît. Puis Allah — exalté soit-Il — dit, statuant entre les sectes scripturaires :

Verset 62

Ce jugement concerne spécialement les gens du Livre, car les ṣābi'ūn [convaincus de n'appartenir à aucune religion révélée], selon le sens correct, sont une des sectes des chrétiens. Allah informa que les croyants de cette communauté, les juifs, les chrétiens et les ṣābi'ūn qui ont cru en Allah [parmi eux], au Jour dernier et authentifié leurs messagers, ont l'immense récompense et la sécurité — nulle crainte sur eux et ils ne seront point affligés ; quant à celui d'entre eux qui a mécru en Allah, Ses messagers et le Jour dernier, il est dans l'état contraire : sur lui la crainte et l'affliction. Le sens correct est que ce jugement entre ces groupes vaut pour eux en eux-mêmes, non par rapport à la foi en Muhammad : c'est une information sur eux avant la mission de Muhammad, une exposition de leurs états. Telle est la manière du Coran : quand quelque illusion surgit en certaines âmes au fil des versets, tu y trouves ce qui dissipe cette illusion, car c'est une descente de la part de Celui qui connaît les choses avant leur existence et dont la miséricorde embrasse toute chose. C'est — Allah sait mieux — qu'ayant mentionné les enfants d'Israël, les ayant blâmés et rappelé leurs désobéissances et leurs turpitudes, il se pouvait que certaines âmes croient que le blâme les englobe tous : le Créateur voulut distinguer, par la description, ceux d'entre eux que le blâme n'atteint pas. Et comme la mention des seuls enfants d'Israël pouvait suggérer l'exclusivité, Il énonça un jugement général embrassant tous les groupes, pour que le vrai s'éclaircisse et s'annule l'illusion et la difficulté. Gloire à Celui qui a déposé dans Son livre de quoi confondre les intelligences des mondes !

Verset 63

C'est-à-dire : souvenez-vous {quand Nous avons pris votre engagement} — l'engagement lourd, renforcé par l'effroi qu'Il leur fit en suspendant le mont Ṭūr au-dessus d'eux — et qu'il leur fut dit : {« Prenez avec force ce que Nous vous avons donné »} : la Torah, {« avec zèle, effort et patience dans les commandements d'Allah, et rappelez-vous ce qu'il contient »} : votre livre, en le récitant et en l'apprenant, {« afin que vous soyez pieux »} : du châtiment et de la colère d'Allah, ou que vous soyez des gens de piété.

Verset 64

Après cette forte confirmation, {vous vous êtes détournés} et avez tourné le dos — ce qui exigeait que vous subissiez les plus grands châtiments —, {mais n'eût été la faveur d'Allah sur vous et Sa miséricorde, vous auriez été parmi les perdants}.

Verset 65

C'est-à-dire : l'état de {ceux d'entre vous qui ont transgressé au sujet du sabbat} — ceux dont Allah a raconté l'histoire en détail dans la sourate al-A'rāf, en Sa parole : {« Interroge-les sur la cité qui donnait sur la mer, quand ils transgressaient le sabbat... »} et les versets suivants — s'est établi chez vous. Ce péché immense leur valut la colère d'Allah : Il les changea en {singes, méprisés} : vils et humiliés. Et Allah fit de ce châtiment :

Verset 66

{« une leçon pour ceux qui étaient présents »} : les communautés contemporaines et celles qui en recevraient la nouvelle, {« et pour ceux qui vinrent après »} : afin que la preuve d'Allah s'établisse sur les serviteurs et qu'ils s'abstiennent de Ses désobéissances. Mais elle n'est une exhortation profitable qu'aux pieux ; les autres ne profitent point des signes.

Verset 67

C'est-à-dire : rappelez-vous ce qui vous advint avec Mūsā quand vous tuâtes un homme : vous vous renvoyâtes la responsabilité et divergeâtes sur le meurtrier, jusqu'à ce que l'affaire s'envenimât entre vous et — n'eût été la clarification d'Allah — un grand mal faillit advenir entre vous. Mūsā vous dit, pour éclaircir le meurtrier : « Égorgez une vache. » Il leur incombait de s'empresser d'obéir et de ne point objecter ; mais ils refusèrent sinon l'objection : {« Nous prends-tu en dérision ? »} Le prophète d'Allah dit : {« Je cherche refuge auprès d'Allah d'être du nombre des ignorants »} — l'ignorant étant celui qui parle sans utilité et se moque des gens, tandis que l'homme sensé voit que se moquer de son semblable, homme comme lui, est des plus grands défauts ruineux pour la religion et la raison ; et s'il lui est préféré, cette préférence exige de lui la gratitude envers son Seigneur et la miséricorde envers Ses serviteurs. Quand Mūsā leur eut dit cela, ils surent que c'était véridique, et dirent :

Verset 68

{« Appelle pour nous ton Seigneur, qu'Il nous précise ce qu'elle est »} : son âge. {Il dit : "Il dit que c'est une vache ni vieille ni jeune, d'âge moyen ; faites donc ce qui vous est commandé"} et cessez d'aggraver et de chercher chicane.

Verset 69

{Ils dirent : "Appelle pour nous ton Seigneur, qu'Il nous précise sa couleur." Il dit : "Il dit que c'est une vache jaune, de couleur franche, réjouissant ceux qui la regardent"} par sa beauté.

Verset 70

{Ils dirent : "Appelle pour nous ton Seigneur, qu'Il nous précise ce qu'elle est, car les vaches nous paraissent semblables"} et nous ne saurons laquelle tu veux, {« et nous serons, si Allah veut, bien guidés »}.

Verset 71

{Il dit : "Il dit que c'est une vache pas non plus assujettie"} : ni soumise au travail, {« qui ne laboure pas la terre »} : ni ne irrigue le champ, {« ni n'arrose la culture »} : elle n'est pas de celles qu'on emploie à l'irrigation, {« intègre »} : exempte de défauts ou de travail, {« sans tache en elle »} : sans couleur autre que celle décrite. {Ils dirent : "Tu viens maintenant avec le vrai"} : l'explication claire — marque de leur ignorance, car il leur avait apporté le vrai dès la première fois : s'ils avaient désigné n'importe quelle vache, le but eût été atteint ; mais ils aggravèrent par la multiplicité des questions, et Allah aggrava pour eux ; et s'ils n'avaient pas dit « si Allah veut », ils ne l'auraient pas non plus trouvée. {Ils l'égorgeèrent} : la vache décrite par ces qualités, {« et ils s'y employaient à peine »} : à cause de la chicane qu'ils avaient faite.

Verset 72

Quand ils l'eurent égorgée, Nous leur dîmes : « Frappez le mort avec une partie d'elle » — un membre déterminé, ou n'importe quel membre, la précision n'apportant rien. Ils le frappèrent d'une partie d'elle : Allah le ressuscita et fit sortir ce qu'ils cachaient : il désigna son meurtrier. Et dans sa résurrection — sous leurs yeux — est ce qui indique la résurrection des morts par Allah : {puissiez-vous raisonner} et vous détourner de ce qui vous nuit.

Verset 74

{Puis vos cœurs se durcirent} : ils raidirent et s'épaissirent, si bien que l'exhortation n'y laisse plus d'empreinte, {après cela} : après qu'Allah vous eut comblés des immenses faveurs et montré les signes — vos cœurs n'auraient pas dû se durcir, car ce que vous avez vu exige la tendresse du cœur et sa soumission. Puis Il décrivit leur dureté : {elles sont comme les pierres}, plus dures que le fer, car le fer et le plomb fondent au feu, à la différence des pierres ; {ou plus dures encore} : elles ne cédaient en rien à la dureté des pierres — « aw » n'y a pas le sens de « bal » [mais]. Puis Il mentionna la supériorité des pierres sur leurs cœurs : {« il est des pierres d'où jaillissent des rivières, d'autres qui se fendent et font sortir l'eau, d'autres qui s'affaissent par crainte d'Allah »} : par ces choses, elles ont surpassé vos cœurs. Puis Il les menaça de la plus grande menace : {« Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites »} : Il le sait et en conserve le petit et le grand, et Il vous en rétribuera la rétribution la plus entière et la plus complète. Sache que beaucoup d'exégètes — qu'Allah leur fasse miséricorde — ont rempli leurs commentaires des récits des enfants d'Israël, y ont fait descendre les versets coraniques et en ont fait un commentaire du livre d'Allah, arguant de sa parole — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « Rapportez des enfants d'Israël, sans gêne. » À mon avis, même s'il est permis de transmettre leurs récits à titre isolé, sans les joindre ni les faire descendre sur le livre d'Allah, il n'est en aucun cas permis d'en faire un commentaire du livre d'Allah tant que cela n'est pas authentifié du Messager d'Allah — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — car leur rang, comme il l'a dit : « Ne croyez pas les gens du Livre et ne les traitez pas de menteurs. » Si leur rang est d'être objet de doute, et qu'il est de toute évidence nécessaire, en la religion de l'islam, qu'on doit croire au Coran et trancher de ses termes et de ses sens, il n'est pas permis de faire de ces récits transmis par des chaînes inconnues, dont le mensonge ou la majorité du mensonge prévaut, les sens d'un livre d'Allah affirmé avec certitude — personne n'en doute. Mais c'est par insouciance de cela qu'est advenu ce qui est advenu ; Allah est Celui qui accorde la réussite.

Verset 75

Voici de quoi trancher les espérances des croyants en la foi des gens du Livre : n'espérez point leur foi, leurs caractères ne la motivent pas : ils altéraient la parole d'Allah après l'avoir saisie et sue, lui donnant des sens qu'Allah n'a point voulus, pour faire croire aux gens qu'elle vient d'Allah — elle ne vient point d'Allah. Si tel est leur état dans leur livre, qu'ils considèrent comme leur gloire et leur religion et avec lequel ils détournent les gens de la voie d'Allah, comment espérer d'eux la foi ?! Rien n'est plus éloigné que cela.

Verset 76

Puis Il mentionna l'état des hypocrites parmi les gens du Livre : {et quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : "Nous avons cru"}, leur affichant par parole de leurs langues ce qui n'est pas dans leurs cœurs. {Et quand certains d'entre eux se trouvent seuls avec d'autres} — sans personne hors de leur religion — les uns disent aux autres : {"Racontez-vous ce dont Allah vous a ouvert le savoir ?"} : montrez-vous croyants à leurs yeux et leur annoncez-vous que vous êtes comme eux ? Cela deviendrait un argument pour eux contre vous : ils diraient que vous avez reconnu que ce à quoi nous sommes est vrai et que ce à quoi ils sont est faux, et ils s'en prévaudraient contre vous auprès de votre Seigneur. {Entendez-vous donc raison ?} : n'avez-vous donc point d'esprit, pour délaisser ce qui sera un argument contre vous ?

Verset 77

C'est ce que les uns disent aux autres : {ou ne savent-ils pas qu'Allah sait ce qu'ils cachent et ce qu'ils divulguent ?} Quand bien même ils cachent ce qu'ils croient entre eux et prétendent que, le cachant, aucune preuve des croyants ne peut les atteindre, c'est là leur erreur et leur immense ignorance : Allah sait leur secret et leur public, et Il manifester à Ses serviteurs ce qu'ils sont.

Verset 78

{Et parmi eux} — les gens du Livre — {des lettrés illettrés [ignorants des Écritures]} : des gens du commun, qui ne sont point des gens du savoir ; {ils ne connaissent du Livre que des aspirations} : ils n'ont part au livre d'Allah que la seule récitation, sans nouvelle de l'état des premiers qui savent véritablement ; ceux-là n'ont que conjectures et soumission suiveuse aux savants des leurs. Il a donc mentionnés, en ces versets, leurs savants, leur commun, leurs hypocrites et ceux qui ne furent point hypocrites : leurs savants s'agrippent à l'égarement où ils sont, et leur commun les imite sans discernement — il n'y a donc pour vous nulle espérance en les deux groupes.

Verset 79

Allah — exalté soit-Il — menace les altérateurs du Livre, qui disent de leurs altérations et de ce qu'ils écrivent : {"Ceci vient d'Allah"} — ce qui est manifestation du faux et dissimulation du vrai. Ils ne firent cela qu'en connaissance de cause, {pour l'acheter à un vil prix} : et le monde entier, du début à la fin, est un vil prix : ils firent de leur faux un piège pour capturer ce qui est entre les mains des gens. Ils lésèrent donc autrui doublement : en brouillant leur religion devant eux, et en prenant leurs biens sans droit — par le plus vain des vains — [cela], plus grave que de les prendre par rapine, vol et semblables. C'est pourquoi Il les menaça de ces deux choses : {Malheur à eux pour ce que leurs mains ont écrit} : l'altération et le faux ; {et malheur à eux pour ce qu'ils gagnent} : les biens. Le malheur (wayl) est la dureté du châtiment et le regret — et, implicitement, la menace terrible. Le Cheikh de l'islam [Ibn Taymiyya] dit, en mentionnant ces versets, de Sa parole {...jusqu'à ce qu'ils gagnent} : « Allah a blâmé ceux qui altèrent les paroles hors de leurs places — ce qui embrasse quiconque fait porter au Livre et à la Sunna les innovations vaines qu'il a établies ; et Il a blâmé ceux qui ne connaissent du Livre que des aspirations — ce qui embrasse quiconque délaisse la méditation du Coran et ne connaît que la récitation de ses lettres ; et cela embrasse quiconque écrit de sa main un livre contraire au livre d'Allah pour en obtenir un bien de ce monde, en disant : "Ceci vient d'Allah" — comme de dire : ceci est la Loi et la religion, ceci est le sens du Livre et de la Sunna, ceci est le [raisonnable] des pieux prédécesseurs et des imams, ceci sont les fondements de la religion qu'il faut croire, en propre ou collectivement ; et cela embrasse quiconque tait ce qu'il détient du Livre et de la Sunna, de peur que son contradicteur ne s'en prévale contre lui dans le vrai qu'il dit. Ces choses sont très nombreuses parmi les gens des passions en général — rāfiḍites [partisans extrémistes pro-'Alīd], jahmites [négateurs des attributs divins] et autres gens des passions et de la théologie spéculative — et en détail, comme beaucoup de ceux qui se rattachent aux juristes... » Fin de citation.

Verset 80

Il mentionna leurs actes laids, puis — par-dessus — qu'ils se déclarent purs, attestent pour eux-mêmes du salut du châtiment d'Allah et de l'obtention de Sa récompense, et que le Feu ne les touchera que des jours comptés : peu, se comptant sur les doigts. Ils allièrent ainsi la mauvaise action à la sécurité. Comme ce n'est là que prétention, Allah la rejeta : {Dis} — leur dis, ô Messager — {Avez-vous pris auprès d'Allah un engagement ?} : la foi en Lui, en Ses messagers et l'obéissance — cet engagement qui garantit le salut de son détenteur et ne change ni ne varie ; {ou dites-vous sur Allah ce que vous ne savez pas ?} Allah informa que la véracité de leur prétention dépend de l'un de ces deux termes, sans troisième : ou bien ils ont pris auprès d'Allah un engagement, et leur prétention est vraie ; ou bien ils forgent sur Lui, et elle est fausse — ce qui accroît leur ignominie et leur châtiment. Or il est su de leur état qu'ils n'ont point pris d'engagement auprès d'Allah, puisqu'ils ont traité beaucoup de prophètes de menteurs, au point d'en tuer un certain nombre, et ont refusé l'obéissance à Allah et rompu les pactes : il est donc établi qu'ils forgent, inventent, et disent sur Lui ce qu'ils ne savent pas — et parler d'Allah sans science est des plus grands interdits et des laideurs les plus turpes. Puis Il mentionna — exalté soit-Il — un jugement général pour chacun, y engageant les enfants d'Israël et les autres : le jugement qui n'en admet point d'autre, non leurs espérances et prétentions sur les perdants et les sauvés. Il dit : {Si} : il n'en est pas comme vous le dites — parole sans réalité —, mais :

Verset 81

{quiconque acquiert une mauvaise action} — indéterminé dans une condition, donc englobant l'association et ce qui est en deçà, et visant ici l'association, à preuve Sa parole : {et que la faute l'a enveloppé} : elle a enveloppé son auteur sans lui laisser d'issue — ce qui ne peut être que l'association, car celui qui a la foi, sa faute ne l'enveloppe pas —, {ceux-là sont les compagnons du Feu, ils y demeurent éternellement}. Les kharijites s'en prévalurent pour la mécréance du désobéissant : c'est, comme tu le vois, un argument contre eux, car il est clair qu'il vise l'association ; et ainsi tout falsificateur qui s'autorise d'un verset ou d'un hadith authentique pour sa thèse vaine : ce dont il s'autorise devient forcément un argument contre lui.

Verset 82

{Et ceux qui ont cru} en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers et au Jour dernier, {et accompli les œuvres pies} — les œuvres ne sont pies qu'à deux conditions : être sincères pour la Face d'Allah et suivre en elles la Sunna de Son messager. Le résumé de ces deux versets : les gens du salut et de la réussite sont les gens de la foi et de l'œuvre pie ; les perdants, gens du Feu, sont les associateurs en Allah et les mécréants en Lui.

Verset 83

Ces prescriptions sont des fondements de la religion qu'Allah a commandés dans toute loi, car elles embrassent les intérêts généraux en tout temps et tout lieu : elles n'admettent point d'abrogation, comme le fondement de la religion. C'est pourquoi Allah nous les a commandées dans Sa parole : {Adorez Allah et ne Lui associez rien...} — jusqu'à la fin du verset. Sa parole {Et quand Nous avons pris l'engagement des enfants d'Israël} : c'est une marque de leur dureté que tout commandement qui leur fut fait, ils s'y refusèrent, ne l'acceptant que sous de lourds serments et des pactes garantis. {Vous n'adorerez qu'Allah} : commandement d'adorer Allah seul et interdiction de L'associer quoi que ce soit — c'est le fondement de la religion : toutes les œuvres ne sont reçues que s'il en est la base ; c'est là le droit d'Allah — exalté soit-Il — sur Ses serviteurs. Puis Il dit : {et envers les parents, la bienfaisance} : soyez bienfaisants envers les parents — cela embrasse toute bienfaisance, en parole et en acte, à leur égard — et y est comprise l'interdiction de leur nuire ou de délaisser la bienfaisance : car l'obligation est la bienfaisance, et le commandement d'une chose entraîne l'interdiction de son contraire ; or la bienfaisance a deux contraires : la malfaisance, faute plus grave, et l'abandon de la bienfaisance sans malfaisance, interdit mais qui ne doit pas être rangé au premier. Il en va de même pour le lien avec les proches, les orphelins et les pauvres — les détails de la bienfaisance ne se comptent pas, ils se limitent comme dit plus haut. Puis Il commanda la bienfaisance envers les hommes en général : {et dites aux gens une bonne parole} — y entrent le commandement du convenable, l'interdiction du blâmable, l'enseignement du savoir, le salut, le visage ouvert et toute parole bonne. Comme l'homme ne peut embrasser les gens par ses biens, il lui fut commandé ce par quoi il peut être bienfaisant envers toute créature : la bienfaisance par la parole — d'où, implicitement, l'interdiction de la parole laide aux gens, jusqu'aux mécréants — Allah — exalté soit-Il — dit : {Ne disputez avec les gens du Livre que de la meilleure manière}. Et parmi la bonne éducation qu'Allah a donnée à Ses serviteurs : que l'homme soit probe en ses paroles et actes, ni obscène, ni vulgaire, ni injurieux, ni querelleur, mais de bon caractère, d'une immense patience, courtois envers chacun, endurant ce qui lui vient du mal des créatures, en obéissance au commandement d'Allah et dans l'espoir de Sa récompense. Puis Il leur commanda d'établir la prière et d'acquitter la zakāt — comme dit plus haut, la prière comporte la sincérité envers l'Adoré et la zakāt la bienfaisance envers les serviteurs. Puis, après ce commandement de ces beaux commandements — que le clairvoyant sensé, en les regardant, reconnaît qu'il est de la bienfaisance d'Allah envers Ses serviteurs de les leur avoir commandés et prescrits — et après qu'Il a pris les engagements sur vous : {vous vous êtes détournés}, en tournant le dos — car celui qui se détourne peut parfois vouloir revenir à ce dont il s'est détourné, mais ceux-ci n'ont nul désir ni retour vers ces commandements : nous cherchons refuge auprès d'Allah contre l'abandon. Et Sa parole {sauf un petit nombre d'entre vous} : exception pour ne pas suggérer qu'ils se détournèrent tous : il informe qu'un petit nombre d'entre eux, Allah les préserva et les affermit.

Verset 84

L'acte mentionné en ce verset est celui de ceux qui vivaient à Médine au temps de la révélation : Aws et Khazraj — les Anṣār — étaient, avant la mission du Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, des associateurs qui se combattaient selon la coutume de la Jāhiliyya. Les trois tribus juives — Qurayẓa, Naḍīr et Qaynuqā' — descendirent parmi eux, chacune s'alliant à une tribu de Médine. Quand ils se battaient, le juif secourait son allié contre ceux que secourait l'autre tribu juive : le juif tuait le juif, l'expulsait de ses demeures lors des expulsions et pillages ; puis, la guerre finie, quand il y avait des captifs entre les deux camps, ils se rachetaient les uns les autres. Or les trois choses leur étaient prescrites : ne point verser entre eux leur sang, ne point s'expulser mutuellement, et, s'ils trouvaient un captif des leurs, obligation de le racheter. Ils firent la dernière et délaissèrent les deux premières : Allah le leur reprocha : {Croyez-vous en une partie du Livre} — le rachat du captif — {et mécroyez-vous en l'autre} — le meurtre et l'expulsion. Il y a là preuve que la foi entraîne l'accomplissement des commandements et l'évitement des interdictions, et que les commandements relèvent de la foi. Allah — exalté soit-Il — dit : {Quelle récompense pour quiconque fait cela parmi vous, sinon l'ignominie en la vie présente ?} — ce qui advint : Allah les couvrit d'ignominie, donna à Son messager pouvoir sur eux : il tua qui il tua, captiva qui il captiva, expulsa qui il expulsa. {Et au Jour de la résurrection, ils seront ramenés au plus dur châtiment} : le plus immense. {Et Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites.} Puis Il exposa la cause de leur mécréance en une partie du Livre et de leur foi en l'autre :

Verset 86

{Ceux-là sont ceux qui ont acheté la vie présente au prix de la Dernière} : ils s'imaginaient que, s'ils ne secouraient pas leurs alliés, ils en auraient honte — ils choisirent donc le Feu plutôt que la honte. C'est pourquoi : {le châtiment ne leur sera point allégé} : il demeure dans sa dureté, sans aucun repos à aucun moment ; {et ils ne seront point secourus} : le mal ne sera pas écarté d'eux.

Verset 87

Allah — exalté soit-Il — rappelle Sa faveur aux enfants d'Israël : Il leur envoya Son interlocuteur Moïse et lui donna la Torah, puis fit succéder après lui des messagers jugeant selon la Torah, jusqu'à clore leurs prophètes par Jésus [fils de Marie] — sur lui la paix —, à qui Il donna des signes éclatants dont pareil n'est pas donné aux hommes, {et Nous l'avons fortifié de l'Esprit saint} : Allah le fortifia de l'Esprit saint — selon la plupart des exégètes, Gabriel — sur lui la paix — ; on a dit : la foi par laquelle Allah fortifie Ses serviteurs. Puis, malgré ces faveurs inestimables, quand ils vous vinrent {avec ce que vos âmes ne désirent pas, vous vous enorgueillîtes} de croire en eux ; {une partie, vous les avez traités de menteurs, et une partie vous les tuiez} : vous avez préféré la passion à la guidée et le monde à la Dernière Demeure — et il y a là reproche et dureté qui n'échappent à personne.

Verset 88

C'est-à-dire : ils s'excusèrent de croire, quand tu les y invitas, ô Messager, en prétendant que leurs cœurs sont enveloppés — couverts d'enveloppes — et ne comprennent pas ce que tu dis : ce serait, selon eux, une excuse de ne pas savoir. C'est un mensonge de leur part, voilà pourquoi Allah — exalté soit-Il — dit : {Mais Allah les a maudits pour leur mécréance} : ils sont bannis et maudits à cause de leur mécréance — peu croient parmi eux, ou leur foi est petite et leur mécréance immense.

Verset 89

C'est-à-dire : {quand leur vint un livre} d'Allah, par la main de la meilleure des créatures et le Sceau des prophètes, contenant l'authentification de ce qui est avec eux — la Torah —, eux qui le connaissaient et s'en convainquaient : car quand il y avait entre eux et les associateurs des guerres à la Jāhiliyya, ils demandaient le secours de ce prophète et les menaçaient de sa sortie et qu'ils combattraient les associateurs avec lui. Quand ce livre et ce prophète qu'ils connaissaient leur vinrent, ils y mécrurent par tyrannie et envie qu'Allah fasse descendre Sa faveur sur qui Il veut parmi Ses serviteurs : Allah les maudit et Se courrouça contre eux, colère sur colère, pour l'ampleur de leur mécréance et la suite de leur doute et de leur association ; et dans la Dernière Demeure, un châtiment humiliant : douloureux et poignant — la brûlure du Feu et la perte de la félicité durable. Quel détestable état que le leur, et quelle détestable chose que cet échange : de la foi en Allah, Ses livres et Ses messagers, contre la mécréance en Lui, en Ses livres et en Ses messagers, alors qu'ils savaient et étaient convaincus — cela accroît leur châtiment.

Verset 90

C'est-à-dire : {quand leur vint un livre} d'Allah, par la main de la meilleure des créatures et le Sceau des prophètes, contenant l'authentification de ce qui est avec eux — la Torah —, eux qui le connaissaient et s'en convainquaient : car quand il y avait entre eux et les associateurs des guerres à la Jāhiliyya, ils demandaient le secours de ce prophète et les menaçaient de sa sortie et qu'ils combattraient les associateurs avec lui. Quand ce livre et ce prophète qu'ils connaissaient leur vinrent, ils y mécrurent par tyrannie et envie qu'Allah fasse descendre Sa faveur sur qui Il veut parmi Ses serviteurs : Allah les maudit et Se courrouça contre eux, colère sur colère, pour l'ampleur de leur mécréance et la suite de leur doute et de leur association ; et dans la Dernière Demeure, un châtiment humiliant : douloureux et poignant — la brûlure du Feu et la perte de la félicité durable. Quel détestable état que le leur, et quelle détestable chose que cet échange : de la foi en Allah, Ses livres et Ses messagers, contre la mécréance en Lui, en Ses livres et en Ses messagers, alors qu'ils savaient et étaient convaincus — cela accroît leur châtiment.

Verset 91

C'est-à-dire : quand on ordonne aux juifs de croire à ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager — le Coran —, ils s'enorgueillissent et se cabrent, {et disent : "Nous croyons à ce qui a été descendu sur nous"}, et mécroient à ce qui est en dehors — les autres livres. Or l'obligation est de croire à ce qu'Allah a fait descendre absolument, que ce soit descendu sur eux ou sur d'autres : telle est la foi profitable, croire en ce qu'Allah a fait descendre sur tous Ses messagers. Quant à distinguer entre messagers et livres, prétendre croire en une partie et mécroire en l'autre, ce n'est point foi, c'est la mécréance même — Allah — exalté soit-Il — dit : {Ceux qui mécroient en Allah et Ses messagers et veulent distinguer entre Allah et Ses messagers, et disent : "Nous croyons en certains et mécroyons en d'autres", et veulent prendre une voie entre les deux : ceux-là sont les mécréants en vérité}. C'est pourquoi Il leur répliqua ici d'une réplique satisfaisante, les acculant sans issue, par deux arguments tirés de leur mécréance au Coran : {C'est lui le vrai} : s'il est le vrai en tout ce qu'il contient — informations, commandements, interdictions — et qu'il vient de leur Seigneur, mécroire en lui après cela est mécréance en Allah et en le vrai qu'Il a fait descendre. Puis : {confirmant ce qui est avec eux} : conforme à lui en tout le vrai qu'il indique, et dominateur sur lui : pourquoi croire en ce qui est descendu sur vous et mécroire en son pareil ? N'est-ce pas là esprit de parti et suivi de la passion, non de la guidée ? En outre, que le Coran confirme ce qui est avec eux fait de lui une preuve pour eux de la véracité des livres en leurs mains : ils n'ont d'autre voie pour les établir que lui. En mécroyant en lui et le niant, ils sont comme celui qui prétend une chose avec une preuve et un témoignage qu'il n'a pas d'autre, sa prétention ne tenant que si son témoignage est sain — et voilà qu'il vient miner sa propre preuve et la traiter de mensonge : n'est-ce pas sottise et folie ? Leur mécréance au Coran est donc mécréance en ce qui est en leurs mains et rupture de celui-ci. Puis Il réfuta leur prétention de croire en ce qui leur fut descendu : {Dis} — leur dis — {Pourquoi donc tuiez-vous les prophètes d'Allah auparavant, si vous étiez croyants ?}

Verset 92

{Et certes Moïse vous vint avec les preuves} : les arguments clairs exposant le vrai ; {puis vous prîtes le Veau après lui} : après sa venue, {alors que vous étiez injustes} : sans excuse pour vous.

Verset 93

{Et quand Nous avons pris votre engagement et élevé au-dessus de vous le Ṭūr : "Prenez avec force ce que Nous vous avons donné, et écoutez"} : écoute d'acceptation, d'obéissance et de réponse ; {ils dirent : "Nous avons entendu et désobéi"} : tel devint leur état ; {et on abreua leurs cœurs du Veau} : l'amour du Veau et de son adoration fut teinté et abreuvé dans leurs cœurs, à cause de leur mécréance. {Dis : "Quelle détestable chose que ce à quoi votre foi vous ordonne, si vous êtes croyants"} : vous prétendez la foi et vous vous targuez de la religion vraie, alors que vous avez tué les prophètes d'Allah et pris le Veau pour divinité en dehors d'Allah quand Mūsā, prophète d'Allah, vous quitta, et vous n'avez accepté Ses commandements et interdictions qu'après la menace et l'élévation du Ṭūr au-dessus de vous : vous vous êtes engagés en parole et avez rompu en acte. Où est cette foi que vous prétendez ? Où est cette religion ? Si c'est là foi, selon votre prétention, quelle détestable foi que celle qui mène son détenteur à la tyrannie, à la mécréance aux messagers d'Allah et à l'abondance des désobéissances ! On sait que la foi saine commande à son détenteur tout bien et lui interdit tout mal : leur mensonge apparut ainsi, et leur contradiction fut claire.

Verset 94

C'est-à-dire : {Dis}, pour éprouver leur prétention : {Si la Dernière Demeure} — le Paradis — {vous est réservée à l'exclusion des gens}, comme vous le prétendez : n'entrera au Paradis que juif ou chrétien, et le Feu ne les touchera que des jours comptés — si vous êtes véridiques en cette prétention, {souhaitez donc la mort}. C'est une malédiction mutuelle (mubāhala) entre eux et le messager d'Allah — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — ; après cet accablement et ce resserrement, devant leur obstination, il n'y a que deux issues : croire en Allah et Son messager, ou s'engager dans l'épreuve légère qu'est souhaiter la mort, qui les mènerait à la demeure qui leur serait réservée. Ils s'en abstinrent : chacun sut qu'ils étaient au comble de l'hostilité et de l'opposition à Allah et à Son messager, tout en sachant — voilà pourquoi Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 95

{Ils ne la souhaiteront jamais, à cause de ce que leurs mains ont avancé} : mécréance et désobéissances, car ils savent que c'est leur voie vers la rétribution de leurs œuvres abjectes : la mort leur est la plus haïe des choses, et ils sont plus attachés à la vie que quiconque, plus même que les associateurs qui ne croient à aucun messager ni livre. Puis Il mentionna l'extrême de leur amour du monde :

Verset 96

{L'un d'eux aimerait qu'on lui donne mille ans de vie} : comble de l'avidité — ils souhaitèrent un état des impossibles ; et s'ils vivaient le terme dit, cela ne leur servirait de rien et n'écarterait d'eux aucun châtiment. {Et Allah voit parfaitement ce qu'ils font} : menace de la rétribution de leurs œuvres.

Verset 97

C'est-à-dire : dis à ces juifs qui ont prétendu que ce qui les retenait de croire était que ton allié est Gabriel — sur lui la paix —, et que si c'était un autre des anges d'Allah, ils auraient cru en toi et t'auraient authentifié : cette prétention est contradiction, effondrement et outrecuidance envers Allah. Gabriel — sur lui la paix — est celui qui a fait descendre le Coran d'auprès d'Allah sur ton cœur, celui qui descendait vers les prophètes avant toi — et c'est Allah qui l'a ordonné et envoyé pour cela : il est purement messager. D'ailleurs ce livre descendu par Gabriel confirme les livres antérieurs sans les contredire ni les contester, et contient la guidée parfaite hors de toutes sortes d'égarements, et l'heureuse annonce du bien terrestre et dernier pour quiconque y croit. L'inimitié envers Gabriel, ainsi décrit, est donc mécréance en Allah et Ses versets, inimitié envers Allah, Ses messagers et Ses anges : leur inimitié à Gabriel n'est pas pour sa personne, mais pour ce qu'il fait descendre d'auprès d'Allah comme vrai sur les messagers d'Allah — elle embrasse donc la mécréance et l'inimitié envers Celui qui l'a fait descendre et envoyé, envers celui par qui Il a envoyé et envers celui à qui Il a envoyé : tel est le sens.

Verset 98

C'est-à-dire : dis à ces juifs qui ont prétendu que ce qui les retenait de croire était que ton allié est Gabriel — sur lui la paix —, et que si c'était un autre des anges d'Allah, ils auraient cru en toi et t'auraient authentifié : cette prétention est contradiction, effondrement et outrecuidance envers Allah. Gabriel — sur lui la paix — est celui qui a fait descendre le Coran d'auprès d'Allah sur ton cœur, celui qui descendait vers les prophètes avant toi — et c'est Allah qui l'a ordonné et envoyé pour cela : il est purement messager. D'ailleurs ce livre descendu par Gabriel confirme les livres antérieurs sans les contredire ni les contester, et contient la guidée parfaite hors de toutes sortes d'égarements, et l'heureuse annonce du bien terrestre et dernier pour quiconque y croit. L'inimitié envers Gabriel, ainsi décrit, est donc mécréance en Allah et Ses versets, inimitié envers Allah, Ses messagers et Ses anges : leur inimitié à Gabriel n'est pas pour sa personne, mais pour ce qu'il fait descendre d'auprès d'Allah comme vrai sur les messagers d'Allah — elle embrasse donc la mécréance et l'inimitié envers Celui qui l'a fait descendre et envoyé, envers celui par qui Il a envoyé et envers celui à qui Il a envoyé : tel est le sens.

Verset 99

Il dit à Son prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : {Nous avons fait descendre vers toi des versets clairs}, par lesquels s'obtient la guidée pour quiconque la demande, et s'établit la preuve contre quiconque s'obstine : ils ont atteint, en clarté et indication du vrai, un degré immense, au point que nul ne s'en refuse sinon celui qui est sorti de l'ordre d'Allah, sorti de Son obéissance et enorgueilli à l'extrême.

Verset 100

Il y a là l'étonnement devant la multiplicité de leurs pactes et leur impatience à les tenir : chaque fois qu'un pacte survient, sa rupture lui fait suite. Quelle en est la cause ? La cause est que la plupart d'entre eux ne croient pas : c'est leur absence de foi qui a entraîné la rupture des pactes ; si leur foi avait été sincère, ils auraient été comme ceux dont Allah a dit : {Parmi les croyants sont des hommes qui ont été fidèles à ce qu'ils avaient promis à Allah}.

Verset 101

C'est-à-dire : quand leur vint ce noble messager avec l'immense livre, en vérité, conforme à ce qui est avec eux — alors qu'ils prétendaient s'agripper à leur livre —, ils mécroyurent en ce messager et en ce qu'il apporta : {un parti parmi ceux qui ont reçu le Livre a rejeté le livre d'Allah} qui leur fut descendu, le jetant {derrière leur dos} : c'est le comble du détour­nement — comme s'ils étaient, en cet acte, du nombre des ignorants, alors qu'ils savent sa véracité et la réalité de ce qu'il a apporté. Il apparaît ainsi que ce parti des gens du Livre n'avait plus rien en mains, puisqu'il n'a pas cru en ce messager : sa mécréance en lui est, à leur insu, mécréance en leur propre livre. Il est de l'ordre des coutumes décrétales et de la sagesse divine que quiconque délaisse ce qui lui profite, alors qu'il pouvait en profiter et n'en a pas profité, soit éprouvé par l'occupation à ce qui lui nuit : qui délaisse l'adoration du Tout Miséricordieux est éprouvé par l'adoration des idoles ; qui délaisse l'amour d'Allah, Sa crainte et Son espérance est éprouvé par l'amour d'un autre qu'Allah, sa crainte et son espérance ; qui ne dépense pas son bien dans l'obéissance à Allah le dépense dans l'obéissance à Satan ; qui délaisse l'humilité devant son Seigneur est éprouvé par l'humiliation devant les serviteurs ; qui délaisse le vrai est éprouvé par le faux.

Verset 102

De même ces juifs : ayant rejeté le livre d'Allah, ils suivirent ce que récitent les démons et forgent comme magie contre la royauté de Sulaymān — les démons avaient fait paraître aux hommes la magie et prétendu que Sulaymān — sur lui la paix — l'employait et qu'à elle il devait son immense royauté : ils mentaient, Sulaymān ne l'employa point ; le Véridique l'a déclaré innocent : {Salomon n'a pas mécru} : il n'a pas appris la magie ; {mais ce sont les démons qui ont mécru} en cela, {enseignant aux hommes la magie}, par égarement et empressement à perdre les enfants d'Adam. De même, les juifs suivirent la magie descendue sur les deux anges en terre de Babylone, au pays d'Irak : la magie leur fut descendue comme épreuve et test d'Allah pour Ses serviteurs, et ils l'enseignent : {ils n'enseignent personne sans} l'avoir exhorté et {avoir dit : "Nous ne sommes qu'une tentation : ne mécrois pas"} : n'apprends pas la magie, car elle est mécréance — ils l'interdisent et informent de son rang. L'enseignement des démons est tromperie et égarement, attribuant la magie à celui qu'Allah en a déclaré innocent, Sulaymān — sur lui la paix — ; l'enseignement des deux anges est une épreuve, avec leur exhortation, pour qu'on n'ait point d'argument. Ces juifs suivent la magie enseignée par les démons et celle qu'enseignent les deux anges : ils ont délaissé la science des prophètes et des envoyés et se sont tournés vers la science des démons — chacun tend vers ce qui lui ressemble. Puis Il mentionna les méfaits de la magie : {ils apprennent d'eux ce qui sépare l'homme de son épouse} — alors que l'amour des deux époux n'a point d'équivalent, car Allah a dit d'eux : {Il a établi entre vous affection et miséricorde}. Il y a là preuve que la magie a une réalité et nuit {avec la permission d'Allah} : par Sa volonté. La permission (idhn) est de deux sortes : permission décrétale, relative à la volonté d'Allah, comme en ce verset ; permission légale, comme dans le verset précédent : {Il l'a fait descendre sur ton cœur par la permission d'Allah}. En ce verset et ses semblables : les causes, si puissants soient leurs effets, dépendent du décret et de la prédestination, elles n'agissent pas indépendamment — nul groupe de la communauté n'a contredit ce principe hormis les qadarites au sujet des actes des serviteurs, prétendant qu'ils sont indépendants et ne relèvent pas de la volonté : ils les ont exclus de la puissance d'Allah, contredisant le livre d'Allah, la Sunna de Son messager et le consensus des Compagnons et des Successeurs. Puis Il exposa que la science de la magie est nuisance pure, sans profit religieux ni mondain — alors que certaines désobéissances ont quelque profit mondain, comme Allah le dit du vin et des jeux de hasard : {Dis : il y a en eux un grand péché et des profits pour les gens, mais leur péché est plus grand que leur profit}. La magie est nuisance pure, sans aucun motif : les interdits sont soit nuisance pure, soit leur mal l'emporte sur leur bien, de même que les commandements sont soit bien pur, soit leur bien l'emporte sur leur mal. {Ils savaient certes} — les juifs — {que quiconque l'achète} : désire la magie comme l'acheteur désire la marchandise, {n'a pas de part dans la Dernière Demeure} : il n'en a point, bien plus, elle entraîne le châtiment. Ce n'est donc point ignorance s'ils la pratiquent : ils ont préféré la vie présente à la Dernière — {qu'ils vendirent leurs âmes : détestable vente, s'ils savaient !} d'un savoir qui porte fruit en œuvre.

Verset 104

Les musulmans disaient, s'adressant au Messager pour apprendre une affaire de la religion : {"rā'inā"} [accorde-nous attention] : accorde attention à nos états — visant un sens correct ; les juifs y voulaient un sens pervers : ils saisirent l'occasion de s'adresser ainsi au Messager en visant le sens pervers. Allah interdit aux croyants ce mot pour fermer cette porte : il y a là l'interdiction du permis quand il est voie vers l'interdit, et la bonne éducation : user de termes qui ne portent que le bon sens, éviter l'obscénité et les termes laids ou équivoques et troublants. Il leur commanda un terme qui ne porte que le bon : {et dites : "unẓurūnā"} [regardez-nous, accordez-nous délai] — il suffit et atteint le but sans inconvénient. {Et écoutez} : Il n'a pas mentionné ce qu'on écoute, pour englober tout ce dont Il a ordonné l'écoute : l'écoute du Coran et de la Sunna — la Sagesse — en lettre, en sens et en réponse : éducation et obéissance. Puis Il menaça les mécréants du châtiment douloureux et poignant.

Verset 105

Et Il informa de l'inimitié des juifs et des associateurs envers les croyants : ils ne souhaitent point {qu'il descende sur vous un bien} de votre Seigneur, ni peu ni beaucoup, par envie et haine de ce qu'Il vous distingue par Sa faveur — {lui qui détient la faveur immense}. Et parmi Sa faveur sur vous : la descente du Livre sur votre messager, pour vous purifier, vous enseigner le Livre et la Sagesse, et ce que vous ne saviez pas : à Lui la louange et la faveur.

Verset 106

L'abrogation (naskh) [retirer] est le transfert : sa réalité est de transférer les responsables d'un jugement légal à un autre, ou à son abrogation. Les juifs niaient l'abrogation et prétendaient qu'elle est inadmissible — elle figure pourtant dans leur Torah : leur négation est mécréance et pure passion. Allah — exalté soit-Il — exposa Sa sagesse dans l'abrogation : {Nous n'abrogeons aucun verset} {ou ne le faisons oublier} : Nous le faisons oublier aux serviteurs, le retirant de leurs cœurs, {sans en apporter un meilleur} et plus profitable pour vous, {ou un pareil} : l'abrogation n'advient donc jamais pour un profit moindre que le premier, car Sa faveur s'accroît, surtout envers cette communauté dont Il a rendu la religion d'une facilité extrême. Et Il informa que quiconque critique l'abrogation [critique] Sa royauté et Sa puissance : {Ne sais-tu pas qu'Allah est, sur toute chose, puissant ?}

Verset 107

{Ne sais-tu pas qu'à Allah appartient la royauté des cieux et de la terre ?} S'Il est votre Possesseur, disposant de vous comme dispose de ses sujets le Possesseur bienfaisant et miséricordieux, en Ses décrets, commandements et interdictions — nul ne limite ce qu'Il décrète pour Ses serviteurs, nul n'objecte à ce qu'Il légifère : le serviteur est administré et assujetti sous les ordres de son Seigneur, religieux et décrétaux — que lui et l'objection ? Il est aussi l'allié de Ses serviteurs et leur secoureur : Il les prend en charge pour leurs bénéfices et les secourt contre leurs nuisances ; parmi Sa prise en charge : leur légiférer les jugements qu'exigent Sa sagesse et Sa miséricorde envers eux. Quiconque considère l'abrogation advenu dans le Coran et la Sunna connaît par là la sagesse d'Allah, Sa miséricorde envers Ses serviteurs, et comment Il les conduit à leurs intérêts à leur insu, par Sa finesse.

Verset 108

Allah interdit aux croyants — ou aux juifs — d'interroger leur messager {comme Moïse fut interrogé auparavant} : ce sont les questions de chicane et d'objection, comme Allah — exalté soit-Il — dit : {Ils te demandent, les gens du Livre, de faire descendre sur eux un livre du ciel : ils ont demandé à Moïse plus grand que cela, disant : "Montre-nous Allah clairement"}, et : {Ô vous qui croyez, ne questionnez pas sur des choses qui, si elles vous étaient dévoilées, vous nuiraient}. Telles sont les questions interdites. Quant à la question de guidée et d'apprentissage, elle est louable et commandée : {Interrogez les gens du rappel si vous ne savez pas} ; Il l'agrée : {Ils t'interrogent sur le vin et les jeux de hasard}, {ils t'interrogent sur les orphelins}, et semblables. Comme les questions interdites sont blâmables et peuvent mener leur auteur à la mécréance : {quiconque échange la foi contre la mécréance s'est égaré du droit chemin}.

Verset 109

Puis Il informa de l'envie de beaucoup de gens du Livre, au point qu'ils souhaiteraient {vous voir mécréants après votre foi} : ils s'y employèrent et tramèrent des ruses — et leur ruse se retourna contre eux, comme : {un parti des gens du Livre dit : "Croyez en ce qui est descendu sur les croyants en début de jour et mécroyez à sa fin, peut-être reviendront-ils"} — envie venant d'eux-mêmes. Allah leur commanda de répondre à qui leur avait fait [le pire mal] par le pardon et l'indulgence jusqu'à ce qu'Allah fit venir Son ordre ; puis vint Son ordre : le jihād — Allah guérit les cœurs des croyants : ils tuèrent qui ils tuèrent, réduisirent en captivité, expulsèrent qui ils expulsèrent. {Allah est, sur toute chose, puissant.}

Verset 110

Puis Allah leur commanda de s'occuper du temps présent : établir la prière, acquitter la zakāt, faire toutes les œuvres de rapprochement — et Il leur promit que tout bien fait ne se perd point auprès d'Allah : ils le trouveront auprès de Lui abondant et préservé. {Allah voit parfaitement ce que vous faites.}

Verset 111

Les juifs dirent : n'entrera au Paradis que celui qui est juif ; les chrétiens dirent : n'entrera au Paradis que celui qui est chrétien : ils se sont jugés eux-mêmes seuls dignes du Paradis — pures espérances, irrecevables sans preuve et argument : apportez-les, si vous êtes véridiques. Ainsi quiconque prétend doit établir la preuve de sa prétention, sinon, retourne-lui sa prétention : si un autre prétend le contraire sans preuve, nulle différence entre eux — c'est la preuve qui authentifie ou dément les prétentions. N'ayant point de preuve, leur mensonge en cette prétention est su.

Verset 112

Puis Il exposa la preuve éclatante, valable pour tous : {Si} : il n'en est pas selon vos espérances et prétentions, mais {quiconque soumet sa face à Allah} : rend ses œuvres sincères à Allah, tourné vers Lui de son cœur, {tout en étant} — avec sa sincérité — {bienfaisant} dans l'adoration de son Seigneur, en L'adorant selon Sa loi : ceux-là seuls sont les gens du Paradis — à eux leur récompense auprès de leur Seigneur : le Paradis et la félicité qu'il contient, {nulle crainte sur eux et ils ne seront point affligés} : ils obtiennent le désiré et échappent au redouté. On comprend que quiconque n'est pas tel est des gens du Feu, les perdus : point de salut sinon pour les gens de la sincérité envers l'Adoré et du suivi du Messager.

Verset 113

La passion et l'envie portèrent les gens du Livre au point que les uns déclarèrent égarés les autres et mécroyaient les uns aux autres, comme le firent les gentils parmi les associateurs arabes et autres : chaque secte déclare égarée [l'autre secte]. Allah jugera dans la Dernière Demeure entre les divergents par Son jugement équitable qu'Il a fait connaître à Ses serviteurs : il n'est de réussite et de salut que pour quiconque a cru à la totalité des prophètes et des envoyés, accompli les commandements de son Seigneur et évité Ses interdictions ; quiconque est en dehors est perdu.

Verset 114

C'est-à-dire : nul n'est plus injuste et plus criminel que celui qui empêche les mosquées d'Allah : qu'y soit rappelé le nom d'Allah, y soit établie la prière et [toutes sortes] d'obéissances ; {et qui s'emploie} : s'applique et dépense ses forces, {à leur ruine} — matérielle et spirituelle : la ruine matérielle est leur démolition, dévastation et souillure ; la ruine spirituelle, empêcher ceux qui y rappellent le nom d'Allah. Cela vaut pour quiconque a cette description : y entrent les gens de l'Éléphant, Quraysh quand ils détournèrent le messager de la Maison en l'année d'al-Ḥudaybiyya, les chrétiens quand ils dévastèrent Jérusalem, et tous les tyrants qui s'emploient à leur ruine par hostilité à Allah et défi. Allah les rétribua en les empêchant d'y entrer, en loi et en décret, sinon dans la peur et l'humiliation : ayant effrayé Ses serviteurs, Allah les effraya. Les associateurs qui détournèrent Son messager — le messager d'Allah, qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix, ne tarda que peu avant qu'Allah ne lui permît la conquête de La Mecque et n'interdît aux associateurs d'approcher Sa Maison : {Ô vous qui croyez, les associateurs sont impurs : qu'ils n'approchent plus la Mosquée sacrée après leur année}. Des gens de l'Éléphant, Allah a raconté ce qui leur advint ; les chrétiens, Allah donna pouvoir aux croyants sur eux et les expulsèrent [de là] ; ainsi quiconque a leur description recevra sa part. Et c'est des signes immenses dont le Créateur informa avant qu'ils n'adviennent — ils advinrent comme Il l'annonça. Les savants ont tiré de ce noble verset qu'il n'est pas permis de laisser les mécréants entrer les mosquées. {À eux l'ignominie en ce monde} : la flétrissure, comme dit plus haut ; {et à eux, dans la Dernière Demeure, un immense châtiment.} Et s'il n'est pire injuste que celui qui empêche les mosquées d'Allah de Le rappeler, nul n'a foi plus grande que celui qui s'emploie à peupler les mosquées, matériellement et spirituellement : {Ne peuplent les mosquées d'Allah que celui qui croit en Allah et au Jour dernier} ; bien plus, Allah a commandé d'élever Ses maisons, de les magnifier et les honorer : {Dans des maisons qu'Allah a permis d'élever et où Son nom est rappelé}. Les mosquées ont beaucoup de règles, dont l'essentiel remonte au contenu de ces nobles versets.

Verset 115

C'est-à-dire : {À Allah l'Orient et l'Occident} : Il les a mentionnés spécifiquement parce qu'ils sont le lieu des signes immenses [étant] les levants des lumières et leurs couchants ; s'Il en est le Possesseur, Il l'est de toutes les directions. {Où que vous vous tourniez}, vos visages vers quelque direction — quand votre tournement est sur Son ordre : soit qu'Il vous commande de faire face à la Ka'ba après que vous étiez commandés de faire face à Jérusalem, soit que vous soyez commandés de prier en voyage sur la monture et semblables — la qibla étant alors là où se tourne le serviteur —, soit que la qibla soit incertaine et qu'on la cherche par conjecture, puis que l'erreur apparaisse, ou qu'on soit excusé par la peur ou la maladie et autres : en tout cela, le serviteur est soit excusé, soit commandé. En tout état, il a fait face à une direction qui ne sort pas de la possession de son Seigneur : {là est la face d'Allah} : affirmation de la face pour Allah — exalté soit-Il — de la manière qui Lui sied : Allah a une face que les faces ne ressemblent point. {Allah est immense, savant} : immense de faveur et d'attributs, savant de vos secrets et de vos intentions — de Sa immensité et de Sa science, Il vous a élargi l'affaire et reçoit de vous le commandé : à Lui louange et gratitude.

Verset 116

{Et ils dirent} — juifs, chrétiens, associateurs et quiconque le dit — {Allah S'est pris un fils} : ils Lui ont attribué ce qui ne sied point à Sa majesté, ont fait le mal au suprême degré et lésé leurs propres âmes, tandis que Lui demeure patient envers eux, leur accorde répit, les préserve et les pourvoit malgré leur atténuation de Lui. {Gloire à Lui} : transcendant et sanctifié au-dessus de tout ce que Lui attribuent associateurs et injustes, de ce qui ne sied point à Sa majesté — gloire à Celui qui détient la perfection absolue sous tous les rapports, que nul défaut n'atteint sous quelque rapport. Et avec Sa réplique à leur dire, Il établit la preuve de Sa transcendance : {À Lui ce qui est dans les cieux et la terre} : tous sont Sa possession et Ses serviteurs ; Il dispose d'eux comme le Possesseur dispose de ses sujets — tous Lui sont soumis, assujettis sous Son administration. S'ils sont tous Ses serviteurs, indigents envers Lui, et Lui indépendant d'eux, comment l'un d'eux serait-il Son fils ? Le fils est forcément du genre de son père, étant partie de lui — or Allah est le Possesseur dominateur, et vous les possédés dominés ; Lui le Riche, vous les pauvres : comment aurait-Il un fils ? Voilà le plus vain et le plus laid des vains. La soumission (qunūt) est de deux sortes : générale — la soumission de toutes les créatures sous l'administration du Créateur — et particulière — la soumission de l'adoration : la première comme en ce verset, la seconde comme : {et tenez-vous debout pour Allah, soumis}. Puis Il dit :

Verset 117

{Créateur originel des cieux et de la terre} : Il les a créés d'une façon parfaite et excellente, sans modèle antérieur. {Quand Il décrète une affaire, Il lui dit seulement : "Sois" — et elle est} : rien ne Lui résiste ni ne s'y refuse.

Verset 118

Les ignorants parmi les gens du Livre et autres dirent : qu'Allah ne nous parle-t-Il comme Il parla aux messagers, {ou que ne nous vient un signe} — les signes exigés que leurs raisons corrompues et leurs opinions gâtées réclament, par lesquels ils ont osé s'attaquer au Créateur et s'enorgueillir contre Ses messagers, comme : {nous ne croirons pas en toi jusqu'à ce que nous voyions Allah clairement}, {Ils te demandent, les gens du Livre, de faire descendre sur eux un livre du ciel : ils ont demandé à Moïse plus grand que cela...}, {Et ils dirent : "Qu'a ce messager ? Il mange la nourriture et marche dans les marchés ; que n'a-t-on fait descendre vers lui un ange pour être avec lui avertisseur, ou qu'on lui jette un trésor, ou qu'il ait un jardin dont il mange..."}, {Ils dirent : "Nous ne croirons pas en toi jusqu'à ce que tu fasses jaillir pour nous de la terre une source..."} et les versets suivants. Telle est leur manière avec leurs messagers : ils demandent des signes de chicane, non des signes de guidée — leur but n'était point d'éclaircir le vrai, car les messagers ont apporté des signes dont pareil n'est pas donné aux hommes. C'est pourquoi Allah — exalté soit-Il — dit : {Nous avons exposé les signes pour un peuple convaincu} : tout convaincu a connu des signes éclatants d'Allah et preuves manifestes de quoi obtenir la certitude et dissiper tout doute et perplexité. Puis Il mentionna un signe concis résumant les signes de la véracité du Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et de la justesse de ce qu'il a apporté :

Verset 119

{Nous t'avons envoyé avec le vrai, annonciateur et avertisseur} : cela contient les signes qu'il a apportés, qui reviennent à trois : le premier dans le fait même de son envoi, le second dans sa conduite, sa guidée et ses preuves, le troisième dans la connaissance de ce qu'il a apporté, Coran et Sunna. Les deux premiers entrent dans {Nous t'avons envoyé}, le troisième dans {avec le vrai}. Le premier : on connaît l'état des gens de la terre avant sa mission — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, leur adoration des idoles, du feu et des croix, leur altération des religions, au point d'être dans une obscurité de mécréance qui les couvrait et enveloppait, hormis des restes des gens du Livre disparus peu avant la mission. On sait qu'Allah n'a pas créé Sa création en vain ni ne les a laissés à l'abandon : Il est sage, savant, puissant, miséricordieux — de Sa sagesse et Sa miséricorde envers Ses serviteurs : leur envoyer cet immense messager ordonnant d'adorer le Tout Miséricordieux seul, sans associé. Sa mission seule fait connaître au sensé sa véracité : c'est un signe immense qu'il est le messager d'Allah. Le deuxième : quiconque connaît parfaitement le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, sa conduite et sa guidée avant la mission, sa croissance dans les qualités les plus parfaites, puis l'accroissement de ses nobles caractères et de ses mœurs immenses aux yeux des regards — quiconque les connaît et sonde ses états sait qu'ils ne peuvent être que les caractères des prophètes parfaits, car Il a fait des descriptions la plus grande preuve pour connaître leurs détenteurs, leur véracité et leur mensonge. Le troisième : connaître l'immense Loi et le noble Coran qu'il a apportés, contenant les informations véridiques, les beaux commandements, l'interdiction de toute laideur, et les miracles éclatants : tous les signes entrent en ces trois. Sa parole {annonciateur} : à qui t'obéit, du bonheur terrestre et dernier ; {avertisseur} : à qui te désobéit, du malheur et de la perte terrestres et derniers. {Et tu n'es pas interrogé sur les gens de la Fournaise} : tu n'es pas responsable d'eux — sur toi la transmission, sur Nous le compte.

Verset 120

Allah informe Son messager que les juifs et les chrétiens ne seront pas satisfaits de lui s'il ne suit pas leur religion, car ils sont hérauts de la religion qu'ils tiennent, prétendant qu'elle est la guidée. Dis-leur : {la guidée d'Allah} — celle avec laquelle j'ai été envoyé — {est la guidée} ; quant à ce que vous tenez, c'est la passion, à preuve : {si tu suis leurs passions après la science qui t'est venue, tu n'auras d'Allah ni allié ni secoureur}. Il y a là la grande interdiction de suivre les passions des juifs et des chrétiens et de les imiter en ce qui est propre à leur religion. L'interlocution s'adresse au Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, mais sa communauté y est comprise, car ce qui compte est la généralité du sens, non la particularité de l'interlocuteur, comme ce qui compte est la généralité du terme, non la particularité de la cause. Puis Il dit :

Verset 121

Allah informe que ceux à qui Il a donné le Livre, les comblant d'une faveur absolue, {le récitent comme il le mérite} : le suivent comme il mérite d'être suivi — la récitation étant le suivi — : ils déclarent licite son licite, interdit son interdit, œuvrent selon son univoque et croient à son ambigu. Ceux-là sont les bienheureux des gens du Livre, qui ont connu la faveur d'Allah, l'ont remerciée, cru à tous les messagers sans en distinguer aucun : eux seuls sont les croyants véridiques, non ceux qui dirent : nous croyons à ce qui est descendu sur nous et mécroyons au reste — c'est pourquoi Il les menace : {et quiconque y mécroit, ceux-là sont les perdants}.

Verset 122

Le commentaire du verset suivant a déjà été donné.

Verset 124

Allah informe de Son serviteur et ami intime Ibrāhīm — sur lui la paix —, dont tous les groupes des gens du Livre, et même les associateurs, revendiquent l'autorité et l'éminence : Allah l'éprouva et le testa par des « paroles » : des commandements et des interdictions, selon Sa coutume d'éprouver Ses serviteurs, pour distinguer le menteur, qui ne tient pas à l'épreuve, du véridique, dont s'élèvent le degré et le prix, dont s'épure l'œuvre et s'affine l'or. Le plus éminent en ce rang fut l'Ami — sur lui la paix — : il accomplit parfaitement ce dont Allah l'éprouva, le paracheva et s'en acquitta, et Allah le lui rendit en gratitude — Allah ne cesse d'être reconnaissant : {Je fais de toi un imam pour les gens} : ils te prennent pour modèle dans la guidée et marchent derrière toi vers leur bonheur éternel ; tu obtiens la louange durable, la récompense immense et la magnification de chacun. C'est — par ma vie — le meilleur des degrés disputés par les émules, le plus haut rang visé par les œuvrants, l'état le plus parfait obtenu par les messagers de haute résolution et leurs suiveurs parmi les véridiques qui les suivent et appellent à Allah et à Sa voie. Quand Ibrāhīm se réjouit de ce rang et l'eut obtenu, il le demanda pour sa descendance, pour que s'élèvent son degré et le leur — c'est aussi de son imamat et de son conseil aux serviteurs d'Allah et de son amour que les guides y soient nombreux : gloire à Allah pour la grandeur de ces ambitions élevées et de ces rangs sublimes ! Le Miséricordieux Subtil lui répondit et exposa ce qui empêche d'atteindre ce rang : {Mon engagement n'atteint pas les injustes} : l'imamat dans la religion n'atteint pas celui qui a lésé son âme, l'a blessée et rabaissé son prix — l'injustice est contraire à ce rang, qui a pour instruments la patience et la certitude, et pour fruit que son détenteur soit d'un côté immense de foi, d'œuvres pies, de beaux caractères, de mœurs droites, d'amour parfait, de crainte et de retour. Où est l'injustice devant ce rang ? Le sens impliqué du verset : le non-injuste atteindra l'imamat, mais en en réalisant les causes.

Verset 125

Puis Il mentionna un modèle subsistant attestant l'imamat d'Ibrāhīm : cette Maison sacrée, dont la visite est un pilier de l'islam, préservant des péchés et des fautes, où sont des traces de l'Ami et de sa descendance par lesquelles son imamat est connu et son état rappelé : {Et quand Nous avons fait de la Maison un lieu de retour pour les gens} : un but où ils reviennent obtenir leurs intérêts religieux et mondains, où ils reviennent sans en être jamais rassasiés ; et Il l'a faite {sécurité} : chacun y est en sécurité, jusqu'aux bêtes et aux inanimés comme les arbres — à la Jāhiliyya, malgré leur association, ils la respectaient à l'extrême : qui y trouvait le meurtrier de son père ne l'excitait point ; l'islam vint accroître sa sacralité, magnification, noblesse et honoration. {Et prenez la station d'Abraham comme lieu de prière} : on peut viser la station connue, aujourd'hui face à la porte de la Ka'ba — les deux rak'a du ṭawāf recommandées derrière la station d'Ibrāhīm, selon la majorité des exégètes ; on peut viser « station » indéterminée annexée, embrassant toutes les stations d'Ibrāhīm dans le pèlerinage, tous les rites : ṭawāf, course, station à 'Arafa et Muzdalifa, lapidation, sacrifice et autres actes du ḥajj — {lieu de prière} signifierait lieu d'adoration : imitez-le dans les rites du pèlerinage ; ce sens est peut-être préférable, car il englobe le premier et le terme le porte. {Et Nous avons prescrit à Abraham et Ismaël} : Nous leur avons révélé et commandé de purifier la Maison d'Allah de l'association, de la mécréance et des désobéissances, des impuretés, souillures et ordures, pour qu'elle soit {pour ceux qui tournent} autour d'elle, {ceux qui s'y retiennent, et ceux qui s'inclinent et se prosternent} : les priants — le ṭawāf d'abord, car propre à la Mosquée sacrée ; puis la retraite, dont la mosquée est condition partout ; puis la prière, meilleure en ce lieu. Le Créateur a annexé la Maison à Lui pour plusieurs utilités : cela exige le grand soin d'Ibrāhīm et d'Ismāʿīl à la purifier, étant la Maison d'Allah : ils y dépensent leur effort et leur force ; l'annexion implique noblesse et honoration — implicitement, le commandement à Ses serviteurs de la magnifier et l'honorer ; et cette annexion est la cause qui attire les cœurs vers elle.

Verset 126

C'est-à-dire : quand Abraham invoqua pour cette Maison qu'Allah la fasse cité de sécurité et pourvoie ses habitants de toutes sortes de fruits, puis restreignit — sur lui la paix — son invocation aux croyants, par éducation envers Allah, sa première invocation étant absolue — la réponse vint restreinte aux non-injustes. Comme il invoqua pour eux la subsistance en la restreignant aux croyants, et que la subsistance d'Allah embrasse croyant et mécréant, obéissant et désobéissant, Allah dit : {Et quiconque mécroit} : Je les pourvois tous, musulmans et mécréants : le musulman s'aide de la subsistance pour adorer Allah, puis passe d'elle à la félicité du Paradis ; le mécréant en jouit peu, {puis Je le contraindrai} : Je le pousserai et le ferai sortir malgré lui, {au châtiment du Feu — et quelle détestable destination !}

Verset 127

C'est-à-dire : rappelle Ibrāhīm et Ismāʿīl élevant les assises de la Maison, le socle, et persévérant dans cette œuvre immense — et quel était leur état, entre crainte et espérance : même en cette œuvre, ils invoquèrent Allah d'agréer leur œuvre, pour qu'Il y mette le profit universel.

Verset 128

Ils invoquèrent pour eux-mêmes et leur descendance l'islam, dont la réalité est la soumission du cœur et sa docilité envers son Seigneur, ce qui entraîne la docilité des membres ; {et montre-nous nos rites} : enseigne-les-nous par monstration et vision, ce qui est plus fort — les rites (manāsik) peuvent viser toutes les œuvres du pèlerinage, comme le contexte et le lieu l'indiquent, ou ce qui est plus général : la religion entière et toutes les adorations, comme l'indique la généralité du terme — le rite (nusuk) étant l'adoration, mais le mot s'est imposé pour les actes du pèlerinage par usage — leur invocation revient donc à demander la réussite au savoir profitable et à l'œuvre pie. Et comme le serviteur, quel qu'il soit, n'échappe pas à la défaillance et a besoin du repentir, ils dirent : {et accepte notre repentir : c'est Toi qui agrées le repentir, le Miséricordieux.}

Verset 129

{Seigneur, suscite parmi eux} — notre descendance — {un messager issu d'eux} : pour élever leur degré à tous deux, qu'ils le suivent et le connaissent d'une connaissance vraie ; {qui leur récite Tes versets} : en lettre, mémorisation et enseignement ; {leur enseigne le Livre et la Sagesse} : en sens ; {et les purifie} : par l'éducation aux œuvres pies et la rupture avec les œuvres mauvaises sans lesquelles l'âme ne s'épure ; {c'est Toi le Puissant} : le Dominateur de toute chose, à la puissance duquel rien ne résiste, {le Sage} : qui met les choses à leur place — par Ta puissance et Ta sagesse, suscite parmi eux ce messager. Allah exauça : Il envoya ce noble messager, par lequel Il fit miséricorde à leur descendance en particulier et à toute la création en général — c'est pourquoi il dit — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « Je suis l'invocation de mon père Abraham. » Après qu'Allah eut ainsi magnifié Ibrāhīm et exposé ses qualités complètes, Il dit :

Verset 130

Ne se détourne {de la religion d'Abraham} après en avoir connu la faveur {que celui qui traite son âme avec insouciance} : qui l'ignore, la méprise, se contente pour elle du moindre et la vend au prix du dupé — de même nul n'est plus sage ni plus parfait que quiconque désire la religion d'Ibrāhīm. Puis Il informa de son état en ce monde et dans l'autre : {Nous l'avons élu en ce monde} : Nous l'avons choisi et réussi aux œuvres qui le mirent au nombre des élus vertueux ; {et dans la Dernière Demeure, il est des vertueux} : qui ont les degrés les plus élevés.

Verset 131

{Quand son Seigneur lui dit : "Soumets-toi", il dit} — par obéissance à son Seigneur — {"Je me soumets au Seigneur des mondes"} : par sincérité, unicité, amour et retour. L'unicité d'Allah fut sa description ; puis Il la lui fit hériter dans sa descendance, la leur recommanda, en fit une parole subsistante dans sa postérité, transmise jusqu'à Yaʿqūb, qui la recommanda à ses fils. Vous donc, ô enfants de Yaʿqūb, votre père vous a recommandé en particulier : il vous incombe la docilité parfaite et le suivi du Sceau des prophètes. Il dit :

Verset 132

{"Ô mes fils, Allah a choisi pour vous la religion"} : Il l'a choisie et choisie pour vous, par miséricorde et bienfaisance envers vous : levez-vous avec elle, parez-vous de ses prescriptions, teignez-vous de ses mœurs, et persistez jusqu'à ce que la mort ne vous vienne que sur elle — car qui vit sur une chose meurt sur elle, et qui meurt sur une chose est ressuscité sur elle.

Verset 133

Les juifs prétendaient être sur la religion d'Ibrāhīm puis de Yaʿqūb : Allah le leur reprocha : {Ou étiez-vous témoins} — présents — {quand la mort vint à Jacob} : ses prémisses et ses causes ? Il dit à ses fils, à titre d'épreuve et pour que son œil se réjouît de son vivant de leur obéissance à sa recommandation : {"Qu'adorerez-vous après moi ?"} Ils répondirent ce qui réjouit son œil : {"Nous adorerons ton dieu et le dieu de tes pères Abraham, Ismaël et Isaac, un dieu unique"} : nous ne Lui associerons rien ni ne Lui donnerons d'égal, {« et nous Lui sommes soumis »} : ils allièrent l'unicité et l'œuvre. Or il est notoire qu'ils n'étaient pas présents auprès de Yaʿqūb, n'existant pas encore ; s'ils n'étaient pas présents, Allah a informé qu'il recommanda à ses fils l'hanifisme [monothéisme droit], non le judaïsme. Puis Allah dit :

Verset 134

{Cette communauté a passé} : elle s'en est allée ; {à elle ce qu'elle a acquis, et à vous ce que vous avez acquis} : chacun a son œuvre et sera rétribué de ce qu'il a fait : nul n'est puni de la faute d'un autre, et ne profite à personne sinon sa foi et sa piété. Vous occuper d'eux, prétendre être sur leur religion et vous contenter de la seule parole : chose vide sans réalité. Votre devoir est de considérer l'état qui est le vôtre : vaut-il le salut ou non ?

Verset 135

Juifs et chrétiens appelèrent les musulmans à entrer dans leur religion, prétendant qu'eux seuls sont guidés et que les autres sont égarés. [Dis]-leur, en réponse suffisante : {Si} : nous suivons {la religion d'Abraham, hanīf [monothéiste droit]} : tourné vers Allah, détourné de tout autre, debout dans l'unicité, délaissant l'association et le parallélisme : c'est en le suivant qu'est la guidée, et en délaisser la religion est mécréance et perdition.

Verset 136

Ce noble verset embrasse tout ce qu'il faut croire. Sache que la foi — l'adhésion entière du cœur à ces fondements et sa confession, laquelle entraîne les œuvres du cœur et des membres — englobe, à cet égard, l'islam et toutes les œuvres pies : elles relèvent de la foi et en sont des effets. Quand la foi est dite absolue, tout cela y entre ; de même l'islam dit absolu y inclut la foi ; quand ils sont joints, la foi est le nom de la confession et de l'adhésion du cœur, et l'islam le nom des œuvres extérieures — de même quand la foi est jointe aux œuvres pies. Sa parole {Dites} : de vos langues, vos cœurs y consentant — telle est la parole parfaite entraînant récompense et rétribution ; car de même que l'énonciation sans croyance du cœur est hypocrisie et mécréance, la parole sans œuvre du cœur est sans effet et de peu de profit — le serviteur en est récompensé si elle est bonne et qu'il y a le fondement de la foi, mais il y a différence entre la parole nue et celle qu'accompagne l'œuvre du cœur. Dans {Dites} est l'allusion à proclamer la croyance, la proclamer ouvertement et y appeler, car elle est le fondement et la base de la religion ; dans {nous avons cru} et ce qui attribue l'acte à toute la communauté, l'allusion que la communauté doit s'agripper tous ensemble au câble d'Allah, l'incitation à l'union, pour que leur appel soit un et leur œuvre unie — et, implicitement, l'interdiction de la division : les croyants sont comme un seul corps. Dans {Dites : "Nous croyons en Allah..."}, la preuve qu'il est permis — non : obligatoire — d'attribuer la foi à soi-même avec restriction, à la différence de « je suis croyant », qui ne se dit qu'avec l'exception « si Allah veut », car cela implique l'auto-purification et l'attestation de soi. {Nous croyons en Allah} : qu'Il est l'Être nécessaire, unique, un, paré de toute qualité de perfection, transcendant au-dessus de tout défaut et infirmité, méritant qu'on Lui réserve toute adoration, sans rien Lui associer en quoi que ce soit, sous quelque rapport. {Et ce qui est descendu sur nous} : embrasse le Coran et la Sunna — {Allah a fait descendre sur toi le Livre et la Sagesse} — donc la foi à ce que contiennent le livre d'Allah et la Sunna de Son messager : attributs du Créateur, attributs de Ses messagers, Jour dernier, réalités invisibles passées et futures, et les jugements légaux et rétributifs qu'ils contiennent. {Et ce qui est descendu sur Abraham...} — jusqu'à la fin du verset : la foi à tous les livres descendus sur tous les prophètes, et la foi aux prophètes en général et en particulier — ceux nommés au verset, pour leur noblesse et leurs grandes législations. Il faut croire aux prophètes et aux livres globalement, puis, pour ceux connus en détail, croire en détail. Sa parole {nous ne distinguons entre aucun d'eux} : nous croyons en eux tous — marque propre des musulmans, qui les distingue de tous ceux qui prétendent une religion : juifs, chrétiens, ṣābi'ūn et autres prétendent croire aux messagers et livres qu'ils agrée, mais mécroient au reste, distinguant entre messagers et livres, croyant en une partie, mécroyant en l'autre — et leur négation annule leur affirmation : le messager en qui ils prétendent croire a authentifié tous les autres, surtout Muhammad — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — ; en traitant Muhammad de menteur, ils traitent leur messager de menteur dans ce qu'il leur a annoncé : c'est mécréance en leur messager. Dans {et ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur} : la preuve que le don de la religion est le vrai don, lié au bonheur terrestre et dernier — Il ne nous a pas commandé de croire à ce qui fut donné aux prophètes comme royauté, richesse et autres, mais aux livres et législations qui leur furent donnés ; et que les prophètes sont transmetteurs d'Allah, intermédiaires entre Allah et Sa création pour transmettre Sa religion : ils ne disposent de rien du commandement. Dans {de la part de leur Seigneur} : l'allusion qu'il est de la plénitude de Sa seigneurialité envers Ses serviteurs de faire descendre les livres et envoyer les messagers — Sa seigneurialité n'admet pas de les laisser à l'abandon ; et si ce qui fut donné aux prophètes vient de leur Seigneur, voilà la différence entre prophètes et prétendants : il suffit de connaître ce à quoi ils appellent — les messagers n'appellent qu'au bien et n'interdisent que le mal, chacun authentifie l'autre et lui atteste le vrai, sans divergence ni contradiction, car cela vient de leur Seigneur : {s'il venait d'un autre qu'Allah, ils y trouveraient ample divergence} — à la différence des prétendants à la prophétie, qui se contredisent nécessairement en leurs informations, commandements et interdictions, comme le sait qui sonde les états de tous et connaît ce à quoi ils appellent. Après qu'Il eut exposé tout ce en quoi il faut croire en général et en détail, la parole ne dispensant pas de l'œuvre : {et nous Lui sommes soumis} : soumis à Sa grandeur, dociles à Son adoration, en notre intérieur et notre extérieur, Lui réservant l'adoration — à preuve l'antéposition du complément {Lui} sur le prédicat {soumis}. Ce noble verset, en sa concision, contient les trois unicités : seigneurialité, divinité, noms et attributs ; la foi à tous les messagers et tous les livres ; la particularisation indiquant la faveur après la généralisation ; l'adhésion du cœur, de la langue et des membres, et la sincérité envers Allah ; la différence entre messagers véridiques et prétendants menteurs ; l'enseignement du Créateur à Ses serviteurs de quoi dire, et Sa miséricorde et bienfaisance par les faveurs religieuses liées au bonheur des deux mondes. Gloire à Celui qui a fait de Son livre l'exposition de toute chose, guidée et miséricorde pour un peuple croyant.

Verset 137

Si les gens du Livre croient à ce que vous avez cru, ô croyants — tous les messagers et tous les livres, dont le premier entré en eux et le sceau et le meilleur est Muhammad — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et le Coran —, et se soumettent à Allah seul sans distinguer entre les messagers, {ils seront guidés} vers le droit chemin menant aux jardins de félicité : ils n'ont point d'autre voie vers la guidée que cette foi — non comme ils le prétendent : « Soyez juifs ou chrétiens, vous serez guidés », prétendant la guidée propre à ce qu'ils tenaient. La guidée est la science du vrai et l'œuvre conforme ; son contraire : l'égarement de la science, et l'égarement de l'œuvre après la science — le schisme (shiqāq) où ils étaient quand ils se détournèrent : le schismatique est celui qui est d'un côté pendant qu'Allah et Son messager sont de l'autre ; le schisme entraîne l'hostilité et l'inimitié extrême, dont les suites sont de faire au messager tout le mal possible. C'est pourquoi Allah promit à Son messager de le suffire contre eux — {l'Audient} de toutes les voix, en toutes langues, sur la diversité des besoins ; {le Savant} de ce qui est devant et derrière eux, de l'invisible et du visible, des apparences et des intérieurs. S'Il est tel, Allah te suffit contre leur mal — et Allah accomplit Sa promesse à Son messager : Il lui donna pouvoir sur eux, jusqu'à tuer les uns, captiver les autres, expulser, disperser tous les dispersés. Il y a là un miracle du Coran : informer d'une chose avant qu'elle n'advienne, et elle advint conforme à l'information.

Verset 138

C'est-à-dire : tenez la teinture d'Allah — Sa religion —, et tenez-vous-y parfaitement, en toutes ses œuvres extérieures et intérieures et toutes ses croyances, en tous temps, jusqu'à ce qu'elle soit pour vous une teinture parmi vos qualités ; quand elle est l'une de vos qualités, cela vous porte à suivre Ses commandements de gré, par choix et amour, et la religion devient pour vous une seconde nature, comme la teinture parfaite d'un vêtement qui en devient la qualité : vous obtenez le bonheur des deux mondes, car la religion presse vers les nobles caractères, les belles œuvres et les choses élevées. C'est pourquoi Il dit, par l'étonnement établi chez les intelligences pures : {Et qui a meilleure teinture qu'Allah ?} : nulle teinture n'est meilleure que la Sienne. Et si tu veux un modèle qui te montre la différence entre la teinture d'Allah et les autres, compare la chose à son contraire : que dis-tu d'un serviteur qui crut en son Seigneur d'une foi saine, avec soumission du cœur et docilité des membres, qui ne cesse de se parer de toute qualité belle, de toute œuvre belle, de tout caractère parfait et noble trait, et de se dépouiller de toute qualité laide, vice et défaut — sa description : véracité en parole et acte, patience, mansuétude, continence, courage, bienfaisance en parole et en acte, amour d'Allah, Sa crainte, Sa peur et Son espérance ; son état : sincérité envers l'Adoré et bienfaisance envers Ses serviteurs — compare-le à un serviteur qui mécrut en son Seigneur, s'en éloigna et se tourna vers d'autres créatures, se parant des qualités laides : mécréance, association, mensonge, trahison, ruse, tromperie, absence de continence, malfaisance aux créatures en paroles et actes — ni sincérité envers l'Adoré, ni bienfaisance envers Ses serviteurs : la grande différence t'apparaîtra, et il sera clair que nulle [teinture] n'est meilleure que la teinture d'Allah — et implicitement, nulle teinture plus laide que celle de qui se teint d'autre religion que la Sienne. Dans Sa parole {et nous Lui sommes adorateurs} : l'exposé de cette teinture, à savoir tenir ces deux fondements, sincérité et suivi — l'adoration étant le terme englobant tout ce qu'Allah aime et agrée des œuvres et paroles, extérieures et intérieures, et elle ne l'est que si Allah l'a légiférée par la langue de Son messager ; la sincérité : que le serviteur vise la Face d'Allah seul en ces œuvres — l'antéposition du complément annonce la restriction. Et {nous Lui sommes adorateurs} : le nom d'agent, qui indique stabilité et établissement, pour signifier qu'ils en sont parés [et qu'elle leur est devenue une teinture permanente].

Verset 139

La disputation (muḥājja) est la discussion entre deux ou plus sur les questions contestées, chacun des adversaires voulant faire triompher son dire et réfuter celui de son opposant, s'employant à établir la preuve. On en demande qu'elle soit de la meilleure manière, par le plus court chemin qui ramène l'égaré au vrai, établit la preuve contre l'obstiné, éclaircit le vrai et dévoile le faux. Hors de là, c'est chicane et querelle sans bien, engendrant le mal qu'elle engendre. Les gens du Livre prétendaient être plus proches d'Allah que les musulmans — prétention pure, exigeant preuve et argument. Le Seigneur de tous étant un, non Seigneur pour vous sans nous, et chacun de nous et de vous ayant son œuvre — nous voilà égaux en cela : rien n'exige qu'un des deux partis soit plus proche d'Allah que l'autre ; distinguer entre égaux dans une chose sans différence efficace est prétention vaine, discrimination entre semblables et obstination manifeste. La préférence s'obtient par la sincérité des œuvres pies pour Allah seul — état propre aux seuls croyants : ils sont donc nécessairement plus proches d'Allah que les autres, la sincérité étant la voie du salut. Telle est la différence entre les alliés du Tout Miséricordieux et les alliés de Satan, par les descriptions réelles que les intelligences accordent et que ne conteste qu'un obstiné insensé. En ce verset, une fine indication de la voie de la disputation : les choses reposent sur l'union des semblables et la distinction des différents.

Verset 140

Autre prétention des leurs et disputation au sujet des messagers d'Allah : ils prétendaient être plus proches de ces messagers mentionnés que les musulmans. Allah les réfuta : {Êtes-vous plus savants, ou Allah ?} — Allah dit : {Abraham n'était ni juif ni chrétien, mais hanīf soumis, et il n'était point des associateurs} ; eux disent : il était juif ou chrétien. Ou bien ils sont les véridiques savants, ou bien Allah — exalté soit-Il — est le Véridique qui sait : l'un des deux est nécessairement. La réponse, elliptique, est d'une clarté extrême — tant qu'elle n'eut pas besoin de dire : Allah est plus savant et plus véridique, tant cela saute aux yeux, comme si l'on demandait : la nuit est-elle plus claire que le jour ? le feu plus chaud que l'eau ? l'association plus belle que l'unicité ? Quiconque a la moindre raison le sait — eux-mêmes le savent, et savent qu'Abraham et les autres prophètes n'étaient ni juifs ni chrétiens : ils ont tué ce savoir et ce témoignage. Voilà pourquoi leur injustice est la plus grande : {Et qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu'il détient d'Allah ?} — témoignage déposé auprès d'eux par Allah, non par les créatures, ce qui exige le soin de l'établir ; ils l'ont caché et manifesté son contraire, alliant dissimulation du vrai, refus de l'énoncer, manifestation du faux et appel à lui : n'est-ce pas là la plus grande injustice ? Si, par Allah — et Il les en punira du plus dur châtiment : {Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites} : Il a compté leurs œuvres et leur en a réservé la rétribution — quelle détestable rétribution, et quel détestable gîte que le Feu pour les injustes ! Telle est la manière du Coran : mentionner science et puissance après les versets contenant les œuvres rétribuées — d'où promesse et menace, incitation et dissuasion ; et mentionner les noms les plus beaux après les jugements indique que l'ordre religieux et rétributif est effet et exigence de ces noms. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 141

Son commentaire a déjà été donné ; Il l'a répétée pour trancher l'attachement aux créatures : ce dont il faut dépendre, c'est ce dont l'homme est paré, non l'œuvre des ancêtres et des pères — le profit réel est dans les œuvres, non dans la seule appartenance nominale aux hommes.

Verset 142

Le premier verset contient un miracle, une consolation, l'apaisement des cœurs des croyants, une objection et sa réponse par trois voies, la description de l'objecteur et celle du soumis au jugement d'Allah et de Sa religion. Allah informa que les insensés du peuple objecteraient — ceux qui ne connaissent pas les intérêts de leurs âmes, les dilapident et les vendent au plus vil prix : les juifs, les chrétiens et leurs semblables qui objectent aux jugements d'Allah et à Ses lois. Les musulmans avaient ordre de faire face à Jérusalem durant leur séjour à La Mecque, puis après l'émigration à Médine environ une année et demie — à cause des sagesses qu'Il y avait, dont Il allait indiquer une partie —, et Sa sagesse exigea de leur commander de faire face à la Ka'ba. Il les informa que les insensés diraient : {"Qu'est-ce qui les a détournés de la qibla qui était la leur ?"} — Jérusalem — : qu'est-ce qui les en a détournés ? Il y a là objection au jugement, à la loi, à la faveur et à la bienfaisance d'Allah. Il les consola : cela n'adviendra que de qui est paré d'insouciance, pauvre de raison, de mansuétude et de religion — n'en faites pas cas, la source de cette parole étant connue : le sensé ne fait pas cas de l'objection de l'insensé et ne lui prête pas l'oreille. Le verset montre que nul n'objecte aux jugements d'Allah sinon un insensé ignorant et obstiné ; le sensé croyant reçoit les jugements de son Seigneur par acceptation, docilité et soumission : {Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, quand Allah et Son messager ont décrété une affaire, d'avoir encore le choix} ; {Non, par ton Seigneur, ils ne croiront pas qu'ils ne te prennent pour juge de leurs disputes} ; {La parole des croyants, quand on les appelle vers Allah et Son messager pour qu'il juge entre eux, est : "Nous avons entendu et obéi"}. La mention des « insensés » suffisait à écarter leur dire ; mais Il n'a pas laissé cette illusion sans la dissiper, à cause de ce qui pouvait toucher certains cœurs : {Dis} — leur répondant — {À Allah l'Orient et l'Occident ; Il guide qui Il veut vers un droit chemin} : l'Orient et l'Occident étant à Allah, nulle direction n'est hors de Sa possession — et Il guide qui Il veut vers un droit chemin, dont Sa guidée de vous vers cette qibla, religion de votre père Ibrāhīm : pourquoi l'objecteur objecterait-il à votre tournement vers une qibla sous la possession d'Allah ? Vous n'avez pas fait face à une direction qui ne Lui appartienne pas : cela seul exige la soumission à Son ordre — comment donc, quand c'est de la faveur d'Allah sur vous, Sa guidée et Sa bienfaisance de vous y avoir guidés ? L'objecteur contre vous objecte à la faveur d'Allah, par envie et tyrannie. Sa parole {Il guide qui Il veut vers un droit chemin} étant absolue, et l'absolu se rapportant au restreint — la guidée et l'égarement ont des causes qu'exigèrent la sagesse et la justice d'Allah, et Il a exposé en maint lieu de Son livre les causes de la guidée : qui les réalise obtient la guidée, comme : {Par lui Allah guide aux voies de la paix quiconque suit Son agrément} — Il mentionna en ce verset la cause de la guidée de cette communauté en absolu, en toutes sortes de guidée, et Sa faveur sur elle :

Verset 143

{Ainsi Nous avons fait de vous une communauté médiane} : juste, excellente — ce qui n'est pas médian est extrême et en péril. Allah fit cette communauté médiane en toutes les affaires de la religion : médiane quant aux prophètes, entre ceux qui les outrèrent, comme les chrétiens, et ceux qui les rudoyèrent, comme les juifs : elle crut en eux tous, de la manière qui sied ; médiane quant à la loi : ni les rigueurs juives et ses liens, ni le relâchement chrétien ; quant à la pureté et aux aliments : non comme les juifs, pour qui nulle prière n'est valable hors de leurs temples, que l'eau ne purifie pas des souillures, et dont les bonnes choses furent interdites en punition ; non comme les chrétiens, qui ne déclarent rien impur et n'interdisent rien, autorisant tout ce qui rampe et marche — leur pureté est la plus parfaite, et Allah leur permit les bonnes choses : aliments, boissons, vêtements, mariages, et leur interdit les immondes. Cette communauté a donc de la religion la plus parfaite, des caractères les plus nobles, des œuvres les meilleures, et Allah lui donna du savoir, de la mansuétude, de la justice et de la bienfaisance ce qu'Il ne donna à nulle autre — voilà pourquoi elle est {une communauté médiane}, parfaite et équilibrée, pour qu'elle soit {témoin sur les gens} : par sa justice et son jugement selon l'équité, elle juge les gens de toutes les religions, et nul ne juge sur elle : ce que cette communauté agrée est agréé, ce qu'elle rejette est rejeté. Si l'on dit : comment accepter son jugement sur les autres, alors qu'entre deux plaideurs, la parole de l'un contre l'autre n'est pas reçue ? — On répond : la parole de l'un des deux n'est pas reçue à cause du soupçon ; mais le soupçon écarté et la justice parfaite obtenue, comme en cette communauté, le but est de juger avec justice et vrai — à condition science et justice, qui existent en cette communauté : sa parole est reçue. Et si quelqu'un doute de sa valeur et demande un attestateur, c'est la plus parfaite des créatures, son prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : {et le Messager sera témoin sur vous}. Parmi son témoignage sur les autres : au Jour de la résurrection, quand Allah interrogera les envoyés sur leur transmission et que les communautés négatrices le nient, les prophètes prendront cette communauté à témoin, et son prophète l'attestera. Le verset prouve que le consensus de cette communauté est preuve décisive, et qu'elle est préservée de l'erreur, du fait de l'absolu {médiane} — si elle s'accordait sur l'erreur, elle ne serait médiane qu'en certaines affaires — [et de Sa parole {pour que vous soyez témoins sur les gens} : quand elle atteste d'un jugement qu'Allah l'a permis, interdit ou prescrit, son témoignage est préservé]. Et il y a en lui la condition de justice pour juger, témoigner, émettre des avis et semblables. {Et Nous n'avons établi la qibla qui était la tienne} — Jérusalem, d'abord — {que pour savoir} : d'un savoir auquel se rattachent récompense et châtiment — sinon Il sait toute chose avant son existence, mais ce savoir-là n'entraîne ni récompense ni châtiment, par parfaite justice et établissement de la preuve sur Ses serviteurs ; quand leurs œuvres existent, récompense et châtiment s'ensuivent. C'est-à-dire : Nous avons légiféré cette qibla pour savoir et éprouver {qui suit le Messager} et croit en lui, le suivant en tout état — c'est un serviteur commandé et administré —, et parce que les livres antérieurs ont annoncé qu'il ferait face à la Ka'ba : l'équitable qui vise le vrai en croît en foi et obéissance au Messager ; quant à celui qui retourna sur ses talons, détourna du vrai et suivit sa passion, il croît en mécréance sur sa mécréance et perplexité sur perplexité, alléguant le faux argument bâti sur une illusion sans réalité. {Et cela} — ton détournement d'elle — {fut immense}, pénible, {sauf pour ceux qu'Allah a guidés} : ils connurent par là la faveur d'Allah, remercièrent et Lui reconnurent la bienfaisance de les avoir tournés vers cette Maison immense, qu'Il a préférée à tous les lieux de la terre, dont la visite est un pilier de l'islam et efface péchés et fautes : cela leur fut léger, et pesa aux autres. Puis Allah — exalté soit-Il — dit : {Allah n'était point pour laisser perdre votre foi} : cela ne Lui sied pas ni ne Lui convient — c'est parmi les impossibles pour Lui : Il informa qu'il Lui est impossible de laisser perdre votre foi. Il y a là l'immense annonce pour ceux qu'Allah a gratifiés de l'islam et de la foi : Allah préservera

Verset 144

Allah dit à Son prophète : {Nous te voyons tourner ton visage vers le ciel} : le tourner souvent en toutes directions, en désir et attente de la descente de la révélation quant à faire face à la Ka'ba. Il a dit {ton visage}, non « ton regard », pour marquer l'intensité de son soin, le tournement du visage entraînant celui du regard. {Nous allons certes te tourner} : te diriger, en Notre prise en charge de toi, {vers une qibla qui te satisfait} : que tu aimes — la Ka'ba : marque de sa faveur et noblesse — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, qu'Allah s'empresse vers son agrément. Puis Il le lui exprima : {tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée} — le visage étant ce qui fait face du corps humain — {et où que vous soyez}, terre ou mer, est ou ouest, sud ou nord, {tournez vos faces vers elle} : vers sa direction : condition de faire face à la Ka'ba pour toutes les prières, obligatoires et surérogatoires ; si l'on peut faire face à la Ka'ba même, sinon sa direction suffit ; et le tournement du corps invalide la prière, le commandement d'une chose entraînant l'interdiction de son contraire. Ayant mentionné plus haut les objecteurs parmi les gens du Livre et leur réponse, Il mentionna ici que les gens du Livre — et leurs savants — savent que tu es là sur un droit clair, à cause de ce qu'ils trouvent dans leurs livres : ils objectent par obstination et tyrannie. S'ils savent leur erreur, n'en faites pas cas : l'homme n'est chagriné de l'objection de l'objecteur que si l'affaire est ambiguë et qu'il peut avoir raison ; mais s'il est certain que le vrai est du côté de l'objecté et que l'objecteur est obstiné, sachant la nullité de son dire, il n'y a pas lieu d'en faire cas — on attend l'objecteur au châtiment terrestre et dernier : {Allah n'est pas inattentif à ce qu'ils font} : Il conserve leurs œuvres et les rétribue — menace aux objecteurs, consolation aux croyants.

Verset 145

Le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, par le parfait désir de guider la création, leur donnait le summum du conseil dont il était capable, usait de douceur pour les guider, et s'affligeait quand ils ne se pliaient pas à l'ordre d'Allah. Parmi les mécréants, certains se révoltèrent contre l'ordre d'Allah, s'enorgueillirent contre Ses messagers et délaissèrent la guidée délibérément et par oppression : les juifs et les chrétiens, gens du premier Livre, qui mécroyrent en Muhammad par certitude, non par ignorance. Allah — exalté soit-Il — l'informa : quand bien même tu apporterais {à ceux qui ont reçu le Livre tout signe} : tout argument et preuve éclaircissant ton dire et ce à quoi tu appelles, {ils ne suivraient pas ta qibla} : ils ne te suivraient pas — suivre la qibla étant la marque du suivi, et la cause étant l'affaire de la qibla. Il en est ainsi parce qu'ils sont obstinés : ils ont connu le vrai et l'ont délaissé ; les signes ne profitent qu'à qui cherche le vrai alors qu'il lui est obscurci : les versets clairs le lui éclaircissent ; quant à qui est résolu à ne pas suivre le vrai, il n'y a point de moyen avec lui. En outre, leur divergence entre eux existe, les uns ne suivant pas la qibla des autres : il n'est pas étonnant, dès lors, qu'ils ne suivent pas ta qibla, ô Muhammad — eux, les ennemis véritables, les envieux. Et Sa parole {tu n'es pas pour suivre leur qibla} est plus forte que « ne les suis pas », car elle implique qu'il — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — est paré du contraire d'eux : cela ne peut pas advenir de lui. Et Il n'a pas dit « quand bien même on leur apporterait tout signe », car ils n'ont point de preuve pour leur dire ; de même, quand le vrai est établi par ses preuves certaines, il n'incombe pas de répondre aux illusions soulevées contre lui : elles n'ont point de limite, et leur nullité est sue par la science que tout ce qui contredit le vrai clair est vain — répondre aux illusions relève du surérogatoire. {Si tu suis leurs passions} — Il dit « leurs passions », non « leur religion », car ce qu'ils tiennent n'est que passions d'âmes : eux-mêmes savent en leurs cœurs que ce n'est point religion ; qui délaisse la religion suit nécessairement la passion — Allah — exalté soit-Il — dit : {Vois-tu celui qui prend sa passion pour divinité ?} — {après la science qui t'est venue} : que tu es sur le vrai et eux sur le faux. {Alors tu serais} — si tu les suivais ; précaution pour que cette phrase ne se détache pas de la précédente, fût-ce dans les esprits — {du nombre des injustes} : engagé parmi eux et inclus dans leur groupe. Quelle injustice plus grande que celle de qui connaît le vrai et le faux, et préfère le faux au vrai ? L'interlocution s'adresse à lui — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, mais sa communauté y est comprise ; et s'il est tel que, s'il faisait cela — à Dieu ne plaise —, il deviendrait injuste malgré son rang élevé et l'abondance de sa bienfaisance, à plus forte raison pour tout autre. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 146

Allah informe que les gens du Livre ont établi et connu que Muhammad est le messager d'Allah, que ce qu'il a apporté est vrai et véridique, et s'en sont convaincus comme ils se convainquent de leurs propres fils, sans confusion [pour eux] avec d'autres : leur connaissance de Muhammad — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — atteignit le degré où ils ne doutent ni n'hésitent. Mais une partie d'entre eux — la plupart —, ceux qui mécroyurent en lui, cachèrent ce témoignage malgré leur certitude, en sachant ; et qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu'il détient d'Allah ? Il y a là consolation pour le Messager et les croyants, et avertissement contre leur mal et leurs illusions. Et une partie ne cacha point le vrai en sachant : parmi eux, qui crut en lui ; qui mécruit en lui par ignorance. Au savant il appartient de manifester le vrai, de l'exposer et de l'embellir par tout ce qu'il peut d'expression, d'argument, d'exemple et autre, et de réfuter le faux, le distinguer du vrai, l'enlaidir et le rendre repoussant aux âmes par toute voie qui y mène ; ceux qui cachèrent renversèrent l'affaire, et leurs états furent renversés.

Verset 147

{Le vrai vient de ton Seigneur} : ce vrai, qui mérite le plus le nom de vrai de toute chose, pour ce qu'il contient d'exigences sublimes, de beaux commandements, de purification des âmes et d'incitation à leurs intérêts et à l'écart de leurs méfaits, venant de ton Seigneur — dont l'éducation pour toi inclut la descente de ce Coran, où s'éduquent les raisons et les âmes et tous les intérêts —, {ne sois donc point de ceux qui doutent} : qu'il ne t'advienne ni doute ni perplexité à son sujet ; médite-le et considère-le jusqu'à atteindre par là la certitude, car sa méditation repousse nécessairement le doute et mène à la certitude.

Verset 148

Chaque peuple d'une religion et d'une loi a une direction vers laquelle il se tourne dans son adoration ; l'essentiel n'est pas la qibla — elle est des lois que changent les temps et les états, et que l'abrogation et le transfert d'une direction à l'autre atteignent —, l'essentiel de l'essentiel est d'obéir à Allah, de se rapprocher de Lui et de rechercher la proximité auprès de Lui : c'est le titre du bonheur et le diplôme de l'alliance, ce dont les âmes privées encourent la perte des deux mondes, et dont les âmes parées sont les gagnantes en vérité — chose sur quoi s'accordent toutes les lois, pour quoi Allah créa la création et la commanda. Le commandement de courir vers les biens est un degré au-delà du commandement de les faire : y courir inclut les faire, les parfaire et les accomplir en l'état le plus complet, et s'y empresser ; qui devance en ce monde vers les biens est le devancier dans la Dernière Demeure vers les jardins : les devanciers sont les créatures au degré le plus haut. Les biens embrassent tous les devoirs et surérogatoires : prière, jeûne, zakāt, pèlerinage, 'umra, jihād, bienfait général et particulier. Comme ce qui presse le plus les âmes à s'empresser vers le bien et les active est la récompense qu'Allah y a suspendue, Il dit : {Où que vous soyez, Allah vous fera venir tous} : Il vous rassemblera au Jour de la résurrection par Sa puissance et rétribuera chacun de son œuvre — {pour rétribuer ceux qui font le mal selon ce qu'ils font, et rétribuer ceux qui font le bien par la très belle récompense}. On tire de ce noble verset l'accomplissement de toute vertu qui pare l'œuvre : la prière en son premier temps, l'empressement à s'acquitter du jeûne, du pèlerinage, de la 'umra, à sortir la zakāt, et l'accomplissement des sunna et convenances des adorations. À Allah ce verset le plus complet et le plus profitable !

Verset 149

C'est-à-dire : {et d'où que tu sortes} — en tes voyages et ailleurs, c'est la généralité —, {tourne ton visage vers la Mosquée sacrée} : sa direction. Puis Il interpella la communauté en général :

Verset 150

{et où que vous soyez, tournez vos faces vers elle}. Et Il dit : {c'est bien le vrai venant de ton Seigneur} — confirmé par « inna » et le « lām », pour qu'aucune illusion n'y survienne et qu'on ne croie pas que c'est par caprice, non par obéissance. {Et Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites} : Il vous observe en tous vos états : ayez envers Lui bonne éducation et considérez-Le en accomplissant Ses commandements et évitant Ses interdictions — vos œuvres ne sont pas oubliées, vous en serez rétribués du plus entier : bien pour bien, mal pour mal. Et Il dit : {pour que les gens n'aient point sur vous d'argument} : Nous vous avons légiféré de faire face à la noble Ka'ba pour trancher l'argumentation des gens du Livre et des associateurs. S'il était resté face à Jérusalem, l'argument se serait tourné contre lui : les gens du Livre trouvent dans leur livre que sa qibla établie est la Ka'ba, la Maison sacrée ; les associateurs voient en cette Maison immense une de leurs gloires, de la religion d'Ibrāhīm — s'il ne lui faisait pas face, leurs arguments se tournaient vers lui : « Comment prétend-il être sur la religion d'Abraham, issu de sa descendance, et délaisser sa qibla ? » En faisant face à la Ka'ba, la preuve s'établit sur les gens du Livre et les associateurs, et leurs arguments furent tranchés — sauf l'injuste d'entre eux : celui qui argue d'un argument où il est injuste, qui n'a d'autre fondement que passion et injustice — point de moyen de le convaincre ; et nul sens à faire de leur illusion un lieu d'égard : {ne les craignez donc pas} : leur argument est vain, et le vain, comme son nom l'indique, est abandonné, son détenteur abandonné — à la différence du détenteur du vrai, qui a force et noblesse faisant craindre qui est avec lui. Et Il commanda Sa crainte, tête de tout bien : qui ne craint pas Allah ne s'abstient pas de Lui désobéir et n'accomplit pas Son ordre. Le détournement des musulmans vers la Ka'ba fut une grande épreuve, propagée par les gens du Livre, les hypocrites et les associateurs, qui multiplièrent paroles et illusions : Allah l'exposa et l'éclaircit de l'éclaircissement parfait, la confirmant par des confirmations contenues en ces versets : le commandement trois fois, alors qu'une suffisait ; alors que l'usage veut que le commandement soit soit au Messager — la communauté y entrant [par suite] — soit à la communauté en général, ici Il commanda au Messager en particulier {tourne ton visage} et à la communauté en général {tournez vos faces} ; Il y réfuta toutes les argumentations vaines des obstinés, illusoire par illusoire, comme exposé ; Il trancha les espérances de suivre la qibla des gens du Livre ; Il dit {c'est bien le vrai venant de ton Seigneur} — la seule information du Véridique immense suffit et satisfait, mais par-dessus Il le dit ; Il informa — Lui qui connaît les cachés — que les gens du Livre ont établi la justesse de cette affaire mais cachent ce témoignage en sachant. Comme le tournement vers la qibla est une faveur immense, et que Sa bienveillance envers cette communauté et Sa miséricorde ne cessent de croître — chaque loi qu'Il leur légifère étant une faveur immense —, Il dit : {et afin de parachever Ma faveur sur vous} : la faveur foncière est la guidée vers Sa religion par l'envoi de Son messager et la descente de Son livre ; puis les faveurs qui la parachèvent, innombrables et inextricables, depuis qu'Allah envoya Son messager jusqu'à proche de son départ du monde — Allah lui donna des états et des faveurs, et donna à sa communauté, par quoi Il paracheva Sa faveur sur lui et sur eux, et fit descendre sur lui : {Aujourd'hui J'ai parfait pour vous votre religion, parachevé sur vous Ma faveur et agréé l'islam pour religion} — à Allah la louange pour Sa faveur, que nous ne saurions compter, et comment nous en acquitter ! {et afin que vous soyez guidés} : connaissiez le vrai et l'accomplissiez. Allah — exalté et béni soit-Il —, par Sa miséricorde envers les serviteurs, leur a rendu extrêmement aisées les voies de la guidée, les a avertis d'emprunter ses chemins et les leur a exposés parfaitement — au nombre de quoi : Il suscite au vrai des obstinés qui le disputent, et par là le vrai s'éclaircit, ses signes et enseignes paraissent, et la nullité du faux apparaît, qu'il n'a point de réalité. Sans sa levée face au vrai, son état ne serait peut-être pas apparu à la plupart de la création — c'est par ses contraires que les choses se connaissent : sans la nuit, on ne connaîtrait pas le mérite du jour ; sans le laid, le mérite du beau ; sans l'obscurité, l'utilité de la lumière ; sans le faux, le vrai ne serait pas apparu de manière éclatante. À Allah la louange pour cela.

Verset 151

Allah — exalté soit-Il — dit : Notre bienfait sur vous par la qibla et son achèvement par les lois et faveurs qui la parachèvent n'est ni une nouveauté de Notre bienfaisance ni son début : Nous vous avons comblés des faveurs foncières et de leurs achèvements — la plus excellente : l'envoi de ce noble messager, issu de vous, dont vous connaissez la lignée, la véracité, la fiabilité, la perfection et le conseil. {Qui vous récite Nos versets} : ce qui embrasse les versets coraniques et autres — il vous récite les versets distinguant le vrai du faux, la guidée de l'égarement, qui vous ont d'abord dirigés vers l'unicité et la perfection d'Allah, puis vers la véracité de Son messager et l'obligation d'y croire, puis vers tout ce qu'il a annoncé du retour et des invisibles, jusqu'à ce que vous obteniez la guidée parfaite et la science certaine. {Et vous purifie} : purifie vos caractères et vos âmes en les éduquant aux beaux caractères et les épurant des caractères vils : les purifier de l'association à l'unicité, de l'ostentation à la sincérité, du mensonge à la véracité, de la trahison à la fiabilité, de l'orgueil à l'humilité, du mauvais caractère au bon caractère, de la haine, de la rupture et de la coupure à l'amour, au lien et à l'affection — et les autres sortes de purification. {Et vous enseigne le Livre} : le Coran, ses termes et ses sens, {et la Sagesse} : on a dit, la Sunna ; on a dit, la connaissance des secrets de la Loi, sa compréhension et la mise des choses à leurs rangs — en ce cas l'enseignement de la Sunna entre dans celui du Livre, car la Sunna expose le Coran, le commente et l'interprète. {Et vous enseigne ce que vous ne saviez pas} : avant sa mission, ils étaient dans un égarement manifeste, sans savoir ni œuvre : tout savoir ou œuvre obtenus par cette communauté viennent de sa main — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et par sa cause. Ces faveurs sont les faveurs foncières en absolu, les plus grandes qu'Il accorde à Ses serviteurs : leur fonction est de remercier Allah et de s'en acquitter. C'est pourquoi Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 152

{Souvenez-vous de Moi, Je me souviendrai de vous} : Il commanda Son rappel et promit en échange la meilleure rétribution : Son rappel de qui Le rappelle, comme Il le dit sur la langue de Son messager : « Qui Me rappelle en lui-même, Je le rappelle en Moi-même ; qui Me rappelle dans une assemblée, Je le rappelle dans une assemblée meilleure. » Le meilleur rappel d'Allah est celui où s'accordent cœur et langue — le [rappel] qui porte la connaissance d'Allah, Son amour et l'abondance de récompense. Le rappel est la tête de la gratitude : c'est pourquoi Il le commanda spécifiquement, puis la gratitude en général : {et remerciez-Moi} : pour les faveurs accordées et les fléaux écartés. La gratitude se fait par le cœur — confession et reconnaissance des faveurs —, par la langue — rappel et célébration —, par les membres — obéissance à Allah, soumission à Son ordre, évitement de Son interdiction. En la gratitude : conservation de la faveur présente et accroissement des faveurs absentes — Allah — exalté soit-Il — dit : {Si vous remerciez, Je vous accroîtrai}. Commander la gratitude après les faveurs religieuses — savoir, purification des caractères, réussite aux œuvres — montre qu'elles sont les plus grandes faveurs, les faveurs réelles qui demeurent quand les autres s'en vont ; et quiconque a été rendu capable d'un savoir ou d'une œuvre doit remercier Allah, pour qu'Il l'accroisse de Sa faveur et que soit écarté l'auto-émerveillement, occupé qu'il soit par la gratitude. La gratitude ayant pour contraire l'ingratitude, Il en interdit le contraire : {et ne soyez pas ingrats} : l'ingratitude visée ici est celle qui fait face à la gratitude : l'ingratitude des faveurs, leur négation et le défaut de s'en acquitter. On peut aussi viser le sens général : l'ingratitude alors de multiples sortes, la plus grande étant la mécréance en Allah, puis les désobéissances en leurs sortes et genres, de l'association et au-delà.

Verset 153

Allah — exalté soit-Il — commanda aux croyants de chercher le secours, en leurs affaires religieuses et mondaines, {par la patience et la prière}. La patience est la retenue de l'âme et sa contention en ce qu'elle déteste ; elle est de trois sortes : la patience dans l'obéissance à Allah jusqu'à l'accomplir, la patience face à la désobéissance à Allah jusqu'à la délaisser, la patience devant les décrets douloureux d'Allah sans s'en indigner. La patience est le grand secours en toute affaire : nul n'atteint son but sans la patience, surtout les obéissances pénibles et continues, qui ont le plus extrême besoin d'endurer la patience et d'avaler l'amertume pénible : qui y persiste réussit ; que le déplaisir et la peine ne le détournent de la persévérance, il n'atteint rien et obtient la privation. De même la désobéissance vers laquelle les incitations et sollicitations de l'âme sont fortes, et qui est au pouvoir du serviteur : on ne la délaisse que par une immense patience, une contention des sollicitations du cœur pour Allah — exalté soit-Il — et la demande de Son secours pour en être préservé, car elle est des grandes tentations. De même l'épreuve pénible, surtout si elle dure : les forces psychiques et corporelles y faiblissent et produisent leur effet — l'indignation — si leur détenteur ne les combat par la patience pour Allah, la confiance en Lui, le recours à Lui et l'indigence continuelle. Tu sais ainsi que le serviteur a besoin de la patience — mieux : il y est contraint en chacun de ses états : voilà pourquoi Allah la commanda et informa qu'Il est {avec les patients} : avec ceux dont la patience est caractère, qualité et habit, par Son aide, Sa réussite et Sa direction — les peines et déplaisirs leur devinrent aisés par là, tout immense leur fut léger, toute difficulté s'éloigna. C'est une compagnie particulière, qui entraîne Son amour, Son aide, Son secours et Sa proximité — immense distinction pour les patients : dussent-ils n'avoir d'autre mérite que d'avoir obtenu cette compagnie d'Allah, elle suffirait comme faveur et noblesse. La compagnie générale est celle de science et de puissance : {Il est avec vous où que vous soyez} — générale à la création. Et Il commanda de chercher le secours par la prière, car elle est le pilier de la religion et la lumière des croyants, le lien entre le serviteur et son Seigneur. Quand la prière du serviteur est parfaite, réunissant obligations et sunna, avec la présence du cœur, qui en est l'essence — le serviteur, y entrant, sentant entrer auprès de son Seigneur, debout entre Ses mains comme le serviteur courtois, présent à tout ce qu'il dit et fait, tout entier à l'entretien et à l'invocation de son Seigneur —, cette prière est certes du plus grand secours en toutes affaires : elle détourne de la turpitude et du blâmable, et cette présence en prière donne au serviteur, en son cœur, une qualité et un moteur qui l'appellent à accomplir les commandements de son Seigneur et éviter Ses interdictions. Telle est la prière par laquelle Allah a commandé de chercher le secours en toute chose.

Verset 154

Après avoir commandé de chercher le secours par la patience en tous états, Allah — exalté et béni soit-Il — mentionna un cas où l'on cherche le secours de la patience : le jihād dans Sa voie, la meilleure des obéissances corporelles et la plus pénible aux âmes — pénible en soi, et parce qu'il mène à la mort et à la perte de cette vie que les désireux ne désirent en ce monde que pour obtenir la vie et ses conditions : tout ce qu'ils font est effort pour elle et repoussement de ce qui la contredit. Il est notoire que l'homme sensé ne délaisse l'aimé que pour un aimé plus élevé et plus grand : Allah informa que quiconque est tué dans Sa voie — ayant combattu pour que la parole d'Allah soit la plus haute et Sa religion manifeste, non pour autre visée — ne perd pas la vie aimée, mais obtient une vie plus grande et plus parfaite que ce que vous imaginez et supposez : les martyrs sont {vivants auprès de leur Seigneur, attribués ; joyeux de ce qu'Allah leur a donné de Sa faveur, et annonciateurs à ceux qui ne les ont pas encore rejoints qu'ils n'auront nulle crainte et ne seront point affligés ; annonciateurs d'une faveur d'Allah et d'une grâce, et qu'Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants}. Y a-t-il vie plus grande que celle-ci, qui contient la proximité d'Allah — exalté soit-Il —, la jouissance de Son attribution corporelle en mets et boissons délicieux, et l'attribution spirituelle : la joie et l'heureuse annonce, et l'abolition de toute crainte et affliction ? C'est une vie intermédiaire (barzakhiyya) [de l'isthme entre mort et résurrection], plus parfaite que la vie de ce monde. Le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — a même informé que les âmes des martyrs sont dans les gésiers d'oiseaux verts qui reviennent aux rivières du Paradis, mangent de ses fruits et nichent dans des lampes suspendues au Trône. En ce verset, la plus grande incitation au jihād dans la voie d'Allah et à la persévérance patiente : si les serviteurs saisissaient la récompense des tués dans la voie d'Allah, nul ne s'y déroberait ; mais l'absence de science certaine parfaite a relâché les résolutions, accru le sommeil du dormeur et fait perdre les immenses rétributions et butins. Comment en serait-il autrement, alors qu'Allah — exalté soit-Il — a {acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens, à eux le Paradis : ils combattent dans la voie d'Allah, tuent et sont tués} ? Par Allah, dût l'homme avoir mille âmes partant une à une dans la voie d'Allah, ce ne serait rien au regard de cette immense récompense. C'est pourquoi les martyrs, après ce qu'ils ont vu de la récompense d'Allah et de Sa belle rétribution, ne souhaitent qu'être renvoyés en ce monde, pour être tués dans Sa voie fois après fois. Le verset prouve la félicité de l'isthme et son châtiment, comme les textes le multiplient.

Verset 155

Allah informa qu'Il ne manque pas d'éprouver Ses serviteurs par les épreuves, pour distinguer le véridique du menteur, l'impatient du patient — telle est Sa sunna envers Ses serviteurs : si l'aisance durait pour les gens de la foi sans épreuve, il y aurait mélange, qui est corruption ; la sagesse d'Allah exige de distinguer les gens du bien des gens du mal. Tel est le profit des épreuves : non d'ôter aux croyants leur foi ni de les détourner de leur religion — Allah n'était point pour laisser perdre la foi des croyants. Il informa qu'Il éprouvera Ses serviteurs {par quelque chose de peur} — des ennemis — {et de faim} : quelque peu des deux, car s'Il les éprouvait de toute la peur ou de toute la faim, ils périraient ; les épreuves épurent, ne détruisent pas. {Et diminution des biens} : toute diminution atteignant les biens — fléaux célestes, naufrage, perte, spoliation par les tyrans, rois injustes, coupeurs de route et autres —, {des personnes} : la perte des aimés — enfants, proches, compagnons — et les sortes de maladies du corps du serviteur ou du corps de ses aimés, {et des fruits} : céréales, fruits des palmiers et des arbres, légumes, par froid, grêle, brûlure ou fléau céleste, sauterelles et autres. Ces choses ne manqueront pas d'advenir : l'Omniscient le Subtil les a annoncées, et elles advinrent comme annoncé. Quand elles adviennent, les gens se divisent en deux : les impatients et les patients. L'impatient subit les deux pertes : la perte de l'aimé — l'existence de l'épreuve — et la perte de ce qui est plus grand : la récompense d'obéir au commandement d'Allah par la patience. Il obtient la défaite et la privation, la diminution de sa foi, et perd patience, agrément et gratitude, lui venant l'indignation qui indique l'ampleur de la perte. Quant à quiconque Allah a rendu capable de la patience à l'arrivée de ces épreuves : il retient son âme de l'indignation en parole et acte, place sa récompense auprès d'Allah, et sait que la récompense obtenue par sa patience est plus grande que l'épreuve survenue — l'épreuve devient pour lui une faveur, car voie d'obtention de ce qui est meilleur et plus profitable. Il obéit à Allah et obtient la rétribution : {et annonce aux patients} : annonce-leur qu'ils reçoivent leur récompense sans compte. Les patients sont ceux qui ont obtenu l'immense annonce et le don considérable. Puis Il les décrivit :

Verset 156

{Ceux qui, quand les atteint une épreuve} — toute chose qui fait mal au cœur ou au corps ou aux deux, de ce qui fut mentionné — {disent : "Nous sommes à Allah"} : possédés d'Allah, administrés sous Son ordre et Sa disposition : nous ne disposons ni de nos âmes ni de nos biens ; s'Il nous éprouve en l'un d'eux, le plus Miséricordieux des miséricordieux dispose de Ses sujets et de leurs biens : nulle objection — au contraire, de la parfaite servitude du serviteur est de savoir que l'épreuve vient du Possesseur sage, plus miséricordieux envers Son serviteur que lui-même : cela entraîne l'agrément d'Allah et Sa gratitude pour Son administration, qui est meilleure pour Son serviteur même s'il ne le sent pas. Et si nous sommes possédés d'Allah, c'est vers Lui que nous faisons retour au Jour du compte : Il rétribue chacun de son œuvre — si nous patientons et plaçons notre récompense auprès de Lui, nous trouverons notre récompense entière ; si nous impatientons et nous indignons, notre lot ne sera qu'indignation et perte de récompense. Être à Allah et revenir à Lui est des plus fortes causes de patience.

Verset 157

{Ceux-là} — décrits par la patience dite — {sur eux sont des prières de leur Seigneur} : célébration et glorification de leur état, {et miséricorde} immense — parmi Sa miséricorde : de les avoir rendus capables de la patience par laquelle ils obtiennent la récompense parfaite — {et ceux-là sont les guidés} : qui ont connu le vrai — ici, savoir qu'ils sont à Allah et reviennent à Lui — et œuvré selon lui — ici, patienter pour Allah. Le verset montre que l'impatient obtient le contraire : blâme d'Allah, châtiment, égarement et perte. Quelle immense différence entre les deux partis, et quel peu de peine pour les patients, quel immense fardeau pour les impatients ! Ces deux versets contiennent : préparer les âmes aux épreuves avant qu'elles n'arrivent, pour qu'elles soient légères et aisées à l'arrivée ; l'exposé de quoi faire à l'arrivée : la patience ; l'exposé de ce qui aide à patienter et de la récompense des patients. L'état de l'impatient se connaît par le contraire de celui du patient ; cette épreuve et ce test sont la sunna d'Allah passée, et tu ne trouveras pas de changement à la sunna d'Allah ; et l'exposé des sortes d'épreuves.

Verset 158

Allah informe : {al-Ṣafā et al-Marwa} — deux lieux connus — {sont des rites d'Allah} : les enseignes manifestes de Sa religion, par lesquelles Il a fait adorer Ses serviteurs. Étant des rites d'Allah, Il a commandé de magnifier Ses rites : {Quiconque magnifie les rites d'Allah : c'est de la piété des cœurs}. L'ensemble des deux textes montre qu'ils sont des rites d'Allah et que magnifier Ses rites est de la piété des cœurs, et la piété est obligatoire pour tout responsable : la course entre eux est donc obligation attachée au pèlerinage et à la 'umra, selon la majorité — les hadiths prophétiques le prouvent, et le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — l'a fait, disant : « Prenez de moi vos rites. » {Quiconque fait le pèlerinage à la Maison ou la 'umra : nul grief à tourner entre eux} : cela dissipe l'illusion de musulmans scrupuleux au sujet du ṭawāf entre eux, parce qu'à la Jāhiliyya des idoles y étaient adorées : Allah a nié le grief pour dissiper l'illusion, non parce que ce ne serait pas obligatoire. Et la restriction de la négation du grief à qui tourne entre eux dans le pèlerinage et la 'umra indique qu'on ne fait pas la course surérogatoire isolée, sinon jointe à un pèlerinage ou une 'umra — à la différence du ṭawāf de la Maison, légiféré avec la 'umra et le pèlerinage, et adoration isolée. Quant à la course, la station à 'Arafa et Muzdalifa et la lapidation des stèles, elles suivent le rite : faites non subséquentes au rite, elles seraient innovation — l'innovation étant de deux sortes : adorer Allah d'une adoration qu'Il n'a point légiférée du tout, et L'adorer d'une adoration légiférée en une forme particulière, faite en une autre forme : celle-ci est de ce genre. Sa parole {et quiconque fait du surérogatoire} : accomplit une obéissance avec sincérité envers Allah {dans le bien} : pèlerinage, 'umra, ṭawāf, prière, jeûne et autres — c'est un bien pour lui : plus le serviteur croît en obéissances, plus croissent son bien, sa perfection et son degré auprès d'Allah, par l'accroissement de sa foi. Et la restriction du surérogatoire au bien montre que quiconque fait du surérogatoire en innovations non légiférées par Allah ni Son messager n'obtient que la peine — ce n'est pas un bien pour lui, ce peut être un mal, s'il le fait délibérément en sachant l'illégitimité de l'acte. {Allah est reconnaissant, savant} : le Reconnaissant (shākir) et le Très-Reconnaissant (shakūr) sont des noms d'Allah : Il reçoit de Ses serviteurs le peu d'œuvre et les rétribue de l'immense récompense ; quand Son serviteur se tient dans Ses commandements et obéit, Il l'aide, le célèbre, le loue, et le rétribue en son cœur de lumière et foi et largeur, en son corps de force et élan, en tous ses états d'accroissement de bénédiction et croissance, en ses œuvres d'accroissement de réussite — puis par-dessus, la récompense différée auprès de Lui, complète et entière, que ces choses ne diminuent point. Parmi Sa gratitude envers Son serviteur : quiconque délaisse quelque chose pour Allah, Allah lui en donne meilleur ; qui s'approche de Lui d'un empan, Il s'approche d'une coudée ; d'une coudée, d'une brasse ; qui vient à Lui en marchant, Il vient à lui en courant ; qui trafique avec Lui, Il le fait profiter de multiples redoublements — et tout en étant reconnaissant, Il est savant de qui mérite la récompense complète selon son intention, sa foi et sa piété, et de qui n'est pas tel ; savant des œuvres des serviteurs : Il ne les perd pas, ils les trouveront au plus entier, selon leurs intentions qu'a connues le Savant Sage.

Verset 159

Ce verset, bien que descendu au sujet des gens du Livre et de leur dissimulation au sujet du Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et de ses qualités, a un jugement général pour quiconque dissimule ce qu'Allah a fait descendre {comme preuves claires} : indiquant et manifestant le vrai, {et guidée} : la science par laquelle s'obtient la guidée vers le droit chemin, par laquelle se distingue la voie des gens de félicité de celle des gens de la Fournaise. Allah a pris l'engagement des gens du savoir : exposer aux gens la science du Livre dont Allah les a comblés et ne pas la cacher. Quiconque s'en détourne allie les deux corruptions : dissimuler ce qu'Allah a fait descendre et tromper les serviteurs d'Allah — {Allah les maudit} : les éloigne et les chasse de Sa proximité et Sa miséricorde, {et les maudissent les maudisseurs} : toute la création — la malédiction de toute la création tombe sur eux, pour s'être employés à tromper la création, corrompre leurs religions et les éloigner de la miséricorde d'Allah : rétribués selon l'espèce de leur acte, de même que celui qui enseigne le bien aux gens, Allah prie sur lui ainsi que Ses anges, jusqu'au poisson dans l'eau, pour s'être employé à l'intérêt de la création, à réparer leurs religions et les rapprocher de la miséricorde d'Allah : rétribué selon l'espèce de son acte. Celui qui cache ce qu'Allah a fait descendre contredit l'ordre d'Allah et Lui fait opposition : Allah expose aux gens les versets et les éclaircit, et celui-ci s'emploie à les effacer et les cacher — sur lui cette terrible menace.

Verset 160

{Sauf ceux qui se repentirent} : revinrent de leurs péchés par regret, cessation et résolution de ne pas récidiver, {et réparèrent} ce qui s'était corrompu de leurs œuvres — il ne suffit pas de délaisser le laid sans faire le beau ; et pour le dissimulateur, il ne suffit pas non plus sans exposer ce qu'il a caché et manifester le contraire de ce qu'il a voilé : Allah agréera son repentir, car Son agrément n'est pas voilé — quiconque réalise la cause du repentir, Allah l'agrée, Lui qui est {l'Agréeur du repentir} : revenant sur Ses serviteurs par pardon et absolution après la faute s'ils se repentent, et par bienfaisance et faveurs après la privation s'ils reviennent, {le Miséricordieux}, paré de la miséricorde immense qui embrasse toute chose — parmi Sa miséricorde : les avoir rendus capables du repentir et du retour, puis leur avoir fait miséricorde en l'acceptant, par finesse et générosité. Tel est le jugement du repenti.

Verset 161

Quant à qui mécrut et persévéra dans sa mécréance jusqu'à mourir sans revenir à son Seigneur, sans revenir ni se repentir : {sur eux la malédiction d'Allah, des anges et des hommes tous ensemble} — leur mécréance étant devenue description fixe, la malédiction sur eux devient description fixe qui ne s'en va pas, le jugement tournant avec sa cause, en existence comme en absence.

Verset 162

{Ils y demeurent éternellement} : dans la malédiction ou dans le châtiment — les deux sont solidaires — ; {le châtiment ne leur est point allégé} : il demeure dur, continuel ; {et ils ne sont point attendus} : point de délai, car le temps du délai — ce monde — est passé, et il ne leur reste pas d'excuse pour s'excuser.

Verset 163

Allah — le plus véridique des disants — informe qu'Il est {un dieu unique} : un et singulier, seul dans Son essence, Ses noms, Ses attributs et Ses actes : point d'associé dans Son essence, point de homonyme, d'égal, de semblable, de pareil ; point de créateur ni d'administrateur autre que Lui. S'Il est tel, Il mérite qu'on Lui réserve la divinité et l'adoration en toutes sortes, sans Lui associer aucune de Ses créatures, car Il est {le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux}, paré de la miséricorde immense à laquelle nulle miséricorde ne saurait être comparée : elle a embrassé toute chose et englobé tout vivant. Par Sa miséricorde les créatures existentrent ; par Sa miséricorde elles obtinrent les sortes de perfections ; par Sa miséricorde tout fléau fut écarté d'elles ; par Sa miséricorde Il fit connaître à Ses serviteurs Son essence par Ses attributs et Ses bienfaits, et leur exposa tout ce dont ils ont besoin des intérêts de leur religion et de leur monde, par l'envoi des messagers et la descente des livres. Quand on sait que toute faveur détenue par les serviteurs vient d'Allah, et qu'aucune créature ne profite à aucune autre, on sait qu'Allah mérite toutes les sortes d'adoration, qu'Il faut Lui réserver l'amour, la crainte, l'espérance, la magnification, la confiance et les autres sortes d'obéissances — et qu'il est de la plus grande injustice et de la plus laide laideur de se détourner de Son adoration vers l'adoration des serviteurs, d'associer des créatures de terre au Seigneur des seigneurs, ou d'adorer la créature administrée, impuissante sous tous rapports, avec le Créateur administrateur, puissant et fort, qui [a] tout domine et à qui tout obéit. En ce verset : l'affirmation de l'unicité du Créateur et de Sa divinité, son établissement par sa négation aux autres créatures, et l'exposé du fondement de la preuve : l'affirmation de Sa miséricorde, dont les effets sont l'existence de toutes les faveurs et l'écartement de tous les fléaux — preuve synthétique de Son unicité. Puis Il mentionna les preuves détaillées :

Verset 164

Allah informa que dans ces immenses créatures sont des signes : des preuves de l'unicité du Créateur, de Sa divinité, de Son immense autorité, de Sa miséricorde et du reste de Ses attributs — mais {pour un peuple qui raisonne} : pour ceux qui ont des raisons et les emploient à ce pour quoi elles furent créées : selon la faveur qu'Allah accorde à Son serviteur en raison, il profite des signes et les connaît par sa raison, sa réflexion et sa méditation. Dans {la création des cieux} — leur élévation, leur étendue, leur solidité, leur perfection, et ce qu'Allah y a mis de soleil, de lune et d'étoiles, ordonnés aux intérêts des serviteurs — et dans la création de {la terre} — lit pour la création, où ils peuvent séjourner, user de ce qui y est et tirer leçon — : indication de l'unicité d'Allah dans la création et l'administration, de Sa puissance immense par laquelle Il les créa, de Sa sagesse par laquelle Il les perfectionna, les embellit et les ordonna, de Sa science et Sa miséricorde par lesquelles Il déposa les profits, intérêts, nécessités et besoins des créatures — et preuve suprême de Sa perfection et de Son droit à l'adoration exclusive, par Son unicité dans la création, l'administration et la prise en charge des affaires de Ses serviteurs. Dans {l'alternance de la nuit et du jour} — leur succession constante, l'un cédant la place à l'autre ; leur différence en chaud, froid et moyenne, en long, court et moyen — et ce qui en naît : les saisons par lesquels s'ordonnent les intérêts des enfants d'Adam, de leurs bêtes et de tout ce qui est sur terre, arbres et plantes : tout cela dans l'ordre, l'administration et l'assujettissement dont les raisons s'émerveillent et dont les hommes éminents sont impuissants à saisir — indication de la puissance de Celui qui les gouverne, de Sa science, Sa sagesse, Sa miséricorde vaste, Sa finesse englobante, Sa disposition et administration uniques, Sa grandeur et la grandeur de Sa royauté et autorité — exigence qu'Il soit divinisé, adoré, et qu'on Lui réserve l'amour, la magnification, la crainte, l'espérance et l'effort dans ce qu'Il aime et agrée. Dans {les navires qui voguent sur la mer} : les bâtiments, embarcations et semblables, dont Allah inspira à Ses serviteurs la fabrication, et pour lesquels Il créa les outils, internes et externes, qui les leur rendirent possibles, puis Il assujettit à leur service cette immense mer et les vents qui les portent, avec leurs passagers, biens et marchandises, qui sont des profits des gens par lesquels leurs intérêts s'ordonnent et leurs subsistances s'organisent. Qui leur inspira leur fabrication et les leur rendit possibles, et créa les outils par lesquels ils les font ? Qui assujettit à leur service la mer où ils voguent par Sa permission et Son assujettissement, et les vents ? Qui créa pour les véhicules terrestres et maritimes le feu et les minerais qui aident à les porter, eux et leurs biens ? Ces choses sont-elles advenues par hasard, ou cette créature faible et impuissante, sortie du ventre de sa mère sans savoir ni pouvoir — à qui son Seigneur créa ensuite la capacité et enseigna ce qu'Il voulait — les a-t-elle faites seule, ou Celui qui les assujettit est-Il un Seigneur unique, sage, savant, que rien ne rend impuissant et à qui rien ne résiste ? Bien plutôt : les choses ont obéi à Sa seigneurialité, se sont humiliées devant Sa grandeur et soumises à Sa toute-puissance. Le serviteur faible, au plus, a été fait par Allah une partie des causes par lesquelles ces immenses choses existèrent : cela indique la miséricorde d'Allah et Son soin de Sa création, et exige que tout l'amour soit à Lui, la crainte, l'espérance, toute obéissance, l'humilité et la magnification. {Et ce qu'Allah a fait descendre du ciel comme eau} : la pluie descendant des nuages, {par laquelle Il revivifie la terre après sa mort} : elle fit paraître les sortes de nourritures et de plantes qui sont des nécessités des créatures sans lesquelles elles ne vivent pas. N'est-ce pas preuve de la puissance de Celui qui l'a fait descendre et fait sortir par elle ce qu'Il a fait sortir, de Sa miséricorde et Sa finesse envers Ses serviteurs, de Sa prise en charge de leurs intérêts et de leur extrême indigence et besoin de Lui sous tous rapports ? Cela n'exige-t-il pas qu'Il soit leur adoré et leur dieu ? N'est-ce pas preuve de la résurrection des morts et de leur rétribution de leurs œuvres ? {Et Il a répandu en elle} — la terre — {toute sorte de bête} : disséminé dans les contrées des bêtes diverses, preuve de Sa puissance, Sa grandeur, Son unicité et Sa immense autorité — et Il les assujettit aux hommes pour en user en toutes façons : desquelles ils mangent la chair et boivent le lait ; desquelles ils montent ; desquelles travaillent à leurs intérêts et leur garde ; desquelles on tire leçon — et le fait qu'Il y a répandu toute sorte de bête : Lui, le Très-Haut, prend en charge leurs subsistances et garantit leurs aliments : il n'est bête sur terre dont la subsistance ne soit sur Allah, qui connaît son gîte et son dépôt. Dans {la conduite des vents} : froids et chauds, sud, nord, est, ouest et entre — tantôt elles soulèvent les nuages, tantôt les assemblent, tantôt les fécondent, tantôt les traînent, tantôt les déchirent et écartent leur mal ; tantôt elles sont miséricorde, tantôt elles sont envoyées avec le châtiment. Qui les a ainsi conduites et déposa en elles les profits dont les serviteurs ne peuvent se passer, et les assujettit pour qu'y vivent tous les animaux et s'arrangent les corps, les arbres, les céréales et les plantes, sinon le Puissant, le Sage, le Miséricordieux, le Subtil envers Ses serviteurs, méritant toute humilité, soumission, amour, retour et adoration ? Et l'assujettissement des nuages entre ciel et terre — dans leur légèreté et subtilité, portant l'eau abondante, qu'Allah conduit où Il veut, revivifiant par elle les pays et les serviteurs, abreuvant collines et vallées, la faisant descendre sur la création au temps de son besoin ; quand leur abondance nuirait, Il la retient, la fait descendre en miséricorde et finesse, la détourne par soin et tendresse — quelle immense autorité, quelle abondante bienfaisance, quelle fine faveur ! N'est-il pas laid des serviteurs de jouir de Son attribution et vivre de Sa bienfaisance, tout en s'en aidant pour ce qui Lui déplaît et Ses désobéissances ? N'est-ce pas preuve de Sa clémence, Sa patience, Son pardon, Son absolution et Sa immense finesse ? À Lui la louange première et dernière, intérieure et extérieure. En résumé : plus le sensé médite ces créatures, plus sa pensée pénètre les merveilles des choses créées, plus il considère l'ouvrage et les finesses de bienfaisance et sagesse qui y sont déposées, plus il sait qu'elles furent créées pour le vrai et par le vrai, qu'elles sont les feuillets des signes et les livres des indications sur ce qu'Allah a annoncé de Lui-même et de Son unicité, et ce que les messagers ont annoncé du Jour dernier ; qu'elles sont assujetties, sans administration propre ni résistance à leur administrateur et gouverneur. Tu connaîtras alors que le monde supérieur et inférieur entier Lui est indigent et vers Lui se porte, et qu'Il est par essence le Riche, indépendant de toutes les créatures : pas de divinité sinon Allah, pas de Seigneur autre que Lui. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 165

{165 – 166 – 167} Qu'il est beau, le lien de ce verset au précédent ! Après avoir exposé Son unicité, ses preuves décisives et ses arguments éclatants menant à la science certaine qui dissipe tout doute, Il mentionna qu'{il est des gens}, malgré cet exposé parfait, {qui prennent} parmi les créatures {des égaux} à Allah : des pareils et semblables qu'ils égalent à Lui en adoration, amour, magnification et obéissance. Quiconque est en cet état — après établissement de la preuve et exposé de l'unicité — on sait qu'il est hostile à Allah et Lui fait opposition, ou détourné de la méditation de Ses signes et de la réflexion sur Ses créatures : il n'a pas la moindre excuse ; la parole du châtiment s'est imposée à lui. Ces preneurs d'égaux ne les égalent pas à Allah dans la création, la subsistance et l'administration, mais dans l'adoration : ils les adorent pour qu'ils les rapprochent de Lui. Et Sa parole « ils prirent » indique qu'Allah n'a point d'égal : les associateurs ont seulement donné à des créatures le nom d'égaux — appellation pure, terme vide de sens : {Ils ont donné à Allah des associés : dis, nommez-les ; ou L'annoncez-vous ce qu'Il ne connaît pas sur terre, ou une apparence de parole ?}, {Ce ne sont que des noms que vous avez nommés, vous et vos pères, et qu'Allah n'a fait descendre sur eux nulle autorité : ils ne suivent que la conjecture}. La créature n'est pas l'égale d'Allah : Allah est le Créateur, l'autre créé ; le Seigneur est le Pourvoyeur, l'autre pourvu ; Allah est le Riche, vous les pauvres ; Lui le Parfait sous tous rapports, les serviteurs déficients sous tous ; Lui le Profitable et le Nuisant, la créature ne dispose ni du profit, ni du nuisance, ni du commandement. On sait donc avec certitude la nullité de la doctrine de quiconque prend des dieux et égaux en dehors d'Allah — ange, prophète, vertueux, idole ou autre — et qu'Allah mérite seul l'amour parfait et l'humilité totale. C'est pourquoi Allah loua les croyants : {et ceux qui croient sont plus ardents en amour d'Allah} que les gens des égaux pour leurs égaux, car ils ont rendu leur amour sincère pour Lui, eux l'ont partagé ; et parce qu'ils aiment qui mérite réellement l'amour, dont l'amour est l'essence même du salut, du bonheur et de la réussite du serviteur — les associateurs aiment qui ne mérite aucun amour, et cet amour est l'essence du malheur, de la corruption et de la dispersion du serviteur. C'est pourquoi Allah les menaça : {Si voyaient ceux qui ont été injustes} — en prenant des égaux et suivant autre que le Seigneur des serviteurs, et en lésant la création en la détournant de la voie d'Allah et s'employant à leur nuire — {quand ils verront le châtiment} — au Jour de la résurrection, de leurs yeux, face à face — {que la force est à Allah toute entière, et qu'Allah est dur en châtiment} : ils sauraient avec certitude que la force et la puissance sont toutes à Allah, et que leurs égaux n'ont nulle force : leur faiblesse et impuissance leur apparaîtra ce jour-là, contrairement à ce qui leur était obscurci en ce monde où ils supposaient qu'ils disposaient de quelque chose du commandement et les rapprochaient et menaient à Lui : leur supposition échoua, leur effort fut vain, et la dureté du châtiment s'imposa à eux — leurs égaux ne détournèrent d'eux rien et ne leur valurent pas le poids d'un atome de profit ; bien plus, ils en reçurent du mal là où ils croyaient le profit. Les suiveurs se désavoueront des suivis, et les liens qui les unissaient en ce monde se rompront, car ils étaient pour autre qu'Allah et contre l'ordre d'Allah, attachés au faux sans réalité : leurs œuvres s'évanouirent, leurs états se dissipèrent, et il leur apparut qu'ils étaient menteurs, et que les œuvres dont ils espéraient le profit et le fruit se retournèrent contre eux en regret et remords, et qu'ils demeurent au Feu à jamais, n'en sortant jamais. Y a-t-il perte après cette perte ? C'est pour avoir suivi le faux, fait l'œuvre vaine, espéré ce qui n'est pas espérable et s'être attaché à ce qui ne le mérite pas : les œuvres furent nulles par la nullité de leur objet, et nulles, advint le regret de l'espoir perdu — elles leur nuirent à l'extrême. Autre est celui qui s'attache à Allah, le Roi, le Vrai, le Manifeste, rend l'œuvre sincère pour Sa Face et espère Son profit : il a mis le vrai à sa place, ses œuvres sont vraies par leur attachement au vrai, il a obtenu le fruit de son œuvre et trouve sa rétribution auprès de son Seigneur, ininterrompue : {Ceux qui ont mécru et détourné de la voie d'Allah, Allah a rendu leurs œuvres vaines ; et ceux qui ont cru, fait les œuvres pies et cru en ce qu'on a fait descendre sur Muhammad — le vrai venant de leur Seigneur —, Allah a effacé leurs mauvaises actions et mis en ordre leur état : parce que ceux qui ont mécru ont suivi le faux, et ceux qui ont cru ont suivi le vrai venant de leur Seigneur ; ainsi Allah propose aux gens leurs paraboles}. Alors les suiveurs souhaiteront être renvoyés en ce monde pour se désavouer de leurs suivis, en délaissant l'association à Allah et en venant à la sincérité de l'œuvre pour Allah — loin : l'affaire est passée, et ce n'est pas le temps du délai et de l'attente ; et ce sont des menteurs : s'ils étaient renvoyés, ils reviendraient à ce qui leur fut interdit ; ce n'est qu'une parole qu'ils disent et des espérances qu'ils espèrent, par rage et fureur contre les suivis qui se sont désavoués d'eux — la faute étant leur faute. Le chef des suivis dans le mal est Iblīs, et pourtant il dira à ses suiveurs : {quand l'affaire sera jugée : "Allah vous a promis la promesse vraie, et je vous ai promis et vous ai manqué ; je n'avais sur vous nulle autorité, sinon que je vous ai appelés et vous m'avez répondu : ne me blâmez pas, blâmez-vous vous-mêmes"}.

Verset 166

{165 – 166 – 167} Qu'il est beau, le lien de ce verset au précédent ! Après avoir exposé Son unicité, ses preuves décisives et ses arguments éclatants menant à la science certaine qui dissipe tout doute, Il mentionna qu'{il est des gens}, malgré cet exposé parfait, {qui prennent} parmi les créatures {des égaux} à Allah : des pareils et semblables qu'ils égalent à Lui en adoration, amour, magnification et obéissance. Quiconque est en cet état — après établissement de la preuve et exposé de l'unicité — on sait qu'il est hostile à Allah et Lui fait opposition, ou détourné de la méditation de Ses signes et de la réflexion sur Ses créatures : il n'a pas la moindre excuse ; la parole du châtiment s'est imposée à lui. Ces preneurs d'égaux ne les égalent pas à Allah dans la création, la subsistance et l'administration, mais dans l'adoration : ils les adorent pour qu'ils les rapprochent de Lui. Et Sa parole « ils prirent » indique qu'Allah n'a point d'égal : les associateurs ont seulement donné à des créatures le nom d'égaux — appellation pure, terme vide de sens : {Ils ont donné à Allah des associés : dis, nommez-les ; ou L'annoncez-vous ce qu'Il ne connaît pas sur terre, ou une apparence de parole ?}, {Ce ne sont que des noms que vous avez nommés, vous et vos pères, et qu'Allah n'a fait descendre sur eux nulle autorité : ils ne suivent que la conjecture}. La créature n'est pas l'égale d'Allah : Allah est le Créateur, l'autre créé ; le Seigneur est le Pourvoyeur, l'autre pourvu ; Allah est le Riche, vous les pauvres ; Lui le Parfait sous tous rapports, les serviteurs déficients sous tous ; Lui le Profitable et le Nuisant, la créature ne dispose ni du profit, ni du nuisance, ni du commandement. On sait donc avec certitude la nullité de la doctrine de quiconque prend des dieux et égaux en dehors d'Allah — ange, prophète, vertueux, idole ou autre — et qu'Allah mérite seul l'amour parfait et l'humilité totale. C'est pourquoi Allah loua les croyants : {et ceux qui croient sont plus ardents en amour d'Allah} que les gens des égaux pour leurs égaux, car ils ont rendu leur amour sincère pour Lui, eux l'ont partagé ; et parce qu'ils aiment qui mérite réellement l'amour, dont l'amour est l'essence même du salut, du bonheur et de la réussite du serviteur — les associateurs aiment qui ne mérite aucun amour, et cet amour est l'essence du malheur, de la corruption et de la dispersion du serviteur. C'est pourquoi Allah les menaça : {Si voyaient ceux qui ont été injustes} — en prenant des égaux et suivant autre que le Seigneur des serviteurs, et en lésant la création en la détournant de la voie d'Allah et s'employant à leur nuire — {quand ils verront le châtiment} — au Jour de la résurrection, de leurs yeux, face à face — {que la force est à Allah toute entière, et qu'Allah est dur en châtiment} : ils sauraient avec certitude que la force et la puissance sont toutes à Allah, et que leurs égaux n'ont nulle force : leur faiblesse et impuissance leur apparaîtra ce jour-là, contrairement à ce qui leur était obscurci en ce monde où ils supposaient qu'ils disposaient de quelque chose du commandement et les rapprochaient et menaient à Lui : leur supposition échoua, leur effort fut vain, et la dureté du châtiment s'imposa à eux — leurs égaux ne détournèrent d'eux rien et ne leur valurent pas le poids d'un atome de profit ; bien plus, ils en reçurent du mal là où ils croyaient le profit. Les suiveurs se désavoueront des suivis, et les liens qui les unissaient en ce monde se rompront, car ils étaient pour autre qu'Allah et contre l'ordre d'Allah, attachés au faux sans réalité : leurs œuvres s'évanouirent, leurs états se dissipèrent, et il leur apparut qu'ils étaient menteurs, et que les œuvres dont ils espéraient le profit et le fruit se retournèrent contre eux en regret et remords, et qu'ils demeurent au Feu à jamais, n'en sortant jamais. Y a-t-il perte après cette perte ? C'est pour avoir suivi le faux, fait l'œuvre vaine, espéré ce qui n'est pas espérable et s'être attaché à ce qui ne le mérite pas : les œuvres furent nulles par la nullité de leur objet, et nulles, advint le regret de l'espoir perdu — elles leur nuirent à l'extrême. Autre est celui qui s'attache à Allah, le Roi, le Vrai, le Manifeste, rend l'œuvre sincère pour Sa Face et espère Son profit : il a mis le vrai à sa place, ses œuvres sont vraies par leur attachement au vrai, il a obtenu le fruit de son œuvre et trouve sa rétribution auprès de son Seigneur, ininterrompue : {Ceux qui ont mécru et détourné de la voie d'Allah, Allah a rendu leurs œuvres vaines ; et ceux qui ont cru, fait les œuvres pies et cru en ce qu'on a fait descendre sur Muhammad — le vrai venant de leur Seigneur —, Allah a effacé leurs mauvaises actions et mis en ordre leur état : parce que ceux qui ont mécru ont suivi le faux, et ceux qui ont cru ont suivi le vrai venant de leur Seigneur ; ainsi Allah propose aux gens leurs paraboles}. Alors les suiveurs souhaiteront être renvoyés en ce monde pour se désavouer de leurs suivis, en délaissant l'association à Allah et en venant à la sincérité de l'œuvre pour Allah — loin : l'affaire est passée, et ce n'est pas le temps du délai et de l'attente ; et ce sont des menteurs : s'ils étaient renvoyés, ils reviendraient à ce qui leur fut interdit ; ce n'est qu'une parole qu'ils disent et des espérances qu'ils espèrent, par rage et fureur contre les suivis qui se sont désavoués d'eux — la faute étant leur faute. Le chef des suivis dans le mal est Iblīs, et pourtant il dira à ses suiveurs : {quand l'affaire sera jugée : "Allah vous a promis la promesse vraie, et je vous ai promis et vous ai manqué ; je n'avais sur vous nulle autorité, sinon que je vous ai appelés et vous m'avez répondu : ne me blâmez pas, blâmez-vous vous-mêmes"}.

Verset 167

{165 – 166 – 167} Qu'il est beau, le lien de ce verset au précédent ! Après avoir exposé Son unicité, ses preuves décisives et ses arguments éclatants menant à la science certaine qui dissipe tout doute, Il mentionna qu'{il est des gens}, malgré cet exposé parfait, {qui prennent} parmi les créatures {des égaux} à Allah : des pareils et semblables qu'ils égalent à Lui en adoration, amour, magnification et obéissance. Quiconque est en cet état — après établissement de la preuve et exposé de l'unicité — on sait qu'il est hostile à Allah et Lui fait opposition, ou détourné de la méditation de Ses signes et de la réflexion sur Ses créatures : il n'a pas la moindre excuse ; la parole du châtiment s'est imposée à lui. Ces preneurs d'égaux ne les égalent pas à Allah dans la création, la subsistance et l'administration, mais dans l'adoration : ils les adorent pour qu'ils les rapprochent de Lui. Et Sa parole « ils prirent » indique qu'Allah n'a point d'égal : les associateurs ont seulement donné à des créatures le nom d'égaux — appellation pure, terme vide de sens : {Ils ont donné à Allah des associés : dis, nommez-les ; ou L'annoncez-vous ce qu'Il ne connaît pas sur terre, ou une apparence de parole ?}, {Ce ne sont que des noms que vous avez nommés, vous et vos pères, et qu'Allah n'a fait descendre sur eux nulle autorité : ils ne suivent que la conjecture}. La créature n'est pas l'égale d'Allah : Allah est le Créateur, l'autre créé ; le Seigneur est le Pourvoyeur, l'autre pourvu ; Allah est le Riche, vous les pauvres ; Lui le Parfait sous tous rapports, les serviteurs déficients sous tous ; Lui le Profitable et le Nuisant, la créature ne dispose ni du profit, ni du nuisance, ni du commandement. On sait donc avec certitude la nullité de la doctrine de quiconque prend des dieux et égaux en dehors d'Allah — ange, prophète, vertueux, idole ou autre — et qu'Allah mérite seul l'amour parfait et l'humilité totale. C'est pourquoi Allah loua les croyants : {et ceux qui croient sont plus ardents en amour d'Allah} que les gens des égaux pour leurs égaux, car ils ont rendu leur amour sincère pour Lui, eux l'ont partagé ; et parce qu'ils aiment qui mérite réellement l'amour, dont l'amour est l'essence même du salut, du bonheur et de la réussite du serviteur — les associateurs aiment qui ne mérite aucun amour, et cet amour est l'essence du malheur, de la corruption et de la dispersion du serviteur. C'est pourquoi Allah les menaça : {Si voyaient ceux qui ont été injustes} — en prenant des égaux et suivant autre que le Seigneur des serviteurs, et en lésant la création en la détournant de la voie d'Allah et s'employant à leur nuire — {quand ils verront le châtiment} — au Jour de la résurrection, de leurs yeux, face à face — {que la force est à Allah toute entière, et qu'Allah est dur en châtiment} : ils sauraient avec certitude que la force et la puissance sont toutes à Allah, et que leurs égaux n'ont nulle force : leur faiblesse et impuissance leur apparaîtra ce jour-là, contrairement à ce qui leur était obscurci en ce monde où ils supposaient qu'ils disposaient de quelque chose du commandement et les rapprochaient et menaient à Lui : leur supposition échoua, leur effort fut vain, et la dureté du châtiment s'imposa à eux — leurs égaux ne détournèrent d'eux rien et ne leur valurent pas le poids d'un atome de profit ; bien plus, ils en reçurent du mal là où ils croyaient le profit. Les suiveurs se désavoueront des suivis, et les liens qui les unissaient en ce monde se rompront, car ils étaient pour autre qu'Allah et contre l'ordre d'Allah, attachés au faux sans réalité : leurs œuvres s'évanouirent, leurs états se dissipèrent, et il leur apparut qu'ils étaient menteurs, et que les œuvres dont ils espéraient le profit et le fruit se retournèrent contre eux en regret et remords, et qu'ils demeurent au Feu à jamais, n'en sortant jamais. Y a-t-il perte après cette perte ? C'est pour avoir suivi le faux, fait l'œuvre vaine, espéré ce qui n'est pas espérable et s'être attaché à ce qui ne le mérite pas : les œuvres furent nulles par la nullité de leur objet, et nulles, advint le regret de l'espoir perdu — elles leur nuirent à l'extrême. Autre est celui qui s'attache à Allah, le Roi, le Vrai, le Manifeste, rend l'œuvre sincère pour Sa Face et espère Son profit : il a mis le vrai à sa place, ses œuvres sont vraies par leur attachement au vrai, il a obtenu le fruit de son œuvre et trouve sa rétribution auprès de son Seigneur, ininterrompue : {Ceux qui ont mécru et détourné de la voie d'Allah, Allah a rendu leurs œuvres vaines ; et ceux qui ont cru, fait les œuvres pies et cru en ce qu'on a fait descendre sur Muhammad — le vrai venant de leur Seigneur —, Allah a effacé leurs mauvaises actions et mis en ordre leur état : parce que ceux qui ont mécru ont suivi le faux, et ceux qui ont cru ont suivi le vrai venant de leur Seigneur ; ainsi Allah propose aux gens leurs paraboles}. Alors les suiveurs souhaiteront être renvoyés en ce monde pour se désavouer de leurs suivis, en délaissant l'association à Allah et en venant à la sincérité de l'œuvre pour Allah — loin : l'affaire est passée, et ce n'est pas le temps du délai et de l'attente ; et ce sont des menteurs : s'ils étaient renvoyés, ils reviendraient à ce qui leur fut interdit ; ce n'est qu'une parole qu'ils disent et des espérances qu'ils espèrent, par rage et fureur contre les suivis qui se sont désavoués d'eux — la faute étant leur faute. Le chef des suivis dans le mal est Iblīs, et pourtant il dira à ses suiveurs : {quand l'affaire sera jugée : "Allah vous a promis la promesse vraie, et je vous ai promis et vous ai manqué ; je n'avais sur vous nulle autorité, sinon que je vous ai appelés et vous m'avez répondu : ne me blâmez pas, blâmez-vous vous-mêmes"}.

Verset 168

Interpellation de tous les hommes, croyants et mécréants : Il les gracie en leur commandant de manger de tout ce qui est sur la terre — céréales, fruits, fruits succulents, bêtes — en tant que {licite} : permis à votre consommation, non pris par rapine ni vol, ni obtenu par contrat interdit, ni en forme interdite, ni en aidant à l'interdit ; {pur} : non immonde, comme la charogne, le sang, la chair de porc et toutes les immondices. Le verset prouve que le principe premier des substances est la permission, en consommation et usage, et que l'interdit est de deux sortes : interdit par soi — l'immonde, contraire du pur —, ou interdit par accident — ce qui est interdit par le droit d'Allah ou de Ses serviteurs qui s'y attache, contraire du licite. Il prouve aussi que manger ce qui soutient la structure du corps est une obligation, dont l'abandon est fautif, au vu du commandement. Les ayant commandés de Le suivre — car c'est leur salut même —, Il leur interdit de suivre {les pas de Satan} : ses voies, qu'il commande : toutes les désobéissances, mécréance, perversité, injustice — y entrent l'interdiction des bêtes libérées (savā'ib) [bêtes vouées aux idoles] et du ḥām [chameau affranchi] [chameau qu'on ne monte plus ni ne trait après avoir porté tant de génitures], et semblables, et la consommation des aliments interdits. {Il est pour vous un ennemi manifeste} : à l'inimitié apparente : il ne veut de votre sort que votre tromperie et que vous soyez des compagnons de la Fournaise. Notre Seigneur ne s'est pas contenté de nous interdire de suivre ses pas : Il nous a informés — Lui le plus véridique des disants — de son inimitié qui appelle à se garder de lui ; puis Il ne s'en est pas contenté : Il nous a informés en détail de ce qu'il commande — la plus laide et la plus corruptrice des choses :

Verset 169

{Il ne vous commande que le mal} : ce dont le malheur atteint son auteur — toutes les désobéissances — ; {et la turpitude} : particularisation après généralisation, la turpitude étant les désobéissances au comble de la laideur : fornication, vin, meurtre, calomnie, avarice et semblables, que répugne quiconque a de la raison ; {et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas} : y entre le dire sur Allah sans science, en Sa loi et Son décret : quiconque décrit Allah autrement qu'Il ne S'est décrit Lui-même, ou que Son messager L'a décrit, ou Lui nie ce qu'Il S'est affirmé, ou Lui affirme ce qu'Il S'est nié — a dit sur Allah sans science ; quiconque prétend qu'Allah a un égal et des idoles rapprochant leur adorateur d'Allah — a dit sur Allah sans science ; quiconque dit : Allah a permis ceci, interdit cela, commandé ceci, défendu cela, sans lucidité — a dit sur Allah sans science ; quiconque dit : Allah a créé cette espèce de créatures pour telle cause, sans preuve — a dit sur Allah sans science. Et le plus grand des dits sur Allah sans science : que l'interprète interprète Sa parole ou celle de Son messager selon des sens convenus par une secte des sectes de l'égarement, puis dise : Allah les a voulus. Le dire sur Allah sans science est des plus grands interdits et des plus englobants, et la plus grande des voies de Satan auxquelles il appelle. Telles sont les voies de Satan auxquelles appellent lui et ses soldats, dépensant ruse et tromperie pour égarer la création de ce qu'ils peuvent ; quant à Allah — exalté soit-Il —, Il commande la justice, la bienfaisance, le don aux proches, et interdit la turpitude, le blâmable et l'oppression. Que le serviteur considère où il est entre les deux appelants [et] des deux partis : suis-tu l'appelant d'Allah, qui veut pour toi le bien et le bonheur des deux mondes, dont toute réussite est dans l'obéissance, tout gain dans le service, tous les profits dans le commerce avec le Bienfaiteur des faveurs apparentes et cachées, qui ne commande que le bien et n'interdit que le mal ? Ou suis-tu l'appelant de Satan, ennemi de l'homme, qui veut ton mal et s'emploie de toutes ses forces à ta perte en ce monde et dans l'autre, dont tout le mal est dans l'obéissance et toute perte dans l'alliance, qui ne commande que mal et n'interdit que bien ? Puis Allah informa de l'état des associateurs : quand on leur commande de suivre ce qu'Allah a fait descendre sur Son messager — décrit plus haut —, ils s'en détournent et disent :

Verset 170

{"Non, nous suivons ce sur quoi nous avons trouvé nos pères"} : ils se contentent d'imiter les pères et dédaignent de croire aux prophètes — et leurs pères étaient les plus ignorants des gens et les plus égarés. Illusion vaine pour rejeter le vrai : preuve de leur détournement du vrai, de leur dédain et de leur manque d'équité. S'ils étaient guidés à la droiture et au bon dessein, le vrai serait leur visée ; et quiconque vise le vrai et le pèse avec autre chose, le vrai lui apparaît certainement, et il le suit s'il est équitable. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 171

Après qu'Il eut exposé leur non-docilité à ce qu'ont apporté les messagers et leur rejet par imitation, on sut qu'ils n'acceptent ni ne répondent au vrai, et il fut notoire pour chacun qu'ils ne quitteront pas leur obstination. Allah informa que leur parabole, quand l'appelant les appelle à la foi, est celle des bêtes dont le berger criaille : elles n'ont pas science de ce que dit leur appelant et crieur : ils entendent le seul son par lequel la preuve s'établit contre eux, mais ils ne le comprennent pas d'une compréhension qui leur profite. Aussi sont-ils sourds, n'entendant pas le vrai d'une ouïe de comprendre et d'accepter ; aveugles, ne regardant pas d'un regard de leçon ; muets, ne disant pas ce en quoi est leur bien. Et la cause de tout cela : ils n'ont point de raison saine — ils sont les plus insensés des insensés et les plus ignorants des ignorants. Le sensé doute-t-il que quiconque fut appelé à la droiture, détourné de la corruption, interdit d'assaillir le châtiment, commandé ce en quoi sont son salut, sa réussite, son gain et sa félicité — et désobéit au conseiller, se détourne de l'ordre de son Seigneur, assaille le Feu en connaissance de cause, suit le faux et rejette le vrai — n'a pas un reste de raison, et que, dût-il être paré de ruse, tromperie et rouerie, il est des plus insensés des insensés ?

Verset 172

Commandement aux croyants en particulier, après le commandement général : eux seuls profitent véritablement des commandements et interdictions, à cause de leur foi. Il leur commanda de manger les purs de la subsistance et de remercier Allah de Sa faveur, en en usant dans Son obéissance et s'en fortifiant pour ce qui mène à Lui — Il leur commanda ce qu'Il commanda aux envoyés : {Ô messagers, mangez des choses pures et œuvrez pieusement} : la gratitude, en ce verset, est l'œuvre pie. Ici Il n'a pas dit « licite », car Allah a rendu aux croyants les purs de la subsistance purs de toute redevance, et sa foi le retient de prendre ce qui n'est pas à lui. Sa parole {si c'est Lui que vous adorez} : remerciez-Le — preuve que quiconque ne remercie pas Allah ne L'adore pas seul, et que quiconque Le remercie L'adore et a fait ce qui lui fut commandé ; et preuve aussi que manger le pur est cause de l'œuvre pie et de son acceptation. Le commandement de la gratitude suit la faveur : la gratitude conserve les faveurs présentes et attire les faveurs absentes, de même que l'ingratitude éloigne les faveurs absentes et fait disparaître les présentes.

Verset 173

Après la permission des purs, Il mentionna l'interdiction des immondices : {Il vous a seulement interdit la charogne} : ce qui mourut sans abattage légal — elle est immonde et nuisible par sa vilenie propre, et le plus souvent elle vient d'une maladie : maladie sur maladie. Le Législateur a excepté de cette généralité la charogne du criquet et du poisson de mer : licites et pures. {Le sang} : répandu, comme restreint en l'autre verset. {Et ce sur quoi a été invoqué un autre qu'Allah} : abattu pour autre qu'Allah, comme ce qu'on abat pour les idoles et pierres, les tombes et semblables. Ce qui est mentionné n'enveloppe pas tous les interdits : il expose les genres d'immondices indiqués par le sens impliqué de {purs} ; la généralité des interdits se tire du verset précédent {licite et pur}, comme dit. Il nous a interdit ces immondices et semblables par bienveillance et préservation du nuisible. {Quiconque est contraint} : poussé à l'interdit par faim et manque, ou contraint, {sans rébellion} : sans rechercher l'interdit alors qu'il peut le licite, ou sans avoir faim, {ni transgression} : sans excéder la mesure en ce qui lui fut permis par nécessité — contraint, incapable du licite, mangeant à la mesure de la nécessité sans y excéder — {nul péché sur lui} : nul grief ; le péché écarté, la chose revient à son principe. L'homme en cet état est commandé de manger, mieux : interdit de se jeter à la perdition et de se tuer : il doit manger, et est fautif s'il s'abstient jusqu'à mourir — il se serait tué. Cette permission et largeur sont de Sa miséricorde envers Ses serviteurs : c'est pourquoi Il la clôt par ces deux noms nobles qui conviennent à l'extrême : {Allah est pardonneur, miséricordieux}. La licéité étant conditionnée par ces deux conditions, et l'homme en cet état pouvant ne pas les réaliser parfaitement, Il informa [qu'Il est] pardonneur : Il pardonne [ce en quoi] il s'est trompé en cet état surtout — la nécessité l'a dominé et la peine a emporté ses sens. En ce verset : la preuve de la règle célèbre : « les nécessités autorisent les interdits » : tout interdit auquel l'homme est contraint, le Roi Miséricordieux le lui a permis — à Lui la louange et la gratitude, première et dernière, apparente et cachée.

Verset 174

Terrible menace contre quiconque cache ce qu'Allah a fait descendre sur Ses messagers comme science dont Allah a pris l'engagement de ses gens qu'ils l'exposent aux gens et ne la cachent pas. Quiconque en prend en échange le fumier mondain et rejette l'ordre d'Allah : {ils ne mangent dans leurs ventres que le Feu}, car ce prix qu'ils ont gagné, ils ne l'ont obtenu que par le plus laid des gains et le plus grand des interdits : leur rétribution est selon l'espèce de leur acte. {Allah ne leur parlera pas au Jour de la résurrection} : Il S'est courroucé contre eux et détourné d'eux — plus grand pour eux que le châtiment du Feu. {Et Il ne les purifiera pas} des caractères vils : ils n'ont point d'œuvres valant louange, agrément et rétribution. S'Il ne les purifie pas, c'est qu'ils ont fait les causes de la non-purification, dont la plus grande est l'œuvre selon le livre d'Allah, s'y guider et y appeler — eux ont rejeté le livre d'Allah, s'en sont détournés, préféré l'égarement à la guidée et le châtiment au pardon : il ne leur sied que le Feu. Comment l'endurera-t-il ? Où auront-ils le courage de le supporter ?

Verset 176

{Cela} : ce qui fut mentionné — Sa rétribution avec justice et Son retrait des causes de guidée à qui les a refusées et préféré autre chose — {parce qu'Allah a fait descendre le Livre avec le vrai} : et du vrai est de rétribuer le bienfaisant de sa bienfaisance et le malfaisant de sa malfaisance. En outre, Sa parole {Il a fait descendre le Livre avec le vrai} indique qu'Allah l'a fait descendre pour guider Sa création et distinguer le vrai du faux, la guidée de l'égarement : quiconque le détourne de son but mérite la plus grande punition. {Et ceux qui divergent sur le Livre sont dans une dissidence lointaine} : ceux qui divergent sur le Livre — croyant en une partie, mécroyant en l'autre — et ceux qui l'altérèrent et le tournèrent selon leurs passions et visées, sont dans une dissidence (shiqāq) [hostilité] lointaine du vrai, car ils ont contredit le Livre venu avec le vrai qui exige l'accord et l'absence de contradiction : leur affaire se trouble, leur dissidence croît, leur division s'ensuit — à la différence des gens du Livre qui y crurent et le prirent pour juge en toute chose : ils s'accordèrent et furent gratifiés de l'amour et de l'union sur lui. Ces versets contiennent la menace aux dissimulateurs de ce qu'Allah a fait descendre, qui le troquent contre le gain du monde, du châtiment et du courroux, et qu'Allah ne les purifie ni par la réussite ni par le pardon ; l'exposé de la cause : leur préférence de l'égarement sur la guidée, dont suit le choix du châtiment sur le pardon ; puis la compassion pour eux devant leur dur endurance du Feu, œuvrant aux causes qu'ils savent y mener ; et que le Livre contient le vrai exigeant de s'y accorder et de ne point se diviser, et que quiconque le contredit est à l'extrême distance du vrai, en dispute et querelle. Et Allah sait mieux.

Verset 177

Allah — exalté soit-Il — dit : {La piété ne consiste point à tourner vos faces vers l'Orient ou l'Occident} : telle n'est pas la piété visée des serviteurs, de sorte que multiplier recherches et disputes à son sujet serait peine ne menant qu'à dissidence et divergence — semblable à sa parole — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « Le fort n'est pas celui qui terrasse ; le fort est celui qui se maîtrise dans la colère. » {La piété est de qui croit en Allah} : qu'Il est un dieu unique, paré de toute perfection, transcendant tout défaut ; {au Jour dernier} : tout ce qu'Allah a annoncé dans Son livre ou Son messager de ce qui advient après la mort ; {aux anges}, qu'Allah nous a décrits dans Son livre et que Son messager a décrits — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix ; {au Livre} : le genre des livres descendus sur Ses messagers, dont le plus grand est le Coran : croire à ce qu'il contient d'informations et de jugements ; {aux prophètes} en général, et en particulier leur sceau et leur meilleur, Muhammad — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix. {Et donne le bien} : tout ce dont l'homme fait propriété, peu ou beaucoup — c'est-à-dire donne le bien {malgré son amour} : l'amour du bien — indication que le bien est aimé des âmes, et que le serviteur ne le sort guère : le sortir malgré son amour, en rapprochement d'Allah, est preuve de sa foi. Entre autres : faire l'aumône en santé tout en étant avare, espérant la richesse et craignant la pauvreté ; l'aumône dans la gêne est meilleure, car alors il aime le retenir par crainte de la disette ; et sortir le précieux du bien et ce qu'il aime de son bien : {Vous n'atteindrez la piété que si vous dépensez de ce que vous aimez}. Puis Il mentionna les destinataires : les plus dignes de ta piété et bienfaisance, les proches — dont le malheur te fait mal et la joie te réjouit, qui s'entraident et se rachètent : des plus belles piétés, veiller sur les proches par la bienfaisance financière et verbale selon leur proximité et leur besoin. {Les orphelins} : ceux qui n'ont point de gagne-pain ni force pour s'en passer — miséricorde d'Allah envers les serviteurs, prouvant qu'Il est plus miséricordieux envers eux que le père envers son enfant : Allah a recommandé aux serviteurs et prescrit dans leurs biens la bienfaisance envers ceux qui ont perdu leurs pères, pour qu'ils soient comme ceux qui n'ont rien perdu ; et la rétribution étant selon l'espèce de l'acte : qui fait miséricorde à l'orphelin d'autrui, il est fait miséricorde à son orphelin. {Les pauvres} : ceux que le besoin a fait demeurer et la pauvreté humilié — droit sur les riches de ce qui repousse ou allège leur misère, selon leur pouvoir et leur aisance. {Le voyageur} (ibn al-sabīl) [l'étranger coupé de ses ressources hors de son pays] : Allah presse Ses serviteurs de lui donner du bien qui l'aide en son voyage, étant lieu présumé du besoin et des dépenses multiples : quiconque Allah a gratifié d'une patrie, du repos et de Sa faveur doit faire miséricorde à son frère étranger en cet état, selon sa capacité — ne serait-ce que le ravitailler, lui donner l'outillage du voyage, ou repousser les injustices qui l'atteignent. {Les mendiants} : ceux que survient un besoin exigeant de demander — comme quiconque est éprouvé d'une amende de délit, d'un impôt des autorités, ou qui demande pour les intérêts publics, mosquées, écoles, aqueducs et semblables : il a le droit, même riche. {Et pour les nuques} [l'affranchissement des esclaves] : y entrent l'affranchissement, l'aide à l'affranchissement, le don à l'esclave sous contrat d'affranchissement pour qu'il acquitte son maître, et la rançon des captifs chez les mécréants ou les tyrans. {Et établissent la prière et acquittent la zakāt} : dit et répété, Allah joint la prière et la zakāt, les deux étant les meilleures adorations et les plus parfaites œuvres de rapprochement — du cœur, du corps et du bien ; par elles se pèse la foi et se connaît la conviction de son détenteur. {Et les fidèles à leur pacte quand ils s'engagent} : le pacte est l'obligation par l'obligation d'Allah ou par celle du serviteur envers lui-même — y entrent tous les droits d'Allah, dont Il a obligé Ses serviteurs et qu'ils ont assumés, devant être acquittés ; et les droits des serviteurs prescrits par Allah, et les droits que le serviteur s'est imposés : serments, vœux et semblables. {Et les patients dans l'adversité} : la pauvreté — le pauvre a besoin de patience à maints égards, lui survenant des douleurs du cœur et du corps continuelles que nul autre n'a : si les riches jouissent de ce qu'il ne peut, il souffre ; s'il a faim ou les siens, il souffre ; s'il mange un aliment contre son goût, il souffre ; s'il est nu ou presque, il souffre ; s'il regarde son présent et l'avenir qu'il redoute et pour lequel il se prépare, il souffre ; si le froid le saisit qu'il ne peut repousser, il souffre — toutes ces épreuves et semblables : il lui est commandé d'en patienter, d'en placer la récompense auprès d'Allah. {Et dans la calamité} : la maladie en ses sortes — fièvre, ulcères, vents, douleur d'un membre, jusqu'à la dent et au doigt — il y faut patience, l'âme faiblissant et le corps souffrant, ce qui est d'une extrême peine, surtout si cela s'étire : il est commandé d'en patienter pour la récompense d'Allah. {Et au temps de la violence} : l'heure du combat contre les ennemis qu'on est commandé de combattre : l'assaut est d'une peine extrême pour l'âme, l'homme redoutant mort, blessure ou captivité — il y faut patience, dans l'attente de la récompense d'Allah, dont le secours et l'aide promis aux patients. {Ceux-là} — parés des croyances belles, des œuvres qui sont effets, preuve et lumière de la foi, et des caractères qui sont la parure de l'homme et la réalité de l'humanité — {sont ceux qui ont été véridiques} dans leur foi, leurs œuvres authentifiant leur foi, {et ceux-là sont les pieux} : ils ont délaissé l'interdit et fait le commandé — car ces choses contiennent toutes les parties du bien, par inclusion et conséquence : la fidélité au pacte y englobe la religion entière ; et les adorations nommées en ce verset sont les plus grandes : qui s'en acquitte tient le reste. Ceux-là [sont] les pieux véridiques, les pieux. Ce qu'Allah a suspendu à ces trois choses comme rétribution terrestre et dernière ne peut être détaillé ici.

Verset 178

Allah rappelle Sa faveur à Ses serviteurs croyants : Il leur a prescrit {le talion dans les homicides} : l'égalité en la matière — tuer le tueur de la manière dont il tua sa victime —, pour établir justice et équité entre les serviteurs. L'interlocution générale aux croyants prouve qu'il incombe à tous, jusqu'aux proches du tueur, jusqu'au tueur lui-même, d'aider le proche de la victime s'il demande le talion et de lui livrer le tueur ; et qu'il ne leur est pas permis de s'opposer à cette peine et d'empêcher le proche d'exercer le talion, comme le faisait la coutume de la Jāhiliyya et de ses semblables : protéger les criminels. Puis Il en exposa le détail : {le libre pour le libre} — y entrent par l'explicite le mâle pour le mâle et la femelle pour la femelle, la femelle pour le mâle et le mâle pour la femelle : l'explicite prime le sens impliqué « la femelle pour la femelle », avec la preuve de la Sunna que le mâle est tué pour la femelle. Sont exclus de la généralité les deux parents, si hauts soient-ils : ils ne sont pas tués pour l'enfant, la Sunna le dit — et Sa parole {le talion} indique qu'il n'est pas juste de tuer le parent pour son enfant, car la tendresse et la miséricorde dans le cœur du parent l'empêchent de tuer son enfant, sinon par altération mentale ou nuisance très grave de l'enfant. Est aussi exclu le mécréant, par la Sunna — le verset s'adressant aux croyants —, et il n'est pas juste que l'allié d'Allah soit tué pour Son ennemi. {Et l'esclave pour l'esclave}, mâle ou femelle, valeurs égales ou non ; le sens impliqué : le libre n'est pas tué pour l'esclave, n'étant pas son égal. {Et la femelle pour la femelle} : certains savants en ont pris le sens impliqué et n'ont pas permis de tuer l'homme pour la femme — l'exposé en a été donné. Le verset prouve que le principe est l'obligation du talion dans le meurtre, le prix du sang (diya) [compensation] y étant substitut : {quiconque reçoit pardon de son frère} : le proche de la victime pardonne au tueur moyennant le prix, ou certains des proches pardonnent — le talion tombe, le prix est dû, et le choix entre talion et prix appartient au proche. S'il pardonne, il revient au proche de la victime de réclamer au tueur {selon le convenable} : sans le mettre en difficulté ni lui charger ce qu'il ne peut, exigeant et demandant avec courtoisie, sans l'acculer ; et au tueur {de s'acquitter envers lui avec bienfaisance} : sans délai, ni diminution, ni malfaisance en acte ou parole. Le salaire de la bienfaisance du pardon n'est-il pas la bienfaisance du bon paiement ? Cela est commandé en tout ce qui est dû : à qui a le droit, de réclamer selon le convenable ; à qui doit, de payer avec bienfaisance. Sa parole {de son frère} attendrit et presse vers le pardon moyennant prix — et meilleur encore, le pardon gratuit. Sa parole {frère} prouve que le tueur ne devient pas mécréant : la fraternité visée est la fraternité de foi, dont le meurtre ne fait pas sortir — à plus forte raison les désobéissants inférieurs à la mécréance n'y font pas sortir leur auteur : sa foi diminue seulement. Quand les proches de la victime pardonnent, ou certains d'entre eux, le sang du tueur est sanctifié, protégé d'eux et d'autrui : {quiconque transgresse après cela} — après le pardon — {aura un châtiment douloureux} : dans la Dernière Demeure ; quant à sa mise à mort, elle se prend de ce qui précède : il a tué son égal, il doit être tué. Ceux qui ont interprété le châtiment douloureux par la mise à mort — le verset entraînant qu'il doit être tué sans pardon possible —, certains savants l'ont dit ; le sens correct est le premier, sa faute n'excédant pas celle d'un autre. Puis Il exposa Sa grande sagesse dans la légalité du talion :

Verset 179

{Et pour vous, dans le talion, vie} : par lui le sang est épargné et les scélérats contenus : qui sait qu'il sera tué s'il tue, le meurtre n'émane guère de lui ; et quand on voit le tueur tué, les autres en sont effarouchés et retenu. Si la punition du tueur était autre que la mort, le retrait du mal obtenu par la mort n'aurait pas lieu — ainsi de toutes les peines légales : elles portent atteinte et retiennent, prouvant la sagesse du Sage Pardonneur. « Vie » est indéterminée pour la magnification et l'accroissement. Ce jugement n'étant connu en sa réalité que des gens aux raisons parfaites et aux intelligences lourdes, Il les interpelle seuls : indication qu'Allah aime que Ses serviteurs emploient leurs pensées et raisons à méditer les sagesses et intérêts de Ses jugements, preuves de Sa perfection, de Sa sagesse, de Sa louange, de Sa justice et de Sa miséricorde vaste — et quiconque est tel mérite la louange d'être des gens d'intelligence, interpellés par le Seigneur des seigneurs : suffisant faveur et noblesse pour un peuple qui raisonne. Sa parole {puissiez-vous être pieux} : quiconque connaît son Seigneur, et ce qu'il y a dans Sa religion et Sa loi de secrets immenses, de sagesses merveilleuses et de signes élevés, en est porté à suivre l'ordre d'Allah, grandir Ses désobéissances et les délaisser : il mérite d'être des pieux.

Verset 180

C'est-à-dire : Allah vous a prescrit, ô croyants : {quand la mort vient à l'un de vous} — ses causes, comme la maladie au bord de la perte et la présence des causes de mort — {s'il laisse un bien} : le bien considérable selon l'usage : qu'il recommande en faveur de ses parents et des plus proches, selon le convenable, à la mesure de son état, sans excès ni limitation au plus lointain sans le plus proche — il les ordonne selon la proximité et le besoin : d'où le comparatif. Sa parole {un droit sur les pieux} prouve l'obligation, le droit étant le stable, et Allah l'a mis au nombre des exigences de la piété. Sache que la majorité des exégètes tient ce verset pour abrogé par les versets des parts successorales ; d'autres le restreignent aux parents et proches non héritiers — sans preuve de la restriction. Le meilleur est de dire : cette recommandation en faveur des parents et proches est globale, renvoyée par Allah à l'usage courant ; puis Allah a déterminé pour les parents héritiers et les autres proches héritiers ce convenable dans les versets des parts, après qu'il fut global ; et le jugement demeure pour ceux qui n'héritent pas — parents empêchés d'hériter et autres écartés par personne ou par qualité : l'homme est commandé de leur recommander, eux les plus dignes de sa bienfaisance. Cet accord vaut pour la communauté et réunit les deux avis précédents : chacun avait vu un aspect, les cas différaient — par cette réunion s'obtiennent l'accord et l'harmonie des versets : chaque fois que l'harmonie est possible, elle vaut mieux que de prétendre l'abrogation sans preuve certaine. Le testateur pouvant s'abstenir, imaginant que ses successeurs changeront ses dispositions, Allah dit :

Verset 181

{Quiconque le change} — la recommandation auxdits ou à d'autres — {après l'avoir entendu} : l'avoir saisi, connu ses voies et son exécution — {son péché ne sera que sur ceux qui le changent} : le testateur a sa récompense auprès d'Allah, le péché sur le changeant seul. {Allah est audient} : Il entend toutes les voix, dont la parole du testateur et sa recommandation — qu'il considère Celui qui l'entend et le voit et ne soit pas injuste dans sa recommandation ; {savant} de son intention et de l'acte de l'exécuteur testamentaire : si le testateur s'applique et qu'Allah connaît son intention, Il le rétribue, dût-il se tromper. Et avertissement à l'exécuteur contre le changement : Allah sait, observe [ce] qu'il a fait — qu'Il le craigne. Tel est le jugement de la recommandation équitable ; quant à la recommandation entachée de partialité, de déviation ou de faute, quiconque assiste le testateur en ce moment doit le conseiller au mieux et au plus juste, l'empêcher de l'injustice et de la déviation (janaf) [inclination fautive sans délibération] et de la faute délibérée ; sinon, réconcilier les exécuteurs et parvenir à la justice entre eux par accord et arrangement, les exhorter à libérer la charge de leur défunt : il aura fait un grand bien, sans péché sur lui comme sur le changeant d'une recommandation valide — {Allah est pardonneur} : Il pardonne tous les manquements et absout les redevances de quiconque revient à Lui — dont Son pardon à qui fait abstraction de soi et renonce à part de son droit pour son frère : qui fait grâce, Allah lui fait grâce ; pardonneur envers leur défunt injuste dans sa recommandation, s'ils renoncent entre eux pour libérer sa charge ; {miséricordieux} envers Ses serviteurs, leur ayant légiféré toute affaire par laquelle ils se font mutuelle miséricorde et compassion. Ces versets prouvent : l'incitation à la recommandation, l'exposé de ses bénéficiaires, la menace au changeur de la recommandation équitable, et l'encouragement à la réconciliation dans la recommandation injuste.

Verset 183

Allah informe de Sa faveur à Ses serviteurs : Il leur a prescrit le jeûne comme Il le prescrivit aux communautés antérieures, car il est des lois et commandements qui sont intérêt de la création en tout temps — et incitation pour cette communauté : émulez les autres en parfaire les œuvres et vous empresser aux qualités pies ; ce n'est point de ces choses lourdes dont vous seriez seuls chargés. Puis Il exposa Sa sagesse dans la légalité du jeûne : {puissiez-vous être pieux} : le jeûne est des plus grandes causes de la piété, car il comporte l'obéissance au commandement d'Allah et l'évitement de Son interdiction. Parmi la piété qu'il contient : le jeûneur délaisse ce qu'Allah lui interdit — manger, boire, union charnelle et semblables — vers quoi son âme penche, s'en rapprochant d'Allah et espérant Sa récompense pour ce délaissement : cela est piété. De même : le jeûneur entraîne son âme à la considération d'Allah, délaissant ce que son âme désire alors qu'il le peut, sachant qu'Allah l'observe. De même : le jeûne rétrécit les voies de Satan, qui circule dans le fils d'Adam comme circule le sang : par le jeûne son intrusion s'affaiblit et les désobéissances diminuent. De même : le jeûneur, le plus souvent, multiplie ses obéissances, et les obéissances sont des traits de la piété. De même : le riche qui goûte la douleur de la faim en est porté à secourir les pauvres démunis — trait de piété.

Verset 184

Après avoir mentionné la prescription du jeûne, Il informa que ce sont des jours comptés : peu, d'une extrême aisance — puis Il allégea encore : {quiconque d'entre vous est malade ou en voyage : un nombre d'autres jours} : la peine étant le plus souvent la règle, Allah permit la rupture aux deux, et, la faveur du jeûne devant être obtenue par chaque croyant, Il leur commanda de l'acquitter en d'autres jours quand la maladie cesse, le voyage finit et le repos revient. Sa parole {un nombre de jours} prouve qu'on acquitte le nombre complet des jours de Ramadan, complet ou incomplet, et qu'on peut acquitter des jours courts et froids pour des jours longs et chauds, et inversement. Sa parole {et sur ceux qui le peuvent} : qui peuvent jeûner, {une compensation} pour chaque jour rompu : {nourriture d'un pauvre} — cela au début de la prescription du jeûne : n'y étant pas habitués et son obligation étant ferme, ce leur était pénible ; le Seigneur Sage les fit monter par la voie la plus aisée et laissa le choix au capable : jeûner — le meilleur — ou nourrir : {il vous est meilleur de jeûner}. Puis le jeûne fut rendu ferme au capable, l'incapable rompant et acquittant en d'autres jours. On a dit : {ceux qui le peuvent} : qui s'en chargent avec peine insupportable, comme le vieillard : compensation d'un pauvre par jour — c'est le sens correct.

Verset 185

{Le mois de Ramadan, celui où le Coran fut fait descendre} : le jeûne qui vous est prescrit est le mois de Ramadan, l'immense mois où vous est venue d'Allah l'immense faveur : le noble Coran, contenant la guidée vers vos intérêts religieux et mondains, l'exposition du vrai de la plus claire façon, et le discernement entre vrai et faux, guidée et égarement, gens de félicité et gens de malheur. Un mois dont tel est le mérite, et tel le bienfait d'Allah sur vous en lui, mérite d'être saison d'adoration où le jeûne est prescrit. L'ayant établi, exposé son mérite et la sagesse d'Allah en le particularisant : {quiconque d'entre vous voit le mois, qu'il le jeûne} : fixation du jeûne sur le capable sain présent. L'abrogation n'ayant porté que sur le choix entre jeûne et compensation, Il réitéra la permission au malade et au voyageur, de peur qu'on ne croie la permission abrogée aussi : {Allah veut pour vous l'aisance, Il ne veut pas pour vous la gêne} : Allah veut vous rendre extrêmement aisées les voies menant à Son agrément et les rendre au plus faciles : tout ce qu'Allah commande à Ses serviteurs est au suprême de l'aisance en son fond ; que des accidents le rendant lourd surviennent, Il allège encore : en le supprimant ou en l'allégeant de multiples allègements — matière impossible à détailler, ses détails étant toute la législation, y entrant toutes les permissions et allègements. {Et parachevez le nombre} : de peur qu'on ne croie que le jeûne de Ramadan atteint son but en partie, Il repoussa l'illusion par le commandement de parfaire son nombre, et qu'on remercie Allah à son achèvement, pour Sa réussite, Son aisance et Son exposé à Ses serviteurs, et par la glorification (takbīr) à son terme — y entre la glorification à la vue du croissant de shawwāl jusqu'à la fin du sermon de la fête.

Verset 186

Réponse à une question. Des compagnons demandèrent au Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « Ô Messager d'Allah, notre Seigneur est-Il proche, pour que nous Lui parlions confidentiellement, ou lointain, pour que nous L'appelions ? » Et descendit : {Et quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi : Je suis proche} : Lui, l'Observateur, le Témoin, Celui qui connaît le secret et le plus caché, qui sait la trahison des yeux et ce que les poitrines cachent — proche aussi de qui L'invoque, par l'exaucement : {J'exauce l'appel de l'appelant quand il M'appelle}. L'invocation est de deux sortes : invocation d'adoration et invocation de demande ; et la proximité de deux sortes : proximité de science envers toute créature, et proximité envers Ses adorants et invocateurs, par exaucement, aide et réussite. Quiconque invoque son Seigneur le cœur présent, d'une invocation légale, sans empêchement à l'exaucement — nourriture illicite et semblables —, Allah lui a promis l'exaucement, surtout s'il réalise les causes de l'exaucement : répondre à Allah en suivant Ses commandements et interdictions, en parole et en acte, et croire en Lui, ce qui entraîne la réponse : {qu'ils répondent à Moi et qu'ils croient en Moi, afin qu'ils soient bien guidés} : qu'ils obtiennent la droiture — la guidée vers la foi et les œuvres pies — et que s'éloigne d'eux l'égarement contraire à la foi et aux œuvres pies ; car la foi en Allah et la réponse à Son ordre sont cause de la science : {Ô vous qui croyez, si vous craignez Allah, Il vous accordera un discernement}. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 187

Au début de la prescription du jeûne, il était interdit aux musulmans de manger, boire et s'unir de nuit après le sommeil : peine en advint à certains ; Allah l'allégea et permit, en toutes les nuits du jeûne, manger, boire et union, qu'on ait dormi ou non, puisqu'ils se trahissaient eux-mêmes en délaissant une partie de ce qui leur était commandé. {Allah agréa votre repentir} en vous élargissant une affaire qui, sans cet élargissement, entraînait la faute, {et vous pardonna} la trahison passée. {Maintenant}, après cette permission et largeur d'Allah, {cohabitez avec elles} : union, baiser, toucher et autre, {et cherchez ce qu'Allah a écrit pour vous} : visez, en votre union avec vos épouses, le rapprochement d'Allah — exalté soit-Il —, le but suprême de l'union : la descendance, la chasteté de son sexe et de celui de son épouse, et les fins du mariage ; et parmi ce qu'Allah a écrit pour vous : la Nuit du Destin (laylat al-qadr), qui tombe dans les nuits du jeûne de Ramadan : ne vous occupez pas de ce plaisir au point de la perdre : le plaisir se rattrape, la Nuit du Destin, une fois passée, ne se rattrape pas. {Et mangez et buvez jusqu'à ce vous distingue le fil blanc du fil noir de l'aube} : terme du manger, boire et union ; y est inclus que s'il mange etc. en doutant de la levée de l'aube, nul grief ; la preuve de la recommandation du repas de l'aube (suḥūr), par le commandement, et de son retardement, tiré du sens de la permission d'Allah et de Son aisance pour les serviteurs ; et la preuve qu'il se peut que l'aube le surprenne en état d'impureté majeure sans qu'il se soit lavé, et que son jeûne est valable — la permission de l'union jusqu'à la levée de l'aube entraînant nécessairement que l'aube le surprenne en état d'impureté, et le nécessaire du vrai est vrai. {Puis}, l'aube levée, {parachevez le jeûne} : l'abstention des rompants {jusqu'à la nuit} : le coucher du soleil. La permission de l'union aux nuits du jeûne n'étant pas générale — le retraitant (mu'takif) [en retraite spirituelle] ne le peut pas —, Il l'excepta : {et ne cohabitez pas avec elles pendant que vous êtes en retraite dans les mosquées}. Le verset prouve la légalité de la retraite (i'tikāf) [séjour en mosquée pour l'obéissance d'Allah et le recueillement auprès de Lui], qu'elle n'est valable qu'en mosquée — la détermination « les mosquées » indiquant les mosquées connues d'eux, où l'on établit les cinq prières —, et que l'union rompt la retraite. Ces choses mentionnées — interdiction de manger, boire, s'unir et autres rompants dans le jeûne, interdiction de rompre sans excuse, interdiction de l'union au retraitant, et semblables interdits — sont {les limites d'Allah} qu'Il a fixées à Ses serviteurs et interdites : {ne les approchez donc pas} — plus fort que « ne les faites pas », car l'approche englobe l'interdiction de faire l'interdit et celle de ses voies qui y mènent. Le serviteur est commandé de délaisser les interdits et de s'en éloigner autant qu'il peut, et de délaisser toute cause qui y mène ; quant aux commandements, Allah y dit : {Telles sont les limites d'Allah : ne les transgressez pas} : interdiction de les franchir. {Ainsi} : Allah a exposé à Ses serviteurs les jugements précédents de l'exposé parfait et les leur a éclaircis de l'éclaircissement complet, {Allah expose Ses signes aux gens afin qu'ils soient pieux} : quand le vrai leur est clair, ils le suivent ; quand le faux leur est clair, ils l'évitent — l'homme peut faire l'interdit par ignorance de son interdiction, et ne le ferait pas s'il savait ; quand Allah expose aux gens Ses signes, il ne leur reste ni excuse ni argument : cause de piété.

Verset 188

C'est-à-dire : ne prenez pas vos biens — les biens d'autrui : Il les leur a attribués parce que le musulman doit aimer pour son frère ce qu'il aime pour soi et respecter son bien comme le sien, et parce que manger le bien d'autrui invite autrui à manger le sien quand il le peut. La prise étant de deux sortes — avec droit ou sans droit —, l'interdit étant la prise sans droit, Il l'a ainsi restreinte : y entrent la prise par rapine, vol, trahison d'un dépôt ou d'un prêt et semblables ; la prise par échange interdit, comme les contrats d'usure et tous les jeux de hasard — prise de bien sans droit, n'étant contre aucune contrepartie licite ; la prise par tromperie dans vente, achat, location et semblables ; l'emploi des salariés et la dévoration de leur salaire, de même que leur prise d'un salaire pour un travail dont ils ne se sont pas acquittés ; la prise de salaire pour les adorations et œuvres pies qui ne sont valables que si la Face d'Allah y est visée ; la prise des zakāt, aumônes, fondations et legs sans droit ou au-delà du droit. Tout cela et semblables : prise de bien sans droit — interdit sous quelque rapport, dussent la contestation et la saisine du juge de la loi advenir, et le preneur sans droit alléguer un argument l'emportant sur celui du fondé, et le juge juger en sa faveur : le jugement du juge ne rend pas licite l'interdit ni licite l'interdit — il juge sur ce qu'il entend ; les réalités des choses demeurent : nul repos ni illusion dans le jugement du juge pour le spoliateur. Quiconque allègue au juge un argument vain et obtient jugement : cela ne lui est pas licite, il mange le bien d'autrui sans droit, en faute, le sachant — sa punition plus grande, son châtiment plus dur. Sur ce fondement : le mandataire qui sait son mandant mensonger dans sa prétention ne peut plaider pour le traître : {ne sois pas avocat des traîtres}.

Verset 189

Sa parole : {Ils t'interrogent sur les croissants} — pluriel de hilāl : quelle leur utilité et sagesse, ou leur nature même. {Dis : ce sont des marques de temps pour les gens} : Allah, par Sa finesse et Sa miséricorde, les a mises à ce régime : le croissant paraît faible en début de mois, croît jusqu'à sa moitié, puis décroît jusqu'à sa complétion — ainsi les gens connaissent-ils les temps de leurs adorations : jeûne, moments de la zakāt et des expiations, temps du pèlerinage ; celui-ci tombant en mois connus et occupant beaucoup de temps : {et du pèlerinage}. De même se connaissent les échéances des dettes différées, la durée des baux, celle des délais de viduité et de grossesse, et le reste des besoins de la création : Allah en fit un comput que chacun connaît, petit et grand, savant et ignorant — si le comput était solaire, ne le connaîtrait que le rare. {Et la piété ne consiste pas à entrer dans les maisons par leurs fonds} : comme faisaient les Anṣār et d'autres Arabes : une fois en état de sacralisation, ils n'entraient pas dans les maisons par leurs portes, par dévotion, croyant que piété — Allah informa que ce n'est point là piété, car Il ne le leur a pas légiféré, et quiconque adore d'une adoration qu'Allah et Son messager n'ont pas légiférée adore par innovation ; et Il leur commanda d'entrer par les portes, pour l'aisance — règle des règles de la Loi. On tire de l'allusion du verset : en toute affaire, venir par la voie aisée et proche qui y a été faite conduire. Le commandeur du convenable et l'interdicteur du blâmable doivent considérer l'état de l'interpellé, user de douceur et de politique par quoi le but s'obtient, en tout ou partie ; l'apprenant et l'enseignant doivent prendre le chemin le plus court et le plus aisé atteignant le but ; ainsi quiconque entreprend une affaire et vient à elle par ses portes et y persiste obtient nécessairement le but, par l'aide du Roi adoré. {Et craignez Allah} : telle est la piété commandée : demeurer dans Sa crainte, en accomplissant Ses commandements et évitant Ses interdictions — cause de la réussite : obtenir le recherché et échapper au redouté. Qui ne craint pas Allah n'a point de voie vers la réussite ; qui Le craint obtient réussite et succès.

Verset 190

Ces versets contiennent le commandement du combat dans la voie d'Allah — après l'émigration à Médine, quand les musulmans furent capables de combattre, Allah le leur commanda après qu'ils avaient reçu ordre de retenir leurs mains. La particularisation du combat {dans la voie d'Allah} est incitation à la sincérité et interdiction des combats de sédition entre musulmans. {Ceux qui vous combattent} : ceux qui sont prêts à vous combattre — les hommes responsables, non les vieillards sans conseil ni combat. L'interdiction de l'agression embrasse toutes ses sortes : tuer qui ne combat pas — femmes, insensés, enfants, moines et semblables —, mutiler les tués, tuer les animaux et couper les arbres sans intérêt revenant aux musulmans ; et fait partie de l'agression : combattre quiconque accepte de payer la jizya [capitation des non-musulmans] quand il l'offre : cela est interdit.

Verset 191

{Et tuez-les où que vous les trouviez} : commandement de les combattre partout où on les trouve, en tout temps — combat défensif et offensif —, puis exception à cette généralité : les combattre {près de la Mosquée sacrée}, ce qui n'est permis que s'ils commencent le combat : ils seront alors combattus en punition de leur agression — cela demeure en tout temps jusqu'à ce qu'ils cessent de leur mécréance et embrassent l'islam : Allah agréera leur repentir, dussent-ils avoir commis mécréance en Allah et association dans la Mosquée sacrée et détournement du Messager et des croyants : c'est de Sa miséricorde et Sa générosité envers Ses serviteurs. Le combat près de la Mosquée sacrée pouvant être cru corruption en ce territoire sacré, Allah informa que la corruption de la tentation (fitna) [ici : l'association et le détournement de Sa religion] y est plus grave que la corruption du meurtre : nul embarras pour vous, musulmans, à les combattre. On tire de ce verset la règle célèbre : on commet la moindre des deux corruptions pour repousser la plus grande.

Verset 193

Puis Il exposa le but du combat dans Sa voie : ce n'est point verser le sang des mécréants ni prendre leurs biens, mais que {la religion soit à Allah} : la religion d'Allah manifestée sur toutes les religions, et repousser tout ce qui lui fait face, association et autre — c'est cela la tentation. Ce but obtenu : ni meurtre ni combat. {S'ils cessent}, de vous combattre près de la Mosquée sacrée, {nulle agression que contre les injustes} : pas d'agression de votre part envers eux, sauf l'injuste d'entre eux : il mérite punition à la mesure de son injustice.

Verset 194

Allah — exalté soit-Il — dit : {Le mois sacré pour le mois sacré} : on peut viser l'événement : le détournement des associateurs empêchant le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et ses compagnons d'entrer à La Mecque l'année d'al-Ḥudaybiyya, avec convention d'entrée l'année suivante : l'empêchement et la compensation eurent lieu en mois sacré, dhū al-qa'da : celui-ci pour celui-ci — d'où consolation des cœurs des compagnons par l'achèvement de leur rite. On peut aussi viser : si vous les combattez au mois sacré, ils vous y ont combattus, eux les agresseurs : nul embarras pour vous — et alors Sa parole {et les choses sacrées relèvent du talion} est particularisation après généralisation : toute chose respectée — mois sacré, territoire sacré, sacralisation, ou plus généralement tout ce que la Loi ordonne de respecter — quiconque l'outrage en subit le talion : qui combat au mois sacré est combattu ; qui viole le territoire sacré subit la peine sans sacralité ; qui tue son égal est tué pour lui ; qui blesse ou coupe un membre en subit le talion ; qui prend le bien respecté d'autrui en rend la valeur. Le détenteur du droit peut-il prendre du bien [du débiteur] à la mesure de son droit ? Les savants divergent ; le préférable : si la cause du droit est apparente — l'hôte que nul autre n'héberge, l'épouse et le proche dont le débiteur de la charge refuse la dépense —, il peut prendre de son bien ; si la cause est cachée — dette niée, dépôt trahi, vol —, il ne le peut pas, par harmonie des preuves. C'est pourquoi Allah dit, en confirmation : {quiconque vous agresse, agressez-le à la mesure de son agression} : définition du talion : l'égalité en réponse à l'agresseur. Les âmes, le plus souvent, ne s'arrêtant pas à leur limite quand la punition est permise, cherchant la vengeance, Allah commanda de demeurer dans Sa crainte — s'arrêter à Ses limites sans les franchir — et informa qu'Il est {avec les pieux} : par aide, secours, soutien et réussite — quiconque Allah est avec lui obtient le bonheur éternel ; quiconque délaisse la piété, son allié l'abandonne et le laisse à lui-même : sa perte lui est plus proche que la veine jugulaire.

Verset 195

Allah commande à Ses serviteurs la dépense dans Sa voie : sortir les biens dans les voies menant à Allah — toutes les voies du bien : aumône au pauvre ou au proche, dépense pour qui lui est dû — et le plus grand, la première entrante : la dépense dans le jihād dans la voie d'Allah : y dépenser est un jihād par le bien, obligation comme le jihād par le corps ; ses intérêts immenses : aider à fortifier les musulmans et [à] affaiblir l'association et ses gens, établir et glorifier la religion d'Allah. Le jihād dans la voie d'Allah ne tient que sur la jambe de la dépense : elle est pour lui comme l'âme, il ne peut exister sans elle ; délaisser d'y dépenser, c'est annuler le jihād et donner pouvoir aux ennemis et accroître leur acharnement — d'où Sa parole : {et ne vous jetez pas de vos propres mains à la perdition}, comme l'explication de cela. Se jeter à la perdition revient à deux choses : délaisser ce qui est commandé quand ce délaissement entraîne ou approche la perte du corps ou de l'âme ; et faire ce qui mène à la perte de soi ou de l'âme — d'où beaucoup de cas : délaisser le jihād dans la voie d'Allah ou la dépense y afférente, qui donne pouvoir aux ennemis ; s'exposer au péril dans un combat, un voyage dangereux, un lieu à bêtes ou serpents ; monter à un arbre ou édifice périlleux ; entrer sous ce qui comporte danger ; persévérer dans les désobéissances d'Allah et désespérer du repentir ; délaisser les obligations dont l'abandon perd l'âme et la religion. La dépense dans la voie d'Allah étant une sorte de bienfaisance, Il commanda la bienfaisance en général : {et faites le bien : Allah aime les bienfaisants} — ce qui embrasse toutes ses sortes, n'étant point restreint : la bienfaisance par le bien, comme dit ; par l'influence, les intercessions et semblables ; le commandement du convenable, l'interdiction du blâmable, l'enseignement du savoir profitable ; satisfaire les besoins des gens : dissiper leurs peines, lever leurs difficultés, visiter leurs malades, suivre leurs convois, guider leur égaré, aider quiconque œuvre, œuvrer pour qui ne sait pas œuvrer, et semblables bienfaits commandés par Allah. Y entre aussi la bienfaisance dans l'adoration d'Allah — exalté soit-Il —, comme dit le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « adorer Allah comme si tu Le voyais : si tu ne Le vois pas, Lui te voit. » Quiconque est paré de ces qualités est de ceux dont Allah dit : {à ceux qui ont bien fait, la très belle récompense et un surcroît} — Allah avec lui, le dirigeant, le guidant, l'aidant en toutes ses affaires. Après les règles du jeûne et du combat, Il mentionna les règles du pèlerinage :

Verset 196

De Sa parole {et parachevez le pèlerinage et la 'umra} on tire : l'obligation du pèlerinage et de la 'umra ; l'obligation de les parachever par leurs piliers et obligations, prouvés par l'acte du Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et sa parole : « Prenez de moi vos rites » ; un argument pour qui tient l'obligation de la 'umra ; qu'ils doivent être parachevés une fois commencés, même surérogatoires ; le commandement de les parfaire et bien faire — degré au-delà du nécessaire ; le commandement de les rendre sincères {pour Allah} ; que le sacralisé n'en sort par rien jusqu'à les parfaire, sauf l'exception d'Allah : l'empêchement. {Si vous êtes empêchés} : retenus d'accéder à la Maison pour les parfaire — maladie, égarement, ennemi et autres empêchements — {alors ce qui est aisé de l'offrande} : égorgez ce qui est aisé : un septième de chamelle ou de bovin, ou une brebis, que l'empêché égorge ; il se rase et sort de sa sacralisation à cause de l'empêchement, comme firent le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et ses compagnons quand les associateurs les détournèrent l'année d'al-Ḥudaybiyya ; s'il ne trouve l'offrande : dix jours de jeûne en compensation, comme pour le jouisseur (mutamatti'), puis il sort de la sacralisation. {Et ne vous rasez pas les têtes jusqu'à ce que l'offrande parvienne à son lieu} : des interdits de la sacralisation : ôter les cheveux, par rasage ou autre — le sens est un, de la tête ou du corps — car le but est l'ébouriffé et l'interdiction du confort par l'ablation, ce qui existe pour le reste des cheveux ; beaucoup de savants ont étendu au rognage des ongles, par la communauté du confort. L'interdit dure jusqu'à ce que l'offrande parvienne à son lieu : le jour du sacrifice ; le mieux : raser après le sacrifice, comme le verset l'indique. On en tire que le jouisseur qui a conduit l'offrande ne sort pas de sa 'umra avant le jour du sacrifice : ayant tourné et couru pour la 'umra, il se sacralise pour le pèlerinage, sans désacralisation du fait de l'offrande conduite — Allah l'a interdit pour l'humilité, la soumission et l'abaissement devant Lui, qui sont l'intérêt même du serviteur, sans nuisance ; si nuisance il y a — mal où le rasage lui est utile, ulcères, poux —, il peut se raser, avec compensation : trois jours de jeûne, ou nourrir six pauvres, ou une offrande valant un sacrifice, au choix — l'offrande meilleure, puis l'aumône, puis le jeûne. Semblablement tout ce qui est de ce genre : rognage des ongles, couvrir la tête, vêtement cousu, parfum — permis en cas de nécessité avec la compensation dite, car le but de tout est d'ôter le confort. {Puis, quand vous êtes en sécurité} : capables de la Maison sans empêchement d'ennemi ni autre — {quiconque jouit de la 'umra jusqu'au pèlerinage} : y parvient par elle et jouit de la jouissance après en avoir fini — {ce qui est aisé de l'offrande} : lui incombe ce qui est aisé : ce qui vaut sacrifice — sang de rite en contrepartie de l'obtention des deux rites en un seul voyage, et de la faveur d'Allah de jouir de la jouissance après la 'umra et avant le pèlerinage ; semblablement la jointure (qirān) [réunir les deux rites en une seule sacralisation], qui obtient les deux rites ; le sens impliqué : celui qui fait le pèlerinage isolé ne doit pas d'offrande. Le verset prouve la permission, mieux : la préférence de la jouissance (tamattu') et sa licéité dans les mois du pèlerinage. {Quiconque ne trouve} pas l'offrande ou son prix : {trois jours de jeûne dans le pèlerinage} — leur début : dès la sacralisation de la 'umra ; leur fin : trois jours après le sacrifice, jours de lapidation et de station à Minā ; le meilleur : jeûner le sept, le huit et le neuf — {et sept quand vous serez revenus} : quitté les œuvres du pèlerinage : permis à La Mecque, en route, ou à l'arrivée chez soi. L'obligation de l'offrande au jouisseur {est pour quiconque sa famille n'est pas présente à la Mosquée sacrée} : en étant à distance de raccourcissement ou plus, ou éloignée selon l'usage — celui-là doit l'offrande, ayant obtenu les deux rites en un voyage ; quant à celui dont la famille est présente à la Mosquée sacrée : pas d'offrande, faute de cause. {Et craignez Allah} en toutes vos affaires, accomplissant Ses commandements et évitant Ses interdictions — y compris ces commandements et ces interdits dits au verset — {et sachez qu'Allah est dur en punition} pour qui Lui désobéit : ce qui motive la piété — qui craint la punition d'Allah s'abstient de ce qui l'entraîne, comme qui espère Sa récompense œuvre à ce qui y mène ; qui ne craint ni n'espère assaille les interdits et se hardit à délaisser les obligations.

Verset 197

Allah informe que {le pèlerinage} a lieu en {mois connus} des interlocuteurs, célèbres, sans besoin de les déterminer, comme le jeûne exigea la détermination de son mois et les temps des cinq prières leur exposition — le pèlerinage relevait de la religion d'Abraham, continue dans sa descendance, connu d'eux. Les mois connus selon la majorité : shawwāl, dhū al-qa'da et dix de dhū al-ḥijja — c'est en eux qu'a lieu le plus souvent la sacralisation du pèlerinage. {Quiconque y établit le pèlerinage} : s'en sacralise — l'entrée en fait une obligation, même surérogatoire. Al-Shāfi'ī et ses suiveurs en ont tiré l'interdiction de la sacralisation avant ses mois ; je dis : si l'on disait [qu']il y a là indication pour la thèse de la majorité — la validité de la sacralisation avant les mois —, ce serait proche : {quiconque y établit le pèlerinage} prouve que l'établissement peut survenir en ces mois, ou ne pas y survenir — sinon la restriction serait inutile. {Pas de turpitude, ni perversité, ni dispute dans le pèlerinage} : magnifiez la sacralisation, surtout en ses mois, et préservez-la de tout ce qui la corrompt ou la diminue : la turpitude — l'union charnelle et ses préliminaires, en acte et parole, surtout devant les femmes ; la perversité — toutes les désobéissances, dont les interdits de la sacralisation ; la dispute — la chicane, la contestation et la querelle, qui excitent le mal et entraînent l'inimitié. Le but du pèlerinage est l'humilité et l'abaissement devant Allah, le rapprochement par toutes les œuvres possibles, et l'épuration des approches du péché : ainsi il est « agréé » (mabrūr) [pieusement accompli], et l'agréé n'a d'autre part que le Paradis. Ces choses, interdites partout et toujours, voient l'interdiction s'aggraver en pèlerinage. Le rapprochement n'est parfait par le délaissement des péchés qu'avec l'accomplissement des commandements : {et tout bien que vous faites, Allah le sait} — « min » pour la généralité : tout bien, rapprochement et adoration y entre : Allah le sait — extrême incitation aux œuvres du bien, surtout en ces lieux nobles et sanctuaires élevés : rattraper ce qui peut l'être : prière, jeûne, aumône, ṭawāf, bienfaisance verbale et effective. Puis Il commanda de se pourvoir pour ce voyage béni : s'en pourvoir, c'est se passer des créatures et s'abstenir de leurs biens, demande et convoitise ; en abonder profite, aide les voyageurs et accroît le rapprochement du Seigneur des mondes. Cette provision qui soutient le corps est une simple ressource ; la vraie provision, d'un profit continu en ce monde et dans l'autre, est la provision de la piété, vers la demeure du séjour, qui mène au plaisir le plus parfait et au plus immense bonheur, toujours et à jamais. Quiconque délaisse cette provision est le démuni, exposé à tout mal, empêché d'atteindre la demeure des pieux : éloge de la piété — puis Il commanda aux gens d'intelligence : {et craignez-Moi, ô gens d'intelligence} : ô vous aux raisons solides, craignez votre Seigneur, dont la crainte est ce que les raisons commandent le plus, et dont l'abandon prouve l'ignorance et la corruption du jugement.

Verset 198

Après le commandement de la piété, Allah informa que rechercher Sa faveur par le gain aux saisons du pèlerinage et ailleurs n'est point défendu, si cela n'occupe pas de ce qu'Il aime, le but étant le pèlerinage et le gain étant licite, rapporté à la faveur d'Allah — non à l'habileté du serviteur, l'arrêt à la cause et l'oubli du Causeur : cela serait la défense même. Sa parole {puis, quand vous déferlez de 'Arafāt, rappelez Allah au Sanctuaire noble} prouve : la station à 'Arafāt, connue pour être un pilier du pèlerinage — le déferlement de 'Arafāt n'étant qu'après la station ; le commandement du rappel d'Allah au Sanctuaire noble — Muzdalifa, connue : y passer la nuit du sacrifice, et après l'aube stationner à Muzdalifa en invoquant jusqu'à la pleine clarté ; y entre l'accomplissement des devoirs et surérogatoires ; la station à Muzdalifa postérieure à celle à 'Arafāt, à preuve le « fā' » et l'ordre ; qu'Arafāt et Muzdalifa sont tous deux des rites du pèlerinage dont l'accomplissement et la manifestation sont visés ; que Muzdalifa est dans le sacré, à preuve sa restriction « noble » ; que 'Arafāt est hors du sacré, sens impliqué de la restriction à Muzdalifa. {Et rappelez-Le comme Il vous a guidés : vous étiez avant cela parmi les égarés} : rappelez Allah comme Il vous a comblés de la guidée après l'égarement, et vous a appris ce que vous ne saviez pas : des plus grandes faveurs, dont il faut rendre grâce par le rappel du Bienfaiteur, du cœur et de la langue.

Verset 199

{Puis déferlez d'où déferle le peuple} : de Muzdalifa, d'où déferle le peuple depuis Ibrāhīm — sur lui la paix — jusqu'à maintenant, le but de ce déferlement étant connu d'eux : lapidation des stèles, immolation des offrandes, ṭawāf et course, station à Minā les nuits du tashrīq, achèvement du reste des rites. Ce déferlement visant ce qui fut dit — lesdites choses étant la fin des rites —, Il commanda à la fin l'imploration du pardon et l'abondance du rappel : le pardon pour la défaillance du serviteur dans son adoration et son insuffisance ; le rappel : la gratitude envers Allah de la faveur de la réussite à cette immense adoration. Ainsi le serviteur, chaque fois qu'il achève une adoration : implorer le pardon du manquement et remercier de la réussite — non comme celui qui croit avoir parachevé l'adoration et en fait grâce à son Seigneur, s'en faisant un rang et une station élevée : celui-là mérite le rejet et le refus de l'œuvre, comme le premier mérite l'acceptation et la réussite à d'autres œuvres. {200 – 201 – 202} Puis Allah informa des états de la création : tous Lui demandent leurs buts et Lui demandent d'écarter ce qui les nuit, mais leurs visées diffèrent : {il en est qui dit : "Seigneur, donne-nous en ce monde"} : il Lui demande de ce monde ce qui est de ses désirs, sans part dans la Dernière Demeure, la dédaignant, son ambition bornée au monde ; et il en est qui invoque Allah pour l'intérêt des deux demeures, s'en remettant à Lui pour les affaires de sa religion et de son monde. Chacun des deux a part de son gain et de son œuvre, et Allah les rétribuera selon leurs œuvres, ambitions et intentions, rétribution oscillant entre justice et faveur, dont Il est loué de la louange la plus parfaite. Le verset prouve qu'Allah exauce tout invocateur, musulman, mécréant ou pervers — mais Son exaucement de l'invocation n'est pas preuve d'amour et de proximité, sinon dans les buts de la Dernière Demeure et les affaires de la religion. Le bien demandé en ce monde embrasse tout ce dont l'obtention est bonne : subsistance large et licite, épouse vertueuse, enfant réjouissant l'œil, repos, savoir profitable, œuvre pie, et les buts aimés et permis ; le bien de la Dernière Demeure : la sécurité des punitions — tombe, station, Feu —, l'obtention de l'agrément d'Allah, la félicité durable, la proximité du Seigneur Miséricordieux. Cette invocation est la plus complète et la plus digne d'être préférée — voilà pourquoi le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — la multipliait et y exhortait.

Verset 203

Allah commande Son rappel aux jours comptés : les trois jours du tashrīq après la fête, pour leur mérite et noblesse, parce que le reste des rites s'y accomplit et que les gens y sont les hôtes d'Allah — c'est pourquoi les jeûner est interdit : le rappel y a une excellence propre. Le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — dit : « Les jours du tashrīq sont jours de manger, de boire et de rappeler Allah. » Y entrent le rappel d'Allah : à la lapidation des stèles, à l'immolation, le rappel restreint après les devoirs ; certains savants ont même dit qu'on y recommande la glorification absolue comme aux Dix — cela n'est pas loin. {Quiconque s'empresse en deux jours} : quitte Minā et en part avant le coucher du soleil du second jour, {nul péché sur lui ; et quiconque s'attarde} : y passe la troisième nuit et lapide le lendemain, {nul péché sur lui} : allègement d'Allah envers Ses serviteurs, permettant les deux ; mais il est notoire que, les deux étant permis, s'attarder est meilleur : plus d'adoration. La négation du grief pouvant être entendue du dit et d'autre chose — le grief étant nié au pressé et à l'attardé seulement —, Il restreignit : {pour quiconque est pieux} : craint Allah en toutes ses affaires et états du pèlerinage : qui craint Allah en toute chose obtient la négation du grief en toute chose ; qui Le craint en une chose et pas en une autre, la rétribution selon l'espèce de l'acte. {Et craignez Allah} : accomplissant Ses commandements, évitant Ses désobéissances ; {et sachez que c'est vers Lui que vous serez rassemblés} : Il vous rétribuera de vos œuvres — qui Le craint trouve la récompense de la piété auprès de Lui ; qui ne Le craint pas, Il le punit du plus dur châtiment. Savoir la rétribution est des plus grands moteurs de la piété : voilà pourquoi Il y exhorta.

Verset 204

Après le commandement d'abonder dans Son rappel, surtout aux temps éminents — qui est bien, intérêt et piété —, Allah informa de l'état de qui parle de sa langue quand son acte contredit sa parole : la parole ou élève l'homme ou l'abaisse. {Il est des gens dont la parole te plaît en la vie présente} : quand il parle, sa parole ravit l'auditeur ; quand il énonce, tu crois qu'il parle utilement — et il confirme ce qu'il dit en ce qu'{il prend Allah à témoin de ce qui est dans son cœur} : il dit qu'Allah sait que son cœur est conforme à son énoncé — il ment, car son acte contredit sa parole : s'il était véridique, parole et acte s'accorderaient, comme le croyant non hypocrite. C'est pourquoi : {et c'est le plus dur des adversaires} : si tu le contestes, tu trouves en lui acharnement, dureté et sectarianisme, et ce qui s'ensuit — des défauts des caractères, non des mœurs des croyants, dont la monture est la facilité, la fonction la docilité au vrai, la nature la mansuétude.

Verset 205

{Et quand il se détourne} — celui dont la parole te plaît, quand il s'éloigne de toi —, {il s'emploie sur terre à la corrompre} : s'applique aux œuvres des désobéissances, qui sont corruption sur terre : à cause de cela périssent {les cultures et le bétail} : récoltes, fruits et troupeaux se perdent, diminuent, et leur bénédiction décroît du fait de l'œuvre des désobéissances. {Et Allah n'aime pas la corruption} : s'Il n'aime pas la corruption, Il hait à l'extrême le serviteur corrupteur sur terre, dût-il dire de sa langue une belle parole. Le verset prouve que les paroles émanant des personnes ne prouvent ni véracité ni mensonge, ni piété ni impiété, jusqu'à ce que paraisse l'œuvre qui les authentifie et les épure ; qu'il faut éprouver les états des témoins, du fondé et du vain parmi les gens, par la piété de leurs œuvres et la considération des indices de leurs états, et ne pas se laisser prendre à leurs travestissements et auto-louanges. Puis Il mentionna que ce corrupteur sur terre par les désobéissances d'Allah, quand on lui commande la crainte d'Allah, s'enorgueillit et s'offense :

Verset 206

{Et la puissance le saisit dans son péché} : il allie l'œuvre des désobéissances et l'orgueil envers les conseillers — {que le Feu lui suffise} : demeure des désobéissants et des orgueilleux — {et quelle détestable couche !} : établissement et demeure : châtiment durable, peine sans fin, désespoir continuel : le châtiment ne leur est pas allégé et ils n'espèrent point la récompense, en punition de leur crime et réponse à leurs œuvres — refuge auprès d'Allah contre leurs états !

Verset 207

[Ceux-là sont les bien guidés, qui vendirent leurs âmes, les bradèrent et les dépensèrent, recherchant l'agrément d'Allah et dans l'espoir de Sa récompense : ils ont payé le prix au Riche Fidèle, Compatissant envers les serviteurs, dont la compassion et la miséricorde sont de les avoir rendus capables de cela — et Il a promis d'en répondre : {Allah a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens : à eux le Paradis...} jusqu'à la fin du verset. En ce verset, Il informe qu'ils achetèrent leurs âmes et les dépensèrent, et informe de Sa compassion qui obtient ce qu'ils ont cherché et donne ce en quoi ils ont espéré : ne demande plus ce que leur obtient le Généreux, et la réussite et l'honneur qui les atteignent !]

Verset 208

Commandement d'Allah aux croyants d'entrer {dans la paix, tous ensemble} : dans toutes les lois de la religion, sans en rien délaisser, et de n'être point de ceux qui prennent leur passion pour divinité : si l'ordre légiféré agrée leur passion, ils font ; s'il la contredit, ils délaissent — l'obligation est que la passion suive la religion, qu'on fasse tout le bien dont on est capable, et ce dont on est incapable, qu'on l'assume et l'intentionne : on l'obtient par l'intention. L'entrée dans la paix tout entière n'étant possible et concevable qu'en contredisant les voies de Satan : {et ne suivez pas les pas de Satan} : en œuvrant les désobéissances d'Allah. {Il est pour vous un ennemi manifeste} : l'ennemi manifeste ne commande que mal, turpitude et ce qui vous nuit. Le serviteur ne manquant pas de défaillance et de trébuchement :

Verset 209

{Si vous trébuchez après que les preuves vous sont venues} : sur savoir et certitude — {sachez qu'Allah est puissant, sage} : il y a là menace terrible et effroi exigeant d'abandonner le trébuchement : le Puissant au rang élevé, le Sage, quand le désobéissant Lui désobéit, le domine par Sa puissance et le châtit selon Sa sagesse — de Sa sagesse : châtier les désobéissants et les criminels.

Verset 210

Il y a là menace et intimidation à en faire déchirer les cœurs. Allah dit : qu'attendent les artisans de corruption sur terre, les suiveurs des pas de Satan, les rejeteurs de l'ordre d'Allah, sinon le jour de la rétribution des œuvres — jour bourré d'effrois, de duretés et d'horreurs, de quoi bouleverser les cœurs des injustes et d'accomplir la mauvaise rétribution des corrupteurs ? Ce jour-là, Allah ploie les cieux et la terre, les astres se dispersent, soleil et lune sont enroulés, les anges nobles descendent et cerclent les créatures, et le Créateur — exalté et béni soit-Il — descend {dans des ombres de nuées} pour trancher entre Ses serviteurs par le jugement équitable : les balances sont posées, les registres déployés, les visages des gens de félicité blanchissent, ceux des gens de malheur noircissent, les gens du bien se distinguent des gens du mal, chacun rétribué de son œuvre. Là, l'injuste se mord les mains quand il connaît la réalité de son état. Ce verset et ses semblables prouvent la doctrine des gens de la Sunna et du consensus, qui affirment les attributs volontaires — l'établissement (istiwā'), la descente, la venue et autres attributs dont Allah S'est informé Lui-même ou que Son messager a annoncés de Lui — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — : ils les affirment de la manière qui sied à la majesté et grandeur d'Allah, sans assimilation ni altération — contrairement aux négateurs en leurs espèces : jahmites, mu'tazilites, ash'arites et semblables, qui nient ces attributs et interprètent pour eux les versets d'interprétations sur lesquelles Allah n'a point fait descendre d'autorité : leur réalité est d'attaquer l'exposé d'Allah et de Son messager, et de prétendre que c'est leur parole qui guide en ce chapitre. Ils n'ont ni preuve textuelle ni preuve rationnelle. Textuelle : ils ont confessé que les textes du Livre et de la Sunna, leur apparent — mieux : leur explicite —, indiquent la doctrine des gens de la Sunna, et que pour la faire dire leur doctrine vaine, il faut les faire sortir de leur apparent, y ajouter et en retrancher — nul n'y consent, s'il a en son cœur le poids d'un atome de foi. Rationnelle : la raison n'indique pas la négation de ces attributs ; elle indique que l'agent est plus parfait que celui qui ne peut agir, et que Son acte — portant sur Lui-même ou sur Sa création — est perfection. S'ils prétendent que l'affirmation induit l'assimilation à Sa création, on leur répond : la question des attributs suit celle de l'essence : de même qu'Allah a une essence que les essences ne ressemblent pas, Allah a des attributs que les attributs ne ressemblent pas — Ses attributs suivent Son essence, les attributs de Sa création suivent leurs essences : leur affirmation n'induit aucune assimilation. Et à qui affirme certains attributs et en nie certains, ou affirme les noms sans les attributs : ou bien affirme le tout, comme Allah se l'est affirmé et Son messager le Lui a affirmé ; ou bien nie le tout et renie le Seigneur des mondes — affirmer une partie et nier une partie est contradiction : distingue donc ce que tu affirmes de ce que tu nies, tu n'y trouveras point de voie. Si tu dis : ce que j'affirme n'induit pas l'assimilation, les gens de la Sunna et de l'affirmation te disent : ce que tu nies n'y induit pas non plus ; si tu dis : je ne conçois de ce que je nie que l'assimilation, les négateurs te disent : nous ne concevons de ce que tu affirmes que l'assimilation — ce par quoi tu as répondu aux négateurs, les gens de la Sunna te le retournent pour ce que tu nies. En somme : quiconque nie une chose et en affirme une autre de ce dont le Livre et la Sunna prouvent l'affirmation se contredit : il ne tient ni preuve légale ni rationnelle — il contredit le rationnel et le transmis.

Verset 211

Allah dit : {Interroge les enfants d'Israël : combien Je leur ai donné de signes clairs} indiquant le vrai et la véracité des messagers — ils s'en convainquirent et les connurent, mais ne s'acquittèrent pas de la gratitude de cette faveur : ils y mécroyèrent et échangèrent la faveur d'Allah contre la mécréance : ils méritèrent qu'Allah fasse descendre Son châtiment et les prive de Sa récompense. Allah a nommé l'ingratitude de la faveur « échange » : quiconque Allah accorde une faveur religieuse ou mondaine et ne la remercie ni ne s'en acquitte, elle s'évanouit de lui, s'en va, remplacée par mécréance et désobéissances — la mécréance devient l'échange de la faveur ; quant à qui remercie Allah et s'en acquitte, elle s'affirme et demeure, et Allah l'en accroît.

Verset 212

Allah informe que ceux qui mécrurent en Allah, Ses versets et Ses messagers, sans se soumettre à Sa loi, virent la vie présente embellie : embellie à leurs yeux et cœurs, ils s'en satisfirent, s'y installèrent : leurs passions, volontés et œuvres furent toutes pour elle ; ils s'y tournèrent, s'acharnèrent à l'obtenir, la magnifièrent, magnifièrent qui y partagea leur fait, méprisèrent les croyants, s'en moquèrent, dirent : « Ceux-là, qu'Allah aurait-Il comblés parmi nous ? » — faiblesse de leurs raisons et de leur vue courte : le monde est demeure d'épreuve et de test, le malheur y atteindra gens de foi et d'ingratitude ; mais le croyant, si le mal l'atteint, patiente et place sa récompense auprès d'Allah : Allah l'allège par sa foi et sa patience d'une manière que nul autre n'a. L'affaire et la préférence réelle sont dans la demeure durable : {ceux qui sont pieux sont au-dessus d'eux au Jour de la résurrection} : les pieux aux degrés les plus hauts, jouissant des sortes de félicité, de joie et d'allégresse ; les mécréants au-dessous, aux profondeurs les plus basses, châtiés des sortes de châtiment, d'humiliation et de malheur éternel sans fin — consolation pour les croyants, blâme pour les mécréants. Les subsistances des deux mondes ne s'obtenant que par le décret d'Allah, et ne s'atteignant que par Sa volonté : {Allah attribue à qui Il veut sans compte} : la subsistance mondaine atteint croyant et mécréant ; mais la subsistance des cœurs — savoir, foi, amour d'Allah, Sa crainte, Son espérance et semblables —, Il ne la donne qu'à qui Il aime.

Verset 213

[C'est-à-dire : ils étaient rassemblés sur la guidée — durant dix siècles après Noé — sur lui la paix — ; quand ils divergèrent en religion, une partie mécroyant, l'autre demeurant sur la guidée, la dispute survint, Allah envoya les messagers pour trancher entre les créatures et établir la preuve contre elles. On a dit aussi :] les hommes étaient rassemblés sur mécréance, égarement et malheur, sans lumière ni foi : Allah leur fit miséricorde en leur envoyant les messagers, {annonciateurs} à quiconque obéit à Allah des fruits des obéissances — subsistance, force du corps et du cœur, vie bonne, et au sommet : l'obtention de l'agrément d'Allah et du Paradis —, {avertisseurs} à quiconque désobéit des fruits de la désobéissance — privation de subsistance, faiblesse, humiliation, vie étroite, et au pire : la colère d'Allah et le Feu. Et Il fit descendre sur eux les livres avec le vrai : les informations véridiques et les commandements équitables. Tout ce que contiennent les livres est vrai, tranchant entre les divergents, en fondements et en détails. À la divergence et à la dispute, il faut renvoyer à Allah et à Son messager — s'il n'y avait pas dans Son livre et la Sunna de Son messager la solution du litige, Il n'aurait pas commandé d'y renvoyer. Après avoir mentionné Sa faveur immense — la descente des livres aux gens du Livre —, ce qui exigeait leur accord et leur union, Il informa qu'ils furent injustes les uns aux autres, que dispute, querelle et divergence abondèrent : ils divergèrent sur le livre sur lequel ils auraient dû être les premiers à s'unir — après l'avoir su et su avec certitude par les signes clairs et les preuves décisives —, s'égarant d'un égarement lointain. Et Allah guida {ceux qui ont cru} de cette communauté {à ce du vrai sur quoi ils divergèrent} : tout point où les gens du Livre se sont trompés de vrai et de juste, Allah a guidé cette communauté au vrai en cela {par Sa permission} : Sa facilitation, Sa miséricorde. {Et Allah guide qui Il veut vers un droit chemin} : Allah a englobé la création dans l'appel au droit chemin, par justice et établissement de preuve — qu'ils ne disent pas : nul annonciateur ni avertisseur ne nous est venu —, et guide, par Sa faveur, Sa miséricorde, Son aide et Sa finesse, qui Il veut de Ses serviteurs : ceci est Sa faveur et Sa bienfaisance, cela Sa justice et Sa sagesse — exalté et béni soit-Il.

Verset 214

Allah — exalté et béni soit-Il — informe qu'Il ne manque pas d'éprouver Ses serviteurs par l'aisance et l'adversité et la peine, comme Il le fit pour leurs prédécesseurs : telle est Sa sunna courante, qui ne change ni ne varie : quiconque se tient à Sa religion et Sa loi, Il l'éprouve nécessairement. Qui patiente dans l'ordre d'Allah, sans se soucier des peines sur sa route, est le véridique, qui a obtenu la perfection du bonheur et l'instrument de la noblesse ; qui tient la tentation des gens pour le châtiment d'Allah — les peines le détournant de sa voie, les épreuves le déviant de son but — est le menteur dans sa prétention de foi : la foi n'est ni parure ni souhait ni prétentions, jusqu'à ce que les œuvres l'authentifient ou la démentent. Aux communautés antérieures advint ce qu'Allah a raconté : {l'adversité et la calamité les touchèrent} — pauvreté et maladies en leurs corps —, {et ils furent ébranlés} : des sortes de frayeurs — menace de mort, exil, prise des biens, mise à mort des aimés, genres de maux —, jusqu'à ce que l'ébranlement les portât à trouver long le secours d'Allah malgré leur certitude : à cause de la dureté et de l'étroitesse, {le Messager et ceux qui crurent avec lui dirent : "Quand le secours d'Allah ?"} Le soulagement venant à la dureté, et l'affaire s'élargissant quand elle se resserre : {Oui, le secours d'Allah est proche}. Ainsi quiconque se tient au vrai est éprouvé ; plus c'est dur et difficile, s'il endure et persiste en son état, l'épreuve devient pour lui don, les peines des repos, et s'ensuivent la victoire sur les ennemis et la guérison du mal qui est en son cœur. Ce verset est le pareil de : {Ou pensiez-vous entrer au Paradis sans qu'Allah connaisse ceux d'entre vous qui ont lutté et connaisse les patients ?} et : {Les gens comptent-ils qu'on les laisse dire "Nous croyons" sans être éprouvés ? Nous avons éprouvé ceux qui étaient avant eux : Allah connaîtra les véridiques et connaîtra les menteurs} — à l'épreuve, l'homme est honoré ou avili.

Verset 215

C'est-à-dire : ils t'interrogent sur la dépense — la question embrasse quoi dépenser et pour qui. Il répondit : {Dis : tout bien que vous dépensez} — peu ou beaucoup —, les plus dignes et les premiers sont ceux qui ont le plus grand droit sur toi : les deux parents, dont la piété est obligatoire et l'impie interdit — des plus grandes piétés : dépenser pour eux ; des plus grandes impiétés : leur en refuser la dépense : elle est donc obligatoire au fils aisé. Après les parents : les proches en leurs degrés, le plus proche d'abord, selon proximité et besoin — dépenser pour eux est aumône et lien. {Les orphelins} : les petits sans gagne-pain, présumés dans le besoin, ne pourvoyant pas à leurs affaires et privés de soutien : Allah les a recommandés aux serviteurs, par miséricorde et finesse. {Les pauvres} : gens de besoins et de nécessités, que le besoin a fait demeurer : on dépense pour eux pour repousser leurs besoins et les enrichir. {Le voyageur} : l'étranger coupé hors de son pays : on l'aide en son voyage de la dépense qui le mène à son but. Ayant spécifié ces catégories pour l'extrême besoin, Il généralisa : {et tout bien que vous faites} — aumône à ceux-ci et à d'autres, et toutes sortes d'obéissances et rapprochements, entrant au nom du bien — {Allah le sait} : Il vous en rétribue et le vous conserve, chacun selon son intention et sa sincérité, la quantité de sa dépense, l'acuité du besoin, la grandeur de l'effet et du profit.

Verset 216

Ce verset établit l'obligation du combat dans la voie d'Allah, après que les croyants avaient reçu ordre de le délaisser, faibles et incapables de le porter. Quand le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — eut émigré à Médine et que les musulmans furent nombreux et forts, Allah leur commanda le combat et informa qu'il est détesté des âmes — fatigue et peine, sortes de frayeurs, exposition aux pertes —, et pourtant bien pur : immense récompense, préservation du châtiment douloureux, victoire sur les ennemis, butins et autres, qui font plus que compenser le déplaisir. {Il se peut que vous aimiez une chose qui vous est mauvaise} : comme demeurer à l'écart du jihād pour le repos : c'est un mal — il entraîne l'abandon, le pouvoir des ennemis sur l'islam et ses gens, l'humiliation, la perte de l'immense récompense et le châtiment. Ces versets sont généraux : les œuvres de bien que les âmes détestent pour leur peine sont sans doute un bien ; les œuvres de mal que les âmes aiment pour le repos et le plaisir qu'elles y supposent sont sans doute un mal. Quant aux états du monde, la règle n'est pas uniforme ; mais le plus souvent, le serviteur croyant qui aime une chose et à qui Allah destine des causes qui l'en détournent, c'était un bien pour lui : il lui sied d'en remercier Allah et de tenir le survenu pour un bien, sachant qu'Allah est plus miséricordieux envers le serviteur que lui-même, plus capable de l'intérêt de Son serviteur, et plus savant de son intérêt : {Allah sait et vous ne savez pas} — il vous sied de suivre Ses décrets, qu'ils vous réjouissent ou vous affligent. Le commandement du combat, sans restriction, ayant englobé les mois sacrés et autres, Il excepta le combat aux mois sacrés :

Verset 217

La majorité tient l'interdiction de combattre aux mois sacrés abrogée par le commandement de combattre les associateurs partout où on les trouve ; d'autres exégètes : point d'abrogation, l'absolu se rapportant au restreint, ce verset restreignant la généralité du commandement absolu du combat — et parmi les mérites des mois sacrés, le plus grand : l'interdiction d'y combattre — cela pour le combat d'attaque ; quant au combat défensif, il est permis aux mois sacrés comme dans le territoire sacré. Ce verset étant descendu à propos du détachement de 'Abdallāh ibn Jaḥsh, qui tua 'Amr ibn al-Ḥaḍramī et prit leurs biens — cela, dit-on, au mois de rajab —, les associateurs leur reprochèrent de combattre aux mois sacrés, et ils étaient injustes dans leur reproche : leurs turpitudes excédaient ce dont ils chargeaient les musulmans. Allah exposa leurs méfaits : {et le détournement de la voie d'Allah} : les associateurs détournent quiconque veut croire en Allah et Son messager, tentent ceux qui ont cru et s'emploient à les faire revenir de leur religion — mécréance survenue au mois sacré et dans le territoire sacré, qui à elle seule suffit au mal, comment donc avec les deux ! {Et l'expulsion de ses gens} — les gens de la Mosquée sacrée : le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et ses compagnons, plus en droit qu'elle que les associateurs, ses vrais artisans — les en expulsèrent {de lui} : sans les laisser y accéder, alors que cette Maison est également pour qui s'y retire et pour qui vient de loin. Chacune de ces choses est {plus grave que le meurtre} au mois sacré — que dire quand elles s'y ajoutent : on sait qu'ils sont pervers et injustes dans leur reproche aux croyants. Puis Il informa qu'ils ne cesseront de combattre les croyants, leur but n'étant ni les biens ni la mise à mort, mais de les faire revenir de leur religion et les rendre mécréants après leur foi, pour qu'ils soient des compagnons de la Fournaise : ils y dépensent leur pouvoir et s'emploient de tout leur possible, et Allah refuse sinon de parfaire Sa lumière, dussent les mécréants en avoir horreur. Cette description vaut tous les mécréants : ils ne cessent de combattre les autres pour les détourner de leur religion — surtout les gens du Livre, juifs et chrétiens, qui ont fondé des sociétés, répandu des missionnaires, semé des médecins, bâti des écoles pour attirer les nations à leur religion et leur insinuer toutes les illusions possibles pour les mettre en doute sur leur religion. Mais on espère d'Allah — qui a favoredisé les croyants de l'islam, choisi pour eux Sa religion droite et parachevé pour eux Sa religion — qu'Il paracheve Sa faveur par le plus parfait accomplissement, qu'Il frappe d'abandon quiconque veut éteindre Sa lumière, retourne leur ruse contre eux, secourt Sa religion et élève Sa parole — et que ce verset soit véridique des mécréants actuels comme il le fut des précédents : {Ceux qui ont mécru dépensent leurs biens pour détourner de la voie d'Allah : ils les dépenseront, puis ce sera pour eux regret, puis ils seront vaincus ; et ceux qui ont mécru seront rassemblés vers la Géhenne}. Puis Il informa que quiconque apostasie de l'islam, préférant la mécréance, et persévère jusqu'à mourir mécréant : {leurs œuvres sont vaines en ce monde et dans la Dernière Demeure}, faute de leur condition : l'islam — {et ceux-là sont les compagnons du Feu, ils y demeurent éternellement}. Le sens impliqué : quiconque apostasie puis revient à l'islam, son œuvre [d'avant l'apostasie] lui revient — de même qui se repent des désobéissances : ses œuvres antérieures lui reviennent.

Verset 218

Ces trois œuvres sont le titre du bonheur et l'axe de la servitude : par elles se connaît le gain et la perte de l'homme. La foi : n'interroge pas sur son mérite — comment interroger sur ce qui sépare gens de félicité et gens de malheur, gens du Paradis et gens du Feu, ce sans quoi nulle œuvre bonne n'est reçue, et avec quoi le sont devoir et surérogatoire ? L'émigration (hijra) : quitter l'aimé et le familier pour l'agrément d'Allah — l'émigrant laisse patrie, biens, famille et amis pour se rapprocher d'Allah et secourir Sa religion. Le jihād : dépenser l'effort à affronter les ennemis, l'effort total pour secourir la religion d'Allah et réprimer la religion de Satan — sommet des œuvres pies, rétribution la meilleure, plus grande cause de l'élargissement de l'islam, de l'abandon des adorateurs d'idoles, de la sécurité des musulmans en leurs personnes, biens et enfants. Quiconque tient ces trois œuvres malgré leurs duretés et peines tient les autres plus fermement encore : ceux-là méritent d'être les espérants de la miséricorde d'Allah, ayant réalisé la cause qui l'exige — preuve que l'espérance ne va qu'après avoir réalisé les causes du bonheur ; l'espérance qui accompagne la paresse et l'inaction est impuissance, souhait et illusion, indice d'une ambition faible et d'une raison déficiente — comme espérer l'enfant sans mariage, la récolte sans semence ni arrosage. Sa parole {ceux-là espèrent la miséricorde d'Allah} allusione : le serviteur, dût-il accomplir toutes les œuvres, ne doit pas s'y appuyer, mais espérer la miséricorde de son Seigneur, l'acceptation de ses œuvres, le pardon de ses fautes et la couverture de ses défauts : {Allah est pardonneur} de quiconque se repent d'un repentir sincère, {miséricordieux} : Sa miséricorde a embrassé toute chose, Sa générosité et bienfaisance tout vivant. Preuve que quiconque accomplit ces œuvres obtient le pardon d'Allah — les bonnes actions font partir les mauvaises — et Sa miséricorde : le pardon obtenu, les punitions des deux mondes, effets des péchés pardonnés, s'écartent ; la miséricorde obtenue, tout bien des deux mondes : leurs œuvres dites relèvent de Sa miséricorde — sans Sa réussite, ils ne les auraient pas voulues ; sans Sa capacité, ils n'auraient pas pu ; sans Sa bienfaisance, elles ne seraient pas parachevées et acceptées. À Lui la faveur, première et dernière, Lui qui accorde la cause et l'effet. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 219

C'est-à-dire : les croyants t'interrogent, ô Messager, des règles du vin et des jeux de hasard — tous deux usités à la Jāhiliyya et au début de l'islam : difficulté il y eut, d'où la question. Allah commanda à Son prophète de leur exposer profits et méfaits, prélude à l'interdiction et à l'obligation de les délaisser : leur faute et leurs méfaits — perte de raison et de biens, détournement du rappel d'Allah et de la prière, inimitié et haine — dépassent ce qu'ils supposent de profit : gain par le commerce du vin, par le jeu, égaiement des âmes à leur usage. Cet exposé retient les âmes : le sensé préfère ce dont l'intérêt l'emporte et évite ce dont le mal l'emporte ; mais comme ils y étaient accoutumés et que l'interdiction brutale eût été dure d'emblée, ce verset précéda l'interdiction qu'Il mentionna : {Ô vous qui croyez : le vin, le jeu de hasard, les stèles et les flèches sont impureté de l'œuvre de Satan...} jusqu'à : {...vous abstenez-vous} — de Sa finesse, Sa miséricorde et Sa sagesse : à sa descente, 'Umar — qu'Allah l'agrée — dit : nous nous abstiendrons, nous nous abstiendrons. Le vin (khamr) est tout ce qui enivre et couvre la raison, de quelque sorte ; le jeu (maysir) est toute compétition avec contrepartie des deux parties — dés, échecs et toute compétition verbale ou effective avec enjeu — sauf la course de chevaux, de chameaux et le tir : permises, car aidant le jihād — [c'est pourquoi] le Législateur les a permises. {Et ils t'interrogent : que doivent-ils dépenser ? Dis : le superflu. Ainsi Allah vous expose les signes, afin que vous réfléchissiez sur ce monde et la Dernière Demeure.} Question de la mesure de leur dépense : Allah leur rendit l'affaire aisée et leur commanda de dépenser le superflu ('afw) : ce qui est aisé de leurs biens, sans que leur besoin et nécessité s'y attachent — chacun selon son état, riche, pauvre ou moyen, chacun peut dépenser le superflu de son bien, ne fût-ce qu'une moitié de datte : Allah commanda à Son messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — de prendre le superflu des caractères des gens et de leurs aumônes, sans leur imposer la dureté — Allah ne nous commande pas par besoin de nous ni pour nous charger de dureté, mais ce en quoi est notre bonheur, ce qui nous est aisé et profite à nous et à nos frères : Il mérite la plus entière louange. Après cet exposé suffisant et l'initiation des serviteurs aux secrets de Sa loi : {Ainsi Allah vous expose les signes} — indiquant le vrai, obtenant le savoir profitable et le discernement — {afin que vous réfléchissiez sur ce monde et la Dernière Demeure} : employer vos pensées aux secrets de Sa loi et connaître que Ses commandements contiennent les intérêts des deux mondes ; et réfléchir au monde et à la promptitude de sa fin pour le rejeter, à la Dernière Demeure et à sa permanence, demeure de rétribution, pour la peupler.

Verset 220

Quand descendit Sa parole : {Ceux qui mangent les biens des orphelins injustement ne mangent que du Feu dans leurs ventres, et ils brûleront dans la Fournaise}, ce fut dur aux musulmans : ils séparèrent leur nourriture de celle des orphelins, craignant pour eux-mêmes d'y toucher, même en ce cas coutumier de partage, et interrogèrent le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix. Allah les informa que le but est la mise en ordre des biens des orphelins — les garder, les préserver, les faire fructifier —, et que leur mélange avec eux en nourriture et autre est permis sans nuisance aux orphelins, car ils sont vos frères, et le frère partage avec son frère. La référence est l'intention et l'œuvre : dont Allah connaît [l'intention] qu'il répare l'orphelin sans convoitise de son bien — s'il en entre quelque chose sans visée, nul grief — ; dont Il connaît l'intention que le mélange vise à s'en nourrir [et les prendre] : celui-là est en faute et coupable. Les moyens ont les jugements des fins. Le verset prouve la permission des sortes de mélanges — nourritures, boissons, contrats et autres — permission qui est finesse, bienfaisance et largeur d'Allah envers les croyants, car s'{Il avait voulu, Il vous aurait mis à la gêne} : la dureté, sans cette permission : gêne et faute. {Allah est puissant} : force parfaite et domination de toute chose, et pourtant {sage} : Il ne fait que ce qu'exigent Sa sagesse parfaite et Son soin parfait — Sa puissance ne contredit pas Sa sagesse : on ne dit pas « Il fait ce qu'Il veut, sagesse ou non », mais : Ses actes et Ses jugements suivent Sa sagesse : Il ne crée rien en vain, sans sagesse, connue ou inconnue ; et Il ne légifère rien à Ses serviteurs de dépouillé de sagesse : Il ne commande que ce qui contient un intérêt pur ou prévalant, n'interdit que ce qui contient une corruption pure ou prévalante — par perfection de Sa sagesse et Sa miséricorde.

Verset 221

C'est-à-dire : {n'épousez pas} les femmes {associatrices} tant qu'elles persistent dans leur association, {jusqu'à ce qu'elles croient} : la croyante, dût-elle être laide à l'extrême, vaut mieux que l'associatrice, dût-elle belle à l'extrême — général pour toutes les associatrices, restreint par le verset de la Table pour les femmes des gens du Livre : {et les femmes vertueuses de ceux qui ont reçu le Livre}. {Et ne mariez pas les associateurs jusqu'à ce qu'ils croient} : général sans restriction. Puis Il exposa la sagesse de l'interdiction pour le musulman ou la musulmane d'épouser qui diffère de leur religion : {ceux-là appellent au Feu} : en leurs paroles, actes et états — leur fréquentation comporte leur péril, et le péril n'est pas des périls du monde : le malheur éternel. Du motif du verset on tire l'interdiction de côtoyer tout associateur et innovateur : si le mariage est interdit malgré ses nombreux intérêts, le simple voisinage l'est à plus forte raison — surtout le voisinage qui élève l'associateur au-dessus du musulman, comme le service. Sa parole {ne mariez pas les associateurs} prouve la condition du tuteur au mariage. {Et Allah appelle au Paradis et au pardon} : Il appelle Ses serviteurs à obtenir le Paradis et le pardon, dont l'effet est d'écarter les punitions — par l'appel à leurs causes : œuvres pies, repentir sincère, savoir profitable et œuvre juste. {Et Il expose Ses signes} : Ses jugements et leurs sagesses {aux gens, afin qu'ils se rappellent} : le rappel de ce qu'ils ont oublié, la science de ce qu'ils ignoraient, l'accomplissement de ce qu'ils ont négligé. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 222

Allah informe de leur question sur les menstrues : la femme est-elle après les menstrues comme avant, ou faut-il s'en écarter absolument, comme le font les juifs ? Il informa que les menstrues sont une nuisance, et si nuisance il y a, il est de la sagesse qu'Allah écarte Ses serviteurs de la seule nuisance : {écartez-vous donc des femmes pendant les menstrues} : du lieu des menstrues — l'union charnelle dans le sexe précisément : c'est l'interdit au consensus. La restriction de l'écart au lieu des menstrues indique que le commerce avec la menstruée et son attouchement hors de l'union sont permis ; mais Sa parole {et ne les approchez point jusqu'à ce qu'elles soient pures} indique de délaisser le commerce de ce qui est proche du sexe, entre nombril et genoux, comme le faisait le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — : voulant côtoyer son épouse menstruée, il lui commandait de se ceindre, puis la côtoyait. Le terme de cet écart et de cette non-approche : {jusqu'à ce qu'elles soient pures} : que le sang cesse ; le sang cessé, l'empêchement tombe — il avait deux conditions : la cessation du sang et le lavage : la première remplie, la seconde demeure : {quand elles se sont purifiées} : lavées, {alors venez à elles d'où Allah vous l'a commandé} : dans le sexe, non dans l'autre, car c'est le lieu du labour. Preuve de l'obligation du lavage pour la menstruée et de la condition de la cessation du sang à sa validité. Cet empêchement étant bienveillance et préservation de la nuisance : {Allah aime ceux qui se repentent} de leurs fautes constamment, {et Il aime ceux qui se purifient} : qui s'épargnent des fautes — ce qui embrasse la purification sensible des souillures et des ablutions : d'où la légalité de la purification en général, Allah aimant qui en est paré — elle est condition de validité de la prière et du ṭawāf et de licéité de toucher le muṣḥaf ; et la purification spirituelle des caractères vils, qualités laides et actions abjectes.

Verset 223

{Vos femmes sont un labour pour vous : venez à votre labour comme vous voulez} : de face ou de dos — mais seulement dans le sexe, lieu du labour, d'où vient l'enfant. Preuve de l'interdiction de l'union dans l'autre voie : Allah n'a permis d'aller à la femme qu'au lieu d'où vient le labour — les hadiths du Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — sur l'interdiction et la malédiction de son auteur sont nombreux. {Et devancez pour vous-mêmes} : le rapprochement d'Allah par les biens-faits — y entre que l'homme côtoie et s'unisse à son épouse en vue du rapprochement, dans l'espoir d'une descendance par laquelle Allah profite. {Et craignez Allah} en tous vos états, demeurant dans Sa crainte, aidés en cela de votre savoir, {sachant que vous Le rencontrerez} et qu'Il vous rétribuera de vos œuvres pies et autres. Puis [Il dit] : {et annonce aux croyants} — sans nommer l'annoncé, pour la généralité : à eux l'annonce en ce monde et dans l'autre ; tout bien et tout écart de mal suspendus à la foi entrent en cette annonce — y sont l'amour d'Allah pour les croyants et pour ce qui les réjouit, et la recommandation de les stimuler par ce qu'Allah leur a préparé de rétribution terrestre et dernière.

Verset 224

Le but du serment est de magnifier celui par qui on jure et de confirmer ce sur quoi on jure. Allah avait commandé de garder les serments, ce qui exigeait de les garder en tout ; mais Il excepta le cas où tenir le serment comporte le délaissement de ce qui Lui est plus cher : Il interdit à Ses serviteurs de faire de leurs serments une cible — un empêchement et un obstacle — à la piété : faire le bien, craindre le mal, réconcilier les gens. Quiconque jure de délaisser une obligation : sa rupture est due et tenir son serment interdit ; de délaisser un recommandé : la rupture recommandée ; de faire un interdit : rupture due ; de faire un blâmable : rupture recommandée. Le permis : garder le serment sans rupture. On tire du verset la règle célèbre : quand les intérêts se pressent, on préfère le plus important — parfaire le serment est un intérêt ; obéir aux commandements d'Allah en ces choses est un intérêt plus grand : d'où la préférence. Il clôt le verset par deux noms nobles : {Allah est audient} de toutes les voix, {savant} des visées et intentions — dont Son ouïe des paroles des jurants et Sa science de leurs visées, bien ou mal — et, implicitement, l'avertissement de Sa rétribution : vos œuvres et intentions, leur science s'est établie auprès de Lui. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 225

C'est-à-dire : Il ne vous tiendra pas rigueur des serments oiseux qui courent sur vos langues sans visée ni délibération du cœur, mais glissés sur la langue — comme dire en passant : « non, par Allah », « si, par Allah » —, ou jurer d'un fait passé croyant dire vrai. La rigueur ne vise que ce qu'a visé le cœur — preuve que les intentions comptent dans les paroles comme dans les actes. Allah est pardonneur envers qui revient à Lui, indulgent envers qui Lui désobéit : Il ne hâte pas la punition, mais use d'indulgence, couvre et absout, bien qu'Il puisse [châtier] et que [le serviteur] soit entre Ses mains.

Verset 226

Parmi les serments propres à l'épouse en une affaire particulière : le serment de l'homme de délaisser l'union avec son épouse, absolu ou limité à moins de quatre mois ou plus. S'il jure pour moins de quatre mois, c'est comme les autres serments : s'il rompt, il expie ; s'il tient, rien ne lui est dû, et son épouse n'a point de prise sur lui, car il n'a été doté que de quatre mois. Si c'est à jamais ou plus de quatre mois, le terme de quatre mois lui est fixé à compter de son serment si son épouse le demande : c'est son droit. Le terme accompli, il lui est commandé de revenir (fay') : l'union — s'il s'unit, rien ne lui est dû sinon l'expiation du serment ; s'il s'y refuse, il est contraint au divorce ; s'il refuse, le juge divorce pour lui. Mais le retour à son épouse est plus aimé d'Allah : {s'ils reviennent} — à ce qu'ils avaient juré de délaisser : l'union — {Allah est pardonneur} de ce serment, à cause de leur retour, {miséricordieux} : Il a donné à leurs serments expiation et libération, sans les rendre indissolubles ; et miséricordieux envers eux quand ils reviennent à leurs épouses, s'inclinent vers elles et leur font miséricorde.

Verset 227

{Et s'ils décident le divorce} : s'ils refusent le retour — preuve de leur désaveu d'elles et de leur non-volonté de leurs épouses, qui n'est que décision de divorce : ce droit dû, qu'il l'accomplisse, sinon le juge le contraint ou s'en charge. {Allah est audient, savant} : menace à qui jure ce serment visant nuisance et opposition. On tire du verset : le serment de continence (īlā') est propre à l'épouse — Sa parole « de leurs femmes » ; et l'obligation de l'union une fois tous les quatre mois : après les quatre, il est contraint à l'union ou au divorce — ce qui n'est que pour avoir délaissé une obligation.

Verset 228

C'est-à-dire : les femmes [que] leurs époux ont répudiées {s'attendent elles-mêmes} : attendent et observent la viduité {trois qurū'} [cycles : menstrues ou puretés, les savants divergeant — le sens correct : les menstrues]. Cette viduité a plusieurs règles : connaître la libération de la matrice — aux trois cycles répétés, on sait qu'il n'y a point grossesse : point de mélange des lignées. C'est pourquoi Il leur fit obligation d'informer de {ce qu'Allah a créé dans leurs matrices} et leur interdit de le celer — grossesse ou menstrues —, car le celer entraîne maux multiples : celer la grossesse fait qu'elle l'attribue à un autre que son père, par désir ou hâte de fin de viduité : rupture du lien, héritage, privation de ses interdits et proches d'y accéder — elle peut même épouser ses proches interdits —, et l'attribution à un autre que le père, avec ses suites : héritage de et pour lui, les proches de l'attribué devenus ses proches : mal et corruption que seul le Seigneur des serviteurs connaît — ne fût-ce que sa demeure avec celui dont le mariage est nul à son égard, et la persévérance dans l'immense péché de la fornication : cela suffit comme mal. Celer les menstrues : si elle hâte et informe mensongèrement, le droit du mari s'interrompt et elle se rend permisable à un autre, avec le mal qui s'ensuit ; si elle ment en niant les menstrues pour allonger la viduité et prendre une dépense non due — interdite doublement : elle n'y a pas droit et l'impute à la loi en mentant —, il peut la reprendre après la viduité : ce serait fornication, étant étrangère pour lui : {il ne leur est pas permis de celer ce qu'Allah a créé dans leurs matrices, si elles croient en Allah et au Jour dernier} : celer est preuve de non-foi en Allah et au Jour dernier — croyantes et sachant qu'elles seront rétribuées, elles ne le feraient pas. Preuve aussi qu'on reçoit le témoignage de la femme sur ce qu'elle rapporte de soi et que nul autre ne connaît : grossesse, menstrues et semblables. {Et leurs époux sont plus en droit de les reprendre en cela} : tant qu'elles attendent la viduité, leurs époux peuvent les reprendre au mariage {s'ils veulent la réconciliation} : désir, harmonie et affection — le sens impliqué : sans vouloir la réconciliation, ils ne sont pas plus en droit et ne peuvent la reprendre pour lui nuire et allonger sa viduité. Ont-ils ce pouvoir avec cette visée ? Deux avis : la majorité : oui, avec interdit ; le sens correct : sans vouloir la réconciliation, ils ne l'ont pas, comme le noble verset l'indique. Autre sagesse de l'attente : l'époux peut regretter la séparation : ce délai lui est donné pour réfléchir et trancher son regard — indice de l'amour d'Allah pour l'harmonie entre époux et Sa répugnance pour la séparation, comme dit le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « La chose licite la plus haïe d'Allah est le divorce. » Cela vaut le divorce révocable ; le divorce irrévocable : l'époux n'est pas plus en droit de la rendre — d'un commun accord, un nouveau contrat réuni toutes les conditions est requis. {Et elles ont un droit équivalent à leur devoir, selon le convenable} : les femmes ont sur leurs époux des droits et obligations semblables à ce qu'elles doivent à leurs époux, obligatoires et recommandés — la référence des droits entre époux est le convenable : l'usage du pays et du temps pour telle femme et tel homme, variant selon temps, lieux, états, personnes et coutumes — preuve que la dépense, l'habillement, le commerce, le logement et l'union relèvent du convenable : tel est l'effet du contrat absolu ; avec condition : selon leur condition, sauf condition rendant licite l'interdit ou interdisant le licite. {Et les hommes ont sur elles un degré} : élévation, présidence et surcroît de droit, comme : {Les hommes ont autorité sur les femmes de par la préférence qu'Allah a donnée à certains sur d'autres et de par ce qu'ils dépensent de leurs biens} — la prophétie, le jugement, l'imamat mineur et majeur et toutes les charges [étant propres] aux hommes — et il a le double de ce qu'elle a en beaucoup d'affaires, comme l'héritage. {Allah est puissant, sage} : à Lui la puissance dominante et l'autorité immense à qui tout obéit — puissant et pourtant sage en Sa disposition. Sortent de la généralité du verset : les enceintes — leur viduité est l'accouchement ; les non pénétrées — point de viduité ; les esclaves — deux menstrues, selon les Compagnons — qu'Allah les agrée ; le contexte indique que le verset vise la femme libre.

Verset 229

À la Jāhiliyya et au début de l'islam, l'homme répudiait son épouse sans fin : voulant lui nuire, il la répudiait, et près du terme de sa viduité la reprenait, puis la répudiait, ainsi à l'infini — lui causant le mal qu'Allah connaît. Allah informa que {le divorce} — celui qui permet la reprise — {est deux fois} : pour que l'époux, sans visée de nuisance, puisse la reprendre et revenir sur sa décision en ce délai ; au-delà, ce n'est plus le lieu : qui excède deux, ou bien se hardit à l'interdit, ou n'a point envie de la garder, visant la nuisance. Il commanda donc à l'époux de garder son épouse {selon le convenable} : bon commerce, à la manière des semblables avec leurs épouses — c'est le préférable — sinon la renvoyer et s'en séparer {avec bienfaisance} — dont la bienfaisance : ne rien prendre de son bien à la séparation, ce qui serait injustice et prise de bien sans contrepartie : {il ne vous est pas permis de reprendre rien de ce que vous leur avez donné, sauf crainte qu'ils ne tiennent pas les limites d'Allah} : le khul' [rupture contre compensation] selon le convenable : l'épouse détestant son époux pour son caractère, sa constitution ou le défaut de sa religion, craignant de ne pas obéir à Allah envers lui — {si vous craignez qu'ils ne tiennent pas les limites d'Allah, nul grief sur eux en ce qu'elle a donné pour sa rançon} : contrepartie pour obtenir son but : la séparation — d'où la légalité du khul' quand cette sagesse existe. {Telles} : les règles légales dites {sont les limites d'Allah} : Ses jugements légiférés, commandant de s'y tenir — {quiconque transgresse les limites d'Allah : ceux-là sont les injustes}. Quelle injustice plus grande que de franchir le licite vers l'interdit, le licite d'Allah ne lui suffisant pas ? L'injustice est de trois sortes : du serviteur envers Allah ; l'injustice majeure : l'association ; du serviteur envers les créatures. L'association, Allah ne la pardonne que par le repentir ; les droits des serviteurs, Allah n'en délaisse rien ; l'injustice entre le serviteur et son Seigneur en deçà de l'association relève de la volonté et de la sagesse.

Verset 230

Allah dit : {puis s'il la répudie} — la troisième fois — {elle ne lui sera pas licite ensuite jusqu'à ce qu'elle épouse un autre époux} : d'un mariage valide, et qu'il la pénètre — le mariage légal n'étant que valide, y entrant contrat et pénétration, au consensus —, et le second mariage doit être de désir : s'il vise à la rendre licite au premier, ce n'est point mariage, il ne rend point licite, et la pénétration du maître ne sert rien, n'étant pas époux. Si le second l'épouse par désir, la pénètre, puis la quitte et sa viduité s'achève : {nul grief sur eux deux} — le premier époux et la femme — {à revenir ensemble} : renouveler un nouveau contrat entre eux — l'attribuer aux deux prouve la condition du consentement mutuel —, à condition qu'ils espèrent {tenir les limites d'Allah} : que chacun s'acquitte envers l'autre — quand ils regrettent le passé qui mena à la séparation et résolvent de le remplacer par un bon commerce : nul grief sur eux à revenir. Le sens impliqué : s'ils n'espèrent pas tenir les limites d'Allah, le passé dominant et le mauvais commerce demeurant, il y a grief : en toute affaire où l'ordre d'Allah ne se tient pas et où l'on n'y suit pas Son obéissance, on ne doit pas s'y engager — indication que l'homme qui veut entrer en une charge, petite ou grande, doit se considérer : s'il s'en sent la force et s'y fie, qu'il avance ; sinon, qu'il s'abstienne. Après ces immenses règles : {Telles sont les limites d'Allah} : Ses lois, qu'Il a fixées, exposées et éclaircies, {Il les expose pour un peuple qui sait} : eux en profitent et profitent aux autres — excellence des gens du savoir, Allah ayant fait de l'exposé de Ses limites leur propre chose : Il aime que Ses serviteurs connaissent les limites descendues sur Son messager et s'y approfondissent.

Verset 231

{Et quand vous répudiez les femmes} — d'un divorce révocable, une ou deux fois — {et qu'elles atteignent leur terme} : approchent la fin de leur viduité — {retenez-les selon le convenable, ou renvoyez-les selon le convenable} : ou vous les reprenez visant leurs droits, ou vous les laissez sans reprise ni nuisance : {ne les retenez pas pour nuire, transgressant} : faire de ce licite l'illicite — le licite : retenir selon le convenable ; l'illicite : nuire : {quiconque fait cela s'est lésé lui-même} — le tort revient à qui a voulu nuire. {Et ne prenez pas les versets d'Allah en dérision} : ayant exposé Ses limites parfaitement, visées pour être sues, suivies, tenues sans excès — Il ne les a point fait descendre en vain, mais avec vrai, véracité et sérieux —, Il interdit d'en faire jeu : jouer avec elles, s'y hardir, ne pas s'acquitter de leur dû — comme user de la nuisance dans la retenue ou la séparation, multiplier le divorce, réunir les trois : Allah, par miséricorde, en a fait une après une par égard et poursuite de son intérêt. {Et rappelez-vous la faveur d'Allah sur vous} : en général — par la langue, louange et célébration ; par le cœur, reconnaissance et confession ; par les membres, en l'employant à l'obéissance — {et ce qu'Il a fait descendre sur vous du Livre et de la Sagesse} : la Sunna, par lesquels Il vous a exposé les voies du bien, vous y a encouragés, les voies du mal, vous en a avertis, S'est fait connaître avec Ses traits envers Ses alliés et Ses ennemis, et vous a appris ce que vous ne saviez pas. On a dit : la Sagesse : les secrets de la Loi — le Livre contenant le jugement, la Sagesse la sagesse d'Allah en Ses commandements et interdictions ; les deux sens sont justes. {Il vous exhorte par cela} : ce qu'Il a fait descendre — ce qui renforce que la Sagesse vise les secrets de la Loi, l'exhortation étant l'exposé du jugement et de la sagesse, avec encouragement ou dissuasion : le jugement lève l'ignorance ; la sagesse avec l'encouragement produit le désir ; avec la dissuasion, la crainte. {Et craignez Allah} en toutes vos affaires, {et sachez qu'Allah sait toute chose} : c'est pourquoi Il vous a exposé ces règles à la perfection, allant aux intérêts en tout temps et lieu — à Lui la louange et la faveur.

Verset 232

Interpellation des tuteurs de la femme répudiée moins de trois fois : quand elle sort de sa viduité, que son époux veut l'épouser et qu'elle y consent, il n'est pas permis à son tuteur — père ou autre — de la retenir (l'empêcher de l'épouser) par rancune, colère et dégoût du premier divorce. Quiconque croit en Allah et au Jour dernier, sa foi le retient d'empêcher : cela {est plus pur pour vous} et meilleur que ce que suppose le tuteur — que refuser l'union serait le bon avis, répondant au premier divorce par le refus, coutume des hautains orgueilleux. S'il suppose l'intérêt dans le refus : Allah {sait et vous ne savez pas} — obéissez à qui connaît vos intérêts, les veut, les peut et les rend aisés par la voie que vous connaissez et autre. Preuve aussi que le mariage exige un tuteur : Il interdit aux tuteurs de retenir, et on n'interdit que ce qui est sous leur gestion et leur droit. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 233

Information au sens de commandement, du fait établi n'exigeant pas d'ordre : {les mères allaitent leurs enfants deux ans} — et comme « ḥawl » [an] vise le complet et la plupart : {complets, pour quiconque veut parfaire l'allaitement}. Deux ans accomplis pour le nourrisson, l'allaitement est parfait, et le lait ensuite vaut les autres aliments : l'allaitement au-delà de deux ans ne compte pas, n'interdit pas. De ce texte et de {sa gestation et son sevrage : trente mois}, on tire que le minimum de la grossesse est six mois, l'enfant pouvant exister à ce terme. {Et sur celui pour qui l'enfant est né} — le père — {leur subsistance et leur vêtement selon le convenable} : embrassant qu'elle soit sous sa garde ou répudiée — au père sa subsistance et son vêtement : le salaire de l'allaitement — preuve que sous sa garde, elle ne doit pas de salaire outre dépense et vêtement, chacun selon son état : {nulle âme n'est chargée au-delà de sa capacité} : le pauvre n'est pas chargé de la dépense du riche, ni qui ne trouve rien de dépenser avant de trouver. {Que nulle mère ne soit lésée par son enfant, ni nul père par son enfant} : il n'est pas permis de léser la mère à cause de son enfant — l'empêcher d'allaiter, ou ne pas lui donner sa dépense, son vêtement ou son salaire — ; ni le père : qu'elle refuse d'allaiter par nuisance [au père] ou exige plus que le dû et semblables nuisances. Sa parole {celui pour qui l'enfant est né} : l'enfant est à son père, don qui lui est fait et fruit de son gain : il peut prendre de son bien avec ou sans son accord, à la différence de la mère. {Et sur l'héritier pareil} : sur l'héritier de l'enfant faute du père, l'enfant étant sans bien — comme au père : dépense de la nourrice et vêtement — preuve de l'obligation de dépense des proches nécessiteux au parent héritier aisé. {S'ils veulent tous deux un sevrage}, d'un commun accord et consultation — est-ce l'intérêt de l'enfant ? — s'il y a intérêt et accord : {nul grief sur eux deux} de le sevrer avant deux ans — le sens impliqué : si l'un consent et non l'autre, ou sans intérêt de l'enfant, le sevrage est interdit. {Et si vous voulez demander l'allaitement de vos enfants} : chercher des nourrices autres que leurs mères, sans nuisance : {nul grief sur vous si vous remettez ce que vous avez donné selon le convenable} : aux nourrices — {Allah voit ce que vous faites} : Il vous en rétribuera, bien ou mal.

Verset 234

Si l'époux meurt, son épouse observe une attente de quatre mois et dix jours, obligatoirement — la sagesse : la grossesse se distingue en quatre mois et remue en son début au cinquième. Cette généralité est restreinte aux enceintes : leur viduité est l'accouchement ; l'esclave : la moitié de la femme libre, deux mois et cinq jours. {Quand elles atteignent leur terme} : leur viduité s'achève, {nul grief sur vous en ce qu'elles font d'elles-mêmes} : se remettre à la parure et au parfum, {selon le convenable} : sans interdit ni blâmable — preuve de l'obligation du deuil (iḥdād) [abstention de parure] durant la viduité de la veuve, non des répudiées et séparées, au consensus des savants. {Allah est informé de ce que vous faites} : savant de vos œuvres, apparentes et cachées, Il vous en rétribue. L'interpellation aux tuteurs — {nul grief sur vous en ce qu'elles font d'elles-mêmes} — prouve que le tuteur surveille la femme, l'empêche de l'interdit, la contraint à l'obligation : il en est interpellé et chargé.

Verset 235

Règle de la viduité de décès ou de séparation irrévocable en la vie : il est interdit à autre que son époux de lui faire une déclaration explicite de fiançailles — visé par {mais ne leur fixez pas rendez-vous en secret} ; l'allusion est exemptée de grief. La différence : l'explicite ne porte que le mariage — interdit, de peur qu'elle ne se hâte et ne mente sur la fin de sa viduité par désir du mariage : preuve de l'interdiction des voies de l'interdit et du droit du premier époux : ne point lui fixer de rendez-vous à autre en sa viduité. L'allusion, portant mariage et autre, est permise à la séparée : dire [à elle] : « Je veux me marier, j'aimerais que tu me consultes à la fin de ta viduité » — permis, n'étant pas l'explicite, et les âmes y ont fort penchant ; de même garder en soi l'intention d'épouser celle en viduité une fois achevée : {ou que vous cachez en vous-mêmes — Allah sait que vous vous en souviendrez}. Ce détail vaut les préliminaires du contrat ; le contrat lui-même reste interdit {jusqu'à ce que le livre atteigne son terme} : la fin de la viduité. {Et sachez qu'Allah sait ce qui est en vous} : visez le bien, non le mal, craignant Son châtiment et espérant Sa récompense ; {et sachez qu'Allah est pardonneur} de quiconque faute et s'en repent et revient à son Seigneur, {indulgent} : Il ne hâte pas la punition des désobéissants bien qu'Il puisse [châtier].

Verset 236

Nul grief ni faute sur vous, époux, à répudier les femmes avant la pénétration et la fixation du douaire — s'il y a brisure pour elles, la compensation (mut'a) la répare : donnez-leur une compensation, quelque bien pour consoler leurs cœurs : {au large selon sa capacité, à l'aisé selon la sienne} — la référence est l'usage, variant selon les états : {une jouissance selon le convenable} : droit dû {par les bienfaisants}, qui ne doivent pas les lésiner : ils ont causé leur attente, leur désir et l'attachement de leurs cœurs, puis ne leur ont pas donné ce qu'elles espéraient : ils doivent la compensation en retour. À Allah la beauté de ce jugement divin, preuve de la sagesse de Son Législateur et de Sa miséricorde ! Qui est meilleur qu'Allah en jugement pour un peuple convaincu ? Telle est la règle des répudiées avant pénétration et fixation du douaire ; puis celle du douaire fixé :

Verset 237

Si vous répudiez les femmes avant la pénétration, après fixation du douaire : aux répudiées la moitié du douaire fixé, à vous la moitié — c'est le dû, sauf pardon et renoncement : qu'elle renonce à sa moitié en faveur de l'époux si son pardon est valable, {ou pardonne celui qui détient le nœud du mariage} : l'époux, selon le sens correct — lui qui tient le nœud de son dénouement, le tuteur ne pouvant renoncer au dû de la femme, n'étant ni propriétaire ni mandataire ; on a dit : le père, comme le terme du noble verset l'indique. Puis Il encouragea le pardon : qui pardonne est plus proche de la piété — bienfaisance élargissant la poitrine, l'homme ne devant pas se priver de bienfaisance et d'obligeance, ni oublier la faveur, degré suprême du commerce : le commerce des gens est de deux degrés — la justice équitable obligatoire : prendre et donner le dû ; ou la faveur et la bienfaisance : donner le non-dû, transiger sur les droits, rabattre de son âme. Que l'homme n'oublie pas ce degré, ne serait-ce qu'à certains moments, surtout avec qui l'on commerce et côtoie : Allah rétribue les bienfaisants de faveur et générosité : {Allah voit ce que vous faites}. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 238

Allah commande de veiller {aux prières} en général, et à {la prière médiane} en particulier — l'après-midi ('aṣr), selon le sens correct —, veiller : l'accomplir en son temps, avec ses conditions, piliers, humilité et tout son obligatoire et recommandé. Veiller aux prières fait veiller aux autres adorations et détourne de la turpitude et du blâmable, surtout parfaite comme commandé : {et tenez-vous debout pour Allah, orants} : humiliés, sincères, recueillis — l'oraison (qunūt) étant la permanence de l'obéissance avec recueillement.

Verset 239

Sa parole {si vous craignez} : l'objet est omis pour englober la peur de l'ennemi, de la bête, et de manquer ce dont la perte nuit au serviteur : priez {debout} : marchant sur vos jambes, {ou montés} : sur chevaux, chameaux et montures — sans obligation de qibla en cet état. Telle la prière de l'excusé par la peur ; en sécurité : prière complète — y entre dans {quand vous êtes en sécurité, rappelez Allah} le parachèvement des prières, et l'abondance du rappel d'Allah, en gratitude de la faveur de la sécurité et de celle de l'enseignement de ce en quoi est le bonheur du serviteur. Le noble verset prouve l'excellence du savoir : quiconque Allah a enseigné ce qu'il ne savait doit abonder dans Son rappel — et allusion que l'abondance du rappel est cause d'enseignements nouveaux, la gratitude étant liée à l'accroissement. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 240

Il est répandu chez beaucoup d'exégètes que ce noble verset est abrogé par le précédent — {ceux des vôtres qui meurent et laissent des épouses : celles-ci s'attendent quatre mois et dix} — l'attente d'un an complet ayant été abrogée par quatre mois et dix ; à l'objection que l'abrogeant précède : c'est une antériorité de place, non de descente, l'abrogeant devant suivre l'abrogé. Cet avis est sans preuve : quiconque considère les deux versets voit que l'autre avis est le juste — le premier verset : l'obligation sur la femme de l'attente de quatre mois et dix ; le présent : recommandation à la famille du défunt de garder son épouse chez eux un an complet, pour consoler son cœur et par piété envers leur défunt : {une recommandation en faveur de leurs épouses} : recommandation d'Allah à la famille du défunt de bien traiter son épouse, la dédommager et ne pas l'expulser : si elle veut, elle demeure en sa recommandation ; si elle veut sortir, nul grief : {si elles sortent, nul grief sur vous en ce qu'elles font d'elles-mêmes} : parure et vêtement — à condition du convenable qui ne la sort pas des limites de la religion et de la bienséance. Il clôt le verset par ces deux noms immenses, preuves de la perfection de la puissance et de la sagesse : ces jugements émanent de Sa puissance et prouvent Sa sagesse parfaite, chacun mis à sa place propre.

Verset 241

Après la compensation de la séparée par décès, Il mentionne que toute répudiée a droit sur son époux à une compensation proportionnée à leurs états — droit que seuls tiennent les pieux : trait de piété obligatoire ou recommandé. La femme sans douaire nommé, répudiée avant pénétration : dû selon l'aisance ou la gêne de l'époux ; le douaire nommé : sa compensation est la moitié du nommé ; la pénétrée : la compensation est recommandée selon la majorité — d'autres savants l'ont obligée, s'autorisant de {un droit sur les pieux}, le droit étant obligatoire par principe, surtout attribué aux pieux dont la piété foncière est obligatoire. Après ces règles graves entre époux, Il loua Ses jugements, leur exposé et éclaircissement, leur accord avec les raisons saines — Son but en les exposant : que Ses serviteurs les comprennent de Lui, les retiennent, les saisissent et les pratiquent : tel est leur entendement parfait.

Verset 242

Après la compensation de la séparée par décès, Il mentionne que toute répudiée a droit sur son époux à une compensation proportionnée à leurs états — droit que seuls tiennent les pieux : trait de piété obligatoire ou recommandé. La femme sans douaire nommé, répudiée avant pénétration : dû selon l'aisance ou la gêne de l'époux ; le douaire nommé : sa compensation est la moitié du nommé ; la pénétrée : la compensation est recommandée selon la majorité — d'autres savants l'ont obligée, s'autorisant de {un droit sur les pieux}, le droit étant obligatoire par principe, surtout attribué aux pieux dont la piété foncière est obligatoire. Après ces règles graves entre époux, Il loua Ses jugements, leur exposé et éclaircissement, leur accord avec les raisons saines — Son but en les exposant : que Ses serviteurs les comprennent de Lui, les retiennent, les saisissent et les pratiquent : tel est leur entendement parfait.

Verset 243

N'as-tu pas ouï cette histoire étrange, advenue à ceux d'avant vous parmi les enfants d'Israël : l'épidémie frappant leurs demeures, ils sortirent en foule fuyant la mort — la fuite ne les sauva pas et ne détourna pas ce qu'ils craignaient : Il les traita à l'inverse de leur but et les fit tous mourir, puis les gratifia en les ressuscitant — par l'invocation d'un prophète, selon beaucoup d'exégètes, ou autrement — par Sa faveur et bienfaisance, qui ne cesse d'être sur les gens : cela exige leur gratitude des faveurs d'Allah par la reconnaissance et leur emploi à Son agrément — et pourtant la plupart des gens manquent au devoir de gratitude. Leçon de l'histoire : Il est puissant sur toute chose, signe sensible de la résurrection — l'histoire est connue, transmise de façon notoire chez les enfants d'Israël et leurs annexés : c'est pourquoi Il la propose sur le mode interrogatif établi chez les interlocuteurs. On peut comprendre : ils sortirent de leurs demeures par peur des ennemis, lâches au combat — appui : Allah mentionna après le commandement du combat et informa que les enfants d'Israël sortirent de leurs demeures et de leurs enfants ; aux deux sens : incitation au jihād et dissuasion de s'en retirer — cela n'écarte pas la mort : {Dis : fussiez-vous dans vos maisons, ceux pour qui la mort est écrite sortiraient vers leurs couches}.

Verset 244

Allah joint le commandement du combat dans Sa voie par le bien et le corps : le jihād ne tient que par les deux ; et presse la sincérité : que le serviteur combatte pour que la parole d'Allah soit la plus haute — Allah est {audient} des paroles, fussent-elles cachées, {savant} de ce que contiennent les cœurs d'intentions pies et du contraire. Et le combattant sachant Allah audient et savant : la chose lui est aisée, il sait qu'il est à l'œil de Celui pour qui les endurants endurent, et qu'Il ne manquera pas de les assister de Son aide et Sa finesse. Considère cette fine exhortation à la dépense : le dépensant fait prêt au Riche Généreux, à qui est promise la multiple multiplication : {Ceux qui dépensent leurs biens dans la voie d'Allah sont comme un grain qui fait pousser sept épis, à chaque épi cent grains : Allah multiplie à qui Il veut} — le plus grand empêchement de la dépense étant la crainte de la pauvreté, Il informa que richesse et pauvreté sont en la main d'Allah : Il retient la subsistance à qui Il veut et l'étend à qui Il veut — que le voulant dépenser ne s'abstienne par crainte de la pauvreté et ne croie pas perdre : tous les serviteurs retournent à Allah, et les dépensants et œuvrants trouvent leur récompense auprès de Lui, en réserve, au plus grand besoin — d'un poids inexprimable. Le « beau prêt » est ce qui réunit les traits de la beauté : intention saine, générosité de l'âme à dépenser, lieu approprié, sans que le dépensant ne suive d'obligeance, de nuisance, d'annulation ni de diminution.

Verset 245

Allah joint le commandement du combat dans Sa voie par le bien et le corps : le jihād ne tient que par les deux ; et presse la sincérité : que le serviteur combatte pour que la parole d'Allah soit la plus haute — Allah est {audient} des paroles, fussent-elles cachées, {savant} de ce que contiennent les cœurs d'intentions pies et du contraire. Et le combattant sachant Allah audient et savant : la chose lui est aisée, il sait qu'il est à l'œil de Celui pour qui les endurants endurent, et qu'Il ne manquera pas de les assister de Son aide et Sa finesse. Considère cette fine exhortation à la dépense : le dépensant fait prêt au Riche Généreux, à qui est promise la multiple multiplication : {Ceux qui dépensent leurs biens dans la voie d'Allah sont comme un grain qui fait pousser sept épis, à chaque épi cent grains : Allah multiplie à qui Il veut} — le plus grand empêchement de la dépense étant la crainte de la pauvreté, Il informa que richesse et pauvreté sont en la main d'Allah : Il retient la subsistance à qui Il veut et l'étend à qui Il veut — que le voulant dépenser ne s'abstienne par crainte de la pauvreté et ne croie pas perdre : tous les serviteurs retournent à Allah, et les dépensants et œuvrants trouvent leur récompense auprès de Lui, en réserve, au plus grand besoin — d'un poids inexprimable. Le « beau prêt » est ce qui réunit les traits de la beauté : intention saine, générosité de l'âme à dépenser, lieu approprié, sans que le dépensant ne suive d'obligeance, de nuisance, d'annulation ni de diminution.

Verset 246

Allah raconte cette histoire à la communauté pour qu'elle tire leçon et désire le combat sans s'en dédire : les patients obtiennent des issues heureuses en ce monde et dans l'autre, les récusants perdent les deux. Les gens de conseil des enfants d'Israël et de la parole autorité délibérèrent du combat et convinrent de demander à leur prophète de leur désigner un roi, pour couper la dispute par sa désignation, obtenir l'obéissance complète et ne laisser prise à aucun dire — leur prophète craignant que leur demande ne fût parole sans acte, ils répondirent par la résolution ferme et l'engagement total, le combat s'imposant à eux comme moyen de reprendre leurs demeures et revenir à leur siège et patrie. Leur prophète leur désigna Ṭālūt comme roi pour les conduire — l'affaire exigeant un chef qui sache commander ; ils s'étonnèrent de sa désignation, il y ayant plus en droit par la maison et plus riche ; leur prophète répondit : Allah l'a choisi sur vous par la force de la science de la politique et la force du corps — instruments du courage, du secours et du bon gouvernement —, la royauté n'étant pas l'abondance du bien ni d'être de la maison de la royauté : Allah donne Sa royauté à qui Il veut. Ce noble prophète ne s'étant pas contenté de les convaincre de la capacité de Ṭālūt et de la réunion en lui des qualités voulues, il leur dit :

Verset 248

{Le signe de sa royauté : que vous vienne l'Arche, en laquelle quiétude de votre Seigneur et reliquat de ce qu'ont laissé les familles de Moïse et d'Aaron} — l'Arche que les ennemis détenaient ; ils ne se suffirent pas des qualités spirituelles de Ṭālūt ni de sa désignation par Allah sur la langue de leur prophète sans ce miracle : {en cela est un signe pour vous, si vous êtes croyants} — alors ils se rendirent et obéirent. Ṭālūt les ayant pris en tête, organisé leurs rangs et menés au combat de leur ennemi, ayant vu en eux la faiblesse des résolutions et ambitions exigeant de distinguer le patient du récusant, il dit :

Verset 249

{Allah va vous éprouver par une rivière} que vous passerez au moment du besoin d'eau : {quiconque en boit n'est pas des Miens} : ne me suit pas — preuve de son peu de patience et de sa grande impatience — {et quiconque n'y goûte pas est des Miens} : sincère et patient — {sauf qui en puise une gorgée de sa main} : excusé. Arrivés à la rivière, en besoin d'eau, ils en burent tous {sauf un petit nombre} : ils patientèrent et ne burent pas. {Quand il l'eut passée, lui et ceux qui crurent avec lui, ils dirent} : les récusants, ou ceux qui passèrent — {nous n'avons pas aujourd'hui de force contre Jālūt et ses soldats} ; si ce sont les récusants : parole justifiant leur retrait ; si ceux qui passèrent : une faiblesse passagère — mais les gens de la foi parfaite les enhardirent à tenir et avancer : {combien de troupes peu nombreuses ont vaincu des troupes nombreuses par la permission d'Allah, et Allah est avec les patients} : de Son aide, soutien et secours — ils tinrent et patientèrent au combat de leur ennemi Jālūt et de ses soldats.

Verset 251

{Et David tua Jālūt} — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, et s'ensuivirent la conquête et la victoire sur l'ennemi ; {et Allah lui donna} — à Dāwūd — {la royauté et la sagesse} : la prophétie, les sciences profitables et le discernement du discours. Puis Il exposa le profit du combat : {n'eût été la défense d'Allah des gens les uns par les autres, la terre se fût corrompue} : par la prise de pouvoir des mécréants, scélérats et gens de mal et corruption — {mais Allah est détenteur de faveur sur les mondes} : Il a été Subtil envers les croyants, les a défendus, eux et leur religion, par ce qu'Il a légiféré et décrété. L'histoire exposée, Il dit à Son messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix :

Verset 252

{Tels sont les versets d'Allah que Nous te récitons avec le vrai, et tu es des envoyés} — cette histoire étant au nombre des preuves de sa mission, annoncée par révélation d'Allah, conforme au réel. Leçons multiples pour la communauté : l'excellence du combat dans Sa voie, ses fruits et profits — seul moyen de conserver la religion, les patries, les corps et les biens ; les combattants, dussent les choses leur être dures, ont des issues heureuses, comme les récusants, dussent-ils se reposer un peu, se fatigueront longtemps. L'avènement à la présidence de qui est capable — la capacité relevant de deux choses : la science de la politique et du gouvernement, et la force par laquelle le vrai s'exécute : qui réunit les deux est plus en droit qu'un autre. L'argument de cette histoire pour la parole des savants : le chef des armées doit les inspecter au départ, écarter de la lutte qui n'en est pas digne — homme, cheval ou monture — pour faiblesse, manque de patience, découragement ou crainte de nuisance de sa compagnie : pure nuisance pour les gens. À l'heure du péril : fortifier les combattants, les enhardir, les presser vers la force de la foi, le plein appui sur Allah, Lui demander la constance, l'aide à la patience et la victoire sur les ennemis. Avoir la résolution de combattre n'est pas combattre en réalité : l'homme peut résoudre, et à l'heure venue sa résolution se défait — d'où la demande du Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix : « Je Te demande la constance en l'affaire et la résolution dans la droiture » — ceux-ci résolurent de combattre et tinrent un discours de ferme résolution, et à l'heure venue la plupart recula ; semblable à sa parole : « et je Te demande l'agrément après le décret » : l'agrément après le décret contrariant les âmes est l'agrément véritable.

Verset 253

Le Créateur informe qu'Il a différencié les messagers en faveurs immenses et belles particularités, selon ce qu'Il leur a donné et ce qu'ils ont accompli de foi parfaite, certitude enracinée, caractères élevés, mœurs sublimes, appel, enseignement et profit universel : Il prit l'un pour ami intime, parla à l'autre, éleva l'autre au-dessus des créatures de degrés — et nul homme ne saurait atteindre leur faveur sublime. Il particularisa Jésus fils de Marie : Il lui donna les preuves qu'il est réellement messager d'Allah et sincèrement Son serviteur, et que ce qu'il a apporté d'Allah est tout vrai : Il le fit guérir l'aveugle-né et le lépreux, ressusciter les morts par Sa permission, parler aux hommes au berceau, et le fortifia de l'Esprit saint : l'esprit de foi — Sa spiritualité surpassant celle de tout autre, d'où force et soutien, l'origine du soutien par cet esprit étant générale à tout croyant selon sa foi : {Il les a fortifiés d'un esprit de Lui} — mais ce qui fut à Jésus dépasse ce qui fut aux autres : c'est pourquoi Allah le particularisa en mention ; on a dit : l'Esprit saint ici est Gabriel, fortifié de son aide et son appui — le premier sens prévaut. Après avoir informé de la perfection des messagers, de leurs faveurs et particularités, de leur religion une et de leur appel unique au bien — ce qui exigeait que les communautés s'unissent pour les authentifier et leur obéir, vu les preuves dont pareil fait croire les hommes —, la plupart s'écartèrent du droit chemin, la divergence survint entre les communautés : qui crut, qui mécrut, et il y eut de ce fait le combat, fruit de la divergence et de l'inimitié. Qu'Il ait voulu, Il les eût réunis sur la guidée : point de divergence ; et après la divergence engendrant le combat, qu'Il ait voulu, ils n'auraient pas combattu — mais Sa sagesse a exigé que les choses coulent selon cet ordre, selon les causes. Le verset est le plus grand témoin qu'Il dispose de toutes les causes entraînant leurs effets : s'Il veut, Il les conserve ; s'Il veut, Il les empêche — tout suit Sa sagesse seule : Il fait ce qu'Il veut, sans contradicteur, ni opposant, ni auxiliaire à Sa volonté.

Verset 254

Allah presse les croyants des dépenses en toutes voies du bien — l'omission du complément marque la généralité — et leur rappelle Sa faveur : c'est Lui qui les a pourvus et varié les faveurs sur eux ; Il ne leur a pas commandé de sortir tout ce qui est en leurs mains, mais usé de « min » partitif : ce qui les appelle à dépenser ; et aussi l'information que ces dépenses sont en réserve auprès d'Allah, en un jour où ne servent ni les échanges — vente et autre —, ni les libéralités, ni les intercessions : chacun dira « qu'ai-je envoyé devant moi pour ma vie ? » — toutes les causes se coupent, sauf celles rattachées à l'obéissance d'Allah et à la foi en Lui, au jour où ne profitent ni biens ni enfants, sinon quiconque vient à Allah avec un cœur sain : {Ni vos biens ni vos enfants ne vous rapprochent de Nous — sauf quiconque croit et fait le bien : à eux la double part de ce qu'ils ont fait, et ils seront en sécurité dans les chambres hautes}, {et tout bien que vous aurez envoyé devant vous, vous le trouverez auprès d'Allah, meilleur et plus grande récompense}. Puis : {les mécréants sont les injustes} : Allah les a créés pour Son adoration, pourvus et préservés pour s'en aider à L'obéir : ils sont sortis de ce pour quoi Allah les a créés, Lui ont associé ce sur quoi Il n'a point fait descendre d'autorité, et employé Ses faveurs à la mécréance, la perversité et la désobéissance : plus de place pour la justice — d'où la restriction de l'injustice absolue à eux.

Verset 255

Il a informé — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — que ce verset est le plus grand du Coran, pour ce qu'il contient des sens de l'unicité, de la grandeur et de l'ampleur des attributs du Créateur — exalté soit-Il. Il informe qu'Il est {Allah} : à qui tous les sens de la divinité, et à qui seul la divinité et la servitude sont dues — la divinité d'un autre et son adoration sont vaines ; qu'Il est {le Vivant} : à qui tous les sens de la vie parfaite — ouïe, vue, puissance, volonté et autres attributs de l'essence — ; de même {le Subsistant} (qayyūm) [Celui qui Se suffit et fait subsister] embrasse tous les attributs d'acte : Il Se suffit de toutes Ses créatures et fait subsister tous les êtres : Il les fait exister, les conserve et les pourvoit de tout ce qu'exige leur existence et leur conservation. De la perfection de Sa vie et Sa subsistance : {ni somnolence ne Le saisit} : assoupissement, {ni sommeil} — ceux-ci n'atteignent que la créature que gagne faiblesse, impuissance et relâchement, non le Détenteur de grandeur, majesté et gloire. Il informe qu'Il est Possesseur de tout ce qui est dans les cieux et la terre : tous esclaves d'Allah, possédés, nul n'échappe à cette condition : {Quiconque est dans les cieux et la terre ne vient au Tout Miséricordieux que comme esclave} — à Lui tous les royaumes, à Lui les attributs de royauté, disposition, autorité et majesté. De la plénitude de Sa royauté : nul {n'intercède} auprès de Lui {sans Sa permission} — tous les notables et intercesseurs sont Ses esclaves possédés, n'avançant d'intercession sans permission : {Dis : l'intercession appartient toute à Allah ; à Lui la royauté des cieux et de la terre} — et Il ne permet l'intercession qu'en faveur de qui Il agrée, et Il n'agrée que l'unicité et le suivi de Ses messagers : qui n'en est pas paré n'a point de part à l'intercession. Puis Il informa de Sa science ample, englobante : Il sait ce qui est devant les créatures — les affaires futures sans fin — {et ce qui est derrière elles} : les affaires passées sans limite ; rien ne Lui échappe : {Il sait la trahison des yeux et ce que les poitrines cachent} ; et nulle créature n'embrasse rien de Sa science {sinon ce qu'Il veut} : ce qu'Il leur a dévoilé des affaires légales et décrétales — part infime, évanouie devant les sciences du Créateur, comme dit le plus savant des créatures en Lui, messagers et anges : {Gloire à Toi : nous n'avons de science que ce que Tu nous as enseigné}. Puis Il informa de Sa grandeur et majesté : Son Trône embrasse les cieux et la terre, et Il les conserve, eux et leurs mondes, par les causes et ordres qu'Il a mis dans les créatures — et cela ne L'accable pas, ne L'accable pas, tant Sa grandeur, Sa puissance et l'ampleur de Sa sagesse en Ses jugements sont parfaites. {Et Il est le Très-Haut} : par Son essence au-dessus de toutes Ses créatures ; le Très-Haut par la grandeur de Ses attributs ; le Très-Haut qui a dompté les créatures, à qui les êtres obéissent, dont les rébellions se soumettent, dont les nuques s'humilient ; {l'Immense} : réunissant tous les attributs de grandeur, majesté, gloire et splendeur, qu'aiment les cœurs, que magnifient les esprits, et dont les connaisseurs savent que la grandeur de toute chose, si indicible soit-elle, s'évanouit devant la grandeur du Très-Haut l'Immense. Un verset contenant ces sens, les plus sublimes, mérite d'être le plus grand du Coran ; et quiconque le lit en méditant et comprenant voit son cœur s'emplir de certitude, de connaissance et de foi, et en être préservé des maux de Satan.

Verset 256

Exposé de la perfection de cette religion, l'islam : la perfection de ses preuves, la clarté de ses signes, étant religion de raison et de savoir, de nature primordiale et de sagesse, de réforme et de rectification, de vrai et de droiture — par sa perfection et l'adhésion des natures, il n'a pas besoin de contrainte : la contrainte n'atteint que ce dont les cœurs se détournent, qui contredit la réalité et le vrai, ou dont preuves et signes sont obscurs. Quiconque reçoit cette religion et la refuse sans l'accepter, c'est par obstination : {la droiture s'est distinguée de l'erreur}, plus d'excuse ni d'argument à qui la refuse. Nulle contradiction avec les nombreux versets obligeant le combat : Allah a commandé le combat pour que la religion soit toute à Allah et pour repousser l'agression des agresseurs contre la religion ; les musulmans ont consensé que le combat demeure avec le pieux et le pervers, et que le combat verbal et effectif est des obligations continues — et quiconque, parmi les exégètes, a cru ce verset contraire aux versets du combat et l'a déclaré abrogé : sa thèse est faible en lettre et en sens, clairement, comme nous l'avons signalé. Puis Allah mentionna la division des gens en deux : qui a cru en Allah seul sans associé et mécru au ṭāghūt [toute puissance rivale d'Allah] — tout ce qui contredit la foi en Allah, association et autre — : celui-là {a saisi l'anse la plus solide}, sans rupture, droit dans la religion saine jusqu'à ce qu'elle le mène à Allah et à Sa demeure d'honneur. Le second groupe, par le sens impliqué : quiconque ne croit pas en Allah, mécroit en Lui et croit au ṭāghūt : perdu d'une perte éternelle, châtié d'un châtiment perpétuel. {Allah est audient} : de toutes les voix, en toutes langues, sur la diversité des besoins, audient de l'invocation des invocateurs et de l'humiliation des suppliants ; {savant} de ce que cachent les poitrines et des secrets des affaires : Il rétribue chacun selon ce qu'Il sait de son intention et de son œuvre.

Verset 257

Ce verset s'ensuit du précédent : celui-là le fondement, celui-ci le fruit. Allah informa que ceux qui crurent en Allah et authentifièrent leur foi en s'acquittant des devoirs de la foi et délaissant tout ce qui la contredit — Il est leur allié : Il les prend en Sa prise en charge particulière et éduque : Il les fait sortir des ténèbres de l'ignorance, de la mécréance, des désobéissances, de l'insouciance et du détournement, vers la lumière du savoir, de la certitude, de la foi, de l'obéissance et du plein tournant vers leur Seigneur ; Il illumine leurs cœurs de la lumière de la révélation et de la foi qu'Il y projette, les rend aisés à l'aisance, les écarte de la difficulté. Quant à ceux qui mécroyurent : ayant pris pour allié autre que leur Allié, Allah les a laissés à ce qu'ils ont pris pour eux-mêmes, les a abandonnés et renvoyés à la garde de ceux qu'ils ont pris — qui ne détiennent ni profit ni nuisance : ils les égarèrent, les malheurèrent, les privèrent de la guidée du savoir profitable et de l'œuvre pie, les privèrent du bonheur, et le Feu devint leur séjour, y demeurant à perpétuité. Ô Allah, prends-nous en charge parmi ceux que Tu as pris en charge !

Verset 258

Allah nous raconte des nouvelles des messagers et des anciens ce par quoi les réalités s'éclaircissent et se dressent les preuves variées de l'unicité. Il informa de Son ami intime Abraham — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix —, quand il disputa avec ce roi tyran : Nemrod le babylonien, négateur du Seigneur des mondes, qui entreprit de résister à Abraham l'ami d'Allah et de le disputer en cette affaire qui n'admet ni doute, ni difficulté, ni perplexité : l'unicité d'Allah et Sa seigneurialité, la plus éclatante et claire des choses. Mais ce tyran fut grisé par sa royauté, au point d'en venir au négationnisme, et disputa Abraham, l'immense messager à qui Allah donna du savoir et de la certitude ce qu'Il ne donna à nul messager sinon Muhammad — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix. Abraham dit, en dispute : {Mon Seigneur est Celui qui donne vie et mort} : le Singulier de la création, de l'administration, de la vivification et de la mort — il mentionna de ce genre le plus manifeste. Le tyran dit, en aveuglement : {moi, je donne vie et je mortifie} — voulant : je tue qui je veux tuer et garde qui je veux garder — illusion et truquage du but : le but est qu'Allah est le Singulier pour donner l'existence à la vie dans les non-existants et la rendre aux morts, et qu'Il est Celui qui fait mourir serviteurs et bêtes à leurs échéances, par les causes qu'Il y a liées et sans causes. L'Ami le voyant truquer d'un truquage qui pourrait prendre la populace, dit Abraham, le lui imposant pour authentifier son dire s'il est comme il prétend : {Allah fait venir le soleil de l'Orient : fais-le donc venir de l'Occident} — {le mécréant resta confus} : il s'arrêta, son argument fut coupé, son illusion s'évanouit. Ce n'est pas de l'Ami un passage d'une preuve à une autre : c'est l'imposition à Nemrod de pousser sa preuve à bout s'il est véridique, portée sur ce qui n'admet nul truquage — toutes les preuves textuelles, rationnelles et primordiales ont témoigné de l'unicité d'Allah, confessant Son unicité de création et d'administration, et que quiconque est tel ne mérite que l'adoration seule ; tous les messagers s'accordent sur ce fondement immense, et ne l'a nié qu'un obstiné, tel ce tyran entêté. Ceci est des preuves de l'unicité ; puis Il mentionna les preuves de la perfection de la puissance, de la résurrection et de la rétribution :

Verset 259

Voici deux immenses preuves sensibles, en ce monde avant la Dernière Demeure, de la résurrection et de la rétribution : l'une opérée par Allah par la main d'un homme doutant de la résurrection — le sens correct, à preuve le noble verset — ; l'autre par la main de Son ami Ibrāhīm, comme Il fit opérer par lui la preuve précédente de l'unicité. Cet homme passa devant une cité détruite de destruction, vide sur ses poutres, ses habitants morts et sa population ruinée, et dit, dans le doute et l'éloignement : {Comment Allah ressusciterait-Il celle-ci après sa mort ?} : cela est loin, en cet état — et le semblable selon ce qui se tenait en son cœur à cette heure. Allah voulut lui faire miséricorde, et aux gens : Il le fit mourir cent ans ; il avait un âne, qu'Il fit mourir avec lui, et de la nourriture et boisson qu'Il conserva en leur état tout ce long temps. Les cent ans passés, Allah le ressuscita : {Combien es-tu resté ? Il dit : un jour ou une partie de jour} — selon sa supposition. Allah dit : {non, cent ans} — l'échange se fit apparemment par la main d'un des nobles prophètes. De la plénitude de Sa miséricorde envers lui et les gens : Il lui montra le signe de ses yeux, pour conviction : après qu'il sut qu'il était mort et qu'Allah l'avait ressuscité, il lui fut dit : regarde {ta nourriture et ta boisson : point avariées} : point changées en ce long temps — signe de la puissance d'Allah, la nourriture et boisson, surtout ce que les exégètes disent : fruits et jus, ne tardant pas à changer, et qu'Allah conserva cent ans. Et il lui fut dit : {regarde ton âne} : déchiré, dispersé, devenu ossements poreux ; {et regarde les ossements comment Nous les relevons} : les uns vers les autres, joignant chaque partie à chaque partie après dispersion et déchirure ; {puis les revêtons}, après l'assemblage, {de chair}, puis y rendons la vie. {Quand cela lui fut clair} — vu de l'œil, sans doute possible sous aucun rapport —, {il dit : je sais qu'Allah est puissant sur toute chose} : il confessa la puissance d'Allah sur tout et devint signe pour les gens, qui connaissaient sa mort, celle de son âne, son histoire, puis virent cet immense signe. Tel est le juste au sujet de cet homme. Quant à la parole de beaucoup d'exégètes — cet homme était croyant ou prophète, 'Uzayr ou autre, et sa parole {comment Allah ressusciterait-Il celle-ci} viserait le repeuplement de la cité ruinée, Allah l'ayant fait mourir pour lui montrer le repeuplement — le terme ne l'indique pas, il le contredit, ni le sens : quel signe et quelle preuve au retour des cités ruinées à la peuplement ? On ne cesse de voir des cités se peupler et d'autres se ruiner ; le signe immense est sa résurrection après sa mort, celle de son âne, et la conservation de sa nourriture et boisson sans pourriture ni changement ; et Sa parole {quand cela lui fut clair} est explicite : cela ne lui fut clair qu'après avoir vu de ses yeux cet état prouvant la perfection de Sa puissance.

Verset 260

L'autre preuve : Ibrāhīm demanda à Allah de lui montrer comment Il ressuscite les morts. Allah lui dit : {Ne crois-tu pas ?} — pour dissiper l'illusion de Son ami. {Il dit} — Ibrāhīm — {si} : Seigneur, je crois que Tu es puissant sur toute chose, que Tu ressuscites les morts et rétribues les serviteurs ; mais je veux que mon cœur s'apaise et que j'atteigne le degré de la certitude du regard. Allah exauça sa demande, en grâce pour lui et miséricorde pour les serviteurs : {Prends quatre oiseaux} — sans préciser lesquels : le verset vaut pour toute espèce, c'est le but —, {apprivoise-les à toi} : joins-les, égorge-les, coupe-les en morceaux, {puis place sur chaque montagne une part d'eux, puis appelle-les : elles viendront à toi en hâte} — il le fit, dispersa leurs parts sur les monts autour de lui, les appela par leurs noms : elles vinrent à lui promptes — la hâte étant la promptitude —, non sur leurs pattes, mais volant, de la vie la plus parfaite. Il particularisa les oiseaux parce que leur résurrection est plus parfaite et manifeste, et dissipa toute illusion des âmes corruptrices : il les fit quatre, les coupa toutes, les mit sur les sommets, manifeste et public, visible de près et de loin, les éloigna de lui pour qu'on ne croie pas à un tour de ruse, et il les appela et elles vinrent empressées : le signe devint la plus grande preuve de la perfection de la puissance et sagesse d'Allah. Allusion : à la résurrection apparaîtront aux serviteurs la perfection de la puissance d'Allah, Sa sagesse, Sa grandeur, l'ampleur de Son autorité et la plénitude de Sa justice et faveur.

Verset 261

Immense exhortation d'Allah à Ses serviteurs à dépenser leurs biens dans Sa voie — Sa voie qui mène à Lui — : y entre la dépense pour promouvoir les sciences utiles, se préparer au combat dans Sa voie, équiper les combattants, et tous les projets charitables profitables aux musulmans ; puis la dépense pour les nécessiteux, pauvres et miséreux — les deux peuvent se joindre : la dépense repoussant les besoins et aidant au bien et à l'obéissance. Ces dépenses sont multipliées de sept cents et plus : {Allah multiplie à qui Il veut} — selon ce qui est dans le cœur du dépensant de foi et sincérité parfaite, et selon les fruits et profits de sa dépense : certaines voies du bien entraînent des profits en chaîne et des intérêts variés, la rétribution selon l'espèce de l'acte.

Verset 262

Puis Il mentionna une autre rétribution des dépensants dans Sa voie : dépense accomplie, réunissant ses conditions, écartant ses empêchements — ne suivant pas le bénéficiaire d'obligeance ni nuisance, énumération des faveurs, nuisance verbale ou effective — : ceux-là {ont leur récompense auprès de leur Seigneur}, selon ce qu'Il sait d'eux, leurs dépenses et profits, et Sa faveur qu'aucune aumône n'atteint ; {nulle crainte sur eux et ils ne seront point affligés} : le mal passé nié par la négation de l'affliction, le futur par celle de la crainte : l'aimé obtenu, le mal écarté.

Verset 263

Allah mentionna quatre degrés de la bienfaisance : Le degré suprême : la dépense issue d'une intention saine, que le dépensant ne suit ni d'obligeance ni de nuisance. Puis la parole convenable : la bienfaisance verbale en toutes ses formes, réjouissant le musulman, l'excuse au demandeur quand on n'a rien, et les autres paroles de bien. La troisième : la bienfaisance du pardon à qui t'a fait du mal, en parole ou en acte. Ces deux-là valent mieux que la quatrième : celle que le donateur suit de la nuisance au bénéficiaire, car il a troublé sa bienfaisance : il a fait un bien et un mal. Le bien pur, même moindre, vaut mieux que le bien mêlé de mal, même supérieur — terrible avertissement à qui nuit à son bénéficiaire, comme font les gens de vilenie, sottise et ignorance. {Allah} — exalté soit-Il — est {riche} : de leurs aumônes et de toutes leurs adorations, {indulgent} : dans la plénitude de Sa richesse et l'ampleur de Ses dons, Il use d'indulgence envers les désobéissants, ne hâte pas la punition, les préserve, les pourvoit et fait affluer Son bien sur eux, eux qui L'affrontent en désobéissances. Puis Il interdit avec l'extrême force l'obligeance et la nuisance, et en frappa la parabole :

Verset 264

Allah frappa en ces versets trois paraboles : pour qui dépense recherchant Sa Face sans suivre sa dépense d'obligeance ni nuisance ; pour qui la suit d'obligeance et nuisance ; et pour l'ostentatoire. Le premier : sa dépense étant reçue et multipliée, issue de la foi et de la sincérité parfaite — {recherche de l'agrément d'Allah et affermissement de leurs personnes} : ils dépensent fermes, dans la mansuétude et la véracité —, tel travail {est comme un jardin sur une hauteur} : lieu élevé, exposé aux vents et au soleil, à l'eau abondante ; si l'averse abondante ne l'atteint pas, une rosée suffisante lui suffit, à la bonté de son sol et à la réunion des causes assurant croissance, floraison et fruit — d'où {il donne son fruit doublé} : un tel jardin est le plus haut des désirs des gens : l'œuvre excellente aux degrés les plus hauts. Quant à qui dépense pour Allah puis suit sa dépense d'obligeance et nuisance, ou œuvre puis annule l'œuvre : sa parabole est celle du détenteur d'un tel jardin, mais sur lequel Il lâcha {un cyclone}, vent violent {où est du feu, qui le brûla} — et il a une descendance faible, lui-même vieux et faible : l'état le plus affreux — d'où la parabole ouverte par l'interrogatif établi : {l'un de vous voudrait-il...} : sa perte d'un coup, après l'épanouissement des arbres et la maturité des fruits, est immense catastrophe ; et la survient à son détenteur âgé, faible, sans secours de sa descendance faible, dont la charge pèse sur lui : autre catastrophe. Tel l'homme qui œuvra pour Allah puis annula son œuvre par son contraire : il ressemble au détenteur du jardin au moment de son extrême besoin. La troisième parabole : l'ostentatoire sans foi en Allah ni espoir de Sa récompense — son cœur est comme le rocher lisse couvert de terre : le regardant croit qu'atteint de pluie il produira comme les bonnes terres ; mais c'est le rocher que l'averse violente frappe, emportant la terre et le laissant nu — parabole conforme au cœur de l'ostentatoire : sans foi, dur, sans souplesse ni humilité : ses œuvres et dépenses n'ont ni fondement où s'établir, ni fin où aboutir : tout ce qu'il fait est vain, faute de condition. Le précédent : annulé après la condition, par l'empêchement ; le premier : reçu et multiplié, la condition — foi, sincérité, constance — étant là et les empêchements corrupteurs absents. Ces trois paraboles s'appliquent à tous les œuvrants : que le serviteur se pèse, soi et autrui, à ces balances équitables et paraboles conformes : {Telles sont les paraboles que Nous proposons aux gens, et ne les comprennent que les savants}.

Verset 265

Allah frappa en ces versets trois paraboles : pour qui dépense recherchant Sa Face sans suivre sa dépense d'obligeance ni nuisance ; pour qui la suit d'obligeance et nuisance ; et pour l'ostentatoire. Le premier : sa dépense étant reçue et multipliée, issue de la foi et de la sincérité parfaite — {recherche de l'agrément d'Allah et affermissement de leurs personnes} : ils dépensent fermes, dans la mansuétude et la véracité —, tel travail {est comme un jardin sur une hauteur} : lieu élevé, exposé aux vents et au soleil, à l'eau abondante ; si l'averse abondante ne l'atteint pas, une rosée suffisante lui suffit, à la bonté de son sol et à la réunion des causes assurant croissance, floraison et fruit — d'où {il donne son fruit doublé} : un tel jardin est le plus haut des désirs des gens : l'œuvre excellente aux degrés les plus hauts. Quant à qui dépense pour Allah puis suit sa dépense d'obligeance et nuisance, ou œuvre puis annule l'œuvre : sa parabole est celle du détenteur d'un tel jardin, mais sur lequel Il lâcha {un cyclone}, vent violent {où est du feu, qui le brûla} — et il a une descendance faible, lui-même vieux et faible : l'état le plus affreux — d'où la parabole ouverte par l'interrogatif établi : {l'un de vous voudrait-il...} : sa perte d'un coup, après l'épanouissement des arbres et la maturité des fruits, est immense catastrophe ; et la survient à son détenteur âgé, faible, sans secours de sa descendance faible, dont la charge pèse sur lui : autre catastrophe. Tel l'homme qui œuvra pour Allah puis annula son œuvre par son contraire : il ressemble au détenteur du jardin au moment de son extrême besoin. La troisième parabole : l'ostentatoire sans foi en Allah ni espoir de Sa récompense — son cœur est comme le rocher lisse couvert de terre : le regardant croit qu'atteint de pluie il produira comme les bonnes terres ; mais c'est le rocher que l'averse violente frappe, emportant la terre et le laissant nu — parabole conforme au cœur de l'ostentatoire : sans foi, dur, sans souplesse ni humilité : ses œuvres et dépenses n'ont ni fondement où s'établir, ni fin où aboutir : tout ce qu'il fait est vain, faute de condition. Le précédent : annulé après la condition, par l'empêchement ; le premier : reçu et multiplié, la condition — foi, sincérité, constance — étant là et les empêchements corrupteurs absents. Ces trois paraboles s'appliquent à tous les œuvrants : que le serviteur se pèse, soi et autrui, à ces balances équitables et paraboles conformes : {Telles sont les paraboles que Nous proposons aux gens, et ne les comprennent que les savants}.

Verset 266

Allah frappa en ces versets trois paraboles : pour qui dépense recherchant Sa Face sans suivre sa dépense d'obligeance ni nuisance ; pour qui la suit d'obligeance et nuisance ; et pour l'ostentatoire. Le premier : sa dépense étant reçue et multipliée, issue de la foi et de la sincérité parfaite — {recherche de l'agrément d'Allah et affermissement de leurs personnes} : ils dépensent fermes, dans la mansuétude et la véracité —, tel travail {est comme un jardin sur une hauteur} : lieu élevé, exposé aux vents et au soleil, à l'eau abondante ; si l'averse abondante ne l'atteint pas, une rosée suffisante lui suffit, à la bonté de son sol et à la réunion des causes assurant croissance, floraison et fruit — d'où {il donne son fruit doublé} : un tel jardin est le plus haut des désirs des gens : l'œuvre excellente aux degrés les plus hauts. Quant à qui dépense pour Allah puis suit sa dépense d'obligeance et nuisance, ou œuvre puis annule l'œuvre : sa parabole est celle du détenteur d'un tel jardin, mais sur lequel Il lâcha {un cyclone}, vent violent {où est du feu, qui le brûla} — et il a une descendance faible, lui-même vieux et faible : l'état le plus affreux — d'où la parabole ouverte par l'interrogatif établi : {l'un de vous voudrait-il...} : sa perte d'un coup, après l'épanouissement des arbres et la maturité des fruits, est immense catastrophe ; et la survient à son détenteur âgé, faible, sans secours de sa descendance faible, dont la charge pèse sur lui : autre catastrophe. Tel l'homme qui œuvra pour Allah puis annula son œuvre par son contraire : il ressemble au détenteur du jardin au moment de son extrême besoin. La troisième parabole : l'ostentatoire sans foi en Allah ni espoir de Sa récompense — son cœur est comme le rocher lisse couvert de terre : le regardant croit qu'atteint de pluie il produira comme les bonnes terres ; mais c'est le rocher que l'averse violente frappe, emportant la terre et le laissant nu — parabole conforme au cœur de l'ostentatoire : sans foi, dur, sans souplesse ni humilité : ses œuvres et dépenses n'ont ni fondement où s'établir, ni fin où aboutir : tout ce qu'il fait est vain, faute de condition. Le précédent : annulé après la condition, par l'empêchement ; le premier : reçu et multiplié, la condition — foi, sincérité, constance — étant là et les empêchements corrupteurs absents. Ces trois paraboles s'appliquent à tous les œuvrants : que le serviteur se pèse, soi et autrui, à ces balances équitables et paraboles conformes : {Telles sont les paraboles que Nous proposons aux gens, et ne les comprennent que les savants}.

Verset 267

Le Créateur presse Ses serviteurs de dépenser de ce qu'ils ont gagné en commerces et de ce que la terre a fait sortir pour eux — céréales et fruits — : ce qui embrasse la zakāt des deux monnaies et des marchandises de vente, et les sorties de la terre ; y entrent obligatoire et surérogatoire. Il commanda de viser le pur, non l'immonde — le mauvais, l'inférieur, qu'on destine à Allah — qu'on n'agréerait pas, donné par un débiteur, sinon par dépit et à contrecœur : il faut sortir le moyen de ces choses, et le parfait est de sortir le haut ; l'interdit est de sortir le mauvais : il ne vaut pas pour l'obligatoire et n'obtient pas la pleine récompense dans le recommandé. {Et sachez qu'Allah est riche, digne de louange} : riche de toutes les créatures, de toutes les dépenses des dépensants et obéissances des obéissants — Il les leur a commandées et pressées pour leur profit, par pure faveur et générosité ; et dans la plénitude de Sa richesse et l'ampleur de Ses dons, Il est le Loué en ce qu'Il légifère à Ses serviteurs comme jugements les menant à la demeure de la paix, loué en Ses actes qui ne sortent pas de la faveur, la justice et la sagesse, loué en Ses attributs, tous beautés et perfections dont les serviteurs n'atteignent point l'essence ni la description. Après l'exhortation à la dépense profitable, Il interdit la rétention nuisible et leur exposa qu'ils sont entre deux appelants : l'appel du Tout Miséricordieux, appelant au bien, promettant le bien, la faveur, la rétribution immédiate et différée, et le remplacement de la dépense ; et l'appel de Satan, pressant la rétention et leur faisant craindre, s'ils dépensent, la pauvreté. Qui répond à l'appel du Miséricordieux et dépense de ce qu'Allah lui a attribué : qu'il s'annonce le pardon des fautes et l'obtention de tout but ; qui répond à l'appel de Satan : celui-ci n'appelle son parti qu'à être des compagnons de la Fournaise — que le serviteur choisisse lequel des deux lui sied. Il clôt le verset : {immense, savant} : immense de Ses attributs, abondant de dons, savant de qui mérite la multiplication parmi les œuvrants, et de qui en est digne, qu'Il rend capable du bien et de l'abandon du blâmable.

Verset 268

Le Créateur presse Ses serviteurs de dépenser de ce qu'ils ont gagné en commerces et de ce que la terre a fait sortir pour eux — céréales et fruits — : ce qui embrasse la zakāt des deux monnaies et des marchandises de vente, et les sorties de la terre ; y entrent obligatoire et surérogatoire. Il commanda de viser le pur, non l'immonde — le mauvais, l'inférieur, qu'on destine à Allah — qu'on n'agréerait pas, donné par un débiteur, sinon par dépit et à contrecœur : il faut sortir le moyen de ces choses, et le parfait est de sortir le haut ; l'interdit est de sortir le mauvais : il ne vaut pas pour l'obligatoire et n'obtient pas la pleine récompense dans le recommandé. {Et sachez qu'Allah est riche, digne de louange} : riche de toutes les créatures, de toutes les dépenses des dépensants et obéissances des obéissants — Il les leur a commandées et pressées pour leur profit, par pure faveur et générosité ; et dans la plénitude de Sa richesse et l'ampleur de Ses dons, Il est le Loué en ce qu'Il légifère à Ses serviteurs comme jugements les menant à la demeure de la paix, loué en Ses actes qui ne sortent pas de la faveur, la justice et la sagesse, loué en Ses attributs, tous beautés et perfections dont les serviteurs n'atteignent point l'essence ni la description. Après l'exhortation à la dépense profitable, Il interdit la rétention nuisible et leur exposa qu'ils sont entre deux appelants : l'appel du Tout Miséricordieux, appelant au bien, promettant le bien, la faveur, la rétribution immédiate et différée, et le remplacement de la dépense ; et l'appel de Satan, pressant la rétention et leur faisant craindre, s'ils dépensent, la pauvreté. Qui répond à l'appel du Miséricordieux et dépense de ce qu'Allah lui a attribué : qu'il s'annonce le pardon des fautes et l'obtention de tout but ; qui répond à l'appel de Satan : celui-ci n'appelle son parti qu'à être des compagnons de la Fournaise — que le serviteur choisisse lequel des deux lui sied. Il clôt le verset : {immense, savant} : immense de Ses attributs, abondant de dons, savant de qui mérite la multiplication parmi les œuvrants, et de qui en est digne, qu'Il rend capable du bien et de l'abandon du blâmable.

Verset 269

Après les états des dépensants des biens, et qu'Allah les a gratifiés des biens par lesquels ils atteignent les dépenses des voies du bien et les rangs élevés, Il mentionna ce qui est meilleur : Il donne la sagesse à qui Il veut de Ses serviteurs et à qui Il veut du bien parmi Sa création. La sagesse (ḥikma) : les sciences utiles, les connaissances justes, les raisons droites, les intelligences solides, et l'atteinte du juste en paroles et actes — le meilleur des dons, la plus noble des faveurs : {et quiconque reçoit la sagesse a reçu un immense bien} : il est sorti des ténèbres des ignorances à la lumière de la guidée, de la sottise de la déviation en paroles et actes à l'atteinte du juste et de la droiture ; il a par ce immense bien parfaits sa personne et s'est préparé au plus grand profit des créatures, en leur religion et leur monde ; et toutes les affaires ne s'arrangent que par la sagesse : mettre les choses à leur place, les affaires à leur rang, avancer où il faut avancer, s'abstenir où il faut s'abstenir. Mais nul ne se rappelle cette immense affaire ni ne connaît la valeur de ce don considérable {sinon les gens d'intelligence} : aux raisons suffisantes et aux discernements parfaits, qui connaissent le profitable et le font, le nuisible et le délaissent. Ces deux choses — la dépense des biens et le don de la sagesse — sont ce dont les rapprochants d'Allah se rapprochent le mieux et par quoi ils atteignent les plus hautes grâces, celles-là mêmes que le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — a dites : « Nul envie sinon en deux : un homme à qui Allah a donné un bien et l'autorité de le dépenser dans le vrai ; un homme à qui Allah a donné la sagesse et qui l'enseigne aux gens ».

Verset 270

Allah informe que quoi que dépensent les dépensants, donnent les donateurs ou vouent les votants, Allah le sait — et l'information de Sa science implique la rétribution : rien ne se perd auprès de Lui, pas le poids d'un atome ; Il sait les intentions d'où cela émana, bonnes ou mauvaises ; et les injustes — qui retiennent ce qu'Allah leur a obligé ou assaillent ce qu'Il leur a interdit — n'ont pas en dehors de Lui d'auxiliaires pour les secourir et les protéger : les punitions les atteindront nécessairement. Et Il informa : l'aumône, si le donateur l'étale, est bien ; s'il la cache et la remet au pauvre, c'est meilleur : la cacher au pauvre est autre bienfaisance, et indice de la force de la sincérité — un des sept qu'Allah ombragera de Son ombre : qui donne une aumône si cachée que sa main gauche ignore ce que dépense sa main droite. Dans Sa parole {si vous la cachez et la donnez aux pauvres, c'est meilleur pour vous} une fine leçon : la cacher est meilleur que l'étaler quand elle est donnée au pauvre. Mais dirigée vers un projet charitable, le verset ne prouve pas la vertu de la cacher : les règles de la Loi exigent l'égard de l'intérêt — l'étalée peut être meilleure, pour l'exemple, l'imitation et la stimulation des âmes au bien. Sa parole {et Il effacera de vous de vos mauvaises actions} : l'aumône réunit les deux : obtenir le bien — multiplication des bonnes actions, récompense — et repousser le mal, l'épreuve terrestre et dernière, par l'effacement des fautes. {Allah est informé de ce que vous faites} : Il rétribue chacun de son œuvre selon Sa sagesse.

Verset 271

Allah informe que quoi que dépensent les dépensants, donnent les donateurs ou vouent les votants, Allah le sait — et l'information de Sa science implique la rétribution : rien ne se perd auprès de Lui, pas le poids d'un atome ; Il sait les intentions d'où cela émana, bonnes ou mauvaises ; et les injustes — qui retiennent ce qu'Allah leur a obligé ou assaillent ce qu'Il leur a interdit — n'ont pas en dehors de Lui d'auxiliaires pour les secourir et les protéger : les punitions les atteindront nécessairement. Et Il informa : l'aumône, si le donateur l'étale, est bien ; s'il la cache et la remet au pauvre, c'est meilleur : la cacher au pauvre est autre bienfaisance, et indice de la force de la sincérité — un des sept qu'Allah ombragera de Son ombre : qui donne une aumône si cachée que sa main gauche ignore ce que dépense sa main droite. Dans Sa parole {si vous la cachez et la donnez aux pauvres, c'est meilleur pour vous} une fine leçon : la cacher est meilleur que l'étaler quand elle est donnée au pauvre. Mais dirigée vers un projet charitable, le verset ne prouve pas la vertu de la cacher : les règles de la Loi exigent l'égard de l'intérêt — l'étalée peut être meilleure, pour l'exemple, l'imitation et la stimulation des âmes au bien. Sa parole {et Il effacera de vous de vos mauvaises actions} : l'aumône réunit les deux : obtenir le bien — multiplication des bonnes actions, récompense — et repousser le mal, l'épreuve terrestre et dernière, par l'effacement des fautes. {Allah est informé de ce que vous faites} : Il rétribue chacun de son œuvre selon Sa sagesse.

Verset 272

C'est-à-dire : il ne t'incombe, ô Messager, que la transmission, l'exhortation des gens au bien et leur dissuasion du mal ; quant à la guidée, elle est en la main d'Allah — exalté soit-Il. Il informe des croyants véridiques : ils ne dépensent qu'en recherche de l'agrément de leur Seigneur et dans l'espoir de Sa récompense, leur foi les y portant — c'est bien et éloge des croyants, avec rappel de la sincérité ; et Il réitéra Sa science de leurs dépenses pour leur signifier que rien ne se perd auprès de Lui, pas le poids d'un atome — fût-ce une bonne action, Il la double, et Il donne de près de Lui une immense récompense.

Verset 273

C'est-à-dire : recherchez par vos aumônes les pauvres qui ont retenu leurs personnes dans la voie d'Allah et Son obéissance, sans volonté de gain ou sans capacité de gain, et qui s'abstiennent : l'ignorant qui les voit les croit riches, {ils n'importunent personne en demandant} : ils ne demandent point du tout ; astreints à demander, ils n'insistent pas. Cette catégorie de pauvres est la meilleure où placer les dépenses : repousser leur besoin, les aider en leur but et la voie du bien, en reconnaissance de leur patience et de leur regard vers le Créateur, non vers les créatures. Et pourtant, dépenser dans les voies de la bienfaisance et pour les nécessiteux, où qu'ils soient, est bien, récompense et rétribution auprès d'Allah :

Verset 274

{Ceux qui dépensent leurs biens de nuit et de jour, en secret et en public : à eux leur récompense auprès de leur Seigneur} — Allah les ombragera de Son ombre au jour sans autre ombre, leur accordera les biens et écartera d'eux tristesses, frayeurs et déplaisirs. {À eux leur récompense auprès de leur Seigneur} : chacun selon son état ; la restriction « auprès de leur Seigneur » indique la noblesse de cet état et son rang suprême — comme au hadith authentique : « Le serviteur donne l'aumône d'une datte d'un gain pur : le Puissant la reçoit de Sa main et l'élève pour l'un de vous comme il élève son poulain, jusqu'à la faire comme l'immense montagne ».

Verset 275

Après l'état des dépensants, les biens d'Allah pour eux et l'effacement de leurs fautes, Il mentionna les injustes, gens de l'usure et des contrats immondes, rétribués selon leurs œuvres : comme ils furent en ce monde aux gains immondes comme des insensés, ils seront punis dans l'isthme et à la résurrection : ils ne se lèveront de leurs tombes vers leur résurrection {que comme se lève celui que Satan a saisi par la folie} (mass) [possession] : folie et épilepsie — punition, ignominie et flétrissure, rétribution de leur usure et de leur ostentation à dire : {la vente est tout comme l'usure} : ils ont, par leur audace, réuni ce qu'Allah a permis et ce qu'Il a interdit, et rendu l'usure permise. Puis Il offrit le repentir aux usuriers et autres : {quiconque reçoit de son Seigneur une exhortation} — exposé accompagné de promesse et menace — {et cesse} de l'usure qu'il pratiquait : {à lui ce qui a précédé} — ce dont il s'est hardi et dont il s'est repenti —, {et son affaire est à Allah} pour l'avenir : s'il tient son repentir, Allah ne perd pas la récompense des bienfaisants. {Et quiconque récidive} après l'exposé, le rappel et la menace d'Allah : {ceux-là sont les compagnons du Feu, ils y demeurent éternellement} : l'usure entraîne l'entrée au Feu et l'éternité — tant que n'empêche l'éternité l'empêchement de la foi : jugement suspendu à ses conditions et à l'absence d'empêchements ; nul argument pour les kharijites, comme des versets de menace : il faut authentiquer tous les textes du Livre et de la Sunna : croire ce que les textes notoirement transmettent — que sortira du Feu celui en dont le cœur est le moindre poids d'un grain de moutarde de foi — et que ces péchés capitaux méritent le Feu sans repentir.

Verset 276

Puis Il informa qu'Il anéantit les gains des usuriers et fait croître les aumônes des dépensants — le contraire de ce qui vient à l'esprit de beaucoup : que dépenser diminue le bien et que l'usure l'accroît. La matière de la subsistance et ses fruits viennent d'Allah : ce qui est auprès d'Allah ne s'obtient que par L'obéir et accomplir Son ordre — qui se hardit à l'usure, Il le punit à l'inverse de son but : chose vue d'expérience — qui est plus véridique qu'Allah en parole ? {Allah n'aime aucun mécréant obstiné} : qui a nié la faveur d'Allah, renié le don de son Seigneur, et persisté dans ses désobéissances. Le sens impliqué : Allah aime qui est reconnaissant des faveurs et repenti des péchés. Puis Il inséra ce verset entre les versets de l'usure :

Verset 277

{Ceux qui ont cru et fait les œuvres pies, établi la prière et acquitté la zakāt} — pour montrer que la plus grande cause d'éviter les gains usuraires interdits est de parfaire la foi et ses droits, surtout la prière et la zakāt : la prière détourne de la turpitude et du blâmable, la zakāt est bienfaisance aux créatures, contraire à l'usure qui les lèse et les nuit. Puis, s'adressant aux croyants, Il leur commanda de Le craindre et de délaisser ce qui restait de contrats usuraires pratiqués avant, et les informa que, ne le faisant pas, ils seraient en guerre contre Allah et Son messager — plus grand indice de l'horreur de l'usure : qui y persiste est en guerre contre Allah et Son messager. Puis : {si vous vous repentez} des contrats usuraires, {à vous vos capitaux : ne lésant pas} les gens en prenant l'usure, {et non lésés} en lésant vos capitaux. Quiconque se repent de l'usure : contrats passés — à lui le passé, son affaire est regardée ; contrats en cours : qu'il se borne à son capital — toute prise excédentaire est hardiesse à l'usure. Le verset expose la sagesse : l'usure lèse les nécessiteux en prenant l'excédent et le multipliant sur eux, alors qu'il est dû de leur accorder délai :

Verset 280

{Et si quelqu'un est dans la gêne, un délai jusqu'à l'aisance} : si le débiteur est gêné, incapable de payer, son créancier doit lui accorder délai jusqu'à l'aisance ; le débiteur, s'il obtient de quoi payer par toute voie licite, doit payer ; si le créancier lui remet la dette en tout ou partie, c'est mieux pour lui. Ce qui rend aisés au serviteur les obligations légales, l'évitement des contrats usuraires et la bienfaisance aux gênés : savoir qu'il a un jour où il revient à Allah, qui lui paiera son œuvre sans léser d'un atome — comme Il clôt le verset : {et craignez un jour où vous serez ramenés à Allah ; puis chaque âme sera payée de ce qu'elle a acquis, et ils ne seront point lésés}. Puis Allah — exalté soit-Il — dit :

Verset 282

Ces versets contiennent la direction du Créateur à Ses serviteurs, en leurs contrats, pour conserver leurs droits par les voies utiles et les dispositions dont les sensés ne sauraient proposer de plus hautes ni de plus parfaites — multiples profits : — la permission des contrats à terme : qu'ils soient de salam [vente à livrer] ou d'achat à prix différé : tout est permis, Allah l'ayant rapporté des croyants, et ce qu'Il rapporte des croyants relève des exigences de la foi, et le Roi Juge les l'y a agréés ; — l'obligation de nommer l'échéance dans toutes les dettes et locations ; — l'échéance inconnue est illicite : aléa et péril, relevant du jeu de hasard ; — Son commandement d'écrire les dettes — commandement pouvant être obligatoire quand la conservation du droit est obligatoire, comme les biens dont on a la tutelle : biens d'orphelins, fondations, mandataires et dépositaires ; proche de l'obligation quand le droit est purement privé : l'obligation ou la recommandation l'emportent selon les circonstances ; en tout cas, l'écrit est des plus grands moyens de conserver ces contrats différés, vu l'oubli fréquent, les méprises, et la précaution contre les traîtres qui ne craignent pas Allah ; — Son commandement à l'écrivain d'écrire entre les contractants avec équité, sans incliner pour l'un par parenté ou autre, ni contre l'un par inimitié ou semblable ; — l'écriture entre contractants est des meilleures œuvres et une bienfaisance envers eux deux : conservation de leurs droits et libération de leurs charges, commandée par Allah — que l'écrivain place sa récompense auprès d'Allah ; — l'écrivain doit connaître l'équité et en être connu : qui ne la connaît ne peut la pratiquer ; qui n'est pas estimé équitable et agrée des gens, son écrit n'est pas valable et le but — conserver les droits — n'est pas atteint ; — de la perfection de l'écriture et de l'équité : que l'écrivain soigne la rédaction et les termes valables selon chaque contrat — l'usage pèse beaucoup ici ; — l'écriture est une faveur d'Allah sur les serviteurs sans laquelle ni religion ni monde ne subsistent : quiconque Allah a enseigné l'écriture a reçu une immense faveur — gratitude parfaite : satisfaire par son écrit les besoins des serviteurs et ne pas s'y refuser : {qu'un écrivain ne refuse pas d'écrire comme Allah le lui a enseigné} ; — ce que l'écrivain écrit est l'aveu du débiteur s'il sait exprimer son droit ; sinon — petit, insensé, fou, muet ou incapable — son tuteur dicte pour lui et le remplace ; — l'aveu est des plus grandes voies d'établir les droits : Allah commanda à l'écrivain d'écrire ce que le débiteur lui dicte ; — l'établissement de la tutelle sur les incapables : enfants, insensés, prodigues et semblables ; — le tuteur remplace son pupille dans tous ses aveux relatifs à ses droits ; — quiconque on agrée et à qui on délègue en un contrat : sa parole est reçue, il est ton remplaçant — si le tuteur remplace les incapables, celui que tu as agréé de ton choix l'est à plus forte raison, sa parole prévalant sur la tienne au différend ; — au débiteur qui dicte : craindre Allah et ne point léser le droit — ni en quantité, ni en description, ni en condition ou clause —, aveu de tout ce qui est sur lui, comme il l'exigerait d'autrui : sinon il est des fraudeurs diminueurs ; — l'obligation de l'aveu des droits manifestes et cachés : des plus grands traits de piété — le délaisser en est une déchirure et une déficience ; — la direction d'établir des témoins à la vente ; aux dettes, le témoignage suit la règle de l'écrit — l'écrit étant l'écrit du témoignage ; à la vente au comptant : témoins recommandés, écriture sans grief vu la fréquence et la peine ; — la direction de deux témoins équitables ; à l'impossibilité, difficulté ou gêne : un homme et deux femmes — ce qui embrasse tous les contrats : ventes au comptant, à terme, leurs suites, conditions, garanties et autres. Si l'on objecte qu'il est établi que le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — jugea par le témoin unique avec le serment, et que le noble verset ne contient que deux hommes ou un homme et deux femmes : le noble verset est la direction du Créateur à Ses serviteurs pour conserver leurs droits, d'où les voies les plus parfaites et les plus fortes, sans contredire le jugement par le témoin et le serment énoncé par le Prophète : au chapitre de la conservation des droits, on dirige le serviteur vers la précaution totale ; au chapitre du jugement entre plaideurs, on regarde les préférences et les preuves selon leur état ; — le témoignage de deux femmes vaut celui d'un homme dans les droits mondains ; dans les affaires religieuses — transmission et avis —, la femme vaut l'homme : la différence entre les deux chapitres est claire ; — la direction de la sagesse du témoignage de deux femmes : la mémoire de la femme, le plus souvent, est plus faible, celle de l'homme plus forte ; — si un témoin oublie son témoignage et que l'autre le lui rappelle et il se rappelle : l'oubli ne nuit pas une fois dissipé par le rappel : {si l'une s'égare, l'autre la rappellera} — à plus forte raison s'il se souvient de lui-même : le témoignage repose sur science et certitude ; — le témoignage doit reposer sur science et certitude, non sur doute : le témoin qui doute, même par prévalence, ne doit témoigner que de ce qu'il sait ; — le témoin ne peut se dérober quand il est appelé, au porter comme au rendre : s'acquitter du témoignage est des meilleures œuvres, commandé par Allah, dont Il annonça le profit et les intérêts ; — il n'est pas permis de nuire à l'écrivain ni au témoin, en un temps ou état qui leur nuit ; comme Il interdit aux détenteurs de droits et contractants de nuire aux témoins et écrivains, Il interdit à ceux-ci de nuire aux contractants ou à l'un d'eux ; et si l'écriture ou le témoignage nuit à l'écrivain ou au témoin, l'obligation tombe ; — allusion : à tous les bienfaisants qui font le bien, il n'est pas permis de leur nuire ni de leur charger ce qu'ils ne peuvent : le salaire de la bienfaisance n'est-il pas la bienfaisance ? Et qui fait le bien doit le parfaire en s'abstenant de nuire, en parole ou acte, à qui il a bien fait — la bienfaisance n'est parfaite que par là ; — il n'est pas permis de prendre salaire de l'écriture et du témoignage quand ils sont obligatoires : droit qu'Allah a imposé à l'écrivain et au témoin, et cela serait nuire aux contractants ; — allusion aux intérêts et profits de ces directions immenses : conservation des droits, équité, coupure des contestations, sauvegarde de l'oubli et de la négligence : {cela est plus équitable auprès d'Allah, plus droit pour le témoignage, plus proche que vous ne doutiez} — intérêts nécessaires aux serviteurs ; — apprendre l'écriture relève des affaires de la religion : voie de conserver religion et monde, cause de bienfaisance ; — quiconque Allah particularise d'une faveur dont les gens ont besoin : gratitude parfaite — en faire profiter les serviteurs d'Allah et satisfaire leurs besoins, à preuve le motif de l'interdiction de refuser d'écrire : le rappel {comme Allah le lui a enseigné} ; et qui est dans le besoin de son frère, Allah est dans son besoin ; — nuire aux témoins et écrivains est perversité : la perversité est sortie de l'obéissance d'Allah vers Sa désobéissance, elle croît, décroît et se divise — d'où non pas « vous êtes pervers » mais {ce serait perversité de votre part} : selon la sortie du serviteur de l'obéissance, la perversité en résulte en proportion. On tire de {craignez Allah, Allah vous enseignera} : la piété est voie de science — plus clair : {Ô vous qui croyez, si vous craignez Allah, Il vous accordera un discernement} : une science par laquelle distinguer les réalités, le vrai et le faux ; — comme enseigner les affaires religieuses des adorations est du savoir profitable, enseigner les affaires mondaines des contrats aussi : Allah a conservé aux serviteurs leur religion et leur monde, et Son immense livre expose toute chose ; — la légalité du gage des droits : gages et garanties qui assurent au serviteur son droit, qu'il traite avec un vertueux ou un scélérat, un probe ou un traître : que de droits conservés et de litiges tranchés par les actes ; — de la perfection du gage : qu'il soit saisi — cela ne prouve pas que le gage ne vaut que saisi : la restriction indique qu'il peut être saisi — confiance totale — ou ne l'être pas — gage déficient ; — on tire de

Verset 283

{des gages saisis} : au différend du donneur et du preneur de gage sur le montant de la dette, la parole reçue est celle du preneur, détenteur du droit : Allah a fait du gage son acte — sans recevoir sa parole, l'acte n'aurait point d'effet, faute d'écrit et de témoins ; — il est permis de contracter sans acte ni témoins : {si vous vous fiez l'un à l'autre, que celui à qui l'on a confié restitue son dépôt} — mais il faut alors piété et crainte d'Allah, sinon le détenteur du droit hasarde son droit : d'où le commandement à qui doit de craindre Allah et restituer le dépôt ; — quiconque est agréé en un contrat a reçu un grand bienfait et une approbation de sa religion et fiabilité : au débiteur l'obligation doublement renforcée de restituer : droit d'Allah et obéissance, et droit de l'agréeant qui s'est fié à lui ; — l'interdiction de celer le témoignage : qui le cèle faute son cœur, roi des membres — car le celer vaut faux témoignage : perte des droits, corruption des contrats, faute réitérée envers lui et le débiteur. La restriction du gage au voyage, alors qu'il vaut en résidence et voyage, tient au besoin : absence d'écrivain et de témoin. Il clôt le verset : savant de tout ce qu'œuvrent les serviteurs — incitation aux bons contrats, dissuasion des mauvais.

Verset 284

Allah informe de l'universalité de Sa possession des gens des cieux et de la terre, de l'embrassement de Sa science de ce que les serviteurs montrent et cachent en eux-mêmes, et qu'Il les en comptera : {Il pardonne à qui Il veut} — qui revient à son Seigneur et revient sans cesse à Lui : {Il est, pour les revenants, pardonneur} — {et châtie qui Il veut} : qui persiste dans les désobéissances, en dedans et au-dehors. Ce verset ne contredit pas les hadiths du pardon de ce dont le serviteur entretient son âme sans le faire ni le dire : ces pensées fugaces dont les âmes s'entretiennent, dont le serviteur ne se pare pas et ne se fixe pas — ici sont les résolutions arrêtées et les qualités établies dans les âmes, qualités du bien et du mal : d'où {ce qui est en vous} : ce qui s'y est établi et fixé de résolutions et de qualités. Et Il informe qu'Il est {puissant sur toute chose} : de la perfection de Sa puissance : compter les créatures et leur faire parvenir la récompense et le châtiment qu'elles méritent.

Verset 285

Il est établi de lui — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — que quiconque lit ces deux versets en une nuit, ils lui suffisent : de tous les maux — pour les sens immenses qu'ils contiennent. Au début de la sourate, Allah commanda aux gens la foi en tous ses fondements : {Dites : "Nous croyons en Allah et à ce qui est descendu sur nous..."} ; en ce verset, Il informe que le Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et les croyants avec lui ont cru à ces fondements immenses, à tous les messagers et tous les livres, sans faire comme ceux qui croient en une partie et mécroient en l'autre, tel l'état des déviants des religions déviantes. Unir les croyants au Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et les informer d'une seule information est un immense honneur pour les croyants ; et il participe avec la communauté de l'interpellation légale et de son parfait accomplissement, dépassant les croyants — mieux : tous les envoyés — dans la tenue de la foi et de ses droits. Sa parole {ils dirent : "Nous avons entendu et obéi"} : engagement des croyants, général, envers tout ce qu'a apporté le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — du Livre et de la Sunna, ouï d'une ouïe d'acceptation, de soumission et de docilité. Et le contenu : leur supplication à Allah pour l'aide à s'en acquitter, et qu'Il pardonne leur déficit dans les obligations et leurs fautes contre les interdits — de même leurs supplications par ces invocations profitables, et Allah exauça leur invocation sur la langue de Son prophète : « J'ai fait. » Ces invocations sont exaucées de l'ensemble des croyants certainement, et des individus si nul empêchement ne l'en prive : Allah a levé pour eux la rigueur de l'erreur et de l'oubli, rendu Sa loi d'une extrême aisance, ne leur a pas imposé les peines, les liens et les carcans imposés à leurs prédécesseurs, ni chargé au-delà de leur capacité, leur a pardonné, fait miséricorde et donné victoire sur les peuples mécréants. Nous demandons à Allah — par Ses noms et attributs et par ce qu'Il nous a donné de nous engager dans Sa religion — de nous le réaliser, d'accomplir ce qu'Il nous a promis sur la langue de Son prophète, et de réparer les états des croyants. On en tire la règle de l'aisance et de l'absence de gêne en toutes les affaires de la religion, et la règle de l'excuse de l'oubli et de l'erreur dans les adorations et les droits d'Allah, de même dans les droits des créatures quant à la levée de la faute et du blâme ; quant à l'obligation de garantie des destructions par erreur ou oubli, en les personnes et les biens, elle repose sur la destruction sans droit — ce qui embrasse erreur, oubli et dessein. Fin du commentaire de la sourate al-Baqara. À Allah la louange et la célébration. Et qu'Allah prie sur Muhammad et lui donne la paix.

Verset 286

Il est établi de lui — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — que quiconque lit ces deux versets en une nuit, ils lui suffisent : de tous les maux — pour les sens immenses qu'ils contiennent. Au début de la sourate, Allah commanda aux gens la foi en tous ses fondements : {Dites : "Nous croyons en Allah et à ce qui est descendu sur nous..."} ; en ce verset, Il informe que le Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et les croyants avec lui ont cru à ces fondements immenses, à tous les messagers et tous les livres, sans faire comme ceux qui croient en une partie et mécroient en l'autre, tel l'état des déviants des religions déviantes. Unir les croyants au Messager — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — et les informer d'une seule information est un immense honneur pour les croyants ; et il participe avec la communauté de l'interpellation légale et de son parfait accomplissement, dépassant les croyants — mieux : tous les envoyés — dans la tenue de la foi et de ses droits. Sa parole {ils dirent : "Nous avons entendu et obéi"} : engagement des croyants, général, envers tout ce qu'a apporté le Prophète — qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix — du Livre et de la Sunna, ouï d'une ouïe d'acceptation, de soumission et de docilité. Et le contenu : leur supplication à Allah pour l'aide à s'en acquitter, et qu'Il pardonne leur déficit dans les obligations et leurs fautes contre les interdits — de même leurs supplications par ces invocations profitables, et Allah exauça leur invocation sur la langue de Son prophète : « J'ai fait. » Ces invocations sont exaucées de l'ensemble des croyants certainement, et des individus si nul empêchement ne l'en prive : Allah a levé pour eux la rigueur de l'erreur et de l'oubli, rendu Sa loi d'une extrême aisance, ne leur a pas imposé les peines, les liens et les carcans imposés à leurs prédécesseurs, ni chargé au-delà de leur capacité, leur a pardonné, fait miséricorde et donné victoire sur les peuples mécréants. Nous demandons à Allah — par Ses noms et attributs et par ce qu'Il nous a donné de nous engager dans Sa religion — de nous le réaliser, d'accomplir ce qu'Il nous a promis sur la langue de Son prophète, et de réparer les états des croyants. On en tire la règle de l'aisance et de l'absence de gêne en toutes les affaires de la religion, et la règle de l'excuse de l'oubli et de l'erreur dans les adorations et les droits d'Allah, de même dans les droits des créatures quant à la levée de la faute et du blâme ; quant à l'obligation de garantie des destructions par erreur ou oubli, en les personnes et les biens, elle repose sur la destruction sans droit — ce qui embrasse erreur, oubli et dessein. Fin du commentaire de la sourate al-Baqara. À Allah la louange et la célébration. Et qu'Allah prie sur Muhammad et lui donne la paix.